Préparez-vous à jeter vos bons vieux postes : la révolution des ondes est à nos portes. La radio numérique devrait commencer à émettre au début de l’année 2009 et remplacer, à terme, la radio analogique. Jeudi 27 mars, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a lancé officiellement un premier appel à candidatures. Les radios associatives étudiantes sont en pleins préparatifs, et font part de leurs inquiétudes.

 

Tout voir

Les ondes libérées en 1981, lors de l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, ont vu l’avènement des radios privées, au rang desquelles ont fleuri à la fois les futurs géants de la radio commerciale et les radios associatives. Ces dernières continuent près de vingt années plus tard à brandir le droit à la liberté de parole dans un monde médiatique de plus en plus formaté. Tel un feuilleton à tiroirs, l’histoire de cette aventure radiophonique continue de s’écrire aujourd’hui à l’aune des enjeux technologiques et des révolutions numériques.

 

Avant 1981, seules Radio France et les radios périphériques étaient audibles sur le territoire français. Cela donne une idée de l’ampleur révolutionnaire de la libéralisation des ondes et de la déferlante de contenus radiophoniques qui s’en est suivie.

 

Les précurseurs n’auront pas attendu le cadre légal pour faire valoir leur envie de pratiquer une expression radiophonique libre : les plages musicales des radios pirates sont nées sous les pavés de l’après 1968. Ainsi, la première radio associative de France est une radio étudiante : Radio Campus Lille a commencé à émettre ses programmes en pirate en 1969 et reste aujourd’hui un modèle de longévité pour ses jeunes consœurs.

 

Mais, autoriser des radios à émettre en catégorie associative, c’était aussi réfléchir à un partage du marché publicitaire entre les radios privées. Pour cela, il a été créé le Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER) pour soutenir les radios associatives. Les radios peuvent toucher une aide annuelle au fonctionnement de la part du Fonds de Soutien si elles ne consacrent pas plus de 20% de leur budget de fonctionnement à la publicité.

 

Dorénavant autorisées et soutenues financièrement, c’est une myriade de radios qui voient le jour. On assiste à l’émergence d’une alternative foutraque mais charmante. Dans un véritable élan de spontanéité et de fraîcheur, tout le monde peut faire de la radio, sa radio, et écouter une fréquence qui lui parle directement de ses problèmes, de son environnement. On quitte l’époque de la main-mise des distantes radios périphériques pour une nouvelle ère de la radio de proximité aux multiples contenus.

 

La multiplication des contenus. Si les radios commerciales se sont rapidement concentrées sur des cibles générationnelles, les radios associatives se sont construites ou regroupées sur des logiques de contenus : rédactions de passionnés, nouveaux espaces communautaires ou religieux, mondes universitaire et étudiant, thématiques musicales émergentes… Elles forment en cela une réelle alternative à l’offre radiophonique habituelle (dans le fond et dans la forme), et comblent un vaste vide inoccupé par les radios commerciales davantage portées sur l’« entertainment ».

 

Dans cette volonté compréhensible de se saisir de ce nouvel espace de liberté, les radios associatives se sont souvent créées dans la rapidité et parfois dans la naïveté. La question du contenu et des programmes, aujourd’hui au centre des préoccupations stratégiques des médias, aura parfois été rapidement envisagée, laissant à entendre des juxtapositions d’émissions surprenantes, contrastées voire détonantes… Quoi qu’il en soit, les radios associatives ont toujours su agréger des contenus atypiques. Cette particularité positionne naturellement ces médias dans le terrain de la pluralité, de la découverte et de la diversité.

 

A l’écoute des radios dites « libres » dans ce qu’elles sont devenues aujourd’hui (trop souvent des robinets à musiques prédigérées), on oublie facilement le poids politique qu’elles ont pu incarner au moment de leur naissance. Les valeurs – essentielles à l’époque – de citoyenneté, de liberté d’expression, de proximité ou d’engagement ne se retrouvent quasiment plus aujourd’hui que dans le secteur associatif. C’est dans cet univers que se perpétue cette tradition d’une radio militante, consciente et exigeante dans son rapport à l’auditeur, fière de ses fragilités et de la richesse de ses contenus.


