La pratique du mécénat a connu des évolutions importantes au cours des dernières années. Désormais, le soutien des entreprises aux associations peut se faire de bien d’autres manières que par la signature d’un chèque. Plus personnalisés, plus pérennes, les liens entre les entreprises et les associations prennent en compte la nécessité pour chacun de pouvoir développer des projets en commun, de faire se rencontrer leurs pratiques et de bénéficier réciproquement des spécificités de chacun.

Le mécénat de compétences s’inscrit pleinement dans cette logique. Concrètement, de quoi s’agit-il ? Le mécénat de compétences est un partenariat entre une entreprise, ses salariés et une association. Il consiste, pour une entreprise, à mettre à disposition d’associations une partie de son personnel.

Encore relativement méconnu, le mécénat de compétences symbolise la possibilité de créer une convergence entre les actions des associations et celles des entreprises.

Quels sont les apports pour chacun ? Quels types de projets peuvent être menés grâce au mécénat de compétence ? Comment y avoir recours ?

 

Tout voir

À la jonction de plusieurs préoccupations, le mécénat de compétences permet de répondre aux attentes des associations et à leur besoin accru de savoir-faire spécifiques en renforçant le lien entre celles-ci et les entreprises.

Forme spécifique du mécénat, qui vise à permettre la rencontre entre le monde économique et des missions d’intérêt général répondant à des préoccupations culturelles, environnementales et de solidarité, le mécénat de compétences consiste en la mise à disposition de salariés volontaires, pendant leur temps de travail, par une entreprise, au bénéfice d’une structure soutenue, le plus souvent une association.

Connaissant un réel essor depuis plusieurs années, le mécénat de compétences a été mis en avant grâce à quelques initiatives phares, comme la création d’un statut de « collaborateur citoyen » chez SFR. Ce statut mis en place dans l’entreprise de téléphonie en 2006, à la suite d’accords avec les partenaires sociaux, permet à un salarié volontaire de disposer, sur son temps de travail, de six à quinze jours par an pendant trois ans, pour se consacrer à un engagement dans une association travaillant dans le domaine de l’enfance ou du handicap.

Mais il ne s’agit là que d’une forme parmi d’autres que peut prendre le mécénat de compétences, qui peut se décliner de bien d’autres manières, dans le cadre de missions plus ou moins longues. Celui-ci a permis la conduite de projets significatifs : le projet « Passerelles numériques », partenariat entre la fondation Accenture et l’association Enfants du Mékong pour la mise en place de centres de formation aux nouvelles technologie au Cambodge ; l’accompagnement sur une année par la fondation Altran d’un projet d’innovation technologique sélectionné par un jury international ; etc.

De manière générale, le mécénat de compétences peut se décliner sous les formes suivantes : accompagnement de projets et mise à disposition de compétences professionnelles ou techniques précises ; activité de conseils dans l’accompagnement à la gestion et au développement ; interventions ponctuelles pour des points spécifiques ; formations.

Une réponse à des préoccupations nouvelles

Cet essor du mécénat de compétences – relatif car il reste encore marginal – prend appui sur des évolutions sociales et juridiques. Le mécénat connaît un fort regain d’intérêt depuis la loi du 1er août 2003 – qui donne à sa pratique un cadre juridique stable et précis -, laquelle loi reconnaît le mécénat de compétences comme une forme de mécénat. Parallèlement à cette évolution du cadre juridique le concept de mécénat a lui-même été l’objet de mutations, dont la plus importante est le passage vers une forme plus active tenant compte de la participation des salariés. Ces derniers ont en effet été progressivement associés à la politique générale de mécénat de leur entreprise, en étant davantage informés, puis en se voyant offrir la possibilité d’être consultés et de participer au choix des projets soutenus et enfin de s’impliquer eux-mêmes dans des projets. Cette possibilité offerte d’implication dans des projets prend elle-même plusieurs formes. Outre le mécénat de compétences, pour lequel le salarié doit être volontaire, existent également, selon les entreprises la possibilité de parrainer, de proposer et mettre en place des projets ou de faire du bénévolat de compétences, pour des associations hébergées par l’entreprise ou pour d’autres structures.

Ces mutations répondent à une préoccupation plus large des entreprises, que formule le principe de responsabilité sociale (ou sociétale) des entreprises (RSE), qui exprime la nécessité pour celles-ci de tenir compte dans leur gouvernance de l’ensemble des préoccupations des parties prenantes et de l’impact de leurs actions sur la société et l’environnement. L’engagement d’IMS – Entreprendre pour la Cité sur cette question est à cet égard significatif. Réseau d’entreprises ayant pour vocation d’accompagner les entreprises dans leurs démarches de responsabilité sociétale, IMS propose ainsi des formations et un guide pratique à leur destination qui répond à toutes les questions qu’elles pourraient se poser lorsqu’elles engagent une démarche de ce type.

