Marie Duru-Bellat, sociologue, professeure des universités, enseigne les sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne, chercheuse à l’Institut de recherche en économie de l’éducation (IREDU). Elle a commencé sa carrière comme conseillère d’orientation. Ses premiers travaux de recherche ont été consacrés au fonctionnement de l’orientation, au rôle des demandes familiales, à l’effet établissement. Elle a beaucoup travaillé sur les inégalités sociales dans le système scolaire français ainsi que sur les inégalités entre les sexes. Elle a récemment réalisé des études comparatives internationales sur les politiques éducatives.

Vous avez été nommée à la commission université et emploi , qu’attendez vous de cette commission ?

J’attends de la commission qu’elle ouvre le débat sur des problèmes qui sont profonds et qui s’envisagent à long terme. Elle ne va évidemment pas les régler en si peu de temps mais je crois qu’il est intéressant d’y participer dès lors qu’on nous invite à discuter de façon large et ouverte comme je pense que c’est le cas.


Ce sont effectivement des questions sur lesquelles des rapports sont régulièrement produits.

Il est clair que ce sont des problèmes durables. Le problème de l’emploi des jeunes ou du déclassement par exemple sont évoqués depuis 20 par le CEREQ. Les inégalités à l’école, les problèmes d’orientation, etc. sont récurrents. Il est évident que ce n’est pas la commission qui va les régler mais le dialogue qu’elle propose est intéressant.


Est-ce que le dialogue n’est finalement pas la raison première de la commission après la crise du CPE où le manque de consultation était au centre de la polémique ?

Il est vrai que c’est une occasion de renouer le dialogue, les auditions se passent d’ailleurs dans un bon climat, avec beaucoup d’écoute. De plus, tout ce qui va être dit sera public puisqu’il sera possible de le consulter sur un site Internet. Ce sont quand même les garanties d’un dialogue sincère. Certains disent que la commission est purement politique. Qu’elle réponde à des considérations politiques n’est pas le fond du problème, le fond du problème est quand même bien présent et posé.


Le résultat du débat ne dépend-il pas essentiellement de ce qui sera fait des travaux par la suite ?

Il y a des critères de faisabilité et d’opportunité politique qui se retrouvent à chaque consultation. Il n’y a pas que les effet visibles politiquement, il y a aussi des effets invisibles : le fait par exemple, que les représentants étudiants s’expriment et entendent ce que pensent les autres acteurs n’est pas rien, même s’ils n’en sort pas de mesure médiatique ; les débats qu’il y aura en région vont amener les gens à dialoguer, etc. La commission Thélot dont tout le monde a dit qu’elle n’avait rien donné a selon moi donné des choses intéressantes du même ressort sur certains sites.


Quel serait votre constat sur la situation de l’université et sa capacité à insérer les jeunes sur le marché du travail ?

L’insertion des jeunes est une vaste question. Ce que l’on peut d’abord dire, c’est que l’université n’est pas responsable des difficultés que connaît l’emploi : s’il y avait plus de croissance et donc moins de chômage, on ne parlerait pas de ces questions là. Ceci dit, est-ce que ce que « produit » l’université favorise l’emploi des jeunes, je pense globalement que la réponse est non. Il y a des gens qui sont protégés par leurs diplômes et il y en a qui ne le sont pas du tout. Mais c’est aussi la rançon du succès : l’université accueille maintenant un jeune sur deux. Est-ce qu’il n’y a pas un décalage plus structurel et qui est sans doute appelé à durer entre ce qu’attendent les jeunes de leurs études supérieures et la réalité du marché du travail ?


Est-ce que l’alternance et l’apprentissage sont une solution à tous les problèmes ?

Pour certaines filières c’est bien et assez immédiat à mettre en place. Dans les filières où c’était facile à faire, c’est déjà fait. Le gros problème sont les filières de masse de l’enseignement supérieur : les grands cycles littéraires, juridiques ou scientifiques généraux, qui ont des débouchés plus variés qui rendent les choses plus difficiles. Quelle formation en alternance proposer à un jeune qui se prépare au CAPES de philosophie où seuls 4% sont reçus ? Il y a aussi une part d’aléas et de prise de risque dans les études supérieures et on ne peut pas tout organiser de façon parfaitement rationnelle. Il est en même temps naturel de chercher des solutions techniques. Certains proposent à la commission d’informer les jeunes sur les débouchés. J’ai simplement fait remarquer que des jeunes persisteront à aller dans des filières bouchés pour tenter leur chance, ou parce que ça les intéresse personnellement. Est-ce qu’il faut le leur interdire ? Il y a d’un côté des filières pour lesquelles les réponses sont plus faciles à trouver et de l’autres des filières plus délicates. Il faut peut-être craindre que la commission se polarise sur ce qui est plus facile.


Le calendrier est assez serré avec une volonté de proposer des choses concrètes pour la rentrée.

Je fais le pari que n’importe quel gouvernement qui viendrait après serait obligé de relancer cette discussion parce que les questions qu’elles posent sont justement récurrentes.

 

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