Comment mieux accompagner l’insertion professionnelle?

Par Ana Lutzky, Fouad Souak, Elsa Perez

 

Rien n’est alarmant, tout est préoccupant. La croissance atone, les emplois souffrent et les jeunes diplômés peinant particulièrement à accéder au premier emploi. Formés, compétents, mais mal informés et durement traités, ils font face à des préférences de recrutement malhabiles et à un mauvais encadrement à la sortie de l’université. Quelle est aujourd’hui la situation de cette nouvelle génération et comment améliorer son intégration socio-professionnelle ? Plusieurs rapports récemment édités (cf. infra) font comprendre le panorama.

 

En 2001, les analystes prédisaient le retour en grâce d’une génération post baby-boomjusque-là fort mal lotie. C’était sans compter sur le brusque ralentissement de la croissance qui touche alors la France. L’effet sur le chômage est immédiat : il passe de 8,6% en 2001 à plus de 10% en2004. Premiers atteints, les moins de 25 ans. En 2005, ils sont un sur quatre à ne pas trouver d’emploi. Un chiffre qui cache, en réalité, des situations très disparates.

Premier attribut du candidat chanceux : le diplôme. Trois ans après leur sortie du système éducatif, les plus diplômés ne comptent que 9% de chômeurs. Les moins qualifiés sont quatre fois plus fréquemment au chômage.
Les titulaires d’un diplôme supérieur ne sont, eux-mêmes, pas égaux face aux employeurs qui recrutent de préférence dans les filières préparant le mieux à la vie active :DUT, BTS, écoles d’ingénieur et de commerce. Les filières universitaires restent relativement porteuses… À condition de poursuivre après le DEUG et de partir avant la thèse. Les doctorants de chimie ou de lettre connaissent en effet des taux de chômage importants, de 14 à 17%.
Ces disparités se retrouvent dans les premiers salaires. Si la rétribution médiane du jeune atteint péniblement 1200euros net par mois, elle va jusqu’à 1950euros pour les titulaires d’un diplôme du troisième cycle. Deuxième argument choc de la parfaite recrue :son expérience professionnelle. La majorité des employeurs se déclarent sensibles à la connaissance du secteur d’activité et à l’opérationnalité immédiate de leurs futurs employés. Pour les moins de 25 ans, le stage représente souvent la meilleure voie pour accéder à un emploi. Problème :cette expérience est souvent très mal rémunérée et reste donc inaccessible aux jeunes ne bénéficiant pas d’un soutien financier.

Discriminations. Les inégalités financières viennent ainsi s’ajouter à la longue liste de discirminations frappant les chercheurs d’emplois. Les Français d’origine étrangère connaissent un taux de chômage de plus de 16% contre à peine 9% pour les Français de naissance. La disparité géographique est également très visible. En 2004, 42% des emplois se concentraient sur l’Ile-de-France, le Rhône-Alpes et la Provence-Alpes-Côtéd’Azur. La croissance du taux de chômage aura, en revanche, contribué à réduire les inégalités entre jeunes hommes et femmes, le taux d’activité des premiers ayant décru jusqu’à se rapprocher de celui des secondes, traditionnellement plus faible.
Pour trouver du travail, le jeune devra enfin avoir l’esprit d’initiative. Selon le Conseil économique et social, 700000entrepreneurs devraient quitter la vie active prochainement, laissant le champ libre aux adeptes de la création d’entreprise. Pour ceux ne se sentant pas l’âme d’un manageur, les PME restent la première source d’emploi. Enfin, 80% des embauches se font dans le tertiaire et plus particulièrement dans l’éducation, la santé, l’action sociale et les services. Le secteur industriel vient en deuxième position avec 19% des emplois alors que le secteur agricole en compte à peine 1%.

