Unique en France, l’Espace vie étudiante (EVE) de Grenoble offre un espace et un accompagnement aux porteurs de projets associatifs pour réaliser leurs projets. A la faveur d’une délégation de service public, l’association Eponyme gère EVE depuis six ans. Mais une récente décision des universités grenobloises pourrait bientôt remettre en cause cette expérience et plonger le campus dans l’incertitude. Il est en effet prévu de reporter le renouvellement ou la suppression de la délégation de plusieurs mois. Présidente d’Éponyme, Claire Guichou évoque l’importance d’un tel dispositif dans le paysage grenoblois. Elle appelle, en outre, les partisans d’un espace géré par et pour les étudiants à se mobiliser autour du collectif Motivés et signer une pétition portée par celui-ci. Interview.

Peux-tu expliquer ce que le dispositif Eve a d’unique en France ?


L’Espace Vie Etudiante (EVE) est la maison des étudiants de Grenoble. Régi par une association étudiante et inter-universitaire, EVE reste à notre connaissance le seul bâtiment géré par et pour les étudiants. L’association Eponyme est en délégation de service public avec l’université Pierre Mendès France et s’occupe du soutien aux initiatives étudiantes, l’animation du domaine universitaire, la gestion d’un espace café et la mise en place de service aux étudiants notamment auprès des étudiants étrangers.

Quelle est la part d’implication de l’association Eponyme dans ce dispositif ?


Cette délégation de service public résulte d’un contrat par lequel l’université confie la gestion d’un volet de la vie étudiante dont elle a, normalement, la responsabilité à l’association Eponyme. En contrepartie, nous recevons une subvention pour assurer sa mise en oeuvre. En se remettant constamment en question, en étant réactive et participative, l’association a réussi à réunir autour d’elle de nombreuses associations locales. Ces dernières étant attirées par l’engagement d’Eponyme d’effectuer sa mission dans l’intérêt de tous.

 

Dans quelle mesure peut-on dire que la délégation de service public (DSP) accordée à l’asso constitue un plus pour le dispositif ?


Je ne pense pas qu’il faille considérer la DSP comme un plus pour l’association mais un « super bonus » pour la vie étudiante. Qui mieux que les étudiants connaissent leurs besoins et les problématiques qu’ils doivent traiter ? Dès lors, pourquoi les étudiants ne pourraient pas jouer un rôle majeur dans le dispositif ?

 

Concrètement, que signifie ce report de décision au mois de novembre voulu par le corps universitaire ?


Ce report de décision intervient suite à la non-reprise par le PRES Université de Grenoble dans les délais de la DSP de EVE. En effet, l’Université Pierre Mendès-France souhaite voir cette délégation portée de façon inter universitaire. A vrai dire, je comprends et partage cette volonté. Malheureusement pour des questions administratives et d’attribution du bâtiment, ce transfert ne sera pas possible avant 2012. Ce report de deux mois exprime pour l’université « l’intérêt général », aspect que conteste l’association. En effet, si un changement de délégataire doit avoir lieu en novembre, il entrainera une interruption de service (déménagements, installations, prise en main…) dans une période de forte activité pour la vie étudiante, plutôt que durant les vacances d’été. 

 

Le conseil d’administration de l’association vient d’avoir lieu. Qu’avez vous décidé ?


Le conseil d’administration de l’association Eponyme, réuni le 27 juin 2011, a pris acte de la proposition formulée par l’université de proroger la délégation de service public concernant le bâtiment EVE pour une durée de deux mois. Le conseil d’administration a estimé que cette proposition, justifiée par des nécessités juridiques, ne permet pas de garantir une continuité acceptable du service public, assuré par l’association et ne sert pas « l’intérêt général » prévu par l’article 29 du cahier des charges de la délégation. Le conseil d’administration de l’association Eponyme, aujourd’hui délégataire, a choisi de repousser son vote et sollicite un entretien avec le président de l’université Pierre Mendès-France avant le prochain conseil d’administration du 13 juillet 2011. 

 

Comment souhaites-tu voir aboutir ce conflit ?


Le prolongement d’une année de la DSP serait une issue favorable pour solder ce conflit. Cela permettrait de revenir à un calendrier universitaire essentiel dans la bonne gestion de EVE et du maintien du service public. Pour cela, des négociations doivent être engagées, j’espère que cela pourra se régler au mieux et le plus rapidement possible dans l’intérêt des étudiants grenoblois.

 

 

* La délégation de service public est « un contrat » par lequel une collectivité confie la gestion d’un service public dont elle a la responsabilité à un délégataire public ou privé (entreprise privée ou publique, association). Pour plus d’informations reportez-vous aux textes de lois. Pour plus d’informations sur ce thème, consultez cet article.

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