Le mécénat de compétences est donc de plus en plus perçue par les entreprises comme un outil de gestion, notamment des ressources humaines. Cette pratique leur permet de renforcer leurs liens avec la société civile, tout en fédérant leurs équipes autour de projets porteurs de sens. Ce faisant, il constitue une voie à explorer pour appuyer et renforcer la complémentarité entre entreprises et associations.

Informations pratiques

Sur le plan technique, le mécénat de compétences se présente sous deux formes :

– la prestation de services : l’entreprise fait réaliser par ses salariés un travail défini au bénéfice de la structure soutenue
– le prêt de main d’œuvre : l’entreprise détache ses salariés volontaires au sein de la structure soutenue, qui y réaliseront la mission préalablement définie entre les deux entités.

Dans les deux cas, les salariés restent subordonnés l’entreprise, qui demeure l’employeur pour toute la durée de la mission, continue donc de s’occuper normalement du versement des salaires et conserve la responsabilité civile et pénale à l’égard de ses salariés. En revanche, le prêt de main d’œuvre se distingue de la prestation de services par ceci que dans cette configuration, le salarié est confié à la structure soutenue qui se charge de lui donner les consignes de réalisation de son travail.

Au niveau de la définition des accords entre l’entreprise et la structure soutenue, légalement, la signature d’un contrat n’est pas obligatoire, un simple accord verbal pouvant être suffisant. Néanmoins, il est fortement recommandé de passer par la voie contractuelle écrite, afin d’éviter tous malentendus sur les attentes et les obligations de chaque partie. Il n’existe pas de modèle type pour un tel contrat, mais il est recommandé d’y inclure [1] :

– le nom des parties agissant en partenariat via un mécénat de compétences, et à quel titre elles agissent
– la définition des objectifs de l’accord et éventuellement la précision des raisons qui le motivent
– la définition et la description du projet qui sera menée grâce à l’appui du mécénat de compétences
– les obligations de chacune des parties, notamment le nom des salariés engagés dans le dispositif, le lieu d’exécution, la durée de réalisation, les modalités d’intervention à chaque étape de la réalisation, et, s’il y a lieu, la nature de la contrepartie [2]
– une éventuelle clause d’exclusivité, si le mécène souhaite être le partenaire exclusif de l’opération menée grâce au mécénat de compétences
– la durée du contrat
– le partenaire qui doit prendre en charge les assurances
– les obligations en cas de résiliation (remboursement de sommes, versement de dommages, etc.)
– les modalités de concertation en cas de litige.

Quelle que soit la forme finale de l’accord choisi, il faut toujours veiller à ce que soit spécifiée la nature du mécénat de compétences (prestation de services ou prêt de main d’œuvre) et veiller à définir l’organisation de l’opération : quels sont ses objectifs ? quelles tâches seront confiées aux salariés ? quelles seront leurs conditions de travail ? Le mécénat de compétences est en effet un véritable échange entre partenaires et suppose que soit mis en place un suivi, permettant de mesurer la progression des missions et d’évaluer la valorisation de sa pratique.

Il faut enfin veiller à être clair quant à la question de l’exclusivité du partenariat, l’entreprise engagée dans le mécénat de compétences pouvant en effet souhaiter être le partenaire exclusif d’une opération ou, au contraire, ne voir aucun inconvénient à ce que celle-ci soit menée avec d’autres partenaires.

Comment solliciter du mécénat de compétences ?

Les associations désireuses de faire appel à du mécénat de compétences peuvent s’adresser aux fondations d’entreprises, qui sont le plus souvent en charge de la gestion de la politique de mécénat d’un groupe. Le site Internet www.fondations.org liste l’ensemble des fondations existantes en France, indique un lien vers leur site Internet et précise leurs domaines d’intervention. Chaque fondation privilégie en effet tel ou tel domaine d’action (solidarité, lutte contre l’exclusion, santé, innovation technologique, etc.) et a vocation à recevoir des projets en rapport avec ceux-ci émanant d’associations. Pour certaines fondations, les procédures de soumission de projets, d’examen et de sélection de ceux-ci sont soumis à calendrier.

