Forums, blogs, pages perso : à en croire les trois quarts des articles consacrés au sujet, Internet serait devenu le nouvel eldorado de la libre pensée. Un constat à nuancer, au regard des contrôles et autres menaces qui pèsent aujourd’hui encore sur la Toile.

 


Des milliers d’Américains allument chaque matin leur ordinateur et mettent à jour leur weblog ou blog, journal en ligne rempli de commentaires personnels sur l’actualité et de liens vers d’autres sites.

 

Serial bloggers.
Glenn Reynolds, professeur de droit à l’université du Tennessee touche à tout sur InstaPundit.com : sécurité dans les aéroports, grève de la faim des prisonniers de Guantanamo, lancement d’une poupée islamique pour contrer le succès de Barbie en Iran, etc. Inauguré en août, ce site prolifique – 20 à 30 articles sont quotidiennement mis en ligne, bat des records avec plus de 30 000 visiteurs par jour.

 

Les bloggers sont impressionnants, de part le ton et la fraîcheur de leurs points de vue. Trop souvent, dans les médias, nous retombons sur les mêmes commentateurs. On a l’envie de suivre ces blogs à cause de l’intensité de l’émotion et de l’immédiateté des sujets de discussion. Les blogs sont des aiguillons qui incitent à lire, à écrire davantage et à réfléchir.

 

Un bon blog doit vous donner l’impression de suivre une conversation intelligente et, grâce aux liens, vous hisser vers des étapes supérieures de la discussion. Depuis le 11 septembre, Glenn Reynolds pense avoir prouvé que « n’importe qui de raisonnablement intelligent peut faire la même chose que les experts commentateurs traditionnels ». Les bloggers ont souvent plus d’humour et de sens commun. Lors de la crise de l’anthrax, les médias américains ont réagi de façon complètement exagérée, alors que les bloggers ont très bien su remettre l’histoire en perspective.

 

Grâce aux outils gratuits, publier un blog n’est pas cher… et ne rapporte rien ou peu. Le logiciel Blogger, à l’origine du phénomène des weblogs, se compare déjà au Napster du journalisme. La révolution du blog a ainsi tout juste commencé à transformer le monde médiatique.

 

Avec l’avènement des blogs, le principe de liberté d’expression né au début du siècle dernier dans un monde de l’écrit, tient ses promesses dans le cyberespace. Mais la libre circulation des informations a un prix. Le web est l’un des vecteurs les plus solides de la liberté et peut offrir la vérité à ceux qui veulent la voir ou l’entendre. C’est pour cette raison que certains gouvernements et organismes redoutent Internet et sa capacité à faire connaître la vérité, et non la leur.

 

Censure, autocensure.
Les sociétés démocratiques permettent de s’exprimer et de communiquer librement. Mais la liberté d’expression ne constitue que la moitié de l’équation : il est également essentiel que les citoyens puissent disposer du droit à entendre et à voir librement. En effet de nombreux Etats, comme la Chine, ont interdit aux citoyens l’accès à certaines informations.

 

Le régime de Pékin a obtenu de plusieurs centaines de sociétés liées au secteur de l’internet (fournisseurs d’accès, portails Web, fabricants d’informatique…) qu’elles signent « volontairement » un pacte qui revient dans les faits à pratiquer l’autocensure. Ce pacte a été sévèrement critiqué par les organisations Reporters sans frontières (RSF), basée à Paris, et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) de New York.

 

L’ « autodiscipline », que d’aucuns traduisent par « autocensure », s’applique à toutes les informations qui « menacent la sécurité d’Etat et la stabilité sociale », font la promotion des « superstitions » ou encore ont un contenu « obscène ». Des périphrases pour caractériser la dissidence démocratique, les mouvements tibétains ou encore la secte interdite Falun Gong, très active sur le Web.

 

Internet livre information et désinformation avec la même facilité et peut servir d’intermédiaire dans la fourniture de données erronées. Pire, celles-ci peuvent être propagées, par ignorance plus souvent que par malice. Nous recevons tous régulièrement des avertissements paniqués dans nos boîtes mail. Il s’agit immanquablement de canulars, vérifiables facilement sur l’efficace traqueur de rumeurs hoaxbuster.com. Liberté surveillée.

 

Malgré la grande promesse qu’il constitue, Internet n’est pas en lui-même une garantie de libre circulation des informations. En France, le projet de Loi sur l’Economie Numérique (LEN) a déjà suscité de nombreux remous au sein de l’opposition mais également des associations de fournisseurs d’accès. Cette loi, transposition d’une directive européenne en droit français, sera normalement examinée en deuxième lecture par le Sénat en février prochain. Non contents d’avoir supprimé la notion de correspondance publique dans la définition du courrier électronique, les députés engagent désormais la responsabilité des hébergeurs vis-à-vis des contenus illicites. Comme le signale assez justement Patrick Bloche, député PS : « Cette loi ne s’inscrit pas dans une logique de confiance, mais de méfiance à l’égard de l’internaute et des acteurs de l’internet, avec l’idée qu’il s’agit d’une zone de non droit ».


C’est dans ce contexte que la Ligue des Assos Haut Débit encourage tous les internautes à interpeller leurs députés et à signer une pétition, dans l’objectif de leur faire prendre conscience qu’une partie du projet de loi de Nicole Fontaine est contraire tant aux valeurs républicaines qu’aux principes fondamentaux du droit.

 

Modifiant l’article 43-8 de la loi 86-1067, la LEN prévoit en effet la limitation de la responsabilité civile des hébergeurs en cas de non retrait immédiat de contenus à première vue illicites (que ce soient des images, des fichiers audio, vidéo, des textes). Ceci implique donc que l’hébergeur devra juger du caractère illicite d’un contenu et le censurer quasi-immédiatement avant toute décision de justice. Évidemment, cela les invitera, afin d’éviter tout conflit, à censurer dès l’indication par un tiers de l’existence d’un tel contenu.

 

Les hébergeurs seraient ainsi doublement coupables : d’une part de complicité en cas de non censure de contenus illicites, d’autre part de s’être substitués à l’autorité judiciaire par exemple en présentant une information considérée comme non autorisée et en demandant le retrait.

 

Cette mesure, établie à l’origine pour protéger en partie les intérêts économiques des majors (et notamment pour éradiquer le piratage sur Internet), laisse malheureusement la porte ouverte à de nombreuses dérives, met en péril la liberté d’expression sur Internet et pourrait même à terme menacer la survie des fournisseurs d’accès les moins bien armés.

 

Les internautes doivent se préserver contre toute censure abusive et lutter contre la désinformation à l’ère de l’information : ils ont un rôle à assumer dans l’usage judicieux d’Internet, ainsi que de tous les services et outils d’information à venir.

 

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