INTERVENANTE : Florence Kunian, administratrice d’Animafac et chargée d’étude pour l’Observatoire de la vie étudiante (OVE).

L’Observatoire de la vie étudiante (OVE) a pour vocation de décrire les conditions de vie des étudiants. Il pilote pour cela de nombreuses études, la principale étant une enquête triennale réalisée auprès d’un échantillon représentatif d’étudiants, où plus de 24 000 réponses sont analysées. Temps de trajet, manière d’étudier, logement, revenu… tout est abordé. Jusqu’ici, il n’existait cependant aucune étude qualitative sur la manière dont les universités perçoivent et organisent la vie étudiante. Avec le passage au système LMD et la LOLF, il a semblé important d’interroger l’institution universitaire sur ses politiques de vie étudiante, sur tous les services pensés pour l’étudiant hors de la formation et de la recherche. C’est en qualité de responsable de cette enquête que Florence Kunian vient aujourd’hui parler de la politique de vie associative des universités.

PRÉSENTATION DE L’ENQUÊTE

Un questionnaire a été envoyé, en avril 2005, à l’ensemble des universités de France et des DOM-TOM, n’incluant pas les universités catholiques ni les groupements d’écoles d’ingénieurs.

Il se décompose en 13 parties. Les deux premières sont consacrées aux priorités de l’université en matière de vie étudiante. Puis, suivent 11 parties thématiques : accueil, information, orientation, insertion professionnelle, politique culturelle et de vie étudiante, vie sportive, santé… Et une partie consacrée à la politique de vie associative des universités.

Les questionnaires ont été envoyés au Président de l’université, qui a en général délégué une personne chargée de répartir les questionnaires aux différents responsables concernés, puis de les recueillir avant de les renvoyer. Certaines questions sont communes à toutes les parties : Qui s’en occupe ? Avec quels moyens ? Selon les sujets, différents points sont ensuite explorés.

65 établissements environ ont répondu. Les questions étant ouvertes, le rendu des questionnaires est souvent très dense, mais il n’inclut pas l’action des composantes (UFR de l’université). On a une vision de ce qui s’organise au niveau central, pour l’ensemble des étudiants d’une université, mais qui est parfois moins développé que l’action plus locale des « facs ».

LE CHAPITRE VIE ASSOCIATIVE DE L’ENQUÊTE

Les universités ont encore des structures très pyramidales. Elles sont organisées autour de la recherche et ne sont historiquement pas préoccupées de ce qui touche à la vie des étudiants. Pendant longtemps, seules les corporations ont été reconnues, les associations telles que nous les connaissons dans le réseau Animafac étaient invisible. Pourtant, la première Radios Campus est apparue en 1969, le Génépi en 1977…

Les lois Faure (1968) et Savary (1984), organisent la présence des étudiants dans les instances de l’université. Cela conduit les universités à ne dialoguer avec – et à ne reconnaître – que ceux qui investissent ces conseils, c’est-à-dire ceux qui se présentent aux élections universitaires. Elles ne « pensent » pas le dialogue avec d’autres acteurs étudiants de l’université, des associations ayant des projets culturels, par exemple.

C’est ce problème de reconnaissance qui fonde l’émergence du réseau Animafac, en 1997. En 2000, le monde associatif reconnait sa spécificité associative, puisque Animafac rentre dans la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA), qui regroupe les associations par thèmes. L’émergence des associations comme interlocuteur possible est donc très récente.

En 2001, la circulaire Demichel préconise la mise en place, dans chaque université, du Fond de Solidarité et de Développement des Initiatives Etudiantes (FSDIE) qui remplace le FAVE, utilisé à d’autres fins. Elle invite également les universités à créer des bureaux de vie étudiante, pensés comme des interfaces entre l’administration et les étudiants sur tous les sujets, y compris l’accompagnement de projets associatifs. Le FSDIE est constitué à partir d’un montant prélevé sur les droits d’inscription des étudiants (environ 10 euros). 70 % de cette cagnotte doit servir au financement des projets associatifs étudiants, 30 % doivent être consacrés à l’aide sociale. L’attribution des subventions aux associations étudiantes se fait sur dossier, parfois via des appels à projet. Le FSDIE apparaît donc comme le premier outil réel de gestion de la vie associative dans les universités.

Malgré cela, les universités continuent de trouver le dialogue avec les associations difficile, les trouvant trop volatiles, trop mouvantes notamment en raison du turn over de leurs équipes dirigeantes.


Qu’attendent les universités de la vie associative ?

