Richard Rossin , délégué général du Collectif Urgence Darfour s’est exprimé aux Rencontres nationales des chantiers d’Animafac samedi 28 avril 2007 à Paris. Il s’est adressé aux nombreuses associations étudiantes, afin de les sensibiliser à la situation au Darfour, et leur a demandé de relayer l’action du collectif. En faisant signer la pétition, et pourquoi pas en organisant des évènements de sensibilisation.
Voici une interview qu’il nous a accordée, et le lien pour que vous puissez signer la pétition et vous mobiliser.

 

Vous vous battez depuis longtemps pour que la voix des oubliés du Darfour se fasse entendre et que les massacres cessent. Cette voix commence-t-elle à être plus audible aujourd’hui ? 

 

Il est plus que jamais nécessaire de sensibiliser nos politiques à une action qui ne soit pas que des mots. Et nous ne manquerons pas de rappeler au candidat élu son engagement du 20 mars à la Mutualité. Nous continuons donc l’action auprès de nos décideurs politiques, au niveau national et au niveau européen, avec quelques signes d’ouverture puisque nous avons été reçus par le Ministre des Affaires étrangères au sujet de la possibilité d’une action positive de surveillance de la situation au Soudan.
Ce qui m’inquiète, ce sont les initiatives de négociation tous azimuts lancés par les pays occidentaux et l’ONU, qui toutes visent à réunir les rebelles dans leurs différences. Il faut comprendre que les rebelles en question sont pour une part issus d’un monde laïque et démocratique, et pour une autre part issus de mouvances islamistes qui veulent la même chose que le président Béchir, mais à leur profit !

 

Justement, pouvez-vous nous rappeler les enjeux de ce massacre immense que les Etats-Unis ont officiellement qualifié de génocide ?
Il faut comprendre que c’est un enjeu national propre à tout le Soudan, et pas seulement à la région du Darfour. Au départ, il ne s’agit pas d’un mouvement séparatiste. Les populations du Sud se sont levées au nom de la résistance contre la chariah et pour un partage égal des richesses. Cette guerre s’est aggravée après la prise du pouvoir par l’armée et Omar el-Béchir en 1989 alors que son parti ne représentait qu’une infime minorité de la population. Béchir a imposé la chariah dans tout le pays, y compris les états du Sud non musulmans. Il a même mené un Jihad dans les monts Nouba dont la population a été décimée. Aujourd’hui on utilise le mot « Darfour » pour en faire un problème purement régional alors qu’il s’agit d’un problème national.

Quelles sont les mesures prises au niveau de la communauté internationale ?
Le président Béchir a signé des engagements sans jamais les respecter, l’ONU a pris des résolutions sans que Bechir s’y plie : il faut aujourd’hui que quelqu’un l’y force. Les accords entre le Tchad et le Soudan par exemple, sur un pacte de non agression et de non-aide aux agressés de part et d’autre sont inquiétants : les habitants du Darfour risquent d’être désormais complètement piégés et menacés d’extermination, ils ne peuvent même plus se réfugier chez leurs voisins . Les accords actuels ne sont donc que des cautères sur une jambe de bois.
Le problème aujourd’hui c’est qu’on ne peut pas dire que l’ONU n’est pas là puisque les ONG sont là : le Haut commissariat aux réfugiés, le Programme alimentaire mondial… mais ils sont là pour traiter les conséquences, pas les causes du massacre. On en arrive à accepter que des gens soient bloqués dans des camps où leur sécurité n’est même pas assurée, puisque des cavaliers des milices jandjawids y violent et pillent régulièrement, n’aient plus de passé parce qu’on le leur a volé, n’aient pas non plus d’avenir, puisque qu’ils sont réduits à la condition oisive d’assistés permanents.
De fait, la communauté internationale est complice des génocidaires : il faut que cela cesse, que les opinions publiques soient fortes et fassent réagir leurs gouvernements.

 

Que peuvent faire les associations étudiantes ?
Elles peuvent organiser des événements de sensibilisation, des campagnes de signatures de la pétition, des manifestations auprès des médias, des populations. Elles peuvent interpeller les élus : écrire aux députés, pour qu’ils posent la question en Assemblée nationale, écrire aux députés européens, écrire au président de la République : c’est gratuit.

L’enjeu de la mobilisation internationale se mêle à celui du pétrole…
De nombreuses sociétés occidentales et chinoises exploitent en effet les ressources pétrolières du Soudan, exploitation qui entraîne dans son sillage déplacement de populations, stérilisation des terres et pollution des eaux.
Le congrès américain a voté une résolution en 2004 pour caractériser le massacre au Soudan de génocide. C’est une mesure très importante, qui empêche aujourd’hui les entreprises américaines de travailler au Soudan. Les pétroliers s’en vont. Pour la Chine, c’est un peu plus compliqué, puisque le pétrole soudanais représente 8% des importations de pétrole en Chine. Pétrole qui favorise d’ailleurs les entreprises occidentales qui travaillent en Chine.

 

Que pensez-vous de la mesure de pression que pourrait exercer un boycott des JO de 2012 à Pékin ?
D’une part, vous l’avez vu, la Chine n’y est pas pour grand-chose et n’est en tout cas pas la seule. Et puis, si l’on regarde l’effet qu’a eu le boycott des XXIIèmes Jeux Olympiques à Moscou en 1980 lancé par les Etats-Unis pour protester contre l’intervention militaire soviétique en Afghanistan, on est en droit d’être sceptique : les Russes ont eu plus de médailles, c’est à peu près tout ce qui s’est passé !
Le problème aujourd’hui, c’est qu’il est tabou de dire que des musulmans se comportent comme des brutes, massacrent les leurs et les asservissent. Or l’ancien ministre de l’intérieur soudanais, mis en examen par la Cour pénale internationale pour des crimes graves commis à l’encontre de la population civile et qui seraient constitutifs de crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, est actuellement ministre… des affaires humanitaires !! Les dirigeants soudanais font preuve d’un absolu mépris à l’égard de la communauté internationale. Plus on laisse faire, plus c’est grave.

 

Votre pétition demande entre autres, en droite ligne avec la résolution 1706 du Conseil de sécurité de l’ONU, que les Etats européens envoient immédiatement une force d’interposition. Vis a vis de l’objectif d’un million de signatures, où en est-on aujourd’hui ?
Nous avons aujourd’hui 110 000 signatures.

 

Encore du travail donc !
Oui, il faut que toutes les associations s’y mettent.

 

Signer la pétition :
http://www.europetition-darfour.fr/…

 

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