* Compte rendu de l’atelier qui s’est tenu à l’université d’été d’Animafac, le 19/09/09 de 13h30 à 15h30


Intervenants
Nadia Bellaoui : secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement et ancienne déléguée générale d’Animafac
Didier Guillot : adjoint au maire de Paris en charge de la vie étudiante

Animateur
Ahmed El-Khadiri : délégué-général adjoint d’Animafac

Introduction, par Ahmed El-Khadiri

Poser la question de savoir comment réduire l’écart entre l’idéal démocratique et la réalité de notre démocratie revient, entre autres, à se demander comment permettre la participation du plus grand nombre aux différents niveaux. Une catégorie de la population fait plus particulièrement l’objet de nombreux discours et de stigmatisation : la catégorie de la jeunesse. Cependant, cette catégorie est difficile à définir et reste finalement insaisissable. Peut-on alors dire que la catégorie des jeunes est différente ? Présente-t-elle des spécificités au niveau du rapport à la politique et dans ses aspirations ? Les jeunes sont-ils, ainsi qu’on l’entend souvent dire, apathiques et font-ils preuve de défiance à l’égard des institutions ?


Intervention de Nadia Bellaoui

Il n’est pas certain qu’il y ait des spécificités fortes justifiant que l’on s’intéresse plus particulièrement aux jeunes dans les discours sur les rapports à la politique. En réalité, quand on regarde les chiffres traduisant la participation et les choix politiques au moment des élections, on constate que globalement, au cours des trente dernières années, les jeunes suivent le mouvement général de la société. Le même constat s’impose également si l’on prend en considération l’engagement dans le monde associatif, puisque chez les jeunes aussi bien qu’au niveau de toute la population, environ 40 % des personnes sont engagées dans une association. Au niveau des valeurs, une enquête du sociologue Bernard Roudet démontre qu’il y a peu d’écart entre celles des jeunes et celles du reste de la société.

Il n’y a donc pas de spécificité forte justifiant que l’on porte une attention ciblée aux jeunes. Cependant, il y a autour de la jeunesse un enjeu important, qui tourne autour de deux axes :

  • le temps de la jeunesse est celui de l’avenir et il implique donc que l’on se se soucie de savoir ce que sera le monde
  • pour la jeunesse, le poids des héritages et des carcans est moins important, car c’est un âge où on laisse moins peser le poids de ce que l’on considère comme des évidences et où l’on s’émancipe des contraintes familiales.

La jeunesse est donc un âge propice au renouvellement, à la considération de l’avenir, et l’on a besoin, en politique, de l’originalité que peut apporter la jeunesse.

Intervention de Didier Guillot

Il est difficile d’appréhender la jeunesse en s’appuyant sur une vision totalisante de celle-ci : beaucoup de jeunes vivent des choses très différentes et, par exemple, la question de l’autonomie ne se pose pas de la même manière pour tous.

Concernant la participation des jeunes à la vie politique, on rencontre en France un problème spécifique à ce pays qui est le déficit en termes de représentation des jeunes. La classe politique française est très âgée – à quarante ans l’on y est encore considéré comme un jeune – ce qui est réellement préoccupant.

Ce problème est lié pour partie à la culture démocratique française, dont la conception abstraite à l’extrême du républicanisme rend taboue la question de la représentation des catégories. Si l’on prend pour élément de comparaison ce qui se passe dans d’autres pays, on observe que, par exemple, le Parlement néerlandais, où la parité et la diversité sont respectées, a une moyenne d’âge qui tourne autour des trente ans.

Cette question concerne les partis au premier chef, car la représentation est le fruit de ceux-ci plus encore que de la loi : la loi récente rabaissant l’âge de l’éligibilité au Sénat à 23 ans ne changera rien si aucun parti ne présente de candidat de cet âge. Il faut également que les partis soient capables de créer les conditions pour attirer les jeunes, car si ceux-ci n’adhèrent pas ils ne peuvent participer à la représentation. Or il y a, dans les partis et les syndicats, un rapport trop prégnant à la culture pyramidale et un décalage avec les nouvelles formes de communication.

Discussion générale

À la question de savoir pourquoi ce qu’on observe en France ne s’observe pas nécessairement dans les autres pays, notamment aux Pays-Bas cités en exemple, il est apparu que la culture politique française se distingue par une volonté d’unifier et qu’elle s’est construite contre les particularismes : la Nation est composée d’instances personnelles subordonnées à la seule raison et, dans cet esprit, la représentation ne doit pas être fondée sur les particularités mais sur quelque chose qui transcende chacun de nous. La philosophe Hannah Arendt avait ainsi constaté qu’alors que la révolution américaine s’était construire à partir de la société pour remonter aux institutions, la Révolution française s’est faite à partir d’un modèle d’institutions auquel on a cherché à conformer la société.

Face au constat dressé d’une classe politique jugée peu accueillante pour les jeunes, il semble qu’il importe en premier lieu pour chacun de pouvoir mener des projets et de les porter. Si l’on souhaite favoriser l’émergence d’innovations démocratiques, on peut commencer à les pratiquer dans les associations étudiantes : non-cumul des mandats, limitation dans les postes de responsabilité, etc.

Plus largement, si l’on souhaite renouveler la culture politique du pays, il faut faire émerger de nouveaux corps intermédiaires ou transformer la culture politique. On peut par exemple se demander comment trouver des moyens pour faire valoir autrement des compétences, en faisant valoir les savoir-être. Ou encore, si l’on souhaite, contre les logiques pyramidales, promouvoir davantage d’horizontalité, il faut pouvoir le dire. Pour faire bouger la culture politique, il faut créer des choses et porter un discours sur ce que l’on fait, en allant au-delà des appareils. Les jeunes peuvent se distinguer par ceci qu’ils sont capables d’apporter de nouveaux sujets et de les mettre en  débats, de manière approfondie, sans se limiter aux questions médiatiques, pour faire en sorte que le débat public porte sur des choses qui nous parlent.

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