Kreyol’s agit pour l’insertion professionnelle des étudiants caribéens

Face aux discriminations à l’embauche liées à la nationalité ou l’appartenance à une minorité visible, L’Association des étudiants afro-caraïbéens de l’université Paris 8 réagit. Elle a mis en ligne la première base de données recensant les compétences des diplômés ou futurs diplômés antillo-guyanais. Son pôle « Main a main », géré par un conseiller de l’ANPE, met en lien les nouveaux étudiants qui viennent du pays et ceux qui sont en fin de cursus.

 

A l’origine

 

L’association Kreyol’s a commencé à prendre forme sous l’impulsion d’un petit groupe d’étudiants antillo-guyanais de l’université Paris 8, qui s’étaient rencontrés lors d’un colloque sur l’avenir des étudiants des DOM-TOM en métropole.

 

L’idée de départ, celle qui a amené Jonathan, Jessy et les autres à créer cette structure, était leur volonté d’affirmer l’émergence d’une nouvelle génération dans le milieu étudiant caribéen de Paris : une génération porteuse de nouvelles idées et de nouveaux projets.

 

Qu’ils viennent de Haïti, de la Jamaïque, de la Guadeloupe, de Guyane ou de Martinique, ils avaient aussi à coeur de travailler sur l’image de la culture caribéenne qu’on réduit souvent au « zouk » et au « ti-punch ». » Il ne s’agit pas de renier le côté festif de notre culture mais plutôt de promouvoir ses autres aspects qui sont aussi riches que variés : la littérature, l’art, l’histoire, la musique, la danse traditionnelle, etc. » explique Jonathan.

 

Dès lors, l’association tente depuis 2004 de valoriser les Antilles au niveau littéraire « notamment à la bibliothèque universitaire, où il manque des oeuvres caribéennes ». Elle essaie cette année de mettre en place une bibliothèque propre à l’association où les emprunts seraient autorisés et régulés.

 

Côté solidarité communautaire, Kreyol’s apporte un soutien administratif et une aide dans l’orientation des étudiants afro-caribéens parfois désorientés au sein de l’université. Mais son cheval de bataille est l’insertion professionnelle de la communauté étudiante afro-caribéenne, avec l’organisation annuelle de journées d’information sur les perspectives d’emploi aux Antilles-Guyane.

 

Perspectives d’emploi

 

« L’idée est de pouvoir apporter aux étudiants des informations sur la réalité du marché de l’emploi en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, avec des interventions d’entrepreneurs, de collectivités locales ou de chambres de commerce ». Face à l’idée reçue commune chez les jeunes diplômés caribéens que ce n’est pas la peine de retourner au pays après s’être formé en métropole, sauf pour être au chômage, Kreyol’s met sous leurs yeux des perspectives réelles d’embauche.

 

« Le secteur médical a d’énormes besoins immédiats et futurs. De plus, le problème du renouvellement générationnel est accentué aux DOM-TOM. La pyramide des âges affiche un trou encore plus prononcé que la moyenne française pour les 25-40 ans, à cause des départs pour chercher du travail en métropole ou ailleurs. Or une étude de l’INSEE montre que 40 000 postes seront à pourvoir en Martinique d’ici 2010, soit dans 2 ans. Il manquerait en particulier 4000 professeurs. » Cette analyse est encore trop large admet Jonathan : » il faudrait savoir dans quelles matières et à quel niveau (primaire, secondaire, universitaire ?) pour pouvoir informer précisément les étudiants ».

 

Et c’est précisément dans cette optique de netteté que Kreyol’s a travaillé à la mise en place d’une base de données des compétences des étudiants antillo-guyanais. « Les conférenciers nous donnaient des informations sur les perspectives d’emploi, mais nous n’avions pas d’éléments à leur apporter en retour pour quantifier le vivier de compétences présent chez les étudiants suceptibles de repartir travailler aux Antilles ». Ni une ni deux, un groupe de travail est lancé, avec un statistitien pour faire les choses sérieusement.

 

Base de données ethnique ?

 

Réduire la base de données à la communauté antillo-guyanaise a pu leur être reproché, voire jugé communautariste. Mais Jonathan le justifie de deux manières. D’une part, très pragmatiquement, pour une question de moyens : monter une base de données sérieuse est un travail de titan, et l’équipe qui s’y attèle a mis un an à la construire pour trois départements. D’autre part, parce que l’association souhaite privilégier les embauches de long terme, plus faciles à trouver dans un vivier d’étudiants originaires des Antilles plutôt qu’ailleurs. « Les hôpitaux embauchent des infirmières en métropole mais le turn-over est très élevé. Les employés voient les Antilles comme une île agréable où passer 6 mois, un an, mais pas plus. Or les secteurs dans lesquels se font sentir les besoins, qu’il s’agisse de santé ou d’éducation, ne répondent pas à des problématiques saisonnières, et nécessitent au contraire des emplois de long terme ».

 

Par ailleurs, l’association a pris soin d’enregistrer sa base de données à la CNIL. Les statistiques ethniques sont interdites en France, mais puisque la Guadeloupe, la Martinique ou la Guyane sont des départements français (972 ou 973 par exemple), il est possible de recenser les étudiants à bac+2 ou bac+3 via la région outre-mer dont ils sont originaires.

 

Présomptions de discrimination d’une minorité visible

 

« Le premier problème chez les étudiants caribéens est l’idée reçue selon laquelle il n’y a pas de débouchés au pays. Beaucoup se disent qu’on ne pourra pas les rémunérer à hauteur de leurs compétences ou qu’il n’auront pas de poste. Par ailleurs, les recruteurs là-bas font de la rétention d’information, le marché de l’emploi est peu transparent. C’est pourquoi l’organisation de journées par notre association où des DRH viennent présenter leurs besoins actuels est importante : cela contribue à briser cette opacité ».

 

En métropole, assure Jonathan, il existe chez les étudiants caribéens un sentiment diffus d’être discriminés sur le marché de l’emploi. Une discrimination qui serait basée sur des critères de couleur de peau ou d’accent, puisque ces étudiants sont français. Mais face à ce ressenti, Kreyol’s tient à adopter une attitude pragmatique : « Il nous faut des éléments statistiques pour déterminer si c’est concrètement le cas. Notre base de données devrait permettre, outre le recensement des compétences, de comparer le taux d’emploi à compétence égale des étudiants caribéens avec la moyenne nationale. Nous avons déjà pu mesurer que sur 50 étudiants diplômés en droit, 99% n’exercent pas dans leur domaine de compétences. Mais ce n’est pas significatif, 50 individus constituant un échantillon bien trop faible pour pouvoir en tirer une conclusion valable ». La base de données recense déjà 600 individus, mais il lui faut atteindre la masse critique de 2000 étudiants pour que l’échantillon soit représentatif en termes de tranches d’âge, de régions, ou de catégories socio-professionnelles.

 

Rendez-vous le 19 avril.

 

En attendant que sa base de données atteigne les 2000 étudiants, l’association vous donne rendez-vous pour sa troisième édition des Journées d’information sur les perspectives d’emploi aux Antilles-Guyane, le 19 avril à Paris 8. Et si vous souhaitez à votre tour entreprendre un travail de recensement des jeunes diplômés dans une filière ou une région, Kreyol’s est d’accord pour mettre à votre disposition son savoir-faire. A bon entendeur…

 

EN SAVOIR PLUS :
www.kreyolsp8.com

 

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