Pas moins de 175 pays s’étaient rendus au Sommet mondial sur la société de l’information (SMIS) à Tunis, du 16 au 18 novembre 2005.


Une délégation du Carrefour international de la presse universitaire francohpone (CIPUF) s’y est rendue, à laquelle Animafac participait. Des membres d’un journal étudiant français, d’un journal africain et d’un journal québécquois expriment ici leur vision du sommet.

 

En savoir plus sur le Sommet : http://www.itu.int/wsis/index-fr.html

 

Un dossier coordonné par le CIPUF

 

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Des journalistes et militants agressés au SMSI


TUNIS, Tunisie (CIPUF, envoyé spécial) – De graves agressions et intimidations attendaient les journalistes et activistes venus couvrir le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI). Deux semaines après le sérieux passage à tabac d’un journaliste français, violemment frappé et poignardé, puis de l’agression d’une équipe de télévision belge, la Tunisie, qui a tout récemment abrité l’événement d’envergure mondiale, continue à s’attirer les foudres des organisations de défense de la liberté de presse. Le quartier libre, comme plusieurs journaux couvrant le sommet, a fait l’objet d’une étroite surveillance.

 

La situation était d’ores et déjà considérablement tendue sur le terrain à l’ouverture du SMSI, alors qu’une série de personnalités tunisiennes entamaient leur 29ième journée de grève de la faim afin de protester contre la détérioration des libertés à l’intérieur du pays. Les blocages orchestrées par les autorités tunisiennes des lieux de réunions de la société civile ont mis le feu aux poudres et ont conduit à l’annulation du Sommet citoyen, un événement alternatif organisé par un ensemble d’organisations non gouvernementales désireuses de faire entendre  » une voix alternative «  au discours officiel.Les délégués gouvernementaux n’ont pas échappé à ce traitement ; le discours du Président de la Confédération suisse, Samuel Schmid, a été censuré par la télévision tunisienne lors de la retransmission en direct de l’événement. Une gifle qui a incité plusieurs diplomates européens à dénoncer publiquement l’hypocrisie d’un sommet portant en définitive sur l’information.

 

Myriem Marzouki, coordonnatrice du Caucus des droits des droits de l’Homme, fulminait au moment du lancement des activités :  » Je ne croyais pas que se manifesterait à Tunis une telle bêtise. Le minimum attendu aurait été une certaine ouverture durant le sommet. Nous avons tenté de tenir une réunion à l’Institut Goethe, à Tunis. Entre vingt et trente policiers nous y attendaient. La Tunisie est pire que la Chine. Ce que l’on peut faire en Chine, on ne peut pas le faire en Tunisie « .


La grogne ne concerne pas que le milieu associatif réuni à Tunis. La dénonciation du double discours du SMSI trouve également des échos à l’intérieur même de la structure organisatrice du sommet. Un employé travaillant dans les communications du SMSI et ayant demandé que l’anonymat ressent  » un haut niveau de frustration «  chez les organisations de la société civile participant au sommet. Selon lui, «  il y a tout un niveau de désinformation orchestré par le gouvernement tunisien, qui tente à la fois d’empêcher la société civile de faire état publiquement de ses opinions mais aussi de manipuler d’autres sources « . Le rejet de la demande d’accréditation du secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, en est pour plusieurs un exemple.

 

M. Ménard fait actuellement l’objet d’une plainte déposée par le Procureur de la République à Tunis. Jean-François Julliard, également de Reporters sans frontières, soutient  » que RSF n’a jamais entendu parler de cette poursuite «  jusqu’au moment où M. Ménard s’est fait refuser l’accréditation, et considère que le SMSI se fait  » complice «  de la censure tunisienne. Le secrétaire général de reporters sans frontières, qui s’est tout de même embarqué pour la Tunisie, s’est fait refouler à l’aéroport de Tunis et renvoyé en France par le premier vol.