Elles attendent, en majorité, que les associations assurent l’animation du Campus, favorisent l’intégration des étudiants, notamment étrangers, et développent les services. En somme, qu’elles jouent un rôle de relais entre l’université et les étudiants. Elles se disent également sensibles aux actions de solidarité et de prévention que les jeunes peuvent conduire. Beaucoup voient, dans la vie associative, un facteur d’épanouissement pour les étudiants. Certaines lui reconnaissent même une dimension formatrice car elle apporte des savoir-faire complémentaires aux étudiants. Enfin les engagements étudiants apportent à ceux qui les mènent, toujours selon les universités interrogés dans l’enquête, une ouverture citoyenne tant lorsqu’ils se mobilisent en faveur de la participation aux élections étudiantes que lorsqu’ils permettent d’ouvrir l’université sur la cité.


Quelles responsabilités prennent-elles pour développer la vie associative ?

La plupart se contentent de gérer le FSDIE avec un permanent qui a en général d’autres activités en plus. Elles évoquent également l’aide au montage de projet, ce qui revient généralement à expliquer comment remplir le dossier de subvention. Très peu, en effet, proposent de véritables politiques d’accompagnement de projet.
Certaines ont néanmoins mis en place des services à destination des associations étudiantes : bureaux de vie étudiante, services répondant aux questions administratives…La domiciliation des associations à l’université est citée comme un moyen de développer la vie associative.

Quels moyens sont mis à disposition pour développer la vie associative ?

Les universités mettent essentiellement, mais insuffisamment par rapport à la demande, des locaux à disposition des associations. Certaines proposent des aides financières en plus du FSDIE. D’autres citent l’aide à la reprographie comme une aide matérielle aux associations. Certaines prévoient dans le contrat quadriennal (qui les engage vis-à-vis de l’Etat en contrepartie de financements) certaines activités associatives, mais avec peu de détails.

Parmi les moyens et outils réels mis à disposition des associations étudiantes, on trouve la construction de maisons ou lieux de vie étudiante, en général avec le soutien de l’Etat. Quelques établissements aident également leurs associations à nouer des contacts avec des partenaires en faisant connaître leurs projets.

Les moyens mis à disposition par les universités sont rarement financés par l’Etat. En dehors du FSDIE, il s’agit donc des fonds propres de l’université. Le FSDIE peut cependant rassembler à lui seul des sommes très importantes : proportionnel au nombre d’étudiants, il peut monter jusqu’à 270 000 euros. Les universités se retrouvent d’ailleurs souvent en position de solliciter des projets car elles n’arrivent pas à utiliser la totalité du fonds. Pour autant, elles hésitent à financer de manière ambitieuse certains projets étudiants, préférant accorder peu à beaucoup. Les universités sont également très réticentes à l’idée d’investir dans du matériel qui peu disparaître avec le changement d’équipe de l’association, voire la disparition de cette dernière. Quand les projets des étudiants sont pérennes, ils sont souvent financés hors FSDIE, sur des lignes distinctes (cas des radio-campus).

Que font les universités pour développer la vie associative ?

Outre les annuaires, agendas et la communication qui permettent de faire connaître les projets des associations, les universités parlent souvent des nouveautés initiées dans le cadre de la réforme LMD : s’engager dans la vie associative peut désormais  » rapporter des points « . Une étude réalisée par Animafac sur la validation des acquis de l’expérience associative dans le cursus universitaire montre que l’engagement associatif est en réalité très peu  » rémunéré  » en tant que tel : ce sont le plus souvent des cours associés qui sont notés. De plus, les étudiants considèrent que les projets associatifs leur prennent bien plus de temps qu’une UV classique : il y a donc très peu d’effet d’aubaine. Cette incursion de la vie associative dans le cursus universitaire est néanmoins importante, d’abord comme forme de reconnaissance des universités vis-à-vis des associations, puis car elle permet aux associations d’être mieux connues des étudiants et d’instaurer un dialogue avec l’administration.

Il existe très peu de mutualisation des pratiques des universités entre elles. Le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui devrait pouvoir disposer d’une vue d’ensemble sur ces pratiques a, en réalité, bien du mal à centraliser les informations des universités car sa logique est plus celle d’un évaluateur (qui finance ensuite, éventuellement) que celle d’une mise en commun des bonnes pratiques. Et les universités craignent toujours qu’on rogne leur autonomie.

Certaines universités disent également organiser des forums associatifs à la rentrée. Ceci est une formule à développer car trop de campus laissent les associations trouver elles-mêmes les moyens de se faire connaître, ce qui est très difficile surtout quand l’université est étendue. Les sites Internet des universités sont plus complets qu’auparavant : ils permettent aujourd’hui de voir facilement la liste des associations. Ils sont, cependant, peu ou pas systématiquement consultés par les étudiants.

