Outil d’engagement citoyen pour les jeunes, nouveau souffle pour les associations… Le service civil volontaire permet aux 16-25 ans d’effectuer des missions associatives d’intérêt général, moyennant une indemnité financée par l’État. Un dispositif en sursis après seulement un an et demi d’existence. Financements réduits, recrutements suspendus… Le point sur les menaces qui pèsent sur le service civil, et témoignages de jeunes et d’associatifs dont le message est clair : le volontariat ne doit pas mourir.

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les volontaires se mobilisent pour la suppression du service civil volontaire.

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Recrutements à effectifs réduits et seulement jusqu’en mars 2008… Un an et demi après sa création, le dispositif du Service civil volontaire semble déjà menacé. Une situation qui inquiète des associations bien décidées à ne pas laisser périr cet outil d’engagement citoyen pour les jeunes.

Lancé tambours battants en 2006, plébiscité en 2007… et déjà menacé en 2008. Le service civil volontaire (SCV) aura connu bien des mésaventures en à peine un an et demi d’existence. Sa création ? Une réponse de Jacques Chirac aux émeutes des banlieues de novembre 2005. Afin de redonner ses lettres de noblesse à l’engagement citoyen des jeunes, l’ex-Président de la République propose de financer à 90 % les indemnités des jeunes « volontaires » effectuant des missions d’intérêt général de 6 à 9 mois dans des structures associatives. Une dotation de près de 5000 euros par volontaire à laquelle vient s’ajouter le financement de formations civiques et une aide à l’insertion professionnelle. Le dispositif est voté en octobre 2006 avec des objectifs très ambitieux : toucher 50000 jeunes, soit 7 % des 16-25 ans, la classe d’âge concernée par le dispositif.

Lancé en pleine campagne présidentielle, le Service civil volontaire est rapidement adopté par les candidats. La plupart se félicitent des opportunités qu’offre ce dispositif : développer l’esprit civique de la jeunesse, redonner un nouveau souffle à la société civile… Beaucoup, à l’instar de Nicolas Sarkozy, vont même plus loin, évoquant la création d’un service civique obligatoire de 6 mois. Une proposition qui, si elle ne fait pas l’unanimité, montre au moins la volonté des politiques de s’investir dans des projets ambitieux en direction de la jeunesse et de la vie associative.

Les associations, elles, adhérent immédiatement au dispositif, même si elles s’accordent du temps, en amont, pour réfléchir à l’intégration de ce nouveau statut dans leurs structures. Début 2007, une centaine obtiennent l’agrément « service civil », délivré par l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé), qui leur donne le droit d’accueillir des volontaires. Des centaines de jeunes entament ainsi des volontariats à La Ligue de l’enseignement, la Croix Rouge, le Secours Catholique, Unis-Cité ou l’Afev.

Animafac obtient une convention financière lui permettant d’accueillir près de 300 volontaires qui effectueront leurs missions au sein des associations étudiantes du réseau. « Le volontariat est un merveilleux outil de participation civique qui permet aux jeunes de se sentir utile en effectuant des missions d’utilité publique. En leur faisant prendre conscience de leur rôle dans la société, on influe durablement leur rapport à la citoyenneté » commente Mélanie Gratacos, déléguée générale d’Animafac. « C’est également une opportunité pour le monde associatif étudiant. En finançant les indemnités à hauteur de 90 %, l’État offre en effet à ces structures sans beaucoup de moyens, la possibilité d’accueillir des volontaires qui pourront développer des projets plus ambitieux, s’investir dans de nouveaux champs d’actions… »

 

Manque de volonté politique

Au fil des mois, la volonté politique qui entourait la création du service civil semble pourtant s’étioler. C’est d’abord la communication qui fait défaut : peu relayé, le dispositif reste largement méconnu, y compris des premiers concernés, les jeunes. Prises au dépourvu, certaines associations peinent également à se structurer assez vite pour accueillir des volontaires. Résultat, après un an d’existence, « seuls » 2500 à 3000 jeunes ont bénéficié du statut de volontaire en service civil. Un chiffre bien éloigné des 50 000 postes annoncés par Jacques Chirac.

En décembre 2007, Bernard Laporte, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, évoque la mise en place d’un service civique obligatoire… de 100 heures. Une proposition qui alarme le monde associatif. « Une mission de service civil doit permettre à celui qui l’accomplit de se sentir utile, de comprendre l’intérêt d’agir pour le vivre ensemble. C’est impossible dans un laps de temps aussi court » explique Mélanie Gratacos. Comme elle, nombreux sont les responsables associatifs à craindre que ces déclarations du secrétaire d’État ne sonnent le glas du dispositif. Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, assure de son côté qu’une mission parlementaire sera mise en place afin d’évaluer le SCV et d’envisager son avenir. Trois mois après, celle-ci n’a toujours pas vu le jour.

 

Manque de financements

Au manque de volonté politique s’ajoutent de sérieux problèmes de financement. Subventionné par l’Acsé, elle-même sous tutelle du ministère de la Ville, le dispositif coûte cher : près de 900 euros par volontaire et par mois. Une somme que l’Agence peine aujourd’hui à réunir. Fin 2007, les nouvelles associations présentant leur dossier pour bénéficier d’agréments se voient opposer une fin de non recevoir. Seules celles qui avaient accueilli des volontaires en 2007 sont autorisées à recruter… mais à effectif réduit et seulement jusqu’au 31 mars 2008. Après cette date, le flou reste total. Interviewé sur Europe 1, le directeur de l’Acsé , Dominique Dubois assure qu’un bilan est en cours et que le dispositif n’est pas enterré.

