Alors que la toute dernière étude menée par le réseau indique clairement que les associations étudiantes connaissent les mêmes problèmes en matière d’égalité femme-homme que le reste de la société, Animafac organisait une journée dédiée à cette thématique le samedi 8 juin à Paris. Temps d’échanges et de réflexion, « L’égalité au pouvoir » a permis à une centaine de jeunes engagé.e.s d’imaginer des solutions concrètes pour faire reculer les discriminations subies par les femmes.

 

Les participant.e.s ont ainsi pris part à des ateliers pratiques sur l’empowerment, les outils de gouvernance et le sens de la mise en place d’actions féministes. Mais ce n’est pas tout ! Après la présentation des conclusions de l’étude menée par le réseau, chacun a pu assister aux tables-rondes sur « l’éducation et les stéréotypes »[1] ainsi que sur « les bonnes pratiques pour lutter contre les inégalités ». Cette dernière ayant notamment été l’occasion d’une mise en commun des travaux entrepris lors des ateliers du matin.

 

Note

[1] : Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter la bibliographie fournie par Françoise Vouillot (maîtresse de conférence au CNAM en psychologie de l’orientation), intervenante lors de cette table-ronde : http://www.animafac.net/assets/1-Actualites/Biblio2013FVouillot.pdf

Tout voir

A l’issue de la journée « L’Egalité au pouvoir », Animafac a pris huit engagements concrets pour prolonger la démarche entreprise avec l’étude Les femmes et le pouvoir dans les associations étudiantes et invite les associations étudiantes à s’en saisir.

 

1. Mettre en place un outil d’autodiagnostic afin d’évaluer nos pratiques

 

2. Recueillir des données sexuées sur la participation aux événements, formations et rencontres du réseau

 

3. Veiller à ne pas véhiculer de stéréotypes de genre dans les supports visuels et textuels (adoption de l’écriture épicène)

 

4. Favoriser une représentation équilibrée femmes-hommes au sein du conseil d’administration d’Animafac, du bureau et de l’équipe salariée

 

5. Favoriser une représentation équilibrée femmes-hommes au niveau des intervenant.e.s de nos événements

 

6. Avoir une représentation équilibrée femmes-hommes dans les contenus éditoriaux

 

7. Intégrer les enjeux liés à l’égalité entre les femmes et les hommes dans nos modules de formation

 

8. Organiser des formations citoyenne, pour les volontaires en Service Civique, sur le thème de l’égalité entre les femmes et les hommes

Concept tout droit sorti des esprits anglo-saxons, l’empowerment désigne une démarche d’accompagnement accentuant ou favorisant le pouvoir d’agir. Le tout afin de permettre à chacun.e de s’accomplir, se réaliser et mener à bien ses projets. Appliqué à la problématique des inégalités entre les femmes et les hommes, l’empowerment doit servir à déverrouiller des situations parfois tendues et faire sauter les freins issus des discriminations dont les femmes sont victimes.

 

Les participant.e.s à l’atelier se sont ainsi penchés sur les enjeux et les périmètres d’application propres à l’empowerment et ont également pu réfléchir à la prise en compte des problématiques de genre dans les actions d’accompagnement.

 

Remédier aux freins rencontrés par les femmes

 

Au cours de leurs échanges, les participant.e.s ont mis en avant un certain nombre de freins entravant encore l’égalité entre les femmes et les hommes. Les associatifs et associatives présent.e.s ont estimé que les femmes seraient plus introverties que les hommes, en rattachant cette différence de caractère à de facteurs culturels, couplés pour certains à des contingences biologiques. La maternité – et plus précisément la prise en compte de sa dimension socio-économique par la société – limiterait également les perspectives d’empowerment des femmes.

 

Pour remédier à ces problèmes, les participant.e.s préconisent de cibler les stéréotypes véhiculés au sein de la société pour mieux les combattre. Cette action, prioritairement éducative, permettrait de placer filles et garçons sur un pied d’égalité. Autre solution imaginée, les exemples de femmes ayant mené à bien des projets devraient être davantage mis en avant. L’exemple entraînant une mécanique de cercle vertueux. Enfin, la solidarité et le développement de réseaux solidaires entre femmes devrait être envisagé.

 

Agir à toutes les échelles pour faire changer les choses

 

Mais au delà des initiatives individuelles et du remodelage de la société, l’Etat doit également jouer son rôle. Les participant.e.s mettant notamment en avant l’exemple de la loi sur la parité des salaires votée en 1973… et jamais appliquée ! Des réformes simples pourraient pourtant voir le jour. A l’image de l’impulsion du développement de crèches d’entreprises, de l’élargissement du télétravail, de la refonte d’un congé paternité.