La guerre des ondes. Le monde de la radio est un univers impitoyable où chaque auditeur gagné par l’un est perdu par l’autre. Bien que peu concernées par ces logiques de rentabilité ou d’efficacité, les radios associatives se retrouvent sur le même terrain de jeu que les radio commerciales et l’on voit rapidement qu’elles ne sont pas du tout armées pour se battre dans cette arène… Au-delà de la logique de marché (publicité), il s’agit d’une logique de parts de marché (audience). Et si le FSER régule en partie la première, la seconde est régie par la loi du plus fort. Nombre de radios associatives ou de radios commerciales locales ont fait les frais de cette lutte sans merci.

 

Face à ces questions, les radios associatives n’ont pas d’autre choix que de s’unir, de se regrouper, de faire front pour faire valoir leurs droits. Toutefois, dans la réalité, il s’est avéré très difficile pour le secteur associatif d’opérer ce rassemblement. Cet univers est tellement pluriel, divers et contrasté qu’il porte en son sein autant de motifs de regroupement que de points de divergences. A l’échelle des radios, c’est toute la société civile, dans toutes ses différences, qui se retrouve à devoir s’unir pour parler d’une même voix. Résultat, les organisations confédérales ou syndicales de regroupement s’entredéchirent et ont bien du mal à organiser la résistance associative. Le secteur divisé se retrouve dans l’incapacité de se doter d’un outil de lobbying unitaire, crédible dans sa représentation et efficace pour se protéger.

 

C’est dans ce contexte inconfortable que les radios associatives vont devoir aborder les nouveaux bouleversements de la radio et répondre à des questions aussi essentielles que celles qu’elles se posèrent il y a vingt ans. Avec le DAB (Digital Audio Broadcast), la radio est à la veille de sa révolution numérique. Déjà se prépare la réinvention de sa pratique et son usage. Cette réalité pose une fois encore la question de la place et de la survie des radios associatives dans un nouvel espace d’abord prévu pour des radios commerciales toutes puissantes et déjà ultra-thématisées. Cette logique de « partage du gâteau » entre opérateurs se retrouve aussi dans l’esprit du plan de renouvellement des fréquences logiquement prévu pour 2006 par le CSA (voir encadré). L’occasion pour certains de reparler de la fréquence unique pour les radios nationales, synonyme de la disparition de beaucoup d’associatives…

 

Réagir. L’univers ultra concurrentiel de la radio impose, à ceux qui y évoluent, une épuisante vigilance de tous les instants. Les enjeux particulièrement sensibles de notre temps ne peuvent qu’obliger les radios associatives à prendre conscience de l’impérieuse nécessité de réussir à unir leur secteur toujours fragile pour faire face à l’inexorable érosion qui le ronge.

 

Zoom.


Du nouveau sur la bande FM…

Après quinze ans de stabilité des fréquences radiophoniques, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) lance un appel à candidatures, pour un nouveau plan d’attribution de la FM qui sera effectif en 2006. Si notre pays possède le paysage radiophonique le plus varié d’Europe, tant en nombre de fréquences attribuées qu’en nombre de programmes diffusés, les différentes catégories de services attirent pourtant régulièrement l’attention des pouvoirs publics sur les difficultés qui sont les leurs.

 

Leur principale revendication est relative à la répartition de la ressource radioélectrique : la bande FM arrivant à saturation, en dépit des nombreuses capacités rendues par le service public au cours des dernières années, chacun des acteurs se sent freiné dans son développement et fait valoir la spécificité de sa programmation pour obtenir un nombre supplémentaire de fréquences. Le manque de fréquences disponibles freine le développement des radios publiques, privées ou associatives. Or, les innovations technologiques faites ces dernières années devraient permettre d’exploiter jusqu’à 20% de fréquences en plus.

 

Si cette redistribution des fréquences peut réjouir les médias associatifs, certains s’inquiètent de l’ambition des radios nationales à obtenir une fréquence unique sur tout le territoire, ce qui figerait le paysage radiophonique français. D’autres s’élèvent au contraire contre un chantier coûteux tourné vers le passé, alors même que se développe le numérique (réseau DAB), déjà bien implanté chez nos voisins allemands et anglais. Les médias ont jusqu’au 31 janvier 2005 pour exprimer leur avis au CSA, qui procède pour l’occasion à une consultation publique.

 

Mathieu Audebeau est co-fondateur et désormais salarié de la dynamique Radio Campus Angers.

 

Bonjour Mathieu. Quelle est l’actualité, à Radio Campus Angers ?