En attendant, les associations qui comptaient sur la présence de volontaires en 2008 pour développer de nouveaux projets doivent revoir leurs ambitions à la baisse. Les volontaires actuellement en mission, eux, se sont mobilisés pour défendre le droit de leurs pairs à bénéficier de ce service civil. Au pied de la station de métro Volontaires, une cinquantaine d’entre eux s’étaient ainsi réunis mardi, à l’appel d’Animafac, pour un haka au message clair : « Volontariat, ne me tuez pas ! »

Le réseau Animafac s’exprime

Mélanie Gratacos, déléguée générale d’Animafac : « Animafac étant un mouvement associatif dirigé par des jeunes, nous sommes naturellement très investis sur toutes les questions ayant trait à la participation des jeunes. Nous menons d’ailleurs très régulièrement des campagnes dont l’objectif est d’encourager leur engagement. Nous nous sommes donc vraiment réjouis de la mise en place du service civil volontaire, car il nous apparait comme un vrai  » déclencheur d’engagement « . De nombreux jeunes qui n’étaient pas engagés auparavant explorent via ce dispositif l’action associative et y prennent goût. L’indemnité permet à tous de vivre cette expérience, quelle que soit leur origine sociale et l’aide que peut leur apporter leur famille.

Avec le service civil volontaire, les jeunes s’investissent 6 , 9 ou 12 mois dans un projet associatif : ils se sentent utiles, acteurs de la société. Et surtout, cette expérience a un impact durable sur ceux qui en ont bénéficié. Il n’est pas anodin que lors de leur mobilisation pour défendre le dispositif mardi 26 février à Paris, les volontaires ont écrit sur une banderole « Volontaire un jour, citoyen toujours« . »

« Nous souhaitons qu’il y ait une politique de jeunesse ambitieuse en France« , explique la déléguée générale d’Animafac.  » Dans notre pays, les clichés associés à la jeunesse sont en général peu flatteurs. Nous sommes perçus tantôt comme une menace, tantôt comme un public qu’il faut occuper par le biais d’une offre de loisir. Le service civil volontaire est l’occasion, pour une fois, de parier sur les jeunes, et de les considérer comme une véritable ressource. C’est un signe positif envoyé aux jeunes et c’est pourquoi nous nous mobilisons pour qu’il perdure au-delà du 31 mars. Qu’il perdure et qu’il monte en puissance, voire devienne un service civil volontaire universel.

Lorsqu’il a reçu les syndicats étudiants le 16 janvier 2008, le président de la République Nicolas Sarkozy a annoncé qu’une « politique de jeunesse » serait prochainement initiée, et qu’elle toucherait notamment aux questions de l’emploi et de l’engagement des jeunes. Nous ne comprendrions donc pas que le service civil volontaire, qui favorise cet engagement, soit remis en cause. »

Outre l’utilité civique, Mélanie Gratacos voit également une utilité sociale au dispositif : « C’est la possiblité pour les associations étudiantes de mobiliser de nouvelles énergies, et donc d’investir de nouveaux champs d’action, grâce à des individus qui se consacrent de façon stable au projet« .

 

A Nice, l’association étudiante Kulth mène des actions culturelles et événementielles, elle édite également le magazine culturel l’Inkulth. Le service civil volontaire a été un véritable coup de fouet pour ses actions. »Dès qu’on a entendu parler de la possibilité d’accueillir un volontaire, on a sauté sur l’occasion » explique Julie, rédactrice en chef du magazine. « La production du journal nous demandait un suivi régulier, et nos bénévoles galéraient, nous manquions de coordination. Sophie, membre actif de Kulth, était disponible à la rentrée parce qu’elle rentrait de voyage. Elle est devenue la première volontaire de notre association. En vrai chef d’orchestre du magazine, contenu, délais de fabrication et support étaient sous sa responsabilité : elle a nous a donné à tous du boulot et a bien motivé toute l’équipe. Résultat de ces six mois : une visibilité accrue sur Internet et notre régie publicitaire gérée par la Strada, LE mag culturel gratuit en région PACA ! On n’aurait jamais eu le temps de réussir cela sans un volontaire dédié précisément à ce projet« . Depuis septembre 2007, l’association s’est lancée dans le volontariat pour 9 mois avec Samuel.

Aujourd’hui, tous les membres de l’association sont très inquiets. « L’apport du service civil volontaire à la vie culturelle et associative est d’autant plus fort à Nice, que la ville compte peu d’acteurs culturels locaux. Sur le campus de lettres, une seule association culturelle existe : un labo photo ! Rien n’est prévu pour soutenir l’engagement des jeunes localement. Ce dispositif national permet de maintenir à flot quelques initiatives et constitue un soutien vital au fonctionnement de notre association : s’il disparaît, l’avenir de Kulth est menacé » .

 

A Lille, le CENA, Collectif des étudiants pour une nouvelle Afrique, a vu ses actions d’accueil des étudiants étrangers dynamisées par le service civil volontaire. « Nous avions besoin de travailler l’été sur le projet de « semaine d’accueil des étudiants étrangers » qu’on avait prévu pour la rentrée« , explique Amadou, coordonnateur du collectif. « Je me suis donc proposé pour faire un volontariat à partir de juin, ce qui a permis à l’association de m’impliquer à temps plein sur l’organisation de l’événement : plaquette, recherche de partenaires, flys… Avec Camélie, ma tutrice, nous faisions des points hebdomadaires pour nous motiver. L’événement a été un succès : 300 étudiants ont participé à la semaine du 24 au 30 septembre sur le campus. Le service civil volontaire a été un vrai tremplin : en un an, le CENA est devenu l’interlocuteur incontournable de l’université et des partenaires de la vie étudiante. » Cette année, deux nouveaux volontaires mettent sur pied un projet d’animation au quotidien des cités universitaires de Lille et élargissent l’activité de l’association à la prévention SIDA et MST. Des nouveaux projets porteurs que la menace de supression du service civil vient mettre à mal.

