Daniel Laurent est docteur d’Etat ès sciences, professeur des universités à l’université Paris 7-Denis Diderot, vice-chancelier des universités de Paris (1978-81), conseiller scientifique auprès du président du Groupe AXA (depuis 1986), administrateur provisoire en charge de la création de l’université de Marne-la-Vallée (1989-96), directeur de l’Institut francilien d’ingénierie des services au sein de cette université depuis 1996.


Vous avez été nommé à la commission du débat national université et emploi, qu’attendez-vous de cette démarche ?

Le cadre est défini par le gouvernement mais la commission reste très libre dans sa démarche. Il s’agit d’abord de sensibiliser l’opinion -qui est déjà convaincue- de recueillir l’avis des partenaires sociaux et surtout de sensibiliser la classe dirigeante à la nécessité d’agir rapidement en dépassant les discours convenus et les a priori.

Les trois organisations étudiantes auditionnées souhaitent quant à elles vivement que l’enseignement supérieur assume sa mission de préparer les jeunes à l’insertion professionnelle.

Des rapports existent sur ce sujet depuis une trentaine d’années et il est temps d’agir. Les disfonctionnements transparaissent à travers les auditions : le problème de la gouvernance ou de l’orientation reviennent fréquemment, mais il faut sortir du convenu et imaginer d’autres paradigmes pour apporter des réponses, en prenant aussi en compte le contexte de formation tout au long de la vie.


Quel est votre diagnostic personnel sur les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes ?

Selon moi, il faut distinguer deux niveaux. Le premier, c’est celui des 100 000 jeunes qui sortent de l’enseignement supérieur dès la première année ou qui « s’évaporent » dès les premiers mois, sans aucun diplôme. C’est aussi celui des jeunes engagés dans des voies qui offrent peu de perspectives parce qu ‘il s’orientent par défaut. Les capacités formatrices des filières qui auraient pu les accueillir en IUT, en BTS tertiaires notamment sont limitées. C’est un problème bien identifié auquel on peut apporter des réponses précises et concrètes. Cela transparaît d’ailleurs dans les auditions.

Le deuxième niveau est de faire en sorte que toutes les formations favorisent l’insertion professionnelle. Le récent rapport Proglio et les entretiens que nous menons l’évoquent tous : quelle que soit la discipline, il faut que les jeunes maîtrisent les langues étrangères, les outils informatiques, mais aussi les techniques de rédaction, d’expression et de prise de parole. Car toutes les formations ont une finalité d’insertion professionnelle pour les jeunes qui les suivent, que ce soit une licence de philosophie ou de mathématique. Un jeune qui a fait une licence de maths et qui maîtrise ces outils là n’a pas de problèmes par la suite.

Il faut aussi probablement développer les formations en alternance. Nous l’avons expérimenté à Marne la Vallée lorsque nous avons créé l’université et cela fonctionne aujourd’hui très bien, y compris pour des disciplines générales comme les mathématiques. Il y a ainsi des formations en alternance en licence professionnelle, en master, en IUT et en formation d’ingénieur, etc. Il faut aussi que les stages soient de vrais stages, d’une durée suffisante pour que cela apporte quelque chose.

Il ne faut par ailleurs pas oublier que les universités ont pris le chemin de la professionnalisation depuis longtemps : les IUT, les formations d’ingénieurs, les maîtrises de sciences de gestion, les MIAGE, les DESS, etc. existent depuis des décennies.

Il est vrai qu’avec la mise en œuvre du LMD, tous les acteurs soulignent les problèmes de lisibilité et je pense que l’administration centrale est pour le moment dépassée sur les questions de la professionnalisation.
Le LMD en est à une première étape qu’il faut poursuivre car il s’agit d’une évolution en profondeur qui ne se résume pas à plaquer de nouveaux noms sur des diplômes anciens. Cela doit aller bien au delà et amener à repenser les organisations des universités pour relever le défi de l’insertion professionnelle de tous les étudiants qu’elles accueillent.

 

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