 

Les préparatifs pour la fête de la musique, nous couvrons également les manifestations à Angers du monde associatif autour de la nouvelle loi qui prévoit que les stagiaires soient rémunérés au bout de 3 mois. Et nous participons à deux réseaux, IASTAR (acronyme de International Association of Student Television And Radio) le réseau des radios campus et la FRAP, Fédération des radios associatives en Pays de la Loire, que nous cherchons à dynamiser à notre échelle au quotidien.
Et puis bien sûr LE gros dossier : le numérique. Ca fait un moment qu’on suit ça, et l’engagement de Radio Campus Angers au sein de la FRAP répond aussi à l’impératif de se regrouper à l’ère de la radio numérique. Je savais qu’il serait question de former des groupes d’intérêt économique pour mutualiser matériel et compétences.

 

Vous allez présenter un dossier au CSA le 16 juin ?

 

Nous venons d’obtenir l’autorisation du CSA d’émettre sur la FM : nous aurons donc un dossier simplifié à remplir pour le numérique. Il nous reste un mois pour nous briefer sur les données associées, qui est la partie qu’il nous faudra développer dans le dossier. Nous avons lu tous les documents concernant l’appel à candidatures, et nous restons attentifs aux nouveautés sur le sujet.

 

Quelle sera ta statégie pour remplir ce dossier ?

 

On mise sur la simplicité. Notre stratégie est la suivante : faire un bon dossier concret, réalisable. L’idée n’est pas de se lancer dans une aventure de fous sur le même terrain que celui des entreprises : nous ne sommes pas une radio commerciale. L’objectif est pour nous de valoriser les gens qui nous soutiennent et croient en nos projets. Nous utiliserons le système d’images pour faire apparaître les pochettes de CD des groupes qui passent à l’antenne, ou le logo de nos partenaires.

 

Quels sont les partenaires de Radio Campus Angers ?

 

Un peu de tout : l’université, une école privée, des entreprise, des mécènes…


Comment perçois-tu le passage au numérique autour de toi ?

 

Il y a de l’inquiétude et pas tant que ça. Ce qui est sûr, c’est que la double diffusion signifiera pour nous un surcoût chaque année. Avec le système analogique, nous étions propriétaires de notre matos : en 5 ans il était amorti. Pour le numérique, on va être dans un système où ce sera de la location. Trois opérateurs vont être propriétaires des multiplexes : VDL, TDL et Towercast. La location nous coûtera 12 000 à 15 000 euros par an, ce qui est toujours moins cher que d’acheter le multiplexe à 200 000 euros.
Par contre le numérique offre de nouvelles possibilités avec les données associées, que nous pouvons répercuter sur nos partenaires. Une partie du surcoût lié à la diffusion devrait pouvoir être absorbé par le partenariat, et puis il est question d’ouvrir un fonds d’aide aux radios associatives spécifique au numérique.

 

Absorber le surcoût lié à la diffusion par le partenariat, grâce aux nouvelles possibilités de valorisation que constituent les données associées, ne risque-t-il pas de vous faire dépasser la barre autorisée des 20% maximum de publicité pour avoir droit au Fonds de soutien à l’Expression radiophonique ?

 

Non, il faut bien différencier trois types de soutiens pour comprendre ce qui est comptabilisé pour le FSER.
La publicité : c’est le traditionnel spot publicitaire de 15 secondes que nous facturons au client, et c’est ce qui est pris en compte dans ces 20%. S’il s’agit d’un message d’intérêt général (porté par une collectivité locale par exemple), les recettes n’entrent pas dans la comptabilisation des 20%.
Le partenariat, qui n’entre pas dans les 20% et a lieu en échange d’une prestation de service de la part de la radio (publication du logo sur le site, etc.)
Le mécénat, où rien n’est demandé en retour mais donne droit à une déduction d’impôt.

 

Que penses-tu de la radio numérique ?

 

Comment juger quelque chose qu’on ne connaît pas ? Le format est un peu étrange puisqu’il n’est utilisé qu’en Corée du Sud. Et j’ai peur que ce progrès technologique se fasse au service du commercial et pas de l’associatif. Après, ça permet de faire plus de choses : c’est plus valorisant pour les groupes de musique locaux de voir la pochette de leur disque défiler en même temps qu’est diffusé leur morceau à l’antenne !

 

Qu’allez-vous faire du matériel analogique bientôt bon pour la casse ?

 

Une fois que nous passerons exclusivement au format numérique, notre matériel pour faire de la radio analogique ne sera pas obsolète en soi pour autant. Il pourra servir dans les pays du Sud par exemple. Il me semble important de se projeter à 2-3 ans pour être une radio qui avance : ça donne une dynamique. Et penser au recyclage du matériel à moyen terme en fait partie.