 

Dans l’univers des associations étudiantes, toutes et tous s’accordent à dire qu’il faut encourager les initiatives permettant à chacun et chacune de s’exprimer librement. Des réunions non mixtes devant favoriser la prise de parole des femmes étant même évoquées. Par ailleurs, les associations devraient plus largement ouvrir des postes dans leurs conseils d’administration pour accueillir des femmes. Enfin, le théâtre forum pourrait, selon les associatives et associatifs présents, être un outil de prise de conscience des inégalités entre les femmes et les hommes.

 

Atelier animé par Bastien Engelbach, chargé de mission à Animafac

Sans que cela soit forcément flagrant, les modes de gouvernance des associations étudiantes peuvent largement influer sur l’égale représentation entre les femmes et les hommes en leur sein. Répartition inégale de la parole, manque de clarté dans la définition des attributions de chacun peuvent, à terme, constituer un frein à l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités. Quelles bonnes pratiques peuvent et doivent être adoptées pour y remédier ? C’est là tout l’objet de cet atelier.

 

Après avoir établi un diagnostic en définissant la place actuelle des femmes et la répartition des rôles au sein des associations étudiantes, les participant.e.s ont admis que les hommes y étaient plus présents. Un constat établi tant au niveau des effectifs que des postes à responsabilité.

 

Pourquoi un tel déséquilibre ? Au niveau associatif, les structures étudiantes ne disposaient, jusqu’à la publication de l’étude d’Animafac, d’aucune statistique fiable portant sur la place des femmes dans les postes à responsabilité. La cooptation, propre aux associations serait également un facteur discriminant. Tout cela, associé à un manque de prise de conscience et plusieurs freins culturels entraîneraient une situation biaisée.

 

Les causes principales de ce problème étant ciblées, les participant.e.s se sont ensuite penché.e.s sur les solutions pouvant être apportées afin d’y remédier. Il leur a semblé en effet impératif de contrer les mécaniques en jeu dans les discriminations subies par les associatives au sein des structures. Dans ce cadre, ils ont préconisé notamment d’aménager des temps de formation spécifiques à ce public tout en lui donnant un réel espace d’expression avec des ateliers de théâtre-forum. Enfin, la piste d’une co-présidence mixte a été proposée.

 

Un atelier animé par Anne Guardiola, consultante sur l’égalité à Etudes, Conseils et Formations

Les luttes féministes des XIXe et XXe siècles ont permis aux femmes d’acquérir des droits essentiels dont peu, aujourd’hui, contestent la légitimité. Mais ces avancées successives comme le droit de vote et et l’avortement constituent-elles pour autant la fin de l’histoire ? Les tenantes actuelles du combat féministe sont parfois perçues comme rétrogrades et leur lutte obsolète. Mais derrière les représentations caricaturales, quelle est la réalité du féminisme ? Son histoire et les courants qui le traversent ? Et finalement, pourquoi continue-t-il d’avoir du sens aujourd’hui ?

 

Partant d’une première définition, les participant.e.s ont constaté qu’il n’existe pas de féminisme au sens absolu du terme mais des féminismes matérialisés au travers des époques et des luttes.

 

Quels enjeux pour un féminisme du XXIème siècle ?

 

Tout d’abord, la sensibilisation aux inégalités. Et cela passe notamment par l’image. Il semble en effet impératif de revoir la logique des campagnes publicitaires. Pour accompagner cette mutation, les participant.e.s proposent ainsi de créer une commission d’éthique chargée de palier les clichés véhiculés dans les spots. La formation en milieu scolaire et associatif couplée avec une analyse de son impact pourrait également permettre de réduire les inégalités.

 

Mais la sensibilisation ne doit pas, selon les associatifs et associatives présent.e.s, primer sur le « vrai combat ». Dans ce cadre, chacun et chacune fait état de diverses propositions telles que l’émergence d’une co-présidence. Les victoires d’hier ne doivent pas, par ailleurs, être considérées comme des acquis immuables, rien n’étant jamais évident en matière d’égalité. La question de la transmission – stratégique dans le monde associatif étudiant – se pose donc. Travail sur le vocable, sur les modes de gestion… les pistes ne manquent pas.

 

Pour ce faire, il semble crucial de donner des informations chiffrées et concrètes pour mieux éveiller les consciences. De même, les personnes engagées en faveur de l’égalité femme-homme doivent avoir la capacité de questionner les fausses évidences, les idées préconçues qui passent, aujourd’hui, pour des réalités. D’autre part, elles doivent pointer les cas de sexisme ordinaire. Ces situations qui semblent habituelles, presque normales… mais qui ne le sont pas.