Outil dédié exclusivement au mécénat de compétences, le site www.koeo.net, fondé par l’agence de communication Humaneo permet de faire se rencontrer les attentes des associations et les propositions des entreprises en termes de mise à disposition de compétences. L’inscription, gratuite pour les associations, permet d’accéder à la base de données, et d’y faire des recherches en fonction de ses besoins.

En septembre prochain, IMS – Entreprendre pour la Cité va créer le site Mécénova, plate-forme qui proposera aux entreprises et associations de faire se rencontrer leurs attentes et leurs propositions, afin de faciliter la convergence entre les initiatives des associations et l’aide que peuvent leur apporter les entreprises.

Une pratique qui souligne la complémentarité des entreprises et des associations

Pratiquer le mécénat de compétences avec une entreprise, c’est entrer dans une réelle logique de partenariat, où chacun parvient à y trouver son compte. Le mécénat est une pratique d’échanges, où se rencontrent et se complètent la société civile et le secteur économique, dans une démarche commune.

Du côté des associations, cette pratique permet de bénéficier d’apports professionnels, notamment en termes de formation, mais aussi dans de nombreux autre domaines, d’acquérir, via les salariés sollicités, de nouvelles compétences, de découvrir de nouvelles techniques. Pour le salarié, le volontariat en mécénat de compétences permet d’élargir le spectre de ses activités, de mener de nouveaux projets, d’acquérir de nouvelles responsabilités voire de nouvelles compétences, en prenant part à un projet porteur de sens, le plus souvent en adéquation avec des envies d’engagement auxquelles ses contraintes professionnelles ne lui permettaient pas de répondre. L’entreprise, en mettant à disposition ses salariés pour des missions d’intérêt général, s’ouvre à de nouveaux horizons et s’engage vis-à-vis de la société. Une complémentarité qui prouve l’utilité de s’associer entre différents acteurs pour répondre au mieux aux défis de l’engagement et rappeler la responsabilité sociale de chacun.

 

 


Notes

 

[1] La présente liste de recommandations reprend celles qu’indique l’Admical dans son guide, Le Mécénat de compétences, une forme innovante de partenariat entre salariés, entreprises et associations, Paris, 2003.

[2] L’engagement d’une entreprise dans une action de mécénat n’interdit pas l’éventualité de contreparties de la part de la structure bénéficiaire, pourvu qu’il y ait une disproportion marquée entre le don et sa valorisation.

 

Pourriez-vous présenter IMS-Entreprendre pour la Cité et les initiatives en faveur du développement du mécénat de compétences qui y sont mises en place ?

Estelle Lauvergne : IMS est une association réseaud’entreprises, qui les accompagne et les conseille sur les questions d’engagement sociétal, de mécénat notamment. Nous cherchons à faire avancer les entreprises sur ce champ et les aidons à nouer des partenariats avec d’autres acteurs, le monde associatif en particulier.

Au sein de notre réseau nous proposons des formations, des discussions, des échanges d’expérience et des ressources pratiques. Nous organisons par exemple des formations pour les entreprises et leurs salariés sur le bénévolat en association, où nous présentons les modes de fonctionnement et attentes des associations, et travaillons sur les clés de réussite pour un premier pas dans le monde du bénévolat.

En 2005, un colloque avait été organisé sur le sujet du mécénat de compétences ; nous avions ensuite mis en place un groupe de travail, qui a donné lieu à la publication d’un guide pratique, en 2008, à destination des entreprises, répondant à toutes les questions que celles-ci peuvent se poser lorsqu’elles entrent dans une démarche de mécénat de compétences.

Y a-t-il eu, au cours de ces dernières années, une généralisation de la pratique du mécénat de compétences ?

Estelle Lauvergne : La loi sur le mécénat de 2003, qui a clarifié le cadre fiscal du mécénat de compétences, et en parallèle, une prise de conscience, du côté des entreprises, de la nécessité pour elles d’entreprendre des actions impliquant leurs collaborateurs, ont permis une accélération de cette pratique.

Pour les entreprises, le mécénat de compétences est un outil de gestion de leurs ressources humaines. C’est, parmi d’autres, un moyen pour leur permettre de donner une bonne image d’elles-mêmes auprès de leurs salariés, en répondant à l’attente qu’ils expriment d’être associés plus étroitement aux projets de l’entreprise, ou encore en les sensibilisant et les informant sur les possibilités qu’ils peuvent se voir offrir pour concrétiser des désirs d’engagement.

Comment accompagnez-vous les entreprises dans leur démarche de mise en place de mécénat de compétences ?

