Josy Reiffers, ancien directeur de cabinet de Luc Ferry, est l’auteur d’un rapport controversé traitant de l’accueil universitaire des étudiants étrangers en France. Selon lui, ce rapport n’a pas été rendu public car il se montre trop critique vis-à-vis de la situation actuelle.

Il y fait tout d’abord le constat de la situation alarmante des étudiants étrangers, qui va en s’aggravant chaque année : taux d’échec importants, conditions d’études bien souvent désastreuses, problèmes de logement, démarches administratives plus que difficiles… Mais ce n’est pas cet état des lieux, malheureusement réaliste, qui suscite la polémique. C’est surtout la solution qu’il propose qui est l’objet de débats : ne plus augmenter le nombre d’étudiants étrangers en France tant que nous ne sommes pas capables d’améliorer les conditions d’accueil.

La note de M Reiffers s’articule autour de trois points :

 

Un constat consternant de la situation actuelle

La France accueille aujourd’hui 250 000 étudiants étrangers. Parmi eux :
– 70 000 étudiants résident en France. En général,ils sont issus de l’immigration, font leurs études dans les collèges et les lycées français. Dans les mêmes conditions que les français nationaux,ils obtiennent le baccalauréat français et s’inscrivent « de droit » dans nos universités.Ces étudiants vivent essentiellement en Ile de France.
– 15 000 à 20 000 étudiants jouissent d’une bonne situation, car ils arrivent dans le cadre de programmes de type Erasmus. Leur venue est programmée.
– 150 000 étudiants individuels au moins viennent de leur propre initiative, en général sans percevoir aucune bourse du gouvernement français et parfois même sans bourse de leur pays. Ce sont ces étudiants qui sont confrontés aux plus graves difficultés.

Le premier problème rencontré par les étudiants arrivant en France est celui du logement. En effet, le parc locatif ne répond pas à leurs besoins, tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif. Il faut avoir visité la cité – U d’Antony (92) pour se rendre compte de l’état de délabrement de certains de ces logements. L’intensité du problème varie bien sûr selon les régions, les situations les plus catastrophiques étant répertoriées en Ile de France. Il est donc indispensable de poursuivre et d’accélérer les mesures pour réhabiliter les chambres universitaires.

Deuxième obstacle pour les étudiants étrangers, l’accès au travail est également très difficile. Ceux qui espéraient compenser une situation financière précaire par un petit job étudiant se heurtent à de nombreuses complications.

Par ailleurs, selon Josy Reiffers, l‘Etat devrait modifier sa politique de financement des universités de façon à les inciter à prendre certaines mesures susceptibles d’améliorer les conditions des étudiants étrangers (par exemple le guichet unique). Pour l’heure, les universités reçoivent de l’Etat une dotation annuelle proportionnelle au nombre d’étudiants inscrits, et non à la qualité de l’accueil qu’elles dispensent. Par conséquence, lorsque les effectifs d’étudiants nationaux diminuent, l’université qui désire conserver son niveau de dotation compense en « ouvrant les vannes » et en accueillant davantage d’étudiants étrangers. Malheureusement, elle ne se préoccupe guère des problèmes de logement qui vont alors survenir, ce qui est d’autant plus facile que l’université n’en est pas responsable, les logements étant gérés par le CROUS. Les universités reçoivent pourtant une dotation contractuelle, qui correspond au volet international du contrat quadriennal des universités, d’une valeur maximale de 100 000 euros. Mais la différence de gain entre une université qui fait beaucoup d’efforts en matière d’accueil et celle qui en fait peu ou pas est très faible, ce qui ne concourt pas à les motiver.

L’ancien directeur de cabinet de Luc Ferry propose donc deux pistes de solution :
– Rénover les logements
– Passer de vrais contrats avec les universités, afin de les inciter à faire un réel travail en matière d’accueil des étudiants étrangers, et non du nombre.

 

Un enseignement supérieur français peu attractif

Selon M Reiffers, il serait illusoire de penser que l’augmentation du nombre d’étudiants étrangers en France est révélateur de l’attractivité de notre enseignement supérieur. Ces chiffres ne s’expliquent que par le fait que la mobilité internationale augmente, et que l’accès aux universités de France est plus facile. En effet, l’enseignement supérieur français se caractérise :
– Par sa quasi gratuité
– Par le fait qu’il existe peu ou pas de sélection à l’entrée

Il souligne également que les étudiants qui peuvent s’inscrire de plein droit dans les universités françaises ne le font pas :
– Les étudiants de l’Union Européenne préfèrent pour la plupart poursuivre leurs études en Angleterre ou en Allemagne.
– Les étudiants étrangers qui passent le bac dans les lycées français de l’étranger sont eux aussi peu nombreux à s’inscrire ensuite en France.

M Reiffers identifie plusieurs facteurs responsables de cette faible attractivité :

Les conditions matérielles d’études sont peu satisfaisantes. En dehors du droit à l’enseignement, la France met peu de choses à disposition des étudiants, en terme de matériel informatique, d’activités sportives et culturelles, etc.
L’enseignement supérieur français, trop complexe, se révèle illisible pour les étrangers
– Les formations actuelles sont mal adaptées aux étudiants étrangers. Une solution serait peut être de délivrer un enseignement en anglais. De plus, il est nécessaire d’aller vers un système d’accréditation des diplômes français, de façon à ce qu’ils soient reconnus dans les autres pays. La réforme LMD constitue un premier pas dans cette direction.
Les universités doivent être davantage impliquées dans le choix des étudiants qu’elles accueillent.

 

La nécessité de définir une réelle politique d’accueil des étudiants étrangers

M Reiffers pense que la principale erreur de la France est de ne pas avoir défini de réelle politique en matière d’accueil des étudiants étrangers. Il est indispensable de remédier à cette situation et d’adopter une attitude claire. Pour cela, l’Etat devra d’abord s’interroger, et répondre à quatre questions :

• Où doit-on accueillir les étudiants étrangers ?

Selon Josy Reiffers, il faut définir les universités qui vont accueillir les étudiants étrangers durant les années à venir. Il s’agit d’inciter les étudiants étrangers à aller dans les universités où ils sont moins nombreux, et où les problèmes de logement sont moins prégnants. L’île de France, par exemple, ne peut plus accueillir correctement ces étudiants.

• Dans quels cycles faut il accueillir les étudiants étrangers ?

Actuellement, une très grande proportion d’étudiants étrangers est inscrite en 1er cycle. M Reiffers propose de refuser ces inscriptions et de mettre en place des mécanismes de compensation. La France pourrait par exemple aider les universités à l’étranger, afin qu’elles mettent en place ces formations dans leur pays.

• Dans quelles disciplines doit on accueillir les étudiants étrangers ?

Il faut ouvrir aux étudiants étrangers les filières au sein desquelles les effectifs d’étudiants nationaux sont en baisse, par exemple en Physique, en Chimie ou en Mathématiques.

• Quels sont les pays dont la France accueillera les étudiants ?

Le simple fait de se poser cette question va à l’encontre de la tradition française. Aucun gouvernement ne prendra donc la responsabilité d’y répondre, d’autant plus que les conséquences diplomatiques pourraient être lourdes. Pourtant, Josy Reiffers pense que ce choix est indispensable si la France désire améliorer les conditions d’accueil. Il faut recevoir moins d’étudiants pour pouvoir leur offrir de meilleures conditions d’études.

 

Cette intervention a été suivie d’un débat avec les participants.

 

Soyons sociaux
Réagir c'est agir