Insertion. Face à ces disparités, une remise en cause du système éducatif français devient inévitable. Peut-on mettre en question l’utilité de certains diplômes ? Pourquoi maintenir et créer des formations sans ambitions ni perspectives professionnelles ?
Il faut d’abord éviter le piège d’une orientation de fait de jeunes n’ayant pas suivi une filière technique ou une école supérieure, vers des cursus généralistes universitaires qu’ils n’ont pas vraiment choisis. Ce qui doit prévaloir avant tout est une information complète et conforme aux attentes des étudiants et à la réalité de l’emploi. En ce sens, le profil et la formation des conseillers des SCUIO (Services communs universitaires d’information et d’orientation) semblent aujourd’hui insuffisants en termes de connaissance des secteurs qui recrutent et de possession de statistiques claires. De même, l’organisation de ces services ne permet pas encore à chaque étudiant de bénéficier d’un bilan de ses acquis, de ses intérêts et de ses aptitudes. Rien ne remplacera une passerelle entre le système universitaire et les différents milieux professionnels, si tant est qu’elle soit sans cesse restructurée, consolidée par les acteurs compétents.
Si de nombreux étudiants se plaignent de la trop grande théorisation faite à l’université, n’oublions pas qu’elle a pour première mission la recherche. Bien évidemment, les masters professionnalisants et les écoles de commerce et d’ingénieur doivent favoriser toute insertion sans pour autant sacraliser les études de cas.

Information. Le dynamisme des jeunes diplômés, que l’offre de travail apprécie, provient de la force vive qu’emploient les étudiants à développer un esprit critique et de hautes performances intellectuelles. Ils doivent ainsi s’adapter à tout nouvel univers, créer des occasions à la hauteur de leurs attentes et améliorer leur visibilité, aussi bien celle de leur diplôme que de leur personnalité. Ils ne peuvent certes pas réaliser tout cela seuls. Et c’est pour ces mêmes raisons qu’il faut créer et développer des réseaux efficaces, liant partenaires sociaux et institutionnels, écoles, universités et entreprises, locales, nationales et multinationales, aussi bien publiques que privées.
Une seule préoccupation doit nous guider aujourd’hui :reconnaître les qualités de chaque jeune actif, de chaque étudiant et de chaque diplômé. Il est indéniable que chacun d’eux possède des atouts propres, qui font leur particularité et qui, somme toute, ont de quoi apporter à une entreprise des compétences et des références utiles. Par le lien aux associations étudiantes telles que les Juniors entreprises, l’Afij, par des stages convenablement encadrés, par des formations en alternance réussies, par des initiatives à réinventer, chacun de ces acteurs crée du lien et fluidifie l’information sur le marché du travail souvent opaque.Les uns communicant leur expérience, les autres des savoirs moins tacites, l’intégration de jeunes diplômés aboutit à une société plus en adéquation avec elle-même, plus réactive et, très concrètement, plus riche.

Sources :
– L’insertion professionnelle des jeunes issus de l’enseignement supérieur, Conseil économique et social. www.ces.fr
– Bilan Formation-Emploi – De l’école à l’emploi. INSEE. www.insee.fr
– De la thèse à l’emploi, les débuts professionnels des jeunes titulaires d’un doctorat, CEREQ. www.cereq.fr

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Tout voir

Le passage entre études et vie active est délicat. Agir ensemble permet de le rendre plus doux et de trouver des solutions concrètes. Au quotidien, nombre d’initiatives étudiantes jouent pour une meilleure insertion professionnelle des jeunes diplômés. Depuis peu, certaines s’intéressent de près au sacro-saint stage.

 

Le stagiaire est de nature bienveillante et consciencieuse. Toujours motivé et prêt à rendre service, il ne rechigne jamais à la tâche. Sous sa carapace d’élève docile et appliqué, on décèle certains points faibles. Bonne poire aux fortes tendances masochistes, le stagiaire offre sa force de travail à qui voudra bien la prendre, souvent pour rien ou peu. Des points faibles que viennent contrebalancer nombre de points forts, dont un, non négligeable, la capacité d’organisation. Le stagiaire, d’apparence malléable, sait se structurer. Il l’a prouvé ces dernières semaines et conservera, semble t-il, cette dynamique positive tout au long de l’année2006, grâce à Jupiter en Bélier, son ascendant opiniâtre et combatif. Gentille échappée zodiacale pour illustrer l’originale vague militante qui a déferlé ces dernières semaines sur la place publique, bénéficiant d’une couverture médiatique inattendue. A l’origine, un mail coup de gueule de Cathy, une jeune femme lasse de lire toujours les mêmes offres de stages non rémunérés sournoisement adressées à des post-diplômés expérimentés :« Recherche pour un stage non rémunéré de six à neuf mois personne motivée de niveau bac+5. Le candidat devra être bilingue anglais, aimer les responsabilités et être force de proposition. » Face à ce foisonnement d’emplois déguisés, Cathy appelle, non sans scepticisme, à la grève des stagiaires.