 

EN SAVOIR PLUS :
www.radiocampusangers.com/

 

Ancien journaliste, Rachid Arhab est membre du CSA et préside le groupe de travail sur la radio numérique.

 

Qu’est-ce que le passage au numérique va changer pour les radios associatives étudiantes ?

 

Les changements vont affecter tout les monde, les radios associatives comme les autres. Les radios associatives font partie du paysage radiophonique, et gagnent à ne pas se mettre dans une situation à part. Je souhaite rappeler que la numérisation de la radio est indispensable : c’est le seul média qui ne soit pas encore numérisé en France aujourd’hui.

Les radios associatives ont par contre manifesté des craintes justifiées et légitimes sur le coût de diffusion du numérique, puisque dans un premier temps, les radios devront assurer une double diffusion, en analogique et en numérique. Sur ce point, le CSA a poussé pour que les pouvoirs publics puissent discuter avec les radios concernées d’un fond de soutien proportionnel à l’enjeu. L’affaire est entre leurs mains désormais.


Quel est le rôle précis du CSA dans cette aventure ?

 

Le CSA lance un appel à candidatures et traite les dossiers : nous avons déjà précisé que les radios existantes en analogique ont priorité pour obtenir une fréquence numérique. Le travail du CSA consiste à juger les dossiers, le côté innovant ou pas, l’aspect réglementaire, la question des débits, des données associées. Mais n’oublions pas que, comme c’est déjà le cas dans les appels analogiques que tout le monde connaît, les dossiers seront d’abord instruits par les CTR [1] qui connaissent bien le terrain et nous proposerons leurs pré-sélections.

 

Les données associées sont l’une des nouveautés de la radio numérique. La radio fera-t-elle de la vidéo ?

 

Attention, ce n’est pas forcément de la vidéo ! La radio numérique n’est pas de la télé au rabais. Les données associées sont une dimension nouvelle et supplémentaire : chacun doit y apporter ce qu’il pense pouvoir apporter. En ce sens, les radios associatives ont toujours fait preuve de créativité, elles ont été l’imagination au pouvoir. Pour l’utilisation de ces données associées comme pour le reste, elles ont leur place : il n’y a pas de raison qu’elles ne continuent pas à faire preuve de leur originalité dans le paysage radiophonique. Les radios s’affolent en pensant qu’elles vont devoir faire de la vidéo, mais il peut s’agir de photos, de données simples : du service de proximité. Il faut penser à ce que les auditeurs attendent !


Des questions restent encore en suspens, sur la constitution des multiplexes par exemple : chaque multiplexe sera constitué par 9 opérateurs, qui devront s’entendre pour être représentés au sein d’une même structure juridique. Dans les petites villes, les radios se demandent ce que va donner la collaboration entre radios associatives et radios commerciales…

 

Il est normal que beaucoup de questions ne soient pas encore réglées.
Pour ce qui est de la question précise relative aux multiplexes, par définition une nouvelle technologie entraîne une nouvelle distribution. Désormais, il va falloir habiter et vivre en copropriété. Les colocataires devront définir leur façon de fonctionner ensemble : comment gérer la façade l’immeuble, l’entrée, la cage d’escalier… Est-ce que les neuf opérateurs seront de la même catégorie ou pas ? On n’en sait rien. Nous verrons après l’appel à candidatures : ne mettons pas la charrue avant les boeufs ! Qui est candidat ? Qui veut y aller ? C’est une fois cet état des lieux constitué, après la clôture de l’appel le 16 juin, que nous pourrons poser la question de la cohabitation. A Nantes par exemple, je sais que toutes les radios ont très envie de se mettre ensemble
Quand nous connaîtrons les candidats, nous pourrons mettre en adéquation leur nombre et la ressource disponible en fonction des débits alloués à chaque opérateur….Je le répète : c’est l’appel à candidature qui va permettre au CSA de trancher les nombreuses questions encore en suspens mais c’est aussi ce qui se passe en analogique : une fois connus les postulants, c’est l’autorité de régulation qui attribue les puissances et les zones en fonction de la ressource disponible.

 

Vous portez donc un message rassurant vis a vis des radios associatives ?

