Pour la première fois, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a délivré une autorisation temporaire à une chaîne associative, Zaléa TV, d’émettre à partir du site de la Tour Eiffel sur le canal UHF 35.

 


Cette mesure aux allures de démocratisation des ondes cathodiques, n’est, à bien y regarder, qu’une preuve supplémentaire du retard de la France en matière télévisuelle par rapport à nos voisins européens (Allemands, Suédois, Espagnols…).

 

Si les radios associatives ont acquis leur liberté en 1981-1982, la télévision associative reste encore et toujours aujourd’hui cantonnée aux diffusions hertziennes temporaires et par câblo-opérateurs.

 

Et pourtant ! En août 2000 avec la modification de la loi sur la communication audiovisuelle de 1986 on pouvait s’attendre à des progrès. Pour la première fois, télés associatives et télés commerciales étaient mises sur un pied d’égalité, les télés associatives ayant le droit de candidater à l’ensemble des différents modes de diffusion existants. Un détail d’importance manquait : une aide économique à la diffusion des programmes associatifs, seule solution permettant l’émergence d’une télévision humanisée à l’abri des stratégies publicitaires et partisanes .

 

En ne créant pas les moyens d’appropriation du seul média de masse excluant encore les associations, la politique audiovisuelle française a poussée à la naissance du concept de  » Tiers Secteur Audiovisuel « , dont Zaléa TV et Michel Fizbin, son fondateur, sont les plus fervents représentants.  » Télévision alternative, du secteur non marchand et citoyenne « , Zaléa TV avec ses consoeurs Télé Bocal, Télé Plaisance mais aussi les télés de Pays et de Quartiers souhaitent bousculer les habitudes et enfin faire reconnaître leur droit à la liberté d’expression. Véritable poil à gratter de l’univers cathodique, ces chaînes diffusent des programmes vus nulle part ailleurs, faits par des passionnés de l’audiovisuel mais aussi par de véritables professionnels souhaitant sortir du formatage des grilles traditionnelles.

 

Que l’on aime ou pas, les programmes font réagir, interpellent sur la place de la télévision dans notre société. S’ils sont jugés trop radicaux, poussant parfois à un rejet des élites politiques et médiatiques, il suffit de se souvenir qu’ils sont le produit d’une discrimination cathodique pour que le téléspectateur-citoyen leur accorde son indulgence pas toujours d’ailleurs à bon escient. La marginalisation de la télé associative est, au XXIème siècle, une limite démocratique qu’il faudrait dépasser pour le respect du droit à l’information et au choix du média d’information de chacun. La solution est économique, elle nécessite comme dans bien d’autres domaines la simple solidarité des acteurs, c’est à dire, comme pour la radio, la participation financière des partenaires commerciaux à la diffusion de programmes de chaînes gratuites à but non lucratif. Cela éviterait à la télévision associative de voir sa diffusion suspendu à l’appel à souscription.

 

À côté de cette réalité de la télé associative dite du  » Tiers Secteur Audiovisuel « , une autre existe. Celle de la télévision associative étudiante. Plus jeune dans son émergence, il y a dix ans, elle est un pari d’avenir proposé à l’ensemble des acteurs audiovisuels. Présente dans une vingtaine d’établissements de l’Enseignement Supérieur (universités, grandes écoles…), il est temps qu’il y ait une prise en compte de ce vivier de savoir-faire. Là encore, si l’ on regarde au delà de l’horizon français, force est de s’apercevoir des passerelles s’ouvrant entre médias étudiants et médias professionnels, alternatifs… Le moment n’est-il pas venu de valoriser l’esprit d’initiative, de débrouillardise qui naît dans les enceintes des savoirs, les universités et Grandes écoles ?

 

Aujourd’hui, à l’état de curiosité, la télévision associative doit être envisagée dès maintenant comme une ligne de force de la diversité culturelle, éducative de notre société. Lui dénier, cela serait nier la place importante qu’occupe la télévision dans l’accès aux savoirs et au débat d’idées. Celle-ci peut apporter une humanité et proximité que la télévision actuelle tend à perdre.

 

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