Portrait de Jesse Jean, étudiant, réfugié haïtien en France et président de l’association Universitaires Solidaires.

 

Son timbre de voix est clair, sa diction précise : il raconte, didactique. Jesse hérite de cet amour des mots de l’enfance, lorsqu’il écume la bibliothèque de l’Institut français d’Haïti. Né en 1977 à Port-au-Prince, il passe ses journées à jouer au foot avant qu’un aîné ne l’initie au suc des livres et du savoir. Membre d’un parti à l’origine du parti social-démocrate haïtien dès ses 15 ans, il termine la fac de psychologie tout en animant des clubs intellectuels, et enseigne le français, la philosophie et la culture générale dans le secondaire.
« Les étudiants étaient peu politisés ». Mais lorsque qu’Aristide, « président frauduleux » d’Haïti, révoque le recteur, ils se mobilisent pour défendre l’autonomie de l’université. « Ce qui transforme le mouvement est l’assassinat d’un étudiant en médecine en janvier 2003 », puis le saccage de l’université par les « chimères » (jeunes de 12-14 ans armés, à la solde du pouvoir). Bientôt suivis par toute la société civile d’un pays affamé, les étudiants réclament le départ d’Aristide. Ils créent un comité qui liste les disparitions, les plaintes, les cas de passages à tabac.

 

Jesse, fer de lance du mouvement étudiant, et cadre du parti social-démocrate, est très influent. Sa voix est aisément identifiable, diffusée régulièrement sur les radios. « Qui était Jesse, tout le monde le savait ! ». Le ministère de l’intérieur inscrit son nom sur une liste noire. Comme ses oncles député et journaliste désormais en exil, il change d’abri chaque nuit.

 

La France. Un jour de trop, il est tabassé par les chimères. A la vie sauve grâce à des camarades du parti, est ensuite pris en charge par un organisme de défense des droits de l’Homme et mis sous couvert durant quatre mois. Puis l’exil, il doit se résoudre a quitter son pays, son parti… Ce sera la France, « pays d’accueil ». Il repart de zéro. Procédures de demande d’asile, intégration amère, pourtant Jesse continue d’agir.

 

Bientôt diplômé d’un master de sciences de l’éducation à Paris, il préside aujourd’hui Universitaires solidaires, une association regroupant étudiants, chercheurs, profs de toutes nationalités. Leur but : « Structurer un lieu de retrouvailles où les universitaires puissent se dire », avec pour fil rouge la transmission du savoir. L’avenir ? Agir pour l’éducation en Haïti.

 

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