Estelle Lauvergne : Outre les formations et le guide pratique, déjà mentionnés, nous menons également, au cas par cas, selon les demandes, des enquêtes qualitatives. Nous allons auprès des salariés de l’entreprise pour recueillir l’expression de leurs attentes et pour apprendre auprès d’eux le type de partenariat qu’ils souhaiteraient voir se développer.

Il y a globalement une très forte demande de la part des entreprises de pouvoir associer les salariés à leurs projets de mécénat et de partenariats. Les entreprises pour qui ce type de démarche est nouveau y incluent désormais d’emblée cette préoccupation, tandis que les entreprises qui ont une pratique plus ancienne du mécénat cherchent à savoir comment intégrer leurs collaborateurs dans le développement de leurs nouveaux projets. Dans cette optique, nous allons organiser en automne une formation inter-entreprises sur l’implication des collaborateurs.

Les entreprises sont-elles favorables au mécénat de compétences ou subsiste-t-il encore des réticences ?

Estelle Lauvergne : Au pôle « Mécénat & partenariats solidaires » de l’IMS, les contacts que nous avons dans les entreprises se font principalement avec des personnes rattachées au département de la communication. Celles-ci sont souvent très enthousiastes pour ce type de démarche, mais elle doivent nécessairement se tourner vers les ressources humaines, où il y a plus de réticences.

Des freins subsistent, donc. Le manager d’une personne doit par exemple accepter le fait que celle-ci soit absente sur une certaine période de temps et donc de réorganiser son service en conséquence. Il y a aussi, pour les salariés qui sont intéressés, un problème de temps, et enfin, des progrès doivent encore être faits pour sensibiliser le plus grand nombre de collaborateurs sur le mécénat de compétences, que tous ne connaissent pas encore.

S’il y a donc une montée en puissance du mécénat de compétences, celle-ci ne se fait pas encore de manière exponentielle.

Comment identifiez-vous les projets ? Partez-vous de demande de la part des associations ou bien d’appels à projets émanant d’entreprises ?

Estelle Lauvergne : Notre travail auprès des entreprises est d’abord un travail d’accompagnement. Nous allons chercher pour elles des missions de mécénat de compétences adaptées à leurs critères, en partant de notre réseau d’associations et de leurs besoins.

Nous partons bien évidemment des besoins réels des associations. Nous les aidons à rédiger des fiches de mission selon une certaine forme définie, afin que le collaborateur « futur bénévole » aie une vision objective des différentes associations et missions proposées. En outre, nous les amenons à se poser des questions, à se projeter dans l’accueil d’un bénévole, alors qu’ils pouvaient estimer que cela n’était ni nécessaire ni « rentable » pour leur association. Le plus souvent, elles comprennent assez vite que l’implication d’un collaborateur viendra enrichir un partenariat de long-terme et multiforme avec une entreprise (soutien financier, humain…).

Nous allons prochainement lancer le site Internet, Mecenova, qui sera en ligne en septembre. Ce site sera une plate-forme de rencontre entre associations et entreprises, qui permettra aux premières de poster leurs demandes et aux secondes de poster leurs propositions de mises à disposition, pour qu’un matching entre les deux puisse se faire.

Peut-on parler, à propos du mécénat de compétences, d’un échange entre associations et entreprises ? Le mécénat de compétences permet-il de mettre à jour des convergences et des complémentarités entre les associations et les entreprises ?

Estelle Lauvergne : Oui. Du côté des entreprises, le mécénat de compétences est un outil qui leur permet de réaliser leurs objectifs en termes de responsabilité sociétale, la RSE incluant la prise en considération du fait de pouvoir agir pour l’intérêt général, mais aussi de l’importance de veiller au bien-être et à l’intérêt des salariés.

Du côté des associations, il y un réel besoin de pouvoir fiabiliser et de pérenniser leurs partenariats ; de construire des partenariats plus solides.

Enfin, le mécénat de compétences permet un réel apport des associations aux entreprises et inversement. En travaillant ensemble, chacun apprend des méthodes des autres. À titre d’exemple, le parc Eurodisney, qui a mené des actions de mécénat pour des associations travaillant auprès de personnes handicapées, a ensuite, fort de cette expérience et sur la base de celle-ci, adapté l’accessibilité du parc pour les personnes handicapées.

Le mécénat de compétences répond ainsi parfaitement à l’élaboration de nouvelles formes de mécénat, qui se font davantage dans l’échange et visent l’élaboration de projets communs dans le cadre de partenariats pérennes.

 

Fondée en 2002, Algorev est une association issue d’Algoé, société de conseil en management, dont elle gère l’activité de mécénat de compétences. Algorev travaille avec des associations du domaine de l’humanitaire et de la solidarité, à qui elle propose des prestations d’étude, de conseil et de formation.