 

Miser sur la formation pour plus d’égalité femme-homme

 

Pour accentuer la représentation des femmes au sein des structures associatives, la formation tient lieu de solution principale. Et pour y arriver, les responsables associatif.ve.s peuvent largement s’appuyer sur les 600 outils mis à leur disposition au travers de l’Egalithèque, un outil développé par le Centre Hubertine Auclert.

 

Outre la formation, c’est bel et bien la détection et le recrutement qui doivent être repensés. Les participant.e.s proposent ainsi d’agrandir le vivier de femmes bénévoles au service des associations, d’aller chercher des candidatures féminines pour le conseil d’administration… Sans oublier les hommes qui, parfois sans le savoir, constituent la seconde inconnue de l’équation.

 

Un atelier animé par Sylvie Cromer, maîtresse de conférence à l’Université Lille 2

La journée « L’égalité au pouvoir » se déroulait au sein de l’université Paris 7-Paris Diderot, seule université en France ayant créé un Pôle dédié à l’égalité Femmes-Hommes.

 

Exemple unique dans le monde de l’Enseignement supérieur français, l’Université Paris Diderot – Paris 7 dispose d’un Pôle Egalité Femme – Homme. Mis en place en 2011, ce pôle se fixe pour objectif de promouvoir, défendre et favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour ce faire, il se fonde sur une observation attentive des cas d’inégalités concrètes existant à l’université.

 

Une étude fondatrice pour l’action du Pôle

 

Au travers de ses observations, le Pôle Egalité Femme – Homme de l’Université Paris Diderot – Paris 7 a notamment déterminé que si les effectifs de l’université étaient pratiquement paritaires, la répartition par pôle d’activité est loin de connaître la même tendance. 60% des personnels administratifs sont des femmes tandis que les enseignants-chercheurs comptent plus de 60% d’hommes. En outre, il a été démontré que 80% des personnels administratifs à temps partiel sont des femmes. Et la situation n’est pas plus égalitaire chez les étudiant.e.s. On y observe les mêmes tendances et le même déséquilibre au fur et à mesure que le niveau d’études monte. Par ces études, devant d’ailleurs faire l’objet d’un rapport développé en partenariat avec l’OVE, le pôle entend atteindre trois buts prioritaires. Ses membres souhaitent en effet dresser un constat précis des inégalités en produisant des statistiques sexuées des personnels et des étudiant.e.s. Afin de compléter ces études quantitatives, une enquête qualitative a été menée dès 2011.

 

Un travail de veille et de sensibilisation

 

Après le constat et le diagnostique vient le temps de la prévention. Et pour cela, Les membres du pôle ont entrepris de diffuser les données quantitatives et qualitatives récoltés… mais pas que ! L’une des mesures emblématiques de ce plan d’action consiste en la mise en œuvre d’un réseau de « correspondant.e.s égalité » dans les UFR. Formés sur les questions d’égalité femme-homme, ces correspondant.e.s sont notamment chargés de sensibiliser leurs collègues et les membres de leurs structures. Ils doivent également être attentifs à ce que la composition des commissions et/ou conseils soit équilibrée, d’alerter sur les éventuels déséquilibres et d’analyser les écarts constatés en interaction avec le PEFH ; veiller à l’écriture épicène (ou à défaut neutre) des textes et des messages d’informations ; s’assurer que les textes et les règles de l’université sont appliqués ; jouer le rôle de vigie en alertant le pôle sur des cas flagrants de discriminations sexuées.

 

Des formations qui s’adressent aux étudiant.e.s

 

Une formation spécialement conçue pour les étudiants de M1 de l’Université Paris Diderot – Paris 7 a été mise en place. Intégrée au tronc commun des enseignements non scientifiques, elle permettra aux élèves de l’école d’Ingénieurs de se pencher sur des questions concrètes comme celle des stéréotypes et de l’égalité dans leur milieu professionnel, la place des femmes dans le domaine de l’ingénieurie ainsi que les discriminations sexuées dans le monde de l’industrie. L’objectif de cette formation ? Faire prendre conscience aux étudiant.e.s de l’influence de l’environnement social et culturel dans la façon dont les hommes et les femmes construisent leur parcours universitaire et professionnel.

 


Pour en savoir plus sur ce pôle, connectez-vous sur le site de l’Université Paris Diderot – Paris 7.

Durant les deux tables rondes, une jeune dessinatrice s’est amusée à illustrer les propos des intervenant.e.s et croquer en deux coups de crayon les petits (et grands) travers de la société. Découvrez ou redécouvrez sans plus attendre les esquisses réalisées en direct par Hélène. Enjoy ! 

 

 

 

 



 

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