Elle s’avère la première étonnée lorsque, quelques semaines plus tard, le 1er novembre, ils sont 100 à manifester paisiblement devant le Ministère du Travail. Arrêtons-nous sur ce qui fait la singularité de cette voie militante. Pour la première fois des jeunes, stagiaires ou non, ne se connaissant pas auparavant, se sont regroupés par l’intermédiaire du web et, en l’espace de quelques semaines seulement, en un collectif qui s’est spontanément organisé en différents pôles. Un regroupement croissant, bouillonnant d’idées avec, pour vitrine et lieu de ralliement, un site Internet régulièrement mis à jour (1). Bref, un professionnalisme digne des responsables qui les ont jadis pris en stage.

Revendications. Derrière le tapage médiatique se trouvent de véritables revendications, fruit d’un sérieux travail en amont. Ils demandent avant tout une loi pour accueillir les stagiaires dans le code du travail afin de pallier le vide juridique dans lequel ils se trouvent actuellement (2), un cadre général appliqué pour tous et la possibilité, enfin, d’accéder aux recours juridiques pour dénoncer les abus. Cette inscription dans le cadre légal s’accompagne d’un véritable encadrement pédagogique et d’une rémunération obligatoire minimale et progressive. Le but est de dissuader les employeurs de recourir abusivement à des stagiaires pour faire un travail qui a le goût, l’odeur et la couleur d’un CDD. Ainsi, une autre de leurs revendications est l’établissement d’un délai de carence entre deux stages, comme la loi l’exige actuellement pour les CDD (3) et un quota de stagiaires par rapport à la masse salariale. Enfin, les stagiaires, comme tout travailleur, demandent à cotiser au titre des charges salariales et patronales. La finalité étant la ratification d’une loi au printemps prochain. Alors, une année 2006 sous le signe du stagiaire ? Une affaire à suivre qui s’inscrit précisément dans le débat sur les jeunes diplômés et l’emploi à l’honneur dans ce nouveau numéro de Factuel

1. www.generation-precaire.org
2. Le stage n’est mentionné que dans le code de la SécuritéSociale (arrêté du 11 janvier 1978 modifié en 1986)
3. Article L.122-3-11 du code du travail

 

Une question à…


Abdel Mabrouki
Salarié de Pizza Hut, délégué syndical CGT, co-auteur du livre Génération précaire.

« Des dispositifs existent pour inciter les recruteurs à embaucher des jeunes. Exonérations de charges pendant trois ans pour ceux sans diplôme ayant moins de 23 ans, emplois-tremplins dans les associations, qui subventionnent à hauteur du SMIC le salaire d’un jeune de moins de 26 ans, les formations en alternance… Autre solution : être stagiaire, sauf qu’on n’est pas forcément rémunéré. Avec le système de zones franches pendant cinq ans dans les banlieues, beaucoup d’entreprises s’installent aujourd’hui en Seine-Saint-Denis par exemple. Le hic :elles n’embauchent pas des habitants du coin ! Quant aux contrats nouvelle embauche, ils n’ont pas de délai de carence, et signent la fin du CDI ! »

 

Gisèle Atwell
Conseillère d’insertion à l’ANPE, Espace cadre de Paris La Défense.

Le premier objectif est d’arriver à décrocher un entretien. Pour cela, il faut rendre son CV suffisamment attractif et convaincant pour qu’il interpelle l’employeur malgré le manque d’expérience du candidat. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la meilleure façon d’obtenir ce résultat est une présentation par domaines de compétence. Cela peut, en effet, s’avérer très efficace dans la mesure où ce type de mise en forme permet de mettre en avant des compétences générales et procédurales, des « savoir-être », des aptitudes, des connaissances théoriques. En situation d’entretien, il s’agit de convaincre en restant concentré sur ses points forts. Cela nécessite bien sûr de se préparer.

 

Vincent Gully
Responsable des Ressources humaines à la Ligue de l’Enseignement.

On peut éviter le cercle vicieux « pas d’emploi sans expérience, pas d’expérience sans emploi  » en développant une stratégie de recherche d’emploi et un projet professionnel réaliste et réalisable. On ne pose jamais sa candidature au hasard. Cibler les entreprises qui recrutent est essentiel. La recherche de renseignements sur l’entreprise est également primordiale. Cette recherche permettra de rédiger un CV adapté à l’entreprise, une lettre de motivation ciblée et de se préparer efficacement à un entretien. Enfin, pouvoir travailler en parallèle de ses études reste un moyen d’appréhender le monde du travail et donc d’ acquérir une première expérience professionnelle.

 

 

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