Depuis quand pratiquez-vous le mécénat de compétences ?

Isabelle Fieux : Nous pratiquons le mécénat de compétences depuis 2002, date de la création d’Algorev. Avant, Algoé le pratiquait, mais de manière informelle, au gré du temps des consultants.

Comment est né le projet de créer Algorev ? Quelles ont été les motivations au moment de mettre en place un programme régulier de mécénat de compétences ?

Isabelle Fieux : L’initiative est venue de deux salariés et s’est trouvée à la conjonction de deux choses. D’une part, l’opportunité de retrouver un projet d’entreprise pour les salariés d’Algoé, dont la plupart(67 %) sont également actionnaires de l’entreprise. D’autre part, la possibilité de dégager du temps libre grâce aux accords sur la réduction du temps de travail.

Algorev est donc un projet d’entreprise, soutenu par la direction, en même temps qu’un cadre pour proposer aux salariés une utilisation de leur temps en aidant et en se rendant utile. Les missions accomplies en mécénat de compétences le sont pour moitié sur le temps de travail et pour moitié sur du temps personnel (RTT ou autres).

Pouvez-vous présenter les actions de soutien que vous avez menées grâce au mécénat de compétences ?

Isabelle Fieux : Nous avons à ce jour apporté notre aide à 45 associations. Notre pratique du mécénat de compétences prend des formes variées, depuis le soutien à une petite association qui a besoin d’une formation pour l’utilisation d’un logiciel jusqu’à des plans de développement d’associations. Nous avons également proposé des aides au recrutement et à la fidélisation de bénévoles, à la communication ou apporté nos conseils pour la stratégie, l’organisation et le management, en accompagnant les associations dans leur évolution.

Quels sont les critères de sélection des projets soutenus et selon quelle procédure ?

Isabelle Fieux : Nous exerçons le mécénat de compétences à destination d’associations qui sont dans le domaine de l’humanitaire et de la solidarité, qui ne sont ni confessionnelles ni politiques et qui ne sont pas clientes d’Algoé.

La procédure que nous suivons est précise. La mission proposée est d’abord examinée, puis cadrée pour les volontaires. Il est possible que nous refusions une mission, si elle ne répond pas à nos critères ou si elle ne correspond pas à notre capacité d’intervention. Nous rédigeons ensuite une annonce que nous publions à destination de tous les salariés volontaires et vérifions si les salariés ayant répondu ont les bonnes compétences.

Comment se concluent les accords entre Algorev et l’association soutenue, notamment concernant la durée de la mise à disposition des salariés ? Signez-vous des contrats ?

Isabelle Fieux : Les missions sont de longueurs variables, parfois simplement de quelques jours. Elles prennent la forme soit de missions flash soit de partenariats.

Sur des missions de courte durée, nous ne passons pas par la voie d’un contrat, le travail précédent de cadrage de la mission étant suffisant. Nous n’avons recours à un contrat que pour des missions longues.

Organisez-vous un suivi des missions ? Les retours des salariés sont-ils positifs ?

Isabelle Fieux : À la fin de chaque mission, nous organisons un bilan, avec les salariés et l’association. Celui-ci ne prend pas nécessairement une forme écrite, il s’agit surtout de donner l’occasion de faire le point.

La meilleure évaluation du caractère positif du mécénat de compétences pour les collaborateurs d’Algoé est que plus de 50% des salariés de l’entreprise ont été volontaires – dont beaucoup renouvellent l’initiative – et que nous sommes parfois en manque de missions à proposer.

Pensez-vous que la pratique du mécénat de compétences fournit l’occasion d’un véritable échange entre associations et entreprises ? Quels sont les apports pour chacune des personnes qui y prennent part ?

Isabelle Fieux : Nous avons, vis-à-vis des associations soutenues, une logique de contrepartie. Celles-ci en fonction de leur activité, viennent faire auprès des salariés une présentation de ce quelles font, aident à monter une exposition, organisent des soirées de sensibilisation ou de formation.

Les missions offrent souvent l’occasion de retours, aussi bien de la part des associations que des salariés. Deux associations ont été sollicitées pour réaliser un film de témoignages par exemple. Les salariés expriment quant à eux un sentiment d’enrichissement, de découverte d’un nouveau monde.

Le mécénat de compétences est aussi l’occasion d’un échange entre eux, voire de bénéficier d’un temps de formation. Pour chaque mission, nous constituons en effet systématiquement des groupes, dont les profils et les compétences sont variés, menés par un chef de projet répondant aux compétences exigées par la mission.

