Au niveau des différents médias jeunes avec qui Jets d’encre travaille, l’usage des nouvelles technologies est-il très répandu ?

Il est en fait assez minoritaire. Il y a peu d’expériences vraiment intéressantes dans ce domaine au niveau de notre public, majoritairement lycéen ou collégien. S’il est aujourd’hui facile pour tous d’accéder à Internet, sa maîtrise n’est pas forcément évidente et l’animation d’un média uniquement pour le web demande un minimum de compétences techniques spécifiques.

Si l’on tape sur un moteur de recherche « média étudiant » ou « média lycéen », plusieurs sites vont certes ressortir ; dans le détail, ce sont surtout des sites servant de base d’archives à des publications papier. Certaines rédactions jeunes, pour la plupart étudiantes, ont su se lancer dans les nouvelles technologies et y faire des expériences intéressantes. Je pense par exemple à linterview.fr qui proposait un journal que l’on pouvait feuilleter en ligne, et qui aujourd’hui se consacre au nouveau format du « webdocumentaire ».

A mon avis,  l’avenir est au développement de la complémentarité papier / web. Vouloir allier les avantages de l’un et de l’autre constitue une démarche intéressante. Mais pour cela il faut être à même d’avoir un projet éditorial qui tienne compte de la particularité des deux supports.

Quelles sont les raisons pour lesquelles beaucoup de médias jeunes restent encore éloignés du web ?

Il y a d’abord le problème des compétences techniques. Faire un journal « papier » demande finalement peu d’éléments, souvent très accessibles : avec un ordinateur, une imprimante et un photocopieur il est déjà possible de faire quelque chose. Mais tenir un projet éditorial à moyen ou long terme, en lui apportant des mises à jour régulières – une chose qu’exige le format web – cela demande des compétences techniques et éditoriales, ainsi que beaucoup de temps, ce que n’ont pas toujours les lycéens et les étudiants.

D’autre part, et au terme d’une année de discussions que nous avons organisée au sein de notre réseau sur ce sujet, il me semble que les rédactions jeunes conservent un fort attachement au papier. Les jeunes consomment des médias sur Internet, mais produisent majoritairement du papier car ces journaux-là conservent un aspect social intéressant : ils s’élaborent collectivement lors de réunions « physiques », permettent d’aller à la rencontre de ses lecteurs au moment de la distribution, s’échangent entre lecteurs…. Le papier reste favorisé, car les jeunes réalisateurs de médias ont aussi envie de contacts – ce qui semble plus compliqué à générer via le web, support dématérialisé.

À l’inverse, quels sont les avantages que mettent en avant les médias jeunes ayant effectué une conversion numérique ?

Le premier élément positif est l’élargissement de leur audience. Il s’agit cependant d’un vrai défi à relever, car ce lectorat élargi n’est pas tout à fait le même que leur lectorat « traditionnel » qui correspond à la fac, au lycée… Il faut donc être capable de le redéfinir, et d’adapter en conséquence sa ligne éditoriale. Un autre avantage est bien évidemment la possibilité de partager son contenu sur les réseaux sociaux, pour faire du buzz autour de sa publication.

Par ailleurs, le format web permet de réduire considérablement les coûts de production du journal en éliminant le poste d’impression, souvent très lourd à assumer.

Enfin, le web peut constituer un facteur de pérennisation du projet, dès lors qu’il est porté par une équipe qui a su transformer son projet éditorial sans s’éloigner de son public. La dématérialisation n’est alors plus un obstacle, elle contribue à rendre le média pérenne, en élargissant le cercle possible des contributeurs.

Selon vous, est-il possible de concevoir une complémentarité entre supports physiques et supports numériques ?

Cette complémentarité est un axe intéressant, à condition que l’on ne se contente pas simplement de mettre en ligne les articles publiés dans la version papier ; il faut proposer des « extensions » spécifiques au web, avec des rubriques différentes, des versions des articles enrichies, des papiers non publiés etc. – par exemple sur le modèle de ce que font Contrepoint ou Europa. Cette complémentarité peut aussi passer par le fait de proposer des rubriques actualisées plus régulièrement que ce que ne permet le format papier. C’est particulièrement intéressant pour les médias étudiants qui peuvent ainsi diffuser les informations des autres associations de leur campus de manière beaucoup plus régulière – par exemple, un agenda culturel local.

Dans cette dimension de complémentarité, il ne faut pas oublier les réseaux sociaux : beaucoup de journaux jeunes ont leur page Facebook, ce qui permet de créer une dynamique et de se constituer une « communauté » de lecteurs.

Malgré tout, le contact direct reste le meilleur moyen de connaître son lectorat : l’intérêt de conserver une publication papier et d’aller la distribuer, tout en publiant sur Internet, c’est aussi de ne pas le perdre de vue.

Jets d’encre soutient le projet Youthmedia France. Pourriez-vous présenter ce projet en quelques mots et préciser ce qu’il se propose d’apporter aux médias jeunes ?

Youthmedia est un réseau social de journalistes jeunes, une plateforme d’échanges qui permet de capter et de diffuser des contenus. Il est possible d’y avoir recours par exemple si l’on cherche une photo pour illustrer un article.

Il s’agit d’un projet né au niveau européen, qui se décline ensuite dans plusieurs pays – avec plus ou moins de succès. En France, l’outil n’est pas entièrement abouti, mais il est parfaitement opérationnel, il existe et il est possible de s’en saisir.

 

Cet article fait partie du dossier Les médias étudiants et le web

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