 

Pour la Croix-Rouge, un outil civique et citoyen précieux

La Croix-Rouge française accueille également des volontaires. « Nous sommes rentrés dans le dispositif du service civil volontaire pour continuer d’affirmer notre vocation civique et citoyenne, pour offrir une expérience de vie à des jeunes de tous horizons, et pour promouvoir l’échange intergénérationnel« , explique Caroline Soubie, responsable du service jeunesse au sein de la Croix-Rouge. Par le biais du tutorat notamment, une relation particulière s’installe entre un jeune ayant un projet à porter et un aîné pouvant l’encourager et le conseiller. L’association compte sept missions phares, parmi lesquelles l’accompagnement individuel des personnes âgées, ou l’animation auprès des jeunes d’actions d’éducation à la santé. Elle propose un parcours pédagogique au jeune qui s’engage, autour de quatre fondamentaux : une formation technique liée au contenu concret de sa mission, une formation autour des valeurs civiques, une formation avec des tuteurs, et la réalisation d’un projet individuel. « L’association a pris le temps de réfléchir à ce parcours pédagogique avant de se lancer dans l’accueil de volontaires« .

Depuis mai 2007, la Croix Rouge a accueilli une quarantaine de volontaires au sein des délégations et de ses différents établissements. »Ces premières expériences ont permis de créer une réelle dynamique au sein du réseau. Le dispositif répond visiblement au besoin de nombreux jeunes de se sentir utiles, et au besoin des associations d’initier de nouveaux projets. Dans une délégation par exemple, un jeune est arrivé en disant : « je veux travailler sur la diffusion du droit international humanitaire ». La délégation lui a donné carte blanche pour développer son projet. »

 

Pour la Ligue de l’Enseignement, un engagement fort

« Nous nous sommes engagés dans le service civil volontaire parce que c’est une excellente manière pour les jeunes de découvrir l’engagement associatif et d’apprendre. C’est également quelque chose d’enrichissant pour nous » explique Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement déléguée à la jeunesse. A ce jour, 250 volontaires s’engagent pour des missions de 9 mois au sein de la Ligue de l’enseignement, sur l’ensemble du territoire. Comme le détaille le site de l’organisation d’éducation populaire spécifiquement consacré au volontariat www.volontairealaligue.org/, les champs d’intervention sont très divers : 24 missions différentes sont possibles au sein de 5 grandes catégories : éducation, citoyenneté, sport, environnement, santé. « Cela va de la démocratie lycéenne avec la formation de délégués de classe en « citoyenneté » à l’accompagnement de structures pour la mise en place de leur agenda 21 en « environnement », en passant par l’accompagnement scolaire, ou l’organisation de rencontres sportives« , énumère Nadia Bellaoui.

 

Nadia Bellaoui exprime ses craintes quant à l’avenir du service civil volontaire. « Il y a de quoi s’inquiéter. Le fait que l’on pose la question d’un service civique universel ne doit pas casser la dynamique d’expérimentation qui s’opère aujourd’hui. L’articulation entre volontariat, salariat et bénévolat est fine et il serait nécessaire de changer les mentalités pour que la particularité du volontariat soit assise dans notre société. En attendant de trouver une solution à grande échelle, il ne faut pas supprimer les petits soubresauts, la culture de volontariat qui est entrain de se créer avec le travail qu’a mené l’association Unis-cités et la dynamique qu’entraînent les 3000 volontaires actuels.

Le financement des indemnités pose un problème budgétaire : parmi les options évoquées, le gouvernement a proposé de garder le côté service civique et de limiter la durée de la mission à 100 heures. Mais 100 heures ne permettent de faire que des tâches répétitives, des travaux d’intérêt général : il faut une vraie expérience de vie pour que cela change quelqu’un, que ça laisse des traces.

Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui il n’y a plus de moyens pour un service civil volontaire qui existe, et qui commence à porter ses fruits. »

 


 

LE POINT DE VUE DE JACQUES HENRARD, PRÉSIDENT DE LA CONFÉRENCE PERMANENTE DES COORDINATIONS ASSOCIATIVES

 

Jacques Henrard, président de la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA) : « Le service civil volontaire émane d’une véritable demande du monde associatif. Ce dispositif permet à des jeunes de prendre part de façon indépendante, voulue, à un projet d’intérêt général pendant une partie de leur vie. C’est une bonne chose, cette expérience constitue une forme d’apprentissage de la citoyenneté qu’il faudrait d’ailleurs mieux reconnaître. Non pas avec des mesures peu adaptées, l’idée de proposer des facilités fiscales alors que cette mesure ne concernerait pas les revenus non imposables me semble par exemple contre-productive, mais plutôt dans le cadre d’une reconnaissance pédagogique des engagements associatifs dans le cursus universitaire ou dans le parcours de formation. »

 


 

EN SAVOIR PLUS :

– L’association étudiante Kulth :

www.kulth.org/kulth/kulth.php

– L’association étudiante Cena :

www.cena-asso.info/

– Le service civil volontaire à la Ligue de l’enseignement :

www.volontairealaligue.org/

– Le service civl volontaire à la Croix-Rouge :

www.croix-rouge.fr/goto/aide…

– La Conférence permanente des coodinations associatives :

http://cpca.asso.fr/

 

 

Fervent partisan d’un Service civique volontaire, le réseau Animafac s’est investi à plusieurs reprises pour le défendre. Retrouvez les différentes prises de position du réseau, du stage au service civique en passant par les réactions aux propos de Bernard Laporte sur un service civique obligatoire et réactions au rapport remis par Bernard Kouchner à Ségolène Royal.

 

 

A la lecture de la déclaration faite par le secrétaire d’état aux Sports Bernard Laporte sur le service civique, nous souhaitons réaffirmer nos principes sur ce que devrait être un service civique, dont nous savons pour l’expérimenter combien il peut favoriser la citoyenneté des jeunes.

Nous approuvons le choix de la dénomination service « civique » et non « civil ». La priorité consiste bien à « raffermir la citoyenneté », à offrir un outil de participation civique aux jeunes qui, massivement, font part de leur désir d’action solidaire.