 

Certes, le coût est un problème. Sur ce point, le CSA a tout fait pour que cette question soit sérieusement prise en compte par les autorités de tutelle. Cette question est aujourd’hui discutée entre les radios et la Direction du développement des médias. Hormis cela, le CSA est garant pour que les radios associatives continuent d’avoir dans le paysage numérique la place qu’elles ont déjà.

 

EN SAVOIR PLUS :
www.csa.fr

 

Notes

[1] Les CTR, Comités de technologie radio, sont les commissions régionales du CSA. Leur découpage suit plus ou moins celui des régions, et correspond à des zones définies par le rayonnement des ondes.

 

Radio-réveil, baladeur, autoradio, chaîne hi-fi… La radio va basculer dans l’ère de la diffusion numérique dans les prochaines années. Les appareils de radio actuels ne permettent pas de capter les nouvelles ondes numériques. Un grand nettoyage de printemps de nos bon vieux postes serait-il au programme ? Le point sur ce qui va changer.

 

On y est. La radio numérique voulue pour 2009 par Cristine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, arrive dans les foyers : l’abandon de la bande FM se fera progressivement dans les trois années à venir. Reste à comprendre les choix qui ont été faits.


Une victoire du lobby des grandes radios ?
Premier choix : la norme de diffusion. Deux normes de diffusion au moins étaient possibles pour la radio numérique : T-DMB et DAB+. La norme T-DMB permet d’associer aux données sonores des données visuelles : il est alors possible de voir défiler sur un petit écran un graphique illustrant les propos de l’invité de l’émission, des photos, des pochettes de disque… C’est celle qui a été plebiscitée par les grandes radios commerciales. Celle défendue par les radios associatives et indépendantes était était l’autre, la DAB + : moins coûteuse, moins gourmande en fréquence puisqu’elle ne permet de diffuser que des textes, et autorisant une plus grande diversité radiophonique.
Le gouvernement a tranché le 5 décembre 2007 : il a adopté par un arrêté la norme T-DMB.

 

Ce choix isole la France du reste de l’Europe : partout ailleurs c’est le DAB+ qui a été pribilégié pour la radio. Le T-DMB est quant à lui exclusivement utilisé pour la télévision mobile en Belgique, Suisse, Allemagne, Autriche ou République Tchèque (la Corée du Sud en a été la pionnière).


Nouveau crédo : viens chez moi, j’habite avec d’autres radios
Deuxième choix : les multiplexes. Comme pour la télévision numérique terrestre, le CSA a retenu des canaux multiplex, c’est-à-dire que plusieurs stations (neuf radios maximum a priori) pourront exister sur un même émetteur.Comme l’explique Emmanuel Frochot dans son interview, cette solution implique que les neuf radios s’entendent et se regroupent au sein d’une même structure juridique pour « dealer » avec le prestataire qui leur permettra d’émettre sur les ondes numériques. L’heure est à la cohabitation.


Les progrès et les flops
Meilleure couverture du territoire, meilleure qualité du son, panel de programmes plus vaste, possibilité d’avoir accès à des données visuelles complémentaires… les avancées sont incontestables.

 

Mais la radio numérique en T-DMB suscite tout de même de grosses interrogations. Du point de vue de l’auditeur, il faudra que tout un chacun achète un nouveau poste avec écran à cristaux liquides, qui coûtera 200 euros en moyenne. A l’ère de la radio sur le téléphone portable et sur Internet, qui serait intéressé pour acheter un énième appareil à 200 ou même 120 euros ? Le fait d’avoir accès à des images en même temps qu’on écoute la radio répond-il à un véritable besoin ? A ce titre, l’Allemagne passée au numérique voici plusieurs années semble en être revenue : les consommateurs n’étaient pas prêts à acheter un récepteur numérique et continuaient d’écouter leur émission préférée sur leur poste analogique.

 

Du point de vue des radios, la numérisation au format T-DMB représente un surcoût financier. L’encodage, les émetteurs, les antennes sont plus onéreux qu’en DAB+. Le lobbying des principaux opérateurs privés et publics pour cette norme semble simplement viser à ériger une barrière financière pour leur permettre de garder leurs parts de marché et éviter l’accès aux nouveaux entrants.

 

Le CSA s’y engage, la couverture numérique reproduira au minimum le paysage radiophonique actuel, c’est-à-dire que tous les groupes existants et émettant actuellement sur la bande FM seront prioritaires et automatiquement numérisés. La quantité de fréquences disponibles étant plus importante qu’en analogique, de nouvelles radios ou de nouveaux services pourront même être créés.
Reste que les grands groupes lorgnent sur ces nouvelles fréquences pour développer la télévision mobile, ou diffuser leurs web radios. Et même si elles obtenaient des fréquences, les petites radios devront faire face au problème du coût : des moyens conséquents devront être débloqués par les autorités de tutelle, si elles souhaitent que la diversité radiophonique continue d’exister.

