Depuis 30 ans, la France se demande s’il faut accepter ou non les étudiants étrangers.Jusque dans les années 80, on ne constate pas vraiment de politique d’accueil des étudiants étrangers en France ; bien qu’il existe une tradition de solidarité avec les pays du Sud. La Grande-Bretagne la première, a estimé qu’elle ne pouvait pas accueillir tout le monde. Elle ainsi instauré des barrières financières, en faisant payer des frais d’inscription au prix fort pour les étudiants étrangers ; tandis que les nationaux ne paient pas, ou moins. Mais en France, il est plus compliqué de rendre l’université payante.

 

Etudier à l’étranger. Auparavant, la procédure n’avait pas vraiment de cadre. Elle ne répondait pas à un dispositif précis et relevait plus du cas par cas. Un étudiant étranger (hors du programme Erasmus) qui souhaitait poursuivre ses études en France, devait d’abord envoyer une candidature libre auprès d’une université en France. Tout cela au format papier : photocopies, traductions de diplômes, files d’attente et course aux tampons étaient de mise. Et à chaque université à laquelle l’étudiant souhaitait postuler, rebelote ! Il lui fallait recomposer l’ensemble du dossier et l’envoyer par voie postale à chacune d’entre elles. L’université lui répondait par acceptation ou refus de sa préinscription.
Une fois sa préinscription universitaire en poche, deuxième sélection : il fallait aller à l’ambassade déposer un dossier de demande de visa avec son projet, des preuves de sa solvabilité financière ( 400 euros par mois étaient exigés) et la preuve de sa préinscription universitaire. Le plus souvent, un entretien avait lieu pour vérifier son niveau de français et la solidité du projet. Puis le consulat acceptait ou refusait le visa d’études.
Dans le cas où l’étudiant étranger voulait commencer ses études en France en premier cycle (ce qui n’est pas la majorité des cas, puisque 70% des demandes concernent les deuxième et troisième cycles), il devait passer par une procédure particulière, la Demande d’Admission Préalable (DAP), avant le 31 Janvier de chaque année. Le service culturel de l’ambassade le convoquait à un examen universel pour tous les pays au mois de février (des tests de langue et de connaissances assez généraux). Si la note était supérieure à 10, l’étudiant pouvait choisir trois universités par ordre de préférence et attendre leur réponse positive de préinscription. La procédure consulaire pour le visa suivait.

 

Aujourd’hui. Mais toutes ces procédures appartiennent désormais au passé. Depuis qu’une convention a été discutée et signée le 14 Décembre 2005, entre la CPU (Conférence des Présidents d’Université) et le Ministère des Affaires étrangères. Cette convention instaure le principe des CEF devenus aujourd’hui Espaces Campus France appelés à se multiplier sur le globe. Que l’université ait décidé ou non d’adhérer au CEF en signant la convention, le passage de l’étudiant par ce dispositif est aujourd’hui obligatoire dans tous les pays où il est en place.

 

En quoi consistent les CEF ? Des CEF existent aujourd’hui en Chine, au Brésil, en Algérie, au Sénégal, en Tunisie et au Maroc. Ils sont un passage obligé pour les étudiants qui souhaitent partir en France poursuivre leurs études. Un CEF abrite le Centre d’Evaluation Linguistique et Académique (CELA), service pré-consulaire chargé des demandes de visas étudiants long-séjour et des visas concours. Le but de ces centres est de mieux orienter en amont les étudiants étrangers. Durant un entretien, la question des moyens dont dispose l’étudiant est abordée.Et si c’est payant, c’est responsabilisant. Il faut que l’étudiant soit en mesure de financer ses études. D’un point de vue pragmatique, les CEF apportent de bonnes choses :
–  Ils répondent à la nécessité de pouvoir mieux distribuer les étudiants étrangers sur les universités du territoire français ;
–  Ils instaurent une véritable politique d’accueil des étudiants étrangers à l’image de celle du Canada ou de l’Australie.

 

Mais les CEF posent problème sur d’autres points :
–  L’aspect financier est mis au devant pour la délivrance des visas au détriment de la pédagogie ; alors même que la qualité des études n’est pas du tout envisagée par l’administration consulaire. Le Ministère des Affaires étrangères souhaite les développer partout pour pouvoir filtrer et orienter les étudiants étrangers. Or, le Ministère n’a pas les compétences pédagogiques dont dispose une université pour examiner le dossier d’un étudiant et juger de sa recevabilité ;
–  Aujourd’hui, l’université française n’est pas philosophiquement basée sur la sélection de ses étudiants. Ce premier pas franchi pour les étudiants étrangers serait-il une étape vers la sélection des étudiants dans leur ensemble ?

 

 

Les enjeux pour les associations étudiantes. C’est dans ce sens qu’il semble important que des structures associatives puissent se faire entendre. Ces étudiants dits étrangers font partie intégrante du système universitaire français, d’où l’intérêt de renouer un dialogue sincère avec les associations d’étudiants. Ces dernières devraient davantage prendre conscience de leur véritable rôle d’ambassadeurs, et sortir des traditionnels Tabaski et Khawaré (soirées culturelles au Sénégal)
L’intégration sociale et culturelle dans le pays d’accueil, et l’apprentissage du « métier d’étudiant » en général, passent largement par les activités des associations étudiantes. Qu’elles s’organisent par nationalité ou par affinité, un nombre croissant d’entre elles agit aussi bien pour défendre les étudiants en difficultés administratives que pour leur proposer la découverte de notre société. Avec l’essor des mobilités étudiantes en cours et à venir, il faudra mettre les bouchées doubles, multiplier les initiatives et renforcer les capacités, afin de se faire entendre des institutions pour prendre part réellement au processus d’intégration. Malgré l’image que traîne l’Afrique d’un continent corrompu par ses dirigeants et d’une population peu instruite, la libre circulation est un droit fondamental de l’être humain. A l’heure où la croissance d’un pays passe nécessairement par la formation, une barrière au séjour d’étudiants maliens, sénégalais, togolais ou guinéens sur le sol français porte préjudice au développement du continent.
D’autant que dans le cadre de la francophonie et de l’histoire commune qui lie certains pays d’Afrique à la France, la coopération doit logiquement prévaloir : la priorité doit être donnée aux Africains pour se former en France. Si cette priorité n’est plus à l’ordre du jour, c’est un coup dur porté au continent dans les 15 années à venir mais aussi à la France qui aura besoin de cerveaux étrangers. Il est impératif de rendre les informations accessibles et le procédé plus fluide. Surtout pour les États africains qui souffrent d’un exode massif de leurs compétences.

 

On a pu lire dans un rapport de l’UNESCO que le Nord aide le Sud pour former ses travailleurs qualifiés. Le problème en France depuis 50 ans, c’est qu’on dirait plutôt le contraire. En réalité, ce sont les pays pauvres qui sont amenés à fournir les cadres qualifiés des pays du Nord !

 

Abdoul Anne
Association Jeunesse et Initiatives
Secrétaire National d’Animafac

 

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