Mais dès lors, plusieurs résolutions s’imposent :

-> Les missions proposées aux jeunes doivent être conçues avec la plus grande exigence. Elles doivent donner à chacun le sentiment d’être utile et de mieux comprendre le monde en contribuant à le transformer. Des missions d’une durée de 100 heures ne sauraient répondre à cet objectif. Comment les associations pourraient-elles, dans un laps de temps aussi court, impliquer réellement les jeunes dans leurs projets et leur confier des activités épanouissantes, qui renforcent leur conscience d’être acteurs de la société et leur désir d’agir pour le vivre ensemble ? Le risque est grand de ne leur voir attribuer que des tâches peu gratifiantes et répétitives, et de transformer ainsi le service civique en corvée.

 

-> S’il s’agit de favoriser la participation civique des jeunes, mieux vaut convaincre que contraindre. L’obligation seule est une pauvre manière, improductive. Face au piège du paternalisme caporalisant, il convient plutôt d’encourager le désir d’action des jeunes, et de miser sur la montée en puissance d’un dispositif basé sur le volontariat. Certains répondront que le service civil volontaire, qui existe aujourd’hui, s’avère décevant puisqu’il ne touche qu’un nombre restreint de jeunes. Mais comment pourrait il en être autrement quand ce dispositif reste inconnu du plus grand nombre ? Avant d’en dresser un bilan négatif, misons réellement dessus et entreprenons une campagne nationale d’envergure pour le faire découvrir !

 

-> Ce dispositif se doit d’être exemplaire en matière d’égalité sociale. C’est, à notre sens, tout l’objectif de l’indemnité aujourd’hui accordée aux jeunes qui effectuent un service civil volontaire. Ni salaire, ni récompense, ces 640 euros mensuels permettent de lever les freins matériels qui pourraient faire obstacle à l’engagement. Ainsi, tous les jeunes, quelles que soient leurs origines sociales et les moyens dont ils disposent, peuvent choisir de s’investir pendant quelques mois dans un projet collectif d’intérêt général. L’idée de récompenser cet investissement par « un certain nombre de facilités fiscales » nous semble, par contre, pour le moins incongrue : de telles mesures ne concerneront que les enfants dont les familles paient des impôts et seront donc source d’inégalité et d’injustice.

Concevoir le service civique comme universel en le proposant à tous et en donnant à chacun les moyens de s’y investir est une bonne idée. Mais l’imposer sans le rendre intéressant serait le pire des contresens. Si la France parie sur sa jeunesse, elle ne lui infligera pas 100 heures de travaux d’intérêt général.

 

Contact presse : Mélanie Gratacos

01 42 22 15 15 ou mgratacos@animafac.net

A lire :

– le communiqué de presse en PDF.

La mission d’engagement civique, proposée hier par le secrétaire d’État aux Sports Bernard Laporte, ne saurait être assimilée à un service civique.

D’abord parce que leurs objectifs diffèrent :

Le dispositif présenté par Bernard Laporte sera validé par Sciences-Po Paris comme un « stage de terrain ». Son objectif est donc avant tout l’acquisition de compétences, dans une visée de formation professionnelle. Ce qui est en soi tout à fait louable et envisageable, la participation à des activités associatives au sein du monde sportif pouvant représenter une voie de découverte de la vie professionnelle, de mise en pratique et d’acquisition de compétences valant bien l’immersion dans une entreprise. Mais attention à la confusion des genres ! L’objectif du service civique est tout autre : il vise avant tout à encourager la participation civique des jeunes. Ceux qui s’y engagent choisissent de consacrer une période de leur vie à un projet d ‘intérêt général : on est donc dans le registre de l’engagement, de la citoyenneté, ce qui n’est évidemment plus le cas si le but premier devient l’acquisition d’un diplôme.

Ensuite parce qu’une mission de 100 heures ne permet pas de répondre aux objectifs du service civique :

Les missions proposées aux jeunes dans le cadre d’un service civique doivent être conçues avec la plus grande exigence. Elles doivent donner à chacun le sentiment d’être utile et de mieux comprendre le monde en contribuant à le transformer. Pour y parvenir, les associations doivent pouvoir associer pleinement les jeunes à leurs projets et échanger avec eux sur l’importance d’être acteurs de la société et d’agir pour le vivre ensemble ; ce qui n’est pas possible dans un laps de temps aussi court. Une mission de 100 heures aura donc un impact beaucoup plus réduit sur les jeunes qu’une véritable « étape citoyenne » de plusieurs mois.

S’il est tout à fait pertinent de considérer les associations comme des lieux de stages, il ne faut en aucun cas faire d’amalgame entre un stage et un service civique. Le service civique constitue une forme particulière d’engagement. L’engagement ne s’évalue pas et ne se récompense pas : il s’encourage.

 

Contact presse :

Mélanie Gratacos,

Tél : 01 42 22 15 15

mgratacos@animafac.net

 

A lire :

– le communiqué en PDF.

A la lecture du rapport remis par Bernard Kouchner à Ségolène Royal le 22 février, nous souhaitons réaffirmer nos principes sur ce que devrait être un service civique, dont nous savons pour l’expérimenter combien il peut favoriser la citoyenneté des jeunes.

Nous approuvons le choix de la dénomination service « civique » et non « civil ». La priorité consiste bien à « raffermir la citoyenneté », à offrir un outil de participation civique aux jeunes qui, massivement, font part de leur désir d’action solidaire.

Mais dès lors, deux résolutions s’imposent :

– Il faut tout d’abord tordre le cou à l’illusion couramment répandue selon laquelle on trouverait dans ce service toutes les réponses aux maux de notre société. Non, le service civique ne répondra pas, d’un seul mouvement, au décrochage scolaire, au chômage des jeunes, aux inégalités territoriales, aux déséquilibres entre le Nord et le Sud, aux risques environnementaux, à l’inquiétude d’une distance entre les générations… A lui assigner toutes les missions avec la même intensité, il est à craindre qu’il n’en accomplisse aucune.

– S’il s’agit bien d’un service civique, le fait d’intéresser les jeunes est essentiel. Convaincre vaut mieux que contraindre. Face au piège du paternalisme caporalisant, il importe d’examiner les missions proposées avec la plus grande exigence. Elles devront donner à chacun le sentiment d’être utile et de mieux comprendre le monde en contribuant à le transformer.

