Dans le récent « Rapport sur l’Éducation pour tous » de Frederico Mayor, Directeur de l’Unesco, une donnée statistique révèle mieux que tous les autres chiffres de cet ouvrage fort documenté le déséquilibre actuel dans l’accès aux connaissances : « dans le monde, une femme sur trois ne sait ni lire, ni écrire, contre un sur cinq chez les hommes ».

Comment vivent ces « exclus du savoir » ? Comment se situent-ils dans ce monde où l’écriture tend à devenir le vecteur et le creuset exclusif de la culture ? Que peuvent-ils comprendre des enjeux actuels de l’humanité ? Quelle part peuvent-ils prendre dans les engagements citoyens de notre époque ? Autant de questions qu’appelle ce constat accablant du Directeur de l’Unesco. Ces questions (et bien d’autres !) avaient certainement préoccupé les 155 gouvernements qui s’étaient retrouvés en 1990 à Jomtien pour conférer sur « l’éducation pour tous ». Une telle rencontre mondiale n’avait pu se terminer, comme l’exige le rituel, sans de fortes résolutions à concrétiser à l’horizon 2 000. Ainsi avait été prise la décision (et bien d’autres encore) « d’universaliser l’éducation pour tous les enfants de 5 à 15 ans ».

 

Pourtant, à quelques mois de l’an 2000, les signataires de « La Déclaration Mondiale de l’Éducation pour tous » n’ont pas tenu toutes leurs promesses. Certes, les États (notamment ceux des Pays en Voie de Développement) ont consenti des efforts qui auront permis, selon l’Unesco, une diminution globale entre 1990 et 1995 du nombre d’enfants en âge scolaire et non scolarisés (de 129 à 110 millions). Mais dans la même période, l’expansion démographique a fait croître la non-scolarisation de millions d’enfants issus de familles pauvres.

 

En même temps que ces efforts pour maintenir – voire augmenter – le taux de scolarisation souvent très faible (autour de 20 %), les États des PVD ont amorcé depuis la décennie 80 un inquiétant et constant mouvement de diminution des financements publics de l’Éducation. Ces politiques visent à se conformer aux solutions préconisées par les institutions financières internationales (FMI et Banque Mondiale). Les effets de tels désengagements des États du secteur public de l’enseignement sont désastreux : déscolarisation d’un nombre grandissant d’enfants de familles n’ayant pas les moyens d’assumer les charges qui y sont liées, détérioration des conditions de travail des enseignants, baisse générale de la qualité des enseignements (tant au primaire, au secondaire qu’au niveau supérieur).

 

Au total, tout en notant quelques avancées, différents analystes (ONU, Unesco, Banque Mondiale) s’accordent sur le fait que le tableau reste sombre, comme l’attestent ces deux chiffres :

  • 140 millions d’enfants n’ont pas accès à l’éducation, 
  • 250 millions sont obligés de vendre leur force de travail pour vivre. 

On l’aura compris, l’Éducation, consacrée par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 comme l’un des droits primordiaux de l’homme, n’est pas encore la chose la mieux partagée de notre planète. Faut-il rappeler qu’en France, un adulte sur dix est illettré ?

 

 

Fidèles à l’engagement pris par les 125 ONG présentes à la Conférence de Jomtien, 19 associations françaises de solidarité internationale (dont Anima’Fac) ont décidé « d’agir concrètement pour le droit à l’éducation ».

 

Engagées pour la plupart depuis plusieurs années dans les jumelages scolaires Nord/Sud, l’appui à des écoles communautaires, le soutien pédagogique aux enseignants du Sud, les membres du Collectif « l’Éducation pour tous » ont aussi un large panel d’actions en France (lutte contre l’illettrisme, soutien scolaire, etc.). Elles ont pour certaines un statut consultatif auprès de l’Unesco et du Conseil de l’Europe. Dans leur grande majorité, elles ont soutenu, il y a quelques mois, la Marche Mondiale contre le travail des enfants.

 

Programmée sur trois ans « 1998-2000 », la Campagne « Demain le monde… L’éducation pour tous » s’articulera autour de quatre axes principaux : « – Affirmer la nécessité de l’éducation pour tous, indispensable au développement humain,

 

  • Dénoncer le non-respect des engagements internationaux,
  • Agir dans le cadre de la renégociation des accords de Lomé pour un engagement renouvelé à la hauteur de l’enjeu de l’éducation pour tous,
  • Exiger une coopération renforcée des pouvoirs publics français et européens, revendiquer un effort accru de l’aide bi et multilatérale pour les pays les moins avancés ».

 

 

Pour les promoteurs de cette démarche, il s’agit autant de faire de l’éducation au développement au travers des nombreuses actions de sensibilisation et d’information que de revendiquer auprès des instances françaises, européennes et internationales, la prise en considération du droit à l’Éducation, pour tous.

 

Les initiateurs de la Campagne, soucieux de donner un large écho à leur démarche, entendent favoriser les initiatives locales chaque fois que cela est possible. Écoles, collèges, lycées, universités, associations… il s’agit que tous les acteurs socio-éducatifs soient, à leur hauteur, concernés par la campagne.

 

Grâce à un dispositif de labellisation, un établissement ou une association pourra mettre en place des actions locales d’information. Toute initiative locale (débats, conférences, expositions…) peut donc demander l’octroi d’un label et d’un cofinancement, se plaçant sous l’égide de la Campagne (le Collectif pouvant financer une action labellisée à hauteur de 10 000 F maximum). Anima’Fac tient à la disposition des associations étudiantes des dossiers de labellisation. Par ailleurs et conformément à sa vocation, Anima’Fac souhaite contribuer dans une dynamique de réseau, avec d’autres associations étudiantes, à amplifier cette campagne sur les campus, à mener les étudiants à se mobiliser pour le Droit à l’Éducation pour tous.

 

Contacts : Patrice BEDOURET, Solidarité Laïque
Tél. : 01 45 35 13 13

 

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