Le mouvement « On s’en fout pas » appelle les élus français à se mobiliser pour un meilleur accès aux soins des pays pauvres. Quelle responsabilité ont les pays développés face à la situation des pays africains ?

 

B.G. : Lors de la 55ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 8 septembre 2000, les 191 états membres de l’ONU se sont fixés huit objectifs pour assurer le développement des pays les plus pauvres d’ici à 2015. Parmi ces objectifs, trois concernent directement la santé : réduire de deux tiers la mortalité infantile, réduire de trois?quarts la mortalité maternelle et faire reculer le Sida, le paludisme et autres grandes maladies, auxquelles il convient d’ajouter l’accès aux médicaments.

Ces trois objectifs traduisent bien la prise de conscience par la communauté internationale que la santé est une condition essentielle du développement et non sa résultante.

En dépit des efforts et des actions réalisés par l’ONUSIDA, l’OMS, le Fonds Mondial, la Banque mondiale, et les programmes bilatéraux, les résultats sont encore très insuffisants :

Le Sida, le paludisme et la tuberculose tuent chaque année six millions de personnes, dont trois millions pour le Sida. 1,2 million de personnes seulement ont accès aux traitements antirétroviraux, alors que 6 millions en auraient besoin.

La responsabilité des pays développés face à cette situation est par conséquent d’accentuer leur aide en faveur des pays pauvres, au travers de l’aide publique au développement (APD). La France s’est résolument engagée sur cette voie, en privilégiant la voie multilatérale. Aucune agence ou initiative bilatérale ne saurait en effet présenter une réponse à la hauteur du défi mondial à relever. La France est l’un des premiers pays contributeur au Fonds SIDA (225 millions d’euros en 2006). Elle est par ailleurs à l’origine de la démarche visant à l’instauration de sources innovantes et additionnelles de financement pour amplifier l’effort consenti. Tel est l’objet de la contribution internationale de solidarité sur les billets d’avion que la France met en place dès juillet 2006 et qui financera essentiellement l’achat de médicaments pour le SIDA.

Notre pays va aussi, dès cette année, dans le cadre de la facilité internationale de financement (IFFim), verser cent millions de dollars par an, en moyenne, pendant une période de vingt ans, en appui à la vaccination dans les pays les plus pauvres, au travers de l’alliance pour les vaccins (GAVI).

Toutes ces ressources substantielles viendront bien évidemment compléter les dispositifs et initiatives existants (Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, PEPFAR, Banque mondiale etc.)

 

Comment agir pour aider l’Afrique non seulement à obtenir des soins, mais aussi à les mettre en place ?

 

B.G. : Le renforcement des systèmes de santé, la disponibilité de personnels formés en nombre suffisant, des infrastructures en bon état de fonctionnement sont indispensables à toute amélioration de la situation sanitaire des pays en développement. Il s’agit là de priorités qui doivent être gérées par les autorités nationales avec l’appui des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux.

 

La lutte contre les maladies transmissibles dans les pays en développement se heurte à de nombreux obstacles. L’un des obstacles principaux est celui de l’accès aux médicaments, qui recouvre tout à la fois la disponibilité des médicaments et leur distribution. Les traitements pour lutter contre le VIH/sida, ou les formes résistantes de paludisme et de tuberculose, sont onéreux. Pour le sida, ces traitements doivent par ailleurs être maintenus à vie. La FIAM (Facilité Internationale d’Achats de Médicaments), créée à l’initiative de la France, a pour objectif d’adosser des recettes pérennes au financement de l’approvisionnement en médicaments et d’offrir une visibilité à moyen et long terme pour renforcer l’accès à des médicaments de qualité à un prix abordable. La FIAM vise à favoriser la baisse des prix et la diversification de l’offre par une plus grande efficacité du marché. Un marché du médicament qui est structuré aujourd’hui prioritairement par la demande du Nord n’est en effet pas en mesure de fournir les quantités de médicaments nécessaires à un prix accessible pour les pays en développement. En outre, les traitements doivent encore être adaptés (formulations spécifiques pour la pédiatrie, doses fixes combinées) afin d’assurer une meilleure adéquation et un meilleur confort pour les patients. La FIAM devrait également permettre d’assurer la qualité des médicaments et des produits de diagnostic dont elle aura facilité ou financé l’acquisition.

Par ailleurs, et vous avez raison de le souligner, il importe de pouvoir distribuer les médicaments à ceux qui en ont besoin. A cet égard, la pénurie croissante des ressources humaines des pays en voie de développement dans le domaine de la santé est un problème majeur .

Il y a un chantier énorme à mettre en œuvre. Il s’agit là de mobiliser le plus grand nombre de partenaires, et notamment les autorités nationales des pays concernés, le système hospitalier français ou encore les organisations internationales.

Il est nécessaire aussi de disposer de professionnels de santé adaptés à chaque contexte national, ce qui passe notamment par une amélioration de leurs conditions d’exercice. Il faudra de même faciliter et adapter la formation des personnels au domaine plus spécifique du sida, voire encore déléguer certains tâches médicales à des personnels paramédicaux, impliquer les acteurs locaux autour de la santé en général et du sida en particulier.

Consciente de cette problématique, la France met en place des plates?formes d’expertises régionales venant en aide, à la demande des pays, à la mise en œuvre des projets financés par le Fonds mondial, tout en assurant un transfert de compétences, avec en outre la mise en place de systèmes de suivi et d’évaluation par les pays permettant de suivre leurs performances.

 

Comment introduire plus de réciprocité dans la coopération sanitaire entre pays en développement et pays riches ?

 

B. G. : La France considère que les liens entre les migrations et le développement sont importants et c’est la raison pour laquelle elle met en œuvre, dans le cadre de la poursuite des Objectifs du millénaire pour le développement, une stratégie visant à :

 

1)améliorer les conditions de vie des zones d’émigration, 2)renforcer les échanges et la formation, 3)promouvoir, avec les migrants de France, un co?développement en faveur de leurs pays d’origine.

Les pays du Nord comme du Sud ont besoin des flux de compétences. Au Nord, le vieillissement de la population va créer un fort besoin de main d’œuvre. Au Sud, l’explosion démographique va nécessiter un investissement accru dans la formation d’hommes et de femmes aptes à gérer les économies et les problèmes de société. On voit bien qu’il y a là de quoi bâtir un réseau d’échanges dans lequel les ressortissants du Sud acquièrent des compétences au Nord, tant académiques que professionnelles, et en font, en retour, bénéficier leur pays d’origine.

Pourquoi ne pas proposer en priorité à des médecins africains, installés en France, de contribuer au développement de leur pays d’origine ou au développement d’autres pays par le biais de missions de courte durée ? Il est possible, me semble?t?il, pour un médecin, sans renoncer à sa carrière dans le pays qu’il a choisi, de mettre sa compétence et son expérience au profit de son pays d’origine pendant quelques mois.

Cette voie m’apparaît prometteuse et je souhaite contribuer, à travers mon action, à son essor.

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