Concevoir comme universel le service civique en le proposant à tous est une bonne idée. Mais l’imposer obligatoirement sans le rendre intéressant serait le pire des contresens. Si la France parie sur sa jeunesse, elle ne lui infligera pas six mois de travaux d’intérêt général.

Pour tout contact :

Mélanie Gratacos, déléguée générale d’Animafac, 01 42 22 15 15, mgratacos@animafac.net

A lire :

– le communiqué de presse en PDF.

Tout le monde en parle. Un an après les violences urbaines, six mois après le CPE, le service civil – ou civique, le doute plane – obligatoire apparaît à la majeure partie de l’élite comme la panacée pour répondre aux difficultés posées par les jeunes. Délits, troubles sociaux, individualisme, chômage massif, décrochage scolaire, la trouvaille adoptée par l’UMP, l’UDF et le PS dans leur plate-forme électorale respective est censée tout résoudre.

Quel en est le principe ? L’Etat prévoit d’imposer à l’ensemble des jeunes, âgés de 18 à 25 ans, de consacrer une période de leur vie à une mission d’intérêt général. Une indemnisation minime est prévue.

Au-delà, la confusion règne. S’agit-il, afin de vivifier le lien national, de rétablir sous des formes civiles un service militaire dont certains regrettent la disparition ? De compléter les parcours scolaires par un « encadrement humanitaire », pour rendre employables des jeunes incompétents ? D’éloigner quelques mois les fauteurs de troubles des quartiers qu’ils perturbent, quitte à généraliser les travaux d’intérêt général ?

Rien n’est détaillé non plus des modalités de mises en œuvre. Va-t-on rouvrir les casernes pour accueillir les nouveaux conscrits ? Est-ce d’ailleurs une solution compatible avec l’idée d’un service social, au plus près des besoins des populations ? Attend-on des administrations qu’elles proposent les missions aux jeunes ? Mais alors, ne serait-on pas en train de remplacer les fonctionnaires dont on ne veut plus par des jeunes appelés presque gratuits, ce qui paraît inacceptable ? Les associations représentent-elles les lieux d’accueil privilégiés ? Mais, vu leur diversité, comment s’assurer qu’elles offrent suffisamment de missions vraiment utiles, et que l’objectif – quel qu’il soit – du dispositif soit réellement atteint ? Et ne risque-t-on pas une terrible discrimination sociale, les familles favorisées raflant au profit de leur progéniture les activités les plus épanouissantes ?

On le voit, hors du coût important de la mesure, que tous estiment à 3 sinon 5 ou 6 milliards d’euro par an, l’idée magistrale est encore dans les limbes.

Lorsque Animafac a réuni à Paris douze mille responsables des associations étudiantes qui composent le réseau au printemps dernier, nous avons pourtant bien cerné ce qui apparaît comme l’enjeu premier. Si de très nombreux jeunes espèrent un monde plus juste, plus solidaire, plus durable, et s’engagent massivement dans des projets collectifs, ils se tiennent bien à l’écart d’un système institutionnel qui les néglige. La tradition démocratique s’étiole. Avec l’indifférence croît la distance. Voilà pourquoi l’idée d’un service civique nous séduit sincèrement. Car, aujourd’hui, les meilleurs instruments pour lutter contre le chômage, les incivilités ou les discriminations se heurtent à la défiance qui gangrène notre société.

Mais s’il s’agit de vivre mieux ensemble, mieux vaut certainement convaincre que contraindre. L’obligation seule est une pauvre manière, improductive. Puisque nous déclarons massivement notre désir d’action utile, prenez nous au mot et encouragez notre participation. Favorisez le brassage social, mais pas dans des casernes où, d’ailleurs, les officiers distingués savaient parfaitement s’isoler des fils du peuple 2e classe.

A l’aube de la campagne présidentielle, Animafac se réjouit que, pour une fois, la jeunesse soit un sujet qui compte dans le débat public. Encore faudra-t-il éviter le piège au combien menaçant du paternalisme. L’émancipation comme apprentissage actif des droits et devoirs des citoyens représente un horizon bien plus motivant. Travaillons y ensemble.

 

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Zineb Souleimani : « Etre citoyen ça s’apprend au quotidien. »

Après avoir été présidente de l’association étudiante Associo à Poitiers, Zineb Souleimani s’investit aujourd’hui dans un service civil au sein du réseau Animafac. Relais associaif, elle donne une autre dimension à la vie associative étudiante de sa ville en favorisant les échanges et la circulation de l’information.

« Mon engagement en tant que relais associatif à Poitiers m’a permis de voir cette ville, qui m’a accueillie lorsque je suis venue du Maroc y faire mes études de sociologie, d’une autre manière. J’ai pu rencontrer de nombreuses personnes du milieu associatif jeune et étudiant poitevin, et développer des partenariats intéressants et enrichissants. Par exemple, j’ai développé avec la radio Pulsar, très écoutée des étudiants à Poitiers, un partenariat autour d’une chronique sur la vie associative étudiante. Chaque semaine, je détaille à l’antenne le profil d’une association étudiante : cela m’a permis de connaître de nombreuses associations de la région, et de me former au montage sonore et à la production éditoriale radio.

Mon rôle de relais associatif m’a aussi permis de développer une relation permanente et intéressante avec les journalistes de la presse régionale quotidienne de Poitiers. A chaque fois qu’un événement associatif avait lieu ou que je portais une campagne, je contactais les journalistes que cela pouvait intéresser. Eux étaient en demande, et les associations étaient trop préoccupées par leurs projets pour pouvoir communiquer auprès d’eux au-delà des affiches destinées au grand public. Elles pensaient aussi que ça n’allait pas intéresser les journalistes : j’ai donc eu un rôle de centralisatrice d’informations et d’actualité entre les deux.

Le réseau Animafac ayant des relais dans de nombreuses villes de France, j’ai pu rencontrer des responsables associatifs d’autres villes et forger un lien chaleureux tout au long de l’année avec eux. Nous nous retrouverons peut-être 4 jours en juin pour fêter la fin de nos volontariats. L’expérience m’a donc aussi beaucoup apporté au niveau personnel et humain.

