A Nantes, c’est l’association Handisup qui propose des services aux étudiants. Créée en 1989, l’association fut la première à se constituer sous le nom Handisup. Depuis, d’autres structures associatives ont vu le jour dans les villes universitaires, chacune gardant son projet associatif spécifique et sa façon d’agir. Handisup Nantes compte aujourd’hui une vingtaine de salariés dont 14 sont entièrement dédiés à l’accompagnement des étudiants handicapés. Nous avons demandé à Patrice Fondin comment leurs services avaient évolués ces dernières années…


1. Quelles sont les activités que mène Handisup Nantes en faveur des étudiants handicapés ?

On peut compter deux types d’activités au sein d’Handisup Nantes. Une activité militante (actions de sensibilisation aux handicaps, journées d’accueil à l’université, Handivalides avec l’association Starting-Blocks, théâtre d’impro, handidanse…) et des activités professionnelles. On peut distinguer 4 axes de travail. Un axe visant à faciliter l’accueil des étudiants dans les cycles supérieurs. Pour cela, on intervient en amont, dans les lycées notamment et on se propose comme relais auprès des institutions. On a ensuite un service d’accompagnement à la vie sociale (aide à la toilette, aux actes du quotidien…) une mission qui nous a été confiée par le Conseil Général de Loire Atlantique. Un troisième axe est un service d’aide humaine, assez diversifiée, pour laquelle nous avons un agrément de la Direction du Travail. Il peut s’agir d’une aide à la prise de notes pour un étudiant sourd, une assistance pour les actes essentiels de la vie ou encore un service pédagogique, pour lequel nous avons une convention avec l’université. Enfin, un quatrième volet concerne l’insertion professionnelle des étudiants handicapés. A ce niveau, nous accompagnons les dossiers de demande de prise en charge par l’AGEFIPH (Association nationale de GEstion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Handicapés)

 

2. Quelles nouveautés / appuis depuis la mise en place des Charte Handicap / Université (2007) et Charte Handicap /Grandes écoles (2008) ?

Concernant la dernière Charte Handicap / Grandes Ecoles signée en mai 2008, c’est le grand flou pour le moment. Cette Charte ne vit pas encore sur le terrain. De plus, c’est encore très imprécis sur les attributions de financements. Et concernant des établissements privés, s’il n’y a pas de fonds publics dédiés à ces questions, on peut craindre des discriminations à l’égard des étudiants handicapés ; les établissements privés ne les accueilleront pas. Quant à la Charte Handicap / Université de 2007, nos contacts avec l’université étaient antérieurs, comme pour la plupart des associations étudiantes qui agissent dans ce champ. La nouveauté avec cette Charte, c’est l’aide financière apportée aux établissements pour mettre en place les services adéquats. Ainsi, il existe une grille des prestations avec des barèmes mais le traitement n’est pas toujours juste. Même si cela constitue une avancée, il reste des incohérences. Il faut en effet savoir que pour chaque service, l’établissement supérieur public doit se retourner vers son Ministère de tutelle (l’Agriculture pour un lycée agricole, l’Enseignement Supérieur pour l’Université, la Culture pour Les Beaux Arts..)Invité à tester cette grille avant sa mise en place nous avions déjà fait retour sur des inégalités de traitement à craindre !
Si cette Charte a apporté de la cohérence dans nos actions, de la solvabilité et de la pérennité de nos actions antérieures, tous les services n’agissent pas encore en totale adéquation ; car selon les handicaps, la grille n’est pas toujours juste. De plus, les retards de paiement peuvent parfois mettre en péril la continuité d’un accompagnement. Dans notre cas, nous enregistrons plus de 18 000€ de retard de paiement. En effet, pour ne pas rompre les suivis, l’association prend à sa charge les accompagnements en instance. Sauf que depuis, malgré de multiples tentatives pour obtenir des réponses, le service du Délégué interministériel aux personnes handicapées reste sourd à nos requêtes. Heureusement en ce qui nous concerne, nous pouvons compter sur l’appui des collectivités locales et territoriales, et même celle du Préfet ! Mais pour l’heure, c’est le statu quo…

 

3. Quel lien entretenez-vous avec le Relais Handicap crée à l’Université de Nantes à la rentrée 2007 ? Comment interagissez-vous ?

A ce niveau, tout se passe au mieux. Nous avons créé une équipe de suivi des études supérieures, composée de la Médecine préventive, du SUIO, du Relais Handicap et de notre association. Les référents permanents sont Anne-Claire Ledu, notre responsable d’accompagnement, et le responsable du Relais Handicap, Stéphane Brunat. Cette cellule évalue les différents services proposés (Anne-Claire l’accompagnement des actes de la vie, les démarches vers la Maison départementale du handicap ; et Stéphane Brunat l’aide humaine, l’accompagnement pédagogique et l’adaptation des cours)
Il faut savoir que différentes universités comptaient déjà une Mission Handicap, un service dédié, créé sous l’impulsion de Luc Ferry en 2004. Mais ces missions peinaient à fonctionner en l’absence de véritable budget. Celui-ci a véritablement été affecté en 2007. Le Relais Handicap de l’Université de Nantes est né à ce moment précis. Là ou nous peinions à toucher le bon interlocuteur, nous avons désormais une véritable interface pour les questions qui nous touchent. Le climat est serein, apaisé et il y a une bonne répartition des rôles.

 

4. Qu’attendez-vous des réformes Pécresse concernant les étudiants handicapés ? Etes-vous inquiets quant aux droits au savoir des étudiants handicapés ?

La question de fond de cette actualité qui a fait réagir tout le monde, c’est : « Suite à l’affectation de fonds publics pour les étudiants handicapés, – à travers la PCH, Prestation de Compensation du Handicap -, les étudiants handicapés doivent-ils être traités comme n’importe quel étudiant pour l’attribution de bourses universitaires ? » A notre sens, il est trop tôt ! Dans la réalité, tous les bâtiments universitaires, tous les locaux, tous les cours dispensés ne sont pas accessibles aux étudiants handicapés. Il leur faut toujours avoir recours à une aide compensatoire. A ce titre, la somme de 1300€ avancée par le Ministère ne correspond à aucune réalité ! Et si elle fait référence aux attributions de la PCH, il faut savoir que cette prestation intervient pour une prise en charge des actes du quotidien, en aucun cas pour les travaux liés à une scolarité ! Ceux-ci restent entièrement à la charge de l’étudiant !

 

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