Depuis la mise en place du Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale en 2007, le département co-développement a été muté du Ministère des Affaires Etrangères à ce nouveau ministère de tutelle. Il est, de ce fait, revenu au premier plan dans les médias. Mais que recouvre exactement ce concept ? Quelles perspectives son application peut-elle offrir aux associations de migrants et particulièrement aux associations étudiantes (solidarité internationale, accueil d’étudiants étrangers, insertion professionnelle…) ?

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Traditionnement, le co-développement désigne les actions de migrants au profit du développement de leur pays d’origine. Une réalité aussi ancienne que l’émigration elle-même. Dès les années 1960, période de développement des flux migratoires vers l’Europe, les migrants ont soutenu des projets au profit de leur famille restée au pays et de leur village d’origine. Ces dernières décennies, le concept a été élargi.

 

Définition. Réellement introduit dans les années 1980, le concept renvoie à un mode de coopération Nord/Sud basé sur un développement partagé. Il privilégie les initiatives de migrants susceptibles de développer le tissu économique de leurs pays d’origine, favorise les partenariats entre entreprises, collectivités, organismes de formation et associations, mais également la circulation de tous ces acteurs.

Un peu d’histoire… Aujourd’hui devenue un leitmotiv des politiques de développement des pays du Nord en direction des pays d’émigration du Sud, la notion de co-développement part de l’idée suivante : aider les migrants de retour à s’insérer économiquement, tout en favorisant le développement économique des régions d’origine, permettra de fixer la population candidate à l’émigration. Il s’appuit également sur le fait qu’une coopération entre les pays du Nord et les pays du Sud permettra de « maîtriser et organiser les flux migratoires ». L’appui à ce type d’action a d’abord été formalisé par la création, à la fin des années 90, de la Mission Interministérielle au Co-développement et aux Migrations Internationales (la MICOMI), avec la volonté de renforcer ce levier de développement. Dans les faits, les programmes de coopération mis en place à cette époque (au Sénégal et au Mali notamment) ont permis la construction d’un partenariat institutionnel avec ces pays, qui s’est traduit par la signature de conventions de codéveloppement.

Jeunesse et co-développement. Tous les acteurs de la coopération Nord-Sud étant invités à se saisir du concept, la FAFRAD (Fédération des associations Franco-Africaines de Développement) organisait en juin 2000 une journée d’étude sur le thème « Jeunesse et co-développement ». L’occasion pour de nombreux acteurs associatifs et institutionnels de faire le point sur son effectivité dans les actions de coopération franco-africaines ; et particulièrement les actions portées par des jeunes. On y entrevoyait déjà un réel espoir d’ouvrir plus grandes les portes de solidarités qui, bien conduites, peuvent redonner du sens à l’avenir des sociétés, au Nord comme au Sud. Sur le thème du village planétaire, – « nos destinées étant intimement liées » – il apparaît plus qu’urgent de chercher à travailler main dans la main. Dans sa mise en oeuvre, l’implication des migrants y apparaît première, même si les organisations de jeunes, ou les jeunes tout court, sont clairement concernés. Finalement, tous les acteurs sociaux peuvent se saisir du concept. Car il ne s’agit pas d’opérer seulement des échanges entre jeunes, mais aussi entre professionnels.

Outil. Mais plus récemment, le co-développement est revenu à la une des médias et a été placé au coeur des débats, notamment ceux de l’élection présidentielle de 2007, en recouvrant des acceptations différentes, dans un contexte de rapprochement entre les thématiques de migrations et celles du développement.

Balbutiements. Cette politique reste pourtant à construire, mais avec toutes les parties-prenantes si elle veut être efficiente. L’alternative est la suivante : « ou le co-développement reste enfermé dans un réduit du ministère de l’immigration auquel il est rattaché, et subordonné à la politique de contrôle et de restriction de l’immigration ; ou bien il inspire globalement un renouveau de la politique de coopération française et de relations Nord/Sud au profit des deux hémisphères. Dans son état actuel, le co-développement n’est qu’une politique publique à l’état de prototype »(a).

« Co »développement tarte à la crème ? Depuis les élections présidentielles de 2007, et la création du MIIN (Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale), le co-développement est revenu au goût du jour dans les institutions. Accolé à ce ministère, le co-développement est d’abord vu comme un outil de régulation des flux migratoires même s’il a pris récemment une nouvelle appellation, sous le terme « développement solidaire ». Sur le site du Ministère, on définit l’objectif de la politique de co-développement comme suit : « L’enjeu du co-développement est de donner aux États du Sud et à leurs ressortissants les moyens d’avoir confiance en eux-mêmes et de construire un avenir sur leur territoire. Il s’agira d’abord de mobiliser les instruments permettant aux migrants d’agir en faveur de leur pays d’origine ».