Le service civil volontaire a été créé dans l’urgence pour répondre aux émeutes de 2005. Mais une fois mis en place dans les associations, cela a donné un nouveau souffle à leurs projets, et elles sont aujourd’hui unanimes pour dire que c’est un outil précieux pour leur avenir, qu’il ne faut pas casser cette dynamique. Les études montrent que les jeunes s’engagent de façon assez volatile, sur des projets ponctuels. Des associations étudiantes naissent et meurent tous les jours. Ce dispositif permet de donner une dynamique pérenne au projet. Etre citoyen ça ne s’improvise pas du jour au lendemain, ça s’apprend au quotidien à travers une expérience dans une association d’intérêt général. Par contre il ne faut surtout pas que ce service civil devienne obligatoire, les jeunes ne s’épanouiront pas dans leur expérience. »

 

Sylvain Quiblier : « Le service civil volontaire me permet d’être un acteur de la vie du campus et de ma vie à moi. »

« Je ne suis pas volontaire depuis très longtemps, puisque ma mission a commencé en janvier 2008, mais je suis déjà très content de la dynamique engrangée. Je faisais déjà partie de l’Association Caennaise des étudiants naturalistes, et faute d’énergies, elle allait pérécliter. Je ne pouvais pas m’y réinvestir car je manquais de temps, en effet il fallait que je trouve un petit boulot pour vivre. C’est à ce moment-là que j’ai entendu parler du service civil volontaire, et que j’ai sauté sur l’occasion. L’indemnité me permet de ne pas perdre du temps à chercher un petit boulot alimentaire, et de m’investir pleinement dans cette association naturaliste qui me tient à coeur. Ma présence a redynamisé toute l’équipe, et les projets repartent de plus belle.

Nous organisons des sorties pour emmener les étudiants dans la nature, ornithologie, biologie du littoral, cloportes, botanique, astronomie, géologie, herpétologie ou tout cela à la fois à travers toute la Manche et le Calvados. Nous organisons également une semaine d’événements sur le campus, et travaillons avec l’université de Caen pour qu’elle prenne en compte la biodiversité dans son installation : des cabanes pour les oiseaux ont pu être construites, des coins où les plantes sont laissées en liberté et ne sont pas fauchées… Lors de « cafés nature », par exemple, chacun ramène des insectes ou des plantes et nous en discutons autour d’un verre. Une façon ludique et chaleureuse de s’initier à la faune et la flore qui nous entoure.

Personnellement, c’est un vrai plaisir de sentir mon engagement pour l’environnement reconnu dans le cadre du service civil volontaire. Cette expérience m’a permis de glaner des contacts à droite et à gauche, de faire de belles rencontres, de voir comment apporter ma touche à la vie d’un campus, et de comprendre comment fonctionne l’université puisque j’ai dû travailler avec l’administration pour monter avec elle les projets.

Cette expérience m’apporte également beaucoup au niveau professionnel : j’ai suivi une formation d’écologie-agronomie, et je souhaite travailler dans l’environnement. L’action pratique à travers le service civil volontaire est précieuse pour moi.

Le service civil volontaire permet une bonne assise pour faire vivre tout cela et ne doit pas disparaître. Il me permet d’être un acteur de la vie à l’université et de ma vie à moi. De me consacrer à ce que j’aime faire, et à ce qui est utile à ma société. »

 

Caroline Musso. « Avec le service civil volontaire, ceux qui se disent a priori « l’associatif ce n’est pas pour moi » peuvent changer d’avis. »

« Pour ma part, je n’étais pas du tout concernée par le monde associatif avant de faire mon service civil volontaire. L’association Ciné fac, qui organise depuis 4 ans le festival des nouveaux cinémas, cherchait un volontaire : je me suis présentée, très motivée car passionnée par le cinéma, mais sans aucune connaissance de leur festival. Et l’association s’est dit qu’il serait très bénéfique d’accueillir une personne ayant un regard neuf sur son projet. En quelques mots, il s’agit d’un festival de courts-métrages numériques, qui donne à voir durant 10 jours en juin les nouvelles possibilités de filmer avec un téléphone portable ou un appareil photo des oeuvres différentes, surprenantes. Depuis, je m’épanouis dans ma mission : je fais tout pour faire parler du festival, depuis des concerts de promotion jusqu’à la préparation de l’événement le jour J, en passant par la relation avec les bénévoles. C’est beaucoup de boulot, mais je me suis rendue compte lors des réunions avec d’autres volontaires que c’est un peu comme ça pour tous ceux qui se sont engagés dans un volontariat : nous sommes très autonomes et nous sentons vraiment investis, on nous fait totalement confiance, alors forcément, on se met la pression pour que ce soit réussi ! C’est une super expérience, il ne faut pas que ça disparaisse.

C’est très valorisant pour le moment que je traverse entre la fin des études et la vie professionnelle. Je me suis sentie plus intégrée qu’un stagiaire l’aurait été. On m’a donné toutes les clés pour pouvoir faire grandir l’association.

Par ailleurs, le dispositif est bien cadré, on n’est pas lâché dans la nature : on est accompagné, la notion de suivi est importante. Durant les journées de formation, on nous explique le statut, il nous faut faire un dossier de fin de mission, on fait attention à ce que le volontaire se sente bien dans son statut et ait conscience du contrat dans lequel il évolue. J’apprécie d’être pionnière de ce type de dispositif, de pouvoir l’expérimenter et en parler autour de moi. La relation avec le tuteur est beaucoup plus enrichissante qu’avec un maître de stage, il s’agit d’un vrai binôme. Le fait que le tuteur vienne aux journées de formation me semble important : ce temps permet de mettre bien au point avec lui ce statut, qui est difficile à définir. On n’est pas stagiaire, pas salarié, on est indemnisé et non rémunéré : il s’agit d’un contrat très différent des autres.

