Cinquante étudiants européens parcourant 2 500 kilomètres en stop ? Ce n’est pas un nouveau programme de téléréalité mais le projet Eurizons, destiné à promouvoir les Objectifs du millénaire pour le développement (omd) pris par l’ONU en 2000. Récit de ce voyage unique en son genre.

 


Au départ, ce n’étaient que des punaises sur une carte. Intriguée, Marine entend parler pour la première fois du projet Eurizons : 2 500 kilomètres en stop, à travers huit pays d’Europe pour promouvoir les objectifs du millénaire pour le développement. Le projet a été imaginé par GLEN (Global education Network), un réseau de onze associations étudiantes, essentiellement venues d’Europe de l’Est. Au printemps 2006, Étudiants et développement, le réseau national d’associations étudiantes de Solidarité Internationale français entend parler du projet. Immédiatement séduit, il propose d’organiser la clôture du voyage à Strasbourg.

D’abord sceptique à l’idée d’avaler huit pays en si peu de temps, Marine se laisse finalement séduire par l’originalité du projet : voyager à travers toute l’Europe, avec des jeunes de onze nationalités différentes… Fin août, elle rejoint l’équipe des 50 auto-stoppeurs qui ont accepté de relever le défi. C’est le début du périple : deux semaines et demie pour aller de Riga, en Lettonie, jusqu’à Strasbourg avec pour seul moyen de transport… le pouce.

Chaque matin, même rituel. Répartis en binôme, les voyageurs d’Eurizons se postent, sac au dos, au bord de la route à la recherche d’aimables conducteurs disposés à leur faire parcourir, dans la journée, les quelques 500 kilomètres qui les séparent de leur prochaine étape. Pour y parvenir, chacun son astuce.  » Daniel, un auto-stoppeur hongrois, était passé maître dans la conception de panneaux : I have beer, take me… Un autre faisait du stop sur un cheval à bascule trouvé à Riga : c’est un peu devenu la mascotte du voyage  » raconte Vincent, un des cinq Français.  » C’était vraiment très rare qu’on poirote trop. »

Marine, elle, se souvient quand même d’une fois où  » pas très réveillés, on s’est retrouvé avec mon binôme à faire du stop sur une bande d’arrêt d’urgence. Aucune voiture ne nous prenait. Au bout de deux heures, un véhicule de police est arrivée : ils nous ont engueulé… Avant de repartir en nous laissant plantés là ! «  Les organisateurs d’Eurizons avaient heureusement prévu une voiture-balai,  » pour les losers «  précise Marine en souriant.

Sensibilisation in situ. Une fois pris en stop, le travail des jeunes délégués européens ne fait que commencer.  » L’idée, avec ce moyen de transport, était qu’on puisse sensibiliser directement les automobilistes «  explique Vincent. Armés de flyers et de solides arguments, ils tentent d’expliquer les OMD.  » A chaque fois, on essayait de trouver un angle pour les toucher : aux mères de familles, la mortalité infantile, aux écolos les problèmes environnementaux… Et puis quand on les sentait vraiment trop peu réceptifs, on laissait tomber «  raconte-t-il.  » Dans certains pays, c’était difficile de parler de solidarité envers les pays en développement » reprend Marine.  » La Pologne, par exemple, se considère comme un pays pauvre. Ils ont plein de problèmes nationaux et n’ont pas tellement envie d’entendre parler d’aide aux pays du Sud. « 

Chaque binôme a ainsi rencontré une vingtaine de conducteurs. «  C’était très varié. J’ai été prise une fois par un avocat à la voiture climatisée, d’autres ont fait tout un trajet en Jaguar  » raconte Marine.  » A l’opposé, il y avait un type qui revenait d’Ukraine avec une vieille voiture russe qu’il n’avait pas réussi à vendre, un vieil édenté, même un hippie en camionette «  poursuit Vincent. à chacun, ils ont demandé s’ils n’avaient pas un petit mot à glisser aux députés européens qui attendaient les auto-stoppeurs à Strasbourg. Quelques photos retracent leurs réclamations, de  » l’harmonisation fiscale en Europe « , à  » ce serait bien que les députés européens aillent un peu plus au travail « , en passant par  » n’achetez plus de fringues chez H&M. « 

Chaque soir, arrivés dans un nouveau pays et une nouvelle ville, les auto-stoppeurs poursuivent leur travail de sensibilisation.  » Dans toutes les villes étapes, des associations locales prévoyaient des évènements : flash mob, pièce de théâtre, concerts, jeux…  » se souvient Marine. A Cracovie, la petite délégation rencontre le ministre de l’Agriculture polonais. à Munich, ils participent à des workshops avec des associations locales spécialisées sur les questions de santé. à Strasbourg, pour clore le voyage, ils rencontrent les députés européens pour les sensibiliser à leur tour aux objectifs du millénaire. L’occasion, aussi, de leur montrer les complaintes des citoyens européens recueillies tout au long du voyage. Quelques semaines après la fin du périple, un député européen d’origine hollandaise a repris contact avec eux pour leur faire part d’une bonne nouvelle : après avoir rencontré la délégation d’auto-stoppeurs, les parlementaires ont entamé une discussion sur l’aide au développement et décidé d’y accorder une plus large part du budget de l’Union. Un coup de pouce pour la Solidarité Internationale.

 

 

Soyons sociaux
Réagir c'est agir