Mais je crois que plus encore que de savoir ce que le mécénat de compétences apporte, la dimension d’échange, de rencontre et le plaisir que l’on y prend est ce qu’il y a de plus important. C’est au cœur du projet d’Algorev.

 

Pouvez-vous présenter rapidement votre association ?

Samir Benchikh : L’association Citoyen internationalest une association de solidarité locale et internationale qui vise à promouvoir les échanges culturels avec les pays en voie de développement.

Nous menons principalement trois projets :

– en Côte d’Ivoire, un projet de création de maisons d’accueil pour des enfants des rues
– le projet « Rencontres autour du monde », organisation de soirées sur un pays du monde pour le faire découvrir à travers ses aspects culturels et gastronomiques
– le projet « Ateliers du citoyen », à Paris, action socioculturelle à destination des enfants habitant dans des hôtels insalubres, pour leur permettre de s’exprimer et de présenter leur quotidien grâce à l’art, par le biais de dessins, de photos ou du théâtre.

À quelle occasion avez-vous eu recours à du mécénat de compétences ?

Samir Benchikh : Nous n’avons pas sollicité directement du mécénat de compétences. Au départ, nous avons répondu à un appel à projets lancé par la fondation HSBC, qui soutient des actions éducatives à destination d’enfants de moins de 15 ans. Notre projet « Atelier du citoyen » a été sélectionné et l’apport de la fondation se faisait sur plusieurs niveaux : il incluait un soutien financier, un soutien logistique et un soutien humain sous la forme d’un mécénat de compétences.

Pour mettre en place le volet mécénat de compétences, un « déjeuner philharmonique » a été organisé, rassemblant les seize associations retenues, des membres du personnel de la fondation et d’HSBC. Chacun s’est présenté ; les associations ont présenté leur projet, les professionnels leur fonction et leur travail, et sur la base de cet échange, des groupes de travail se sont formés.

Quelle aide vous a été apportée grâce au mécénat de compétences ?

Samir Benchikh : Elle a porté principalement sur le fonctionnement de l’association. HSBC a mis à disposition du personnel qui nous a dispensé une formation en trésorerie. Cette formation se faisait de manière très concrète. Des salariés d’HSBC nous ont appris comment bien tenir sa comptabilité et se sont référés pour cet apprentissage à la réalité des chiffres de notre association, sans pour autant s’en occuper à notre place. Sur le même principe, nous avons également été aidés pour la communication.

Il y a eu également une aide au niveau du projet en lui-même. Nous avons mis en place, avec une salariée d’HSBC un module de formation aux métiers et à la réalité de la banque, adapté à un public d’enfants. Ce module de formation a été élaboré en commun, sur la base d’un module déjà existant chez HSBC. Il s’agissait de présenter aux enfants des notions de base, en leur apprenant ce qu’est l’argent, ce qu’est une banque, sa fonction, etc. Ces ateliers ont bien fonctionné, les enfants étaient réceptifs et ont eu le sentiment d’avoir appris quelque chose.

Y a-t-il d’autres exemples dans votre association de recours à du mécénat de compétences ?

Samir Benchikh : Nous avons également été aidés pour notre projet en Côte d’Ivoire. Pour celui-ci, nous avons souhaité demander de l’aide auprès d’une fondation. Une personne administratrice de cette fondation, compétente dans le domaine de la gestion de projet humanitaire, nous a suivis pendant six mois, en nous apportant son soutien pour chaque chapitre du dossier de présentation du projet.

Au final, nous avons réussi à obtenir l’aide auprès de la fondation, mais au-delà, cela nous a appris à faire un vrai dossier de présentation et à savoir adapter notre discours à des financiers.

Comment se sont passés les rapports avec les salariés ? Avez-vous eu le sentiment le leur apporter quelque chose vous aussi ?

Samir Benchikh : Le mécénat de compétences se fait sur la base du volontariat pour les salariés. Ce qui signifie que les personnes sont motivées et intéressées. Par exemple, la personne d’HSBC qui a proposé le module sur l’argent et la banque aux enfants était quelqu’un qui avait une certaine fibre, une véritable passion pour l’associatif et l’éducatif et qui ressentait une certaine frustration sur ce point car son métier ne lui permettait pas de l’exprimer. Cette expérience a stimulé sa vocation.

Les rapports ont donc été globalement très bons. Nous avons pu avoir de véritables rapports de personne à personne et échanger sur le fond du projet. Toutes les décisions ont été prises de manière collégiale, et l’accord entre nous et l’entreprise concernant les conditions du soutien humain s’est fait de manière tacite, sur la base de l’échange initial autour de notre projet et des compétences qui pouvaient nous être proposées.

