ANIMATRICE : Laetitia Hamot, vice-présidente d’Animafac

 

INTERVENANTE :

– Florence Kunian, Responsable d’étude pour l’Observatoire de la Vie Etudiante (OVE) et membre du CA d’Animafac au nom de Radio Campus Paris.

Son enquête pour l’OVE nourrit une reflexion sur les politiques de vie étudiante, comprenant les questions de prévention et santé. Pour Animafac, elle s’est surtout intéressée aux associations nationales et au chantier prévention des risques. C’est elle qui a rédigé la contribution d’Animafac lors des auditions menées par le député Wauquiez sur la santé des étudiants.

 

PRÉSENTATION CRITIQUE DU RAPPORT WAUQUIEZ

 

En France, 37% d’une génération acquiert un diplôme de l’enseignement supérieur, alors que la moyenne est de 50% en Europe. Or il est avéré que les conditions de vie influent sur la réussite des étudiants. C’est de là qu’est né l’intérêt d’un groupe de parlementaires pour les conditions de vie des étudiants. Laurent Wauquiez a donc mené un double travail sur les étudiants : l’un porte sur l’amélioration du système de bourses et le second sur la santé, dont il a été question lors de ce chantier.

 

Le ton de ce rapport est plutôt alarmiste : il y est rappelé à plusieurs reprises que les conditions de vie des étudiants empirent. Il faut toutefois relativiser ce constat : les étudiants ont la meilleure santé de toutes les catégories de population. Il est fait état, dans la présentation, de « signes de dégradation alarmants », sans qu’aucune étude néanmoins n’apporte d’éléments scientifiques sur le sujet.

Les principaux points faibles quand on parle de santé des étudiants sont :

– Le « mal être » étudiant. Il y a néanmoins un problème de définition de ce concept. Faut-il inclure la déprime passagère, à laquelle est soumis périodiquement tout un chacun ?

L’alcool. Les étudiants sont des buveurs festifs mais boivent moins au quotidien que le reste des jeunes.

La nutrition.

– La vie sociale et sentimentale.

– Les questions relatives à la sexualité, contraception, etc.

 

La question de la visite médicale universitaire obligatoire a ensuite été abordée. Certaines universités l’ont déjà abandonnée car elles préfèrent cibler leur action en direction de certains publics plutôt que de mettre tous leurs efforts dans une visite pour tous qu’elles jugent inefficace. Les premières discussions au sein d’Animafac ont fait ressortir l’utilité de permettre à tous les étudiants d’accéder à une consultation médicale (généralistes, dentistes, ophtalmologues…), mais sans passer nécessairement par le système de la visite obligatoire, pour qu’effectivement, soient ciblées les populations qui en ont le plus besoin, telles que les étudiants en médecine, en sciences, les étudiants étrangers… sachant que pour ces derniers, des questions spécifiques sont soulevées : le problème de la communication (vocabulaire spécialisé), celui de l’information (comment les toucher spécifiquement sur le thème de la santé ?)

 

Par ailleurs, il semble nécessaire de développer la sensibilisation à la question de la santé auprès des étudiants. Or les services de médecine préventive ont, tout comme l’ensemble de notre système de santé, plus la culture du soin que de la prévention et leur action est limitée par le manque de personnels. Les associations étudiantes ont donc toute leur place à prendre dans le domaine de la prévention. Or les associations et projets étudiants ont un manque de visibilité auprès de ces services : il faut sans cesse prouver l’intérêt de la sensibilisation « par les pairs ».

Par ailleurs, l’accompagnement de projets étudiants dans le domaine de la santé manque de soutien : c’est aux associations étudiantes de sensibiliser en premier lieu les CEVU et FSDIE sur le thème, en favorisant les appels à projets, par exemple. Il est à noter que certaines Universités proposent des UE libres « santé » : les étudiants sont ensuite « relais » sur le campus dont la mission est de mener des campagnes de sensibilisation. Le rapport Wauquiez plaide pour la remise à plat du système de service préventive.

 

Le rapport Wauquiez fait un lien entre maladie et handicap alors que ces deux thèmes devraient plutôt être dissociés, pour éviter une approche par trop négative de la situation des personnes handicapées. La santé relève de la prévention des risques, , le sujet du handicap est plus lié à une problématique d’accueil et d’intégration.

 

Enfin, la comparaison entre le niveau de couverture des étudiants et celui des jeunes non étudiants est riche d’enseignements : l’accès des étudiants à une meilleure couverture santé est évidemment utile , car elle se maintient dans les faits…

 

DÉBATS AVEC LA SALLE

 

– Sur l’allocation aux jeunes.

Ses partisans assurent que les soucis financiers que connaissent les étudiants ne les aident pas à combattre leur mal-être. Environ 50% des étudiants travaillent.

Il faut toutefois distinguer 4 catégories d’étudiants salariés :

– ceux pour qui c’est une nécessité totale ;

– ceux à qui cela permet d’améliorer un quotidien financièrement tendu ;

– ceux qui travaillent afin de pouvoir consommer plus : c’est plus de « l’argent de poche » pour eux ;

– ceux pour qui le salariat en parallèle des études a une vocation pré-professionnalisante.

D’autre part sur ce sujet se pose une question de justice sociale, une allocation pour tous les jeunes suppose qu’on accorde autant à la personne déjà privilégiée qu’à celle qui n’a rien.

 

– Sur les problèmes de communication autour des projets des associatifs étudiants.

L’Université n’accorde des espaces d’affichage qu’aux associations prenant part aux élections aux conseils centraux, quand bien même ce n’est pas leur vocation. Au sein du réseau Animafac, ce problème n’est malheureusement pas neuf, et il faut continuer de combattre la confusion entre le politique, le syndical et l’associatif.

 

– Sur les moyens d’améliorer la visibilité des projets de prévention de risque sur les campus.

Quelques rappels toujours utiles…

Repérer ce qui se fait sur le campus, quels sont les autres acteurs et quels sont leurs interlocuteurs.

Rencontrer les membres du FSDIE et les sensibiliser au rôle qu’ont à jouer les associations étudiantes dans le domaine de la santé. Les amener à réfléchir à la répartition des projets soutenus par cette commission (quel budget alloué jusqu’à maintenant à la prévention par les pairs au sein de l’université ?)

Rencontrer le Vice-Président étudiant et/ou le Président de l’université, ainsi que les membres du Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire (CEVU). Il y a toujours au moins une personne de bonne volonté, même si ce n’est pas la première que vous rencontrez !

 

En un mot, tout reste à faire : il ne faut pas hésiter à solliciter les universités, à les sensibiliser à l’importance des questions de santé des étudiants et, surtout, leur montrer quel intérêt elles ont à renforcer la visibilité et donc l’efficacité des associations de prévention des risques.

 

Pour en savoir plus sur la contribution d’Animafac et le rapport Wauquiez

Soyons sociaux
Réagir c'est agir