Comment s’organisent la politique de vie associative ?

Les principales orientations de la politique de vie associative se prennent au Conseil de des études et de la vie universitaire (CEVU). Il existe un vice-président du CEVU, ou vice-président  » vie étudiante « . Ce pouvoir de décision ne signifie pas pour autant que le CEVU dispose des prérogatives financières qui vont avec. Le CEVU emet des recommandations, qui sont validées en conseil d’administration de l’université.

Les associations sont très rarement impliquées dans les services dirigeant les lieux de vie étudiante. Il existe quelques exceptions comme EVE à Grenoble, ou dans les universités de Mulhouse et Nancy. Mais en règle générale, ce sont les élus étudiants et non les associations qui sont sollictés pour faire partie des instances dirigeantes. Ceci pose problème pour la reconnaissance des projets associatifs. Et bien souvent, pour l’attribution des locaux dont les universités manquent et qui sont accordés en priorité aux élus étudiants.

L’ensemble des réponses données par les universités montre que ces dernières ont souvent tendance à considérer les étudiants comme des consommateurs et non comme des acteurs, y compris de la vie associative. Elles ne perçoivent pas le le gain qu’elles auraient à travailler avec les associations étudiantes parce qu’elles ne les considèrent pas comme une ressource.

DÉBATS AVEC LA SALLE

L’attribution des fonds FSDIE

Les associatifs reviennent sur les propos de Florence Kunian selon lesquels l’université attendrait essentiellement des associations qu’elles animent le campus. Ils se plaignent de ne pas obtenir facilement de subventions de la FSDIE parce que leurs projets ne correspondent pas à ces attentes.

Florence Kunian confirme que les universités ont souvent tendance à ne financer que des projets dont il leur semble qu’ils pourraient avoir des retombées positives sur le campus. Le Génépi, dont les projets (l’enseignement en prison) ne se passent pas sur le campus et ne contribuent pas à son animation, ont ainsi eu le plus grand mal à obtenir des financements. La politique universitaire a également évolué par rapport aux projets de solidarité internationale dont on ne voyait, en réalité, pas les résultats : aujourd’hui une exposition est systématiquement demandée au retour. On pourrait néanmoins considérer qu’au même titre que les associations doivent être transparentes sur la manière dont elles utilisent ces fonds, l’administration devrait faire preuve de transparence sur la manière dont elle les attribue.

Florence Kunian revient également sur le fait que les commissions FSDIE, composées d’élus étudiants, de responsables unievrsitaires permanents ou élus, ne jugent pas utile de faire siéger également quelques porteurs de projets étudiants, pour décider de la répartition des fonds. Au niveau national, une structure comme le Conseil de la vie associative (CDVA) est organisé de manière paritaire Etat / association, sans inclure les syndicats.

Les luttes internes et le « clientélisme » pratiqué par l’administration universitaire.

Un associatif présent se plaint que les rivalités des services universitaires entre eux viennent souvent freiner la réalisation des projets étudiants. Certains vont refuser de les soutenir uniquement parce qu’ils ont les faveurs de son rival. Le problème se pose également avec les syndicats étudiants. Une autre associative étudiante, responsable d’une association culturelle, rapporte que les services culturels de l’université ont souvent tendance à les considérer comme des rivaux.

Florence Kunian reconnaît que ce n’est pas un problème nouveau, les Radios Campus ont beaucoup souffert de cette organisation qui fait qu’on peut se voir priver de financements sous prétexte que l’on n’est pas  » amis  » avec les bons élus. La solution est à trouver d’abord dans la transparence, notamment en exigeant des PV clairs des décisions. Il ne faut pas non plus oublier le rôle que peuvent jouer les conseils de vie universitaire : composés de membres du corps professoral, ils sont peu sollicités alors qu’ils ont une bonne vision d’ensemble du fonctionnement de l’université. Enfin, lorsqu’ils existent et fonctionnent, les bureaux de vie étudiante peuvent s’avérer des instruments de liaison très efficaces avec l’administration.

Le manque de visibilité des associations.

Un des problèmes, selon Florence Kunian, réside dans la manière cloisonnée, peu participative dont fonctionne l’université : il n’existe pas de liens, d’agendas collectifs ou d’organisation globale de la vie universitaire. Il faudrait pouvoir augmenter les interactions et les dialogues collectifs. Peut-être serait-il intéressant d’éditer un guide (ou kit) à destination des associations étudiantes pour leur donner des outils leur permettant se faire connaître et reconnaître, dans leur dialogue avec l’université. Il faut arriver à une légitimation du fait associatif.

 

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