Quel bilan tirez-vous de cette expérience de recours à du mécénat de compétences ?

Samir Benchikh : Le mécénat de compétences nous aapporté des éléments utiles, qui nous ont permis d’être plus carré dans notre fonctionnement, que ce soit sur le plan comptable ou sur le plan de la présentation de notre projet à de potentiels financeurs. Cela nous a donc beaucoup aidé sur le moment, mais aussi sur le long terme.

Sur un plan plus personnel, cela m’a par exemple appris à gérer un budget, les charges, les fonds, etc. Cet apprentissage me sert encore dans mes activités au quotidien.

 

Depuis quand la CNJE a-t-elle recours à du mécénat de compétences ?

Charles Bret : La CNJE fait appel depuis longtemps à dumécénat de compétences. Dans les années 1990, souhaitant donner une impulsion à son action, elle a contacté de nombreux partenaires pour solliciter des apports financiers mais aussi du mécénat de compétences. Cette action a permis de nouer un premier partenariat avec KPMG (cabinet d’audit, d’expertise comptable et de conseils) en 1990. Suivront Altran (cabinet de conseil en innovation) en 1995, Microsoft en 2003 et BNP Paribas en 2005.

Quelles actions sont menées grâce au mécénat de compétences ?

Charles Bret : Sont menées grâce au mécénat de compétences des actions de formation. Le besoin en formation est très important au sein des junior-entreprises, du fait du fort turn-over des équipes. Ces formations, dispensées lors des congrès nationaux et régionaux, permettent à ceux qui en bénéficient d’apprendre des éléments de gestion, de développement, utiles pour la conduite de l’action de leur junior-entreprise. Il y a cependant également tout un pan de ces formations qui concerne, au-delà de l’apprentissage de la conduite de projets en junior-entreprise, des notions professionnalisantes qui serviront au moment de l’accès à l’emploi.

KPMG propose ainsi des formations pour maîtriser la gestion de projets, un arrêté des comptes ou un business plan ainsi que, en partenariat avec BNP Paribas, la gestion de la trésorerie.

BNP Paribas nous propose également des tests de personnalité (test de Thomas) et des ateliers de communication, portant à la fois sur la stratégie de communication à adopter pour une junior-entreprise lors d’un entretien commercial et sur les conditions de réussite d’un entretien de recrutement.

Altran nous propose un autre test de personnalité, le test MBTI, qui permet d’apprendre à se connaître et de savoir comment réagir au mieux à des situations variées en fonction de sa personnalité, ainsi que des ateliers d’apprentissage de la prise de parole en public.

Microsoft dispense des formations sur le référencement d’un site web, sur la gestion de projets avec des outils Microsoft, et, dans l’optique de l’accès à l’emploi, sur la manière de valoriser sur son CV l’expérience acquise en junior-entreprise.

Nos partenaires organisent également des simulations d’entretien avec des responsables RH, qui dispensent ensuite des conseils sur la manière la plus efficace de présenter son parcours lors d’un réel entretien.

Outre ces principaux partenaires, un certain nombre d’entreprises avec lesquelles nous travaillons nous apportent également de l’aide sous la forme d’un mécénat de compétences. L’agence de communication TBWA, qui contribue à la communication de la CNJE, propose des formations sur les bases de la communication et des relations presse. Notre assureur, Carene assurances, propose lui des formations sur les assurances en entreprises. L’AFNOR, avec qui nous avons mis en place la labellisation AFAQ (certification garantissant la qualité de la gestion d’un organisme) de certaines junior-entreprises, fait des formations pour sensibiliser à la démarche de certification.

Enfin, toutes ces formes de mécénat de compétences déployées au niveau national se complètent par des actions locales, à destination de certaines junior-entreprises en particulier, pour une aide, par exemple, sur la stratégie de recrutement ou sur des sujets liés au développement durable.

Concernant le type de personnes qui interviennent, ce sont principalement des personnes qui viennent des RH, mais aussi de la communication ou du marketing. C’est en tous cas à ces niveaux que nous avons des contacts, qui peuvent éventuellement, ponctuellement, aller solliciter des personnes d’autres services.

De manière générale, comment évaluez-vous l’apport du mécénat de compétences ?

Charles Bret : L’apport du mécénat de compétences est pour nous fondamental. Tous les junior-entrepreneurs sont étudiants et n’ont pas encore de réelles expériences. En ce sens, les formations dispensées via le mécénat de compétences représentent un réel apport : elles donnent du recul, de la pratique et permettent ainsi de combler l’écart entre l’apprentissage théorique et l’approche d’une première expérience de nature professionnelle.