 

Les dés sont jetés.
La France s’est lancée néanmoins dans l’aventure, il n’est plus temps de reculer. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a lancé officiellement jeudi un premier appel à candidatures pour attribuer les canaux : les dossiers doivent être déposés avant le 16 juin, et les radios dont le dossier a été accepté devront être en mesure d’émettre début 2009.
30% de la population française auront alors accès à ce nouveau média, dans 19 grandes agglomérations : Bordeaux, Le Mans, Rouen, Clermont-Ferrand, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Nice, Metz, Nancy, Strasbourg, Paris, Tours, Angers, Brest, Nantes, Rennes et Toulouse. Un nombre minimum de services de radio, entre 35 et 44, sera attribué à chaque zone.
Un second appel à candidatures sera lancé avant la fin de l’année 2008 et viendra compléter la couverture, avec environ 10% de population supplémentaire.

 

EN SAVOIR PLUS :
« Le passage au numérique menace les petites radios », Rue 89
« Radio Numérique – Ouverture imminente d’un appel aux candidatures », Radioactu
 » Radio Numérique – L’Italie expérimente le DAB+ et le T-DMB », Radioactu

 

 

En 2007, le Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER) a attribué 25 millions d’euros de subventions à près de 600 radios associatives.


Créé en 1982 pour accompagner la libéralisation des ondes, le FSER est l’outil de financement qui aura permis l’épanouissement et la pérennisation des radios associatives. Il se fonde sur une logique de bonne entente entre radios privées quant au partage du marché publicitaire. D’un côté, les radios commerciales n’ont pas à se sentir en concurrence avec les radios associatives et exploitent totalement le marché publicitaire. De l’autre, les radios associatives accomplissant une mission non marchande de communication sociale de proximité doivent être soutenues.

 

Dès lors, le principe est simple : le FSER ponctionne les régies publicitaires des médias nationaux commerciaux et redirige l’argent vers les radios associatives. Il est « alimenté par une taxe fiscale appliquée aux grands médias radios et TV ayant des recettes publicitaires », et distribue trois catégories d’aides : des aides à l’installation pour les nouvelles radios, des subventions de fonctionnement, majorées ou non, pour les radios existantes, ainsi que des aides à l’équipement.

 

Les radios associatives bénéficient d’un minimum de stabilité, avec cette aide au fonctionnement, pour mettre en place leurs projets associatifs non rentables. En outre, elles bénéficient périodiquement d’une aide à l’installation et d’une aide à l’équipement.


Conditions d’accès. Les radios peuvent toucher une aide annuelle au fonctionnement de la part du Fonds de Soutien si elles ne consacrent pas plus de 20% de leur budget de fonctionnement à la publicité.

 

L’année 2008 marque un tournant à la fois pour les radios associatives et pour le FSER. Les radios doivent envisager la mutation vers la radio numérique tout en assurant la diffusion FM. Concernant le FSER, d’une part, il va pâtir de la réduction ou suppression de la publicité sur le service public (les prévisions actuelles annoncent une baisse de 25% du Fonds). D’autre part, il doit se mettre à l’heure du numérique et permettre d’assurer l’investissement et le financement de ces radios. Véritable cheval de bataille de la cause associative, le FSER constitue un enjeu majeur de la diversité radiophonique de notre pays.

 

Face à la menace que fait peser sur elles le passage à la radio numérique terrestre, les quatre principales fédérations associatives radiophoniques signent un appel commun. Elles brandissent le droit à la liberté de parole, dans un monde médiatique de plus en plus formaté.


« Les radios associatives représentent une composante essentielle de la diversité culturelle et médiatique en France. Elles rendent visible, par leur mission de communication sociale de proximité, la diversité des régions et des territoires français. Fortes de leurs quelques 2500 salariés et de leurs dizaines de milliers de bénévoles, les radios associatives apportent un concours essentiel au dynamisme social et au développement local. Elles contribuent, pour une part déterminante au pluralisme, à la diversité culturelle et à la liberté d’expression.

