ANIMATRICE : Marie-Jeanne Charrier, ancienne présidente de l’association Phénix et administratrice d’Animafac.

INTERVENANTS : Manuel Domergue, Leila du collectif Jeudi Noir et un membre du Jeudi Noir Toulouse.

 
Le Jeudi Noir, c’est quoi ?
Le collectif  » Jeudi Noir «  existe depuis fin octobre 2006. Il a été créé à la date symbolique du 57e anniversaire du krach de Wall Street.(jeudi 24 octobre 1929). Parce qu’aujourd’hui, ce que le Jeudi Noir attend, c’est le krach immobilier. Jeudi aussi parce que c’est le jour de parution de l’hebdomadaire de petites annonces  » De particulier à particulier « , sur lequel les jeunes en recherche d’appartements se ruent. Les jeunes constituent aujourd’hui une génération précaire : même en ayant un contrat de travail, le loyer représente souvent le tiers voire les trois quarts du revenu mensuel. En réaction à cette réalité, le collectif s’invite dans les visites collectives d’appartement avec cotillons, mousseux, et musique.  » On ne pourra jamais habiter dans ces appartements, autant y faire la fête 5 minutes «  est la philosophie de ses membres.

 

Le logement ou le système de la file d’attente
Depuis 1995, les prix immobiliers et donc les loyers grignotent le pouvoir d’achat des locataires : ils augmentent à un rythme plus rapide (3,5%) que celui de l’inflation (1%). En particulier depuis 2001, avec l’éclatement de la bulle Internet. Ceux qui paient la bulle immobilière sont donc les plus jeunes et les plus pauvres. Proportionnellement à leurs revenus, les jeunes dépensent 4 fois plus pour leurs loyers que leurs aînés. Alors que leurs logements sont plus petits. Il existe des rentes de situation : des vieux couples sans enfants, ou des femmes seules et âgées habitent dans de grands appartements qu’elles ont fini de payer. De nombreux 150 m carrés sont dans ce cas dans Paris. Dans le parc HLM, le bail étant infini, on se retrouve avec des situations absurdes, une personne seule se trouvant dans un logement trop grand tandis qu’une famille à l’étroit aimerait échanger mais ne le peut pas. Le logement reproduit le système de la file d’attente face à une ressource qui n’est pas infinie : les derniers arrivés sont les moins bien servis. On compte en France 1,3 million de demandeurs de logement social. En moyenne, ils doivent subir 6 ans d’attente.

 

La solution du problème est globale
Pour résoudre la crise du logement des jeunes, il faut résoudre la crise du logement en général. Suite à l’appel de l’abbé Pierre, dans les années 70, on a beaucoup construit. Le problème a été résolu. Mais le nombre de ménages a augmenté, d’autant plus du fait du nombre de divorces et du vieillissement de la population. Le nombre de constructions n’a pas suivi. L’équilibre entre offre et demande a fait grimper les prix. En 2005 avec les incendies d’immeubles et hôtels sur occupés, puis en 2006 avec la mobilisation des Enfants de Don Quichotte, le thème a été mis sur le devant de la scène. Or, la France compte 100 000 SDF, mais aussi 3 millions de mal-logés (ceux qui n’ont pas de domicile personnel, habitent chez des parents, des amis), 8 millions si l’on prend en compte les logements insalubres, suroccupés. On arrive à un déclassement des bas salaires et des jeunes. Des individus qui sont d’autant plus vulnérables à chaque accident de la vie (chômage, divorce).

 

Un marché mal régulé
On compte en France 10 000 expulsions par an avec forces de police et huissier. Selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre, l’effort pour le logement de l’Etat en termes relatifs était de 2,2% du PIB en 1983, il est passé à 2% du PIB en 2000, et 1,7% du PIB en 2007. On a réduit les charges d’impôts avec la défiscalisation De Robien pour les propriétaires acceptant de louer. Cette défiscalisation coûte 400 millions d’euros par an à l’Etat alors qu’il n’y a pas de contreparties sociales : le propriétaire n’est pas obligé de louer moins cher. Les logements concernés par cette mesure sont donc chers, et pas au bon endroit. Le marché est très dérégulé. La politique de  » logement social  » de Borloo est à relativiser. Est considéré comme logement social :
– le PLAI, prêt à la location aidée d’intégration.
– le PLUS : la condition pour un ménage de 2 enfants est de gagner moins de 2000 euros par mois.
– Le PLS : 82% de la population est sous le plafond de ressources du PLS ! La taxe sur les logements vacants n’est pas du tout appliquée. Elle ne rapporte que 10 euros par logement.

 

Les résidences universitaires
Les ressources et l’habitat jouent sur la réussite de l’étudiant. Si son logement est suroccupé, que le colocataire fait du bruit, il est moins facile de se concentrer. En parallèle de la massification de l’enseignement supérieur, les résidences universitaires n’ont pas suivi. Il y a aujourd’hui 3 fois plus de demandes que de chambres. Un plan de relance est en cours, mais seulement un tiers des objectifs a été atteint.