Comment se sont noués les partenariats ? Avez-vous répondu à des sollicitations ? à des appels à projets ? Avez-vous démarché directement des entreprises avec vos projets ?

Charles Bret : Il y a un peu des deux. Un certain nombre de partenariats ont été créés grâce au réseau des anciens : ils ont été proposés par d’anciens junior-entrepreneurs, arrivés en entreprise, qui ont voulu garder des liens.

Pour d’autres partenariats, c’est la CNJE qui a fait les démarches auprès des entreprises. Les entreprises intéressées ont alors, de leur côté, cherché des réseaux.

D’autre part, un certain nombre de junior-entreprises répondent, dans leurs sollicitations de mécénat de compétences, à des appels à projet lancés par des entreprises, par exemple le concours d’innovation technologique qu’organise chaque année Altran, qui permet au vainqueur de bénéficier d’une année d’accompagnement pour mener à bien son projet.

Comment concluez-vous les accords avec les entreprises ? Passez-vous par la voie contractuelle ? Comment se passent les discussions avec les entreprises ?

Charles Bret : Cela dépend. Avec les partenaires institutionnels, nous avons une convention signée et formalisée. Avec des partenaires historiques comme TBWA, l’accord est poursuivi sur le long terme et n’est pas formalisé.

Mais de manière générale, le système est souple et le partenariat n’est pas figé en fonction des conventions écrites : les entreprises avec qui nous travaillons sont ouvertes, toujours en discussion. Les partenariats sont évolutifs, dans un sens positif.

Qu’apportez-vous aux entreprises ? Avez-vous le sentiment qu’un échange se produit entre les associations et les entreprises ?

Charles Bret : Oui, incontestablement. À titre d’exemple, le directeur associé de KPMG, qui est un de nos interlocuteurs, vient à tous nos congrès parce qu’il souhaite pouvoir rencontrer des étudiants et échanger avec eux.

De manière globale, les entreprises sont intéressées par ces échanges avec les étudiants, notamment les salariés des RH, qui peuvent ainsi découvrir les profils de ceux qui seront leurs futurs collaborateurs et adapter ainsi leur management. Les entreprises bénéficient également du recul des étudiants, de leur capacité à apporter un nouveau regard, à proposer de nouvelles perspectives et à renouveler les approches.

Tout le monde gagne donc à l’échange.

 

Le recours au mécénat de compétences, s’il prend de l’importance, n’est pas encore courant. Aussi reste-t-il difficile de savoir vers qui se tourner lorsque l’on souhaite nouer des partenariats de ce type avec des entreprises. Petit tour d’horizon des organismes qui peuvent vous soutenir ou vous conseiller dans vos démarches ainsi que des entreprises pionnières dans ce domaine.

Liens utiles :

– L’Admical propose de la documentation et des formations pour aider à mieux comprendre les mécanismes du mécénat.

– Fondé par l’agence de communication Humaneo, koeo.net est un portail qui met en relation les attentes des associations et les compétences mises à disposition par les entreprises.

IMS – Entreprendre pour la Cité est un réseau d’entreprises œuvrant en faveur de l’engagement sociétal de celles-ci.

– Portail des fondations et du mécénat, fondations.org propose un annuaire indiquant l’ensemble des fondations d’entreprise existantes en France et leur domaine d’intervention.

– Une fiche pratique récapitulant les informations à avoir à l’esprit lorsque l’on envisage de faire appel à un mécénat de compétences.

Quelques fondations d’entreprises investies dans le mécénat de compétences :

– La fondation Accenture intervient dans les domaines de l’éducation, de la solidarité, de la culture et de l’environnement.

– La fondation Altran pour l’innovation, pionnière dans le mécénat de compétences, organise tous les ans un prix d’innovation technologique dont le lauréat bénéficie pendant une année d’un accompagnement technologique et de conseil scientifique par les consultants du groupe Altran.

– La fondation HSBC pour l’éducation lance des appels à projets pour faciliter l’accès à l’éducation de jeunes en milieux défavorisés et apporte un soutien humain aux projets retenus

– La fondation SFR propose à ses salariés d’accompagner des projets relatifs au handicap, à la mobilité sociale et à la culture

– La Caisse des dépôts propose son soutien pour les actions de solidarité internationale et a notamment créé un dispositif congé solidaire permettant à ses salariées de partir pour des missions de longue durée.

 

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