 

En décembre dernier, le gouvernement a retenu la norme T-DMB pour la diffusion de la radio numérique en France. Le passage au numérique présente un véritable risque technologique, car aucune expérimentation ne garantit qu’elle permette l’accès au numérique des opérateurs actuellement autorisés, ni à fortiori, d’en accueillir de nouveaux. Or le nombre et la pluralité des opérateurs radiophoniques seront des facteurs essentiels du succès de la RNT auprès des auditeurs. Un arrêté, multinorme, retenant la norme DAB+, à côté du T-DMB, aurait permis un plus grand nombre de programmes par multiplexes et une compatibilité avec les opérateurs européens ayant choisi le DAB+ .


Pour que l’avènement de la radio numérique n’exclue aucun acteur, les radios associatives demandent :


– le lancement d’un appel à candidature par CTR pour que soit respectée la diversité des médias sur le territoire français et l’équité pour l’accès aux nouvelles technologies radio.


– La définition de taille d’allotissements pour la radio numérique, compatible avec la zone de diffusion de nos radios locales. (un allotissement = un territoire de diffusion)


– que soit réservée, aux programmes associatifs sur chaque multiplex, une part en pourcentage égale à celle que ces programmes occupent sur la zone concernée en bande FM.


– que la part de ressource allouée aux radios associatives, publiques et commerciales soit la même et que la répartition image/son/data puisse se faire ensuite, sur le quota donné, à discrétion de chaque radio.

 

La radio numérique entraînera un coût de diffusion supplémentaire ainsi qu’un coût pour la création et la gestion des données associées complémentaires (vidéos et datas). Les radios associatives demandent que le Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique soit abondé de manière supplémentaire et conséquente ainsi que le Conseil supérieur de l’audiovisuel le préconise dans son Avis n° 2007-4 du 17 avril 2007. Ainsi il devra permettre aux radios associatives d’accéder au numérique en terme d’équipement et de diffusion. Il devra aussi leur permettre de fonctionner avec le numérique en tenant compte des budgets supplémentaires générés : nouveaux postes salariés pour la création des données associées, édition des programmes, frais de diffusion des composantes associées ou non associées.

 

Pour que les radios associatives puissent contribuer au succès de la radio numérique, leurs représentants demandent à être reçus très rapidement et écoutés par les autorités de tutelle, comme elles l’avaient annoncé à l’occasion des différents congrès de nos organisations de radios associatives. »

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Les signataires de l’appel :
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Contacts :

– IASTAR : 01 40 33 07 11
– CNRA : 06 07 19 43 58
– SNRL : 04 91 55 56 85
– FERAROCK : 02 23 48 62 78

 

Emmanuel Frochot est président d’IASTAR, le réseau des Radios Campus. IASTAR est l’une des quatre principales fédérations associatives radiophoniques qui ont signé un appel commun sur la radio numérique terrestre.

 

Pourquoi avoir rédigé cet appel commun ?

 

La question du passage au numérique des radios anime le débat depuis 2000. IASTAR s’en est fortement préoccupé, et a été le premier à émettre en numérique à l’université d’été de la communication d’Hourtin.
Des consultations ont eu lieu dans différents instances, le CSA, le ministère de la culture, et à chaque fois, IASTAR y a participé. Nous avons été sensibilisés très tôt au sujet.
Jusque-là, le monde de la radio associative était assez épars. Face aux enjeux néanmoins, nous avons vu la necessité de parler d’une voix commune pour peser, être forts et cohérents vis a vis des institutions et des pouvoirs publics, et obtenir des garanties pour assurer, dans de bonnes conditions, la mutation de nos radios.


Demandez-vous que soit augmenté le Fonds de soutien à l’expression radiophonique ?

 

Le FSER est un outil de financement des radios associatives. Mais des questions se posent sur son maintien. Avec la supression de la publicité sur la télévision, une partie du fonds va être amputée, de facto. Comment le maintient-on et comment l’augmentera-t-on ? La diffusion FM doit continuer à être assurée et le passage au numérique impose un surcoût. Les radios devront faire face à une double diffusion. Le FSER doit donc être maintenu concernant la diffusion FM et abondé pour permettre l’équipement et la diffusion en numérique.
Tout récemment, la DDM (Direction du Développement des Médias) a reçu les groupements associatifs pour débuter la réflexion sur le sujet.


Approuves-tu le choix du T-DMB pour diffuser la radio numérique ?