C’est un dispositif très ouvert, où ceux qui se disent a priori « l’associatif ce n’est pas pour moi » peuvent se donner les moyens de changer d’avis. Cette expérience m’a permis d’en comprendre les enjeux, de voir comment ça fonctionnait. C’est très enrichissant et très important d’avoir ce genre de contrat pour un jeune. En particulier si l’on vit à Paris : on n’a souvent pas le temps ni les moyens de s’engager dans une association. Avec le service civil volontaire, on peut se donner à fond dans un projet, y consacrer un grosse période (6, 9 ou 12 mois) sans avoir à se soucier du fait de gagner des sous à côté.

Cet outil permet de faire grandir les associations, d’éviter qu’elles meurent à petit feu faute de gens motivés. C’est l’espoir pour des amis qui montent un projet à deux-trois de se dire qu’un jour leur association pourra être consolidée grâce au service civil volontaire, que le projet n’est pas voué à un avenir fataliste. Bref, il ne faut pas qu’il meure ! C’est trop bête que l’on n’en parle que maintenant et que comme ça. Ce dispositif a tout pour plaire !« 

 

A la lecture de la déclaration faite par le secrétaire d’état aux Sports Bernard Laporte sur le service civique, nous souhaitons réaffirmer nos principes sur ce que devrait être un service civique, dont nous savons pour l’expérimenter combien il peut favoriser la citoyenneté des jeunes.

Nous approuvons le choix de la dénomination service « civique » et non « civil ». La priorité consiste bien à « raffermir la citoyenneté », à offrir un outil de participation civique aux jeunes qui, massivement, font part de leur désir d’action solidaire.

Mais dès lors, plusieurs résolutions s’imposent :

-> Les missions proposées aux jeunes doivent être conçues avec la plus grande exigence. Elles doivent donner à chacun le sentiment d’être utile et de mieux comprendre le monde en contribuant à le transformer. Des missions d’une durée de 100 heures ne sauraient répondre à cet objectif. Comment les associations pourraient-elles, dans un laps de temps aussi court, impliquer réellement les jeunes dans leurs projets et leur confier des activités épanouissantes, qui renforcent leur conscience d’être acteurs de la société et leur désir d’agir pour le vivre ensemble ? Le risque est grand de ne leur voir attribuer que des tâches peu gratifiantes et répétitives, et de transformer ainsi le service civique en corvée.

 

-> S’il s’agit de favoriser la participation civique des jeunes, mieux vaut convaincre que contraindre. L’obligation seule est une pauvre manière, improductive. Face au piège du paternalisme caporalisant, il convient plutôt d’encourager le désir d’action des jeunes, et de miser sur la montée en puissance d’un dispositif basé sur le volontariat. Certains répondront que le service civil volontaire, qui existe aujourd’hui, s’avère décevant puisqu’il ne touche qu’un nombre restreint de jeunes. Mais comment pourrait il en être autrement quand ce dispositif reste inconnu du plus grand nombre ? Avant d’en dresser un bilan négatif, misons réellement dessus et entreprenons une campagne nationale d’envergure pour le faire découvrir !

 

-> Ce dispositif se doit d’être exemplaire en matière d’égalité sociale. C’est, à notre sens, tout l’objectif de l’indemnité aujourd’hui accordée aux jeunes qui effectuent un service civil volontaire. Ni salaire, ni récompense, ces 640 euros mensuels permettent de lever les freins matériels qui pourraient faire obstacle à l’engagement. Ainsi, tous les jeunes, quelles que soient leurs origines sociales et les moyens dont ils disposent, peuvent choisir de s’investir pendant quelques mois dans un projet collectif d’intérêt général. L’idée de récompenser cet investissement par « un certain nombre de facilités fiscales » nous semble, par contre, pour le moins incongrue : de telles mesures ne concerneront que les enfants dont les familles paient des impôts et seront donc source d’inégalité et d’injustice.

Concevoir le service civique comme universel en le proposant à tous et en donnant à chacun les moyens de s’y investir est une bonne idée. Mais l’imposer sans le rendre intéressant serait le pire des contresens. Si la France parie sur sa jeunesse, elle ne lui infligera pas 100 heures de travaux d’intérêt général.

 

Contact presse : Mélanie Gratacos

01 42 22 15 15 ou mgratacos@animafac.net

A lire :

– le communiqué de presse en PDF.

La mission d’engagement civique, proposée hier par le secrétaire d’État aux Sports Bernard Laporte, ne saurait être assimilée à un service civique.

D’abord parce que leurs objectifs diffèrent :

Le dispositif présenté par Bernard Laporte sera validé par Sciences-Po Paris comme un « stage de terrain ». Son objectif est donc avant tout l’acquisition de compétences, dans une visée de formation professionnelle. Ce qui est en soi tout à fait louable et envisageable, la participation à des activités associatives au sein du monde sportif pouvant représenter une voie de découverte de la vie professionnelle, de mise en pratique et d’acquisition de compétences valant bien l’immersion dans une entreprise. Mais attention à la confusion des genres ! L’objectif du service civique est tout autre : il vise avant tout à encourager la participation civique des jeunes. Ceux qui s’y engagent choisissent de consacrer une période de leur vie à un projet d ‘intérêt général : on est donc dans le registre de l’engagement, de la citoyenneté, ce qui n’est évidemment plus le cas si le but premier devient l’acquisition d’un diplôme.

Ensuite parce qu’une mission de 100 heures ne permet pas de répondre aux objectifs du service civique :

Les missions proposées aux jeunes dans le cadre d’un service civique doivent être conçues avec la plus grande exigence. Elles doivent donner à chacun le sentiment d’être utile et de mieux comprendre le monde en contribuant à le transformer. Pour y parvenir, les associations doivent pouvoir associer pleinement les jeunes à leurs projets et échanger avec eux sur l’importance d’être acteurs de la société et d’agir pour le vivre ensemble ; ce qui n’est pas possible dans un laps de temps aussi court. Une mission de 100 heures aura donc un impact beaucoup plus réduit sur les jeunes qu’une véritable « étape citoyenne » de plusieurs mois.