 

De l’égoïsme des municipalités
La loi SRU impose 20% de logements sociaux dans les villes. Mais les maires obéissent à une logique relativement égoïste : les immigrés, les pauvres, ce sont des charges pour ma municipalité. Alors que les entreprises apporteront une taxe professionnelle : les bureaux c’est bien pour une ville, il n’y a pas de charges, pas d’écoles à construire, et ça rapporte. Une centaine de bureaux vides la nuit. La pénalité n’est que de 150 euros par an. Rationnellement, le maire est incité financièrement à ne pas construire de logements sociaux. Une des solutions serait de rendre cette pénalité réellement dissuasive, et de faire en sorte par exemple que le préfet se substitue au maire dans le cas ou la municipalité ne paie pas. Des maires font campagne par exemple sur le fait qu’ils ne feront pas venir de logements sociaux.
C’est aux jeunes de se mobiliser.
A l’image des stages, dont on ne parlait pas ces 10 dernières années alors qu’il y a 800 000 stages par an en France. Un mouvement comme celui de Génération précaire a permis a l’Etat de plus contrôler les stages.

 

La question du logement des SDF
Hébergement ne veut pas dire logement. Il ne suffit pas de trouver un lit aux SDF. S’il s’agit de dortoirs de 30 personnes, où les chiens ne sont pas admis, sans intimité, et qu’ils sont mis dehors à 7 heures du matin, il s’agit d’un hébergement, pas d’un logement.

 

La question des mal-logés
Les marchands de sommeil sont ces hôtels qui louent leurs chambres très cher (2000 euros par mois pour une famille), alors que les chambres sont vétustes et sur-occupées. Ce sont les services sociaux qui paient ou les familles elles-mêmes, la plupart du temps salariées… dans des sociétés d’entretien.

 

Gentryfication
Paris était une ville populaire. Au nom de la lutte contre l’insalubrité, on a démoli puis reconstruit, en reléguant les classes populaires à la périphérie et en faisant venir des classes moyennes à la place. C’est la  » gentryfication « . Les loyers sont devenus un tiers plus chers.

 

Destructions de barres
Avec les destructions de barres d’immeubles, 250 000 logements seront détruits. L’idée peut-être bonne, mais il faut que la construction suive ensuite pour pallier ce manque de 250 000 logements. Au nom de la mixité sociale, des destructions d’immeubles se font sans concertation avec les habitants. L’ANRU a lancé son projet de rénovation urbaine très vite. Les premiers maires à déposer un dossier étaient les premiers servis en financement pour les projets de démolition de barres d’immeubles. Les municipalités se sont donc précipitées, n’ont pas pris le temps de consulter les habitants.

 

Point sur le locapass
0,45% des salaires sont versés par les entreprises dans un fonds au logement. C’est ce fonds qui constitue le Locapass, qui permet aux jeunes ayant travaillé 6 mois de bénéficier d’une caution et d’une garantie logement.

 

La question des ghettos
Le jeudi Noir aimerait défendre que la demande de logement social soit anonyme. Car le nom et le lieu de naissance sont utilisés par les offices d’HLM comme critères. Au nom de la mixité sociale ils se sont mis à trier les gens. Les immigrés attendent deux fois plus que les autres pour un logement social. La gestion des parcs HLM est certes extrêmement complexe. A chaque HLM correspond une situation différente. Les maires se trouvent face à des casse-tête chinois. Les travailleurs sociaux se sont cassés les reins sur ces problématiques. Reste que la mixité sociale a été instrumentalisée au détriment des pauvres.
Le mot  » ghetto n’est pas anodin. En France, on ne peut pas dire qu’il y ait des  » ghettos « . On joue à se faire peur, on dit qu’il faut  » casser les ghettos « . Mais en vérité les quartiers populaires sont très multi-ethniques. Le logement est une mosaïque de situations. Difficile d’avoir des revendications très carrées. Mais arriver à ce qu’on parle de logement est déjà une victoire.

 

La question du droit au logement opposable.
L’idée du projet de loi sur un droit au logement opposable est de faire comme pour l’école voici 100 ans : si l’Etat ne construisait pas assez d’écoles, il était pénalisé. Et bien si l’Etat n’arrive pas à ce que tout le monde soit logé, il y a un droit à réparation. _ Sauf que :
– pour arriver à faire condamner l’Etat selon cette loi, il faut 2-3 recours administratifs.
– Si l’Etat est condamné, il verse une somme sur un fonds régional. La réparation ne va donc pas dans les poches du mal-logé.
Il n’y a donc objectivement aucune incitation pour les mal-logés ou les SDF à demander réparation.
Ce projet de loi détermine 5 publics prioritaires (les SDF, les enfants mineurs, etc.). Une commission a le droit, au sein de ces 5 publics, de déterminer qui est prioritaire et qui ne l’est pas, sans justification. Pour sensibiliser à cet aspect du projet de loi, le Jeudi Noir a organisé le 15 février 2007 une course en sac de couchage en montrant les différentes étapes qu’un mal-logé doit franchir avant de toucher au but.

 

Ce que propose le Jeudi Noir:
– Le budget au logement est en baisse cette année : qu’il reste au moins au même niveau.
– Pas de démolitions sans concertation.
– Revoir le système des APL : les APL représentent 1/2 du budget de l’Etat au logement. Or les propriétaires anticipent que le locataire aura des APL et augmentent le loyer en conséquence !
– Ne pas permettre les emprunts sur 50 ans, qui font que l’on croit devenir propriétaire de son logement, et qu’en fait on devient locataire de sa banque ! ! !

Toutes leurs revendications et plus d’informations sont disponibles sur www.jeudi-noir.org

 

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