 

Nous sommes le seul pays à avoir choisi cette norme de diffusion. Espérons que nous ne nous plantions pas dans ce choix technologique comme nous l’avons fait avec le minitel ! Ailleurs c’est le DAB ou DAB+ qui est utilisé pour la radio : c’est plus rationnel, c’est la suite logique de la FM. Le choix du T-DMB me semble surprenant. En Corée du Sud cette norme est utilisée pour faire de la télévision…
Les plus gros opérateurs ont appuyé le choix de cette norme très gourmande en ressources, puisqu’elle prévoit, outre l’audio, des flux de vidéos ou de données associées. Elle limite le nombre de stations et de nouveaux entrants potentiels s’en trouveront écartés.


Quel en l’enjeu pour les radios campus avec l’introduction de la raio numérique dans 19 villes à la rentrée ?

 

A Paris par exemple, 10 nouvelles fréquences existeront. Dans les villes où sera prochainement mise en place la radio numérique, entre 35 et 45 fréquences seront créées si l’on s’en tient aux chiffres indicatifs fournis par le CSA, ce qui est plus élevé que sur la FM, et avec une meilleure qualité de son.
L’enjeu pour les radios campus est de continuer à exister. Le coût supplémentaire se situe autour de 20 000 euros par an pour double-diffuser.

 

L’appel à candidatures du CSA devrait logiquement déboucher sur des autorisations pour les radios campus qui diffusent déjà sur la FM ?

 

Ce que prévoit le CSA est de proposer des dossiers simplifiés aux radios qui existent déjà. La priorité pour une radio qui existe et dispose d’une autorisation de diffuser sur une fréquence me semble rassurante.
Mais il ne répond pas au comment, en termes de moyens financiers, humains, de compétences à acquérir. Comment concevoir les nouveaux contenus ? Qui va nous former ? Nous devrons salarier des nouvelles personnes, nous équiper de manière différente. Et sur la diffusion : comment on diffuse ? Il nous faudra passer par des prestataires. Il ne sera plus possible de s’auto-diffuser comme ce pouvait être le cas pour la radio analogique.

 

Les subtilités du numérique prévoient que les opérateurs devront se regrouper pour diffuser leurs programmes respectifs. Le choix a été fait de diffuser par le biais de canaux multiplex. Un multiplexe ou « bloc » est composé de neuf fréquences, et chaque ville comptera cinq blocs. La numérotation est abolie. Les neuf radios devront se regrouper au sein d’une structure juridique pour parler d’une même voix à un prestataire qui diffusera.
Je crains que ça se passe comme en sport collectif où le capitaine doit choisir ses coéquipiers. Il en reste toujours un que personne ne veut appeler dans son équipe. De façon plus simple, la vigilance me semble de mise sur la constitution de ces entités qui doivent contracter un accord avec un opérateur de diffusion (VDF, TDL ou Towercast) pour l’ensemble des stations. Est-il plus pertinent de se regrouper entre associatifs et/ou avec les radios commerciales locales ? Ou bien de rejoindre des opérateurs  » nationaux  » ? La question s’appréciera, sans doute au cas par cas.

 

Comment le réseau IASTAR se prépare-t-il à cette « révolution » ?

 

L’enjeu est de réfléchir à ces nouveaux contenus. Autant s’approprier cette nouvelle technologie, faire quelque chose de novateur, d’attractif. Et rendre indolore la double diffusion : plus vite on passera au T-DMB exclusif, plus vite les coûts liés à la diffusion concomitante sur la FM disparaitront.
Notre rôle, en tant que réseau IASTAR, est d’informer les radio campus locales et les faire réfléchir sur ce que va être la radio de demain. Que mutualiser ? Quelles compétences pour quels contenus ? Quelle nouveauté ?
Nous réfléchirons à tout cela lors des prochaines rencontres nationales du chantier « médias » organisées par Animafac à la fin du mois.


L’appel du CSA qui se clôt le 16 juin te semble-t-il un enjeu important ?

 

Oui, c’est important que les radios campus y soient dès le départ. Car au deuxième tour tout le monde est déjà aux aguets : les appétits des télés et des opérateurs téléphonique sont forts. A cela s’ajoute la question du public : il faut y être au début pour pouvoir emmener les auditeurs vers ce nouveau support. Et puis si l’on considère que l’on n’est pas en mesure de diffuser aujourd’hui, je ne vois pourquoi ne le serions plus en 2011. L’idée d’une seconde chance me semble illusoire.

 

EN SAVOIR PLUS :
www.radio-campus.org/

 

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