Les assises de la vie associative, qui se sont tenues les 20 et 21 février, à l’initiative de l’hôtel Matignon ont réuni plus de deux mille responsables associatifs et neuf ministres dont le premier.

On pourrait dire qu’il est complexe, le monde associatif, on pourrait dire qu’il est multiple, on pourrait le réduire en chiffres : en France, ce sont 700 000 associations, qui regroupent 10 millions de bénévoles, qui emploient un million de personnes. Après cela, on ne peut pas dire qu’il n’existe pas. Il existe donc, et les Assises de la Vie associative étaient un pas en avant dans sa reconnaissance. La reconnaissance de sa multiplicité et de sa complexité. On n’ira pas jusqu’à dire duplicité ; mais il est vrai que parfois il a des allures de Janus Bi-front, le monde associatif, voire Tri-front. Quand on gratte le vernis loi 1901, certaines associations rutilent comme des entreprises et d’autres se révèlent être un simple loup de l’État.

Revenons aux Assises : il serait assez difficile de faire dans ces colonnes le compte rendu de cet événement, construit autour de deux types de temps forts : des séances plénières, où l’on a pu assister aux déclarations officielles, et des ateliers de travail, six en tout, crédibilisés par la présence muette et, espérons-le, attentive des ministres concernés (les associations comme lieu de citoyenneté avec Dominique Voynet, la transparence des rapports à l’état avec Christian Sautter, Secrétaire d’État au Budget, la construction de l’Europe avec Pierre Moscovici etc.).

Des débats auxquels nous avons assisté, il est tout de même intéressant de relever que la question des jeunes n’occupe pas vraiment une place primordiale (en tout cas pour ce qui est de la jeunesse de plus de dix huit ans – celle qui a entre 13 et 18 est davantage mise en avant !).

Ainsi, la participation d’une quarantaine de responsables associatifs étudiants, invités par Anima’fac, contribuait activement à l’abaissement de la moyenne d’âge des présents. Dans l’atelier intitulé  » les associations, lieux reconnus de citoyenneté et d’engagement civique « , une place a cependant été consacrée à la question de l’implication des jeunes. Plusieurs associations, dont Anima’Fac, ont eu l’occasion de témoigner de leur activité et de faire valoir l’utilité sociale des associations étudiantes, la nécessité de jeter des passerelles entre elles et le monde associatif dans son ensemble.

Un discours de Lionel Jospin, en guise de bouquet final et d’événement dans l’événement, est venu clore les Assises et annoncer un certain nombre de mesures pour favoriser la vie associative.

En premier lieu, il faut noter l’essor d’une délégation interministérielle en charge de la vie associative (précisément à l’innovation sociale et à l’économie sociale). Par ailleurs, un véritable lieu de représentation politique des associations se met en place avec la Conférence des Présidents de Coordinations Associatives, qui rassemble des organismes comme Solidarité Urgence et Développement, qui regroupe les ONG, le Comité National Olympique et Sportif, la Ligue de l’Enseignement…

Le premier Ministre a ensuite annoncé une série de mesures :

– une exonération de fiscalité – voire de déclaration – pour les associations dont le chiffre d’affaire est inférieur à 250 000 F. Cela bénéficiera à neuf associations étudiantes sur dix ;
– un raccourcissement des délais de versement des subventions, ce qui serait plutôt une bonne chose, mais loin d’être acquise ;
– le quasi doublement du Fonds National de Développement de la Vie Associative (FNDVA).
– la multiplication des possibilités de triannualisation de la subvention, ce qui bénéficiera par exemple à des projets (festival, opéra…) demandant plusieurs années d’organisation ;
– un encouragement pour les associations d’adultes à parrainer et conforter des regroupements autonomes de mineurs. C’est le modèle des  » juniors associations « , (cf. Factuel n° 57) ;
– la reconnaissance de l’engagement associatif comme élément de formation professionnelle ;
– la création d’un statut pour les volontaires au long cours (contrats de 6 à 24 mois) ;
– il a également été affirmé que l’équilibre homme/femme serait un élément étudié pour l’octroi des subventions.

Certaines questions importantes n’ont toutefois pas été abordées, telles que :

– la question de l’application de la loi sur les marchés publics aux associations, mais cela ne concerne que très peu d’initiatives étudiantes ;
– la responsabilité pénale des dirigeants d’associations qui est très large. Exemple parlant : le cas d’un responsable d’un club de foot qui, ayant délégué la tâche de vérifier l’état des buts dans un stade, s’est retrouvé en prison après un accident.

Bref, s’il reste beaucoup de progrès à réaliser dans le sens d’une meilleure compréhension, d’une plus grande visibilité de l’engagement associatif, il semble que la spécificité des associations soit en passe d’être reconnue par les pouvoirs publics : les associations, personnes privées qui poursuivent un but non lucratif, ont leur place en un espace autonome qui n’est ni le marché ni l’État. Pourvu que ça dure !

 

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