Nouveaux interlocuteurs ? Pour mettre en oeuvre cette politique, c’est Basile Boli qui se voit confier le fauteuil de chargé de co-développement en octobre 2007. Sur le même thème en effet, quelques mois auparavant, l’ancien footballeur avait créé son association ERA, Entreprendre et Réussir en Afrique. En relation avec l’Agence Française de Développement, l’association ERA a également signé un accord de partenariat avec l’ANAEM (Agence Nationale d’Accueil et Etrangers et des Migrations). L’association se propose comme structure d’appui-conseil aux porteurs de projets d’entreprise en Afrique ; en particulier les jeunes diplômés africains qui ont des projets dans leur pays d’origine. L’association entend même accompagner ces projets 5 ans après leur mise en place. Mais pour l’heure il est encore difficile de juger de son action de façon chiffrée… Un petit bureau donc pour l’ancien footballeur…mais qui entend par son action double, ministérielle et associative, s’investir autant que faire ce peut, dans une réelle action politique en faveur du co-développement.

Changement de température. Pour l’heure, les organisations associatives d’appui aux migrants, restent prudentes. Si elle se sont saisies depuis longtemps de ce concept de co-développement, leurs collaborations avec le département dédié, au sein du MIIN, restent réservées. Si leurs interlocuteurs n’ont pas changé, leur déménagement au sein du MIIN en a refroidi plus d’un et les sollicitations des associations de migrants vers ce département se font avec quelques sentiments de méfiance, même si le ministre en charge de l’immigration tente de donner à ce terme de co-développement une perception positive, en l’associant au « développement solidaire ».

Actualités. Soucieux de ne pas simplement réchauffer le concept, le ministre Brice Hortefeux souligne que le développement solidaire implique des actions d’aide au développement qui participent à une meilleure gestion des flux migratoires. « Cela inclut, bien entendu, le co-développement qui vise à soutenir les initiatives des diasporas au bénéfice de leur pays d’origine », précise-t-il. Il admet que le co-développement est un concept qui existe depuis une dizaine d’années mais qui avait, jusqu’ici, du mal à émerger puisqu’il reposait sur les initiatives de particuliers. Dans un article publié sur RFI.fr, il souligne qu’il a obtenu que le budget du co-développement, qui existait avant la présidence de Nicolas Sarkozy, passe de 3 à 60 millions d’euros, ce qui permet de multiplier par 20 les engagements dans ce domaine. A suivre…

(a) : in Rapport d’information, au nom de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées sur le co-développement, et les relations entre politique de développement politique de gestion des flux migratoires, juillet 2007.

 

On l’aura compris, le concept de co-développement n’est pas novateur. Et malgré son passif, il est loin d’avoir acquis ses lettres de noblesse. Une réelle politique le concernant reste à mettre en place pour véritablement quantifier son impact dans la coopération entre états du Nord et du Sud. Pour l’heure, chacun, association comme collectivité, peut toutefois s’en saisir pour réellement mettre en oeuvre une réelle vision de développement en terme d’intérêts partagés. On peut ainsi observer de réelles mises en oeuvre du co-développement. Illustration.

Zoom sur le Label Co-Développement Sud
Ville de Paris

En 2006, la ville de Paris a initié un appel à projets visant à labelliser des projets associatifs parisiens. A qui s’adresse-t-il ? Aux adhérents migrants ou aux structures qui travaillent de manière étroite avec des Parisiens d’origine étrangère.
A travers ce label, la mairie de Paris entend valoriser la diversité culturelle de la capitale et promouvoir les multiples formes d’engagement associatif qui ont des implications et retombées ; à Paris comme dans les pays d’origine.

En 2007, le Zébu Francophone, association membre d’Animafac, était un heureux lauréat de ce label pour son projet d’élaboration, édition et diffusion d’un dictionnaire bilingue malgache / français. Le Zébu Francophone travaille, avec d’autres associations de solidarité internationale françaises, à la relance de l’édition jeunesse à Madagascar. En 2008, il se concentrera ainsi sur l’élaboration, l’édition et la diffusion à Madagascar d’un dictionnaire bilingue malgache / français pour les enfants, intégrant des pages didactiques sur le développement. Grâce à l’expérience qui sera ainsi acquise, le Zébu Francophone, en partenariat avec des associations de migrants, organisera à Paris, des journées de la littérature malgache et de l’Océan Indien.


Pour plus d’infos sur l’appel à projets 2008

Quelques sources d’informations sur le co-développement :

Association www.co-développement.org : actualités et articles sur le thème

Mémoire de Master « Coopération Internationale, Action humanitaire, et Politiques de Développement » (CIAHPD) Paris I Sorbonne Mélanie Cambrézy, 2007

– FAFRAD (Fédération des Associations Franco-Africaines de Développement Journée d’étude de la, « Jeunesse et co-développement », 2000

– Ministère de l’immigration et de l’identité nationale : Le co-développement à l’essai, Sénat 2007

– Liaison Franco-Africaine, Publication bimestrielle « Le co-développement : du concept à la mise en oeuvre sur le terrain » :

– Entreprendre et Réussir en Afrique

– Le débat du Club des Juniors Entreprises 28 mars 2008, « La France, terre d’immigration : la fin du mythe ? »

 

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