S’il est tout à fait pertinent de considérer les associations comme des lieux de stages, il ne faut en aucun cas faire d’amalgame entre un stage et un service civique. Le service civique constitue une forme particulière d’engagement. L’engagement ne s’évalue pas et ne se récompense pas : il s’encourage.

 

Contact presse :

Mélanie Gratacos,

Tél : 01 42 22 15 15

mgratacos@animafac.net

 

A lire :

– le communiqué en PDF.

A la lecture du rapport remis par Bernard Kouchner à Ségolène Royal le 22 février, nous souhaitons réaffirmer nos principes sur ce que devrait être un service civique, dont nous savons pour l’expérimenter combien il peut favoriser la citoyenneté des jeunes.

Nous approuvons le choix de la dénomination service « civique » et non « civil ». La priorité consiste bien à « raffermir la citoyenneté », à offrir un outil de participation civique aux jeunes qui, massivement, font part de leur désir d’action solidaire.

Mais dès lors, deux résolutions s’imposent :

– Il faut tout d’abord tordre le cou à l’illusion couramment répandue selon laquelle on trouverait dans ce service toutes les réponses aux maux de notre société. Non, le service civique ne répondra pas, d’un seul mouvement, au décrochage scolaire, au chômage des jeunes, aux inégalités territoriales, aux déséquilibres entre le Nord et le Sud, aux risques environnementaux, à l’inquiétude d’une distance entre les générations… A lui assigner toutes les missions avec la même intensité, il est à craindre qu’il n’en accomplisse aucune.

– S’il s’agit bien d’un service civique, le fait d’intéresser les jeunes est essentiel. Convaincre vaut mieux que contraindre. Face au piège du paternalisme caporalisant, il importe d’examiner les missions proposées avec la plus grande exigence. Elles devront donner à chacun le sentiment d’être utile et de mieux comprendre le monde en contribuant à le transformer.

Concevoir comme universel le service civique en le proposant à tous est une bonne idée. Mais l’imposer obligatoirement sans le rendre intéressant serait le pire des contresens. Si la France parie sur sa jeunesse, elle ne lui infligera pas six mois de travaux d’intérêt général.

Pour tout contact :

Mélanie Gratacos, déléguée générale d’Animafac, 01 42 22 15 15, mgratacos@animafac.net

A lire :

– le communiqué de presse en PDF.

Tout le monde en parle. Un an après les violences urbaines, six mois après le CPE, le service civil – ou civique, le doute plane – obligatoire apparaît à la majeure partie de l’élite comme la panacée pour répondre aux difficultés posées par les jeunes. Délits, troubles sociaux, individualisme, chômage massif, décrochage scolaire, la trouvaille adoptée par l’UMP, l’UDF et le PS dans leur plate-forme électorale respective est censée tout résoudre.

Quel en est le principe ? L’Etat prévoit d’imposer à l’ensemble des jeunes, âgés de 18 à 25 ans, de consacrer une période de leur vie à une mission d’intérêt général. Une indemnisation minime est prévue.

Au-delà, la confusion règne. S’agit-il, afin de vivifier le lien national, de rétablir sous des formes civiles un service militaire dont certains regrettent la disparition ? De compléter les parcours scolaires par un « encadrement humanitaire », pour rendre employables des jeunes incompétents ? D’éloigner quelques mois les fauteurs de troubles des quartiers qu’ils perturbent, quitte à généraliser les travaux d’intérêt général ?

Rien n’est détaillé non plus des modalités de mises en œuvre. Va-t-on rouvrir les casernes pour accueillir les nouveaux conscrits ? Est-ce d’ailleurs une solution compatible avec l’idée d’un service social, au plus près des besoins des populations ? Attend-on des administrations qu’elles proposent les missions aux jeunes ? Mais alors, ne serait-on pas en train de remplacer les fonctionnaires dont on ne veut plus par des jeunes appelés presque gratuits, ce qui paraît inacceptable ? Les associations représentent-elles les lieux d’accueil privilégiés ? Mais, vu leur diversité, comment s’assurer qu’elles offrent suffisamment de missions vraiment utiles, et que l’objectif – quel qu’il soit – du dispositif soit réellement atteint ? Et ne risque-t-on pas une terrible discrimination sociale, les familles favorisées raflant au profit de leur progéniture les activités les plus épanouissantes ?

On le voit, hors du coût important de la mesure, que tous estiment à 3 sinon 5 ou 6 milliards d’euro par an, l’idée magistrale est encore dans les limbes.

Lorsque Animafac a réuni à Paris douze mille responsables des associations étudiantes qui composent le réseau au printemps dernier, nous avons pourtant bien cerné ce qui apparaît comme l’enjeu premier. Si de très nombreux jeunes espèrent un monde plus juste, plus solidaire, plus durable, et s’engagent massivement dans des projets collectifs, ils se tiennent bien à l’écart d’un système institutionnel qui les néglige. La tradition démocratique s’étiole. Avec l’indifférence croît la distance. Voilà pourquoi l’idée d’un service civique nous séduit sincèrement. Car, aujourd’hui, les meilleurs instruments pour lutter contre le chômage, les incivilités ou les discriminations se heurtent à la défiance qui gangrène notre société.

Mais s’il s’agit de vivre mieux ensemble, mieux vaut certainement convaincre que contraindre. L’obligation seule est une pauvre manière, improductive. Puisque nous déclarons massivement notre désir d’action utile, prenez nous au mot et encouragez notre participation. Favorisez le brassage social, mais pas dans des casernes où, d’ailleurs, les officiers distingués savaient parfaitement s’isoler des fils du peuple 2e classe.

A l’aube de la campagne présidentielle, Animafac se réjouit que, pour une fois, la jeunesse soit un sujet qui compte dans le débat public. Encore faudra-t-il éviter le piège au combien menaçant du paternalisme. L’émancipation comme apprentissage actif des droits et devoirs des citoyens représente un horizon bien plus motivant. Travaillons y ensemble.

 

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