Région pilote depuis des années pour les services dédiés des handicapés, la Haute-Normandie compte également sur l’association Handisup pour accompagner les lycéens et étudiants handicapés. La Déléguée générale, Charlotte Lemoine, expert auprès du Ministère de l’Enseignement supérieur sur les questions du handicap, nous a parlé de leur travail sur le terrain et de ses inquiétudes sur cette nouvelle réforme des bourses…

 

1. Quelles sont les activités que vous menez en faveur des étudiants Handicapés ?

Notre association existe depuis une dizaine d’années maintenant et nous offrons un accompagnement non seulement aux étudiants handicapés qui poursuivent un cursus dans le supérieur, mais également en amont, auprès des lycéens handicapés pour les appuyer dans leurs démarches vers un cycle supérieur. En instaurant un contact avec eux dès le secondaire, on peut ensuite faire le lien vers la Mission handicap de l’université qui prend en charge le suivi de leur dossier. Mais notre mission ne s’arrête pas là. Notre rôle est d’accompagner les étudiants handicapés, toutes filières confondues (université, grandes écoles, formation professionnelle, GRETA) dans tout son parcours étudiant jusqu’à son insertion professionnelle. On les conseille dans leur orientation, leur choix de filière ; on les aide dans leur recherche de stage, de job d’été… Et puis Handisup, c’est aussi des ateliers théâtre, des jeux, un lien social en périphérie des études. Aujourd’hui, nous sommes 3 salariés et une trentaine de bénévoles, mais nous tenons à rester une association étudiante (au moins la moitié du conseil d’administration est étudiant). Notre action s’étend de Rouen au Havre pour environ 150 étudiants accompagnés chaque année.

 

2. Quelles nouveautés avez-vous constaté depuis la mise en place de la Charte Handicap / Université 2007 (et 2008 pour les grandes écoles) ?

A l’échelle nationale, c’est bien sûr un outil de plus, mais c’est la loi de 2005 qui donnait déjà l’obligation aux universités d’accueillir les étudiants handicapés et de mettre en place les infrastructures nécessaires à l’accès aux cours. Cependant la Charte de 2007 a donné les moyens des réalisations, puisque ce sont des milliers d’euros de dotation qui ont découlé de cette mesure.

 

3. Quels liens entretenez-vous avec les services dédiés au handicapés qui existent dans l’institution universitaire ?

En Haute-Normandie, nous étions pilote en matière de services aux étudiants handicapés. Le Président de l’Université de Rouen, Ernest Gibert, s’occupait précisément de ces questions à la CPU, pendant 8 ans. Il a donc impulser une dynamique dans ce sens en Haute-Normandie. La mission handicap à l’université de Rouen ne date pas de l’an dernier ! Elle existe depuis 10 ans (nos locaux sont d’ailleurs très proches et les interactions sont ainsi simplifiées) Mais il nous reste encore plein d’autres combats à mener… Les grandes écoles, par nature sélective, le sont d’autant plus à l’égard des étudiants handicapés. J’accompagne souvent les étudiants pour les tests d’entrée. Il nous faut lutter contre les discriminations à leur encontre.
Je participe au conseil d’expert du Ministère de l’enseignement supérieur concernant les étudiants handicapés. On m’a confié récemment la mission de créer un guide à l’usage des enseignants pour lutter contre les sélections discriminatoires.

 

4. Qu’attendez-vous des réformes Pécresse concernant les étudiants handicapés ? êtes-vous inquiets quant aux droits au savoir des étudiants handicapés ?

Les acteurs sur le terrain n’ont pas compris cette décision soudaine, prise sans concertation avec nous, que ce soit les maisons départementales du handicap, les missions handicap des universités ou les associations. La situation est incroyable. Auparavant, les étudiants handicapés pouvaient prétendre aux bourses sur critères sociaux, comme tous les autres étudiants, avec un « bonus » possible, un critère spécifique pouvant compléter leur attribution. Avec la nouvelle réforme ce « bonus » a été supprimé sous le prétexte qu’une nouvelle allocation a été mise en place ; une allocation destinée aux handicaps lourds, à laquelle à peine 20% des étudiants handicapés peuvent prétendre ! On déshabille Paul pour habiller Jacques ! L’autre argument c’est de parler de la dotation du gouvernement en lien avec la Charte Université / Handicap. Mais ça n’a aucun rapport ! Cette dotation est destinée à la mise en place d’infrastructures facilitant l’accès des étudiants handicapés à l’université, et pas des aides financières pour que les étudiants s’assurent un logement, le transport, etc. Nous qui travaillons sur le terrain avec eux, nous demandons au Ministère d’être consulté pour reposer le problème des frais supplémentaires que rencontrent les étudiants handicapés dans leurs études supérieures, notamment prendre en compte les frais de stage, l’accompagnement lors de leurs travaux (prise de notes, traduction en langue des sourds…)

 

Ecouter l’interview de Charlotte sur France Info (25 aout 2008)

 

 

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