 

Le mécontentement était tel chez les organisations de la liberté de presse présentes au SMSI que certaines d’entre-elles ont immédiatement rédigé une déclaration commune enjoignant les Nations Unies à  » considérer avec plus de précautions le choix des pays hôte où se tiennent des événements tels que le SMSI « . Il faut dire que cet incident suit de quelques jours l’annonce de l’annulation du Sommet citoyen, pour cause  » de travaux «  rendant impossible la tenue de l’événement. Vérification faite, les membres du comité d’organisation du Sommet citoyen n’ont trouvé aucun chantier sur les lieux de l’événement. De même, le Bureau de publication du SMSI a refusé de diffuser le rapport d’Amnistie internationale faisant le bilan de la Tunisie en matière de droits de l’homme. Le Bureau fait ainsi échos à une procédure exigeant que les documents à diffuser soient préalablement autorisés par les autorités du sommet.

 

Des médias serviles

 

Toute cette agitation est toutefois contestée par certains acteurs clés de la presse nationale, qui refusent cette vision alarmiste de la santé politique du pays. Mouldi Mbarek, rédacteur en chef du quotidien la Presse tunisienne, ne voit aucun problème sérieux en regard aux droits humains en terre tunisienne. Il l’affirme d’ailleurs sans détour :  » la liberté est totale en Tunisie ; on ne m’a jamais donné un ordre sur quoi écrire ou ne pas écrire. Il est vrai qu’il y a de petits groupes qui refusent le projet moderne tunisien, mais il s’agit d’une petite élite qui veut nous imposer sa vérité.  » Selon M. Mbarek, l’annulation du Congrès de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), qui a fait couler beaucoup d’encre en septembre dernier, ne serait  » qu’un problème interne à la Ligue « , contredisant ainsi la Fédération internationale des droits de l’Homme, qui voit dans ce jugement juridique une entreprise de piraterie interne orchestrée par un certain nombre d’infiltrés à la solde de l’État. Ces personnes, tout en étant des membres en règle de l’organisation non gouvernementale, seraient  » connues pour être affiliées au Rassemblement constitutionnel démocratique (le parti au pouvoir) « . Ces derniers accusent la Ligue de faire le jeu de l’opposition politique et donc de partialité, d’où le recours juridique.

 

M. Mbarek juge que si des  » hommes sages «  ont été par le passé membres de la LTDH, il n’empêche pas  » qu’à un certain moment, la Ligue est devenue une sorte de secte qui refuse tout dialogue « . La défense des droits humains passe, selon lui,  » par la modération « . Une modération que nombre d’organisations de la société civile et journaliste ne trouvent guère en Tunisie.

 

La sélection de la Tunisie demeure un important sujet de controverse tant au niveau diplomatique qu’au niveau associatif. Au boycott de l’événement, les participants au SMSI ont préféré une approche plus pragmatique axée sur la revendication sur le terrain et le maintient du dialogue, dans l’espoir de voir le régime démontrer un début de libéralisation politique. Une aspiration largement démentie par les faits.

 

Ce reportage a été réalisé grâce aux contributions de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), de l’Office franco-québécois pour la Jeunesse (OFQJ) et du Carrefour international de la Presse universitaire francophone (CIPUF).

 

Les ONG de droits de l’Homme à l’épreuve


TUNIS, Tunisie (CIPUF, envoyé spécial) – En marge du sommet, les activistes des droits de l’Homme ont initié des marches pour décrier la situation précaire des droits humains en Tunisie. Les intimidations des forces de l’ordre tunisiennes se sont immédiatement fait ressentir.


On peut se poser la question de savoir si l’ONU était consciente des risques qu’elle encourait, du point de vue de sa crédibilité, en désignant la Tunisie comme pays hôte du sommet mondial sur la société de l’information, tant les associations de défense des droits de l’Homme n’ont cessé d’attirer l’attention de l’opinion internationale sur les atteintes à la liberté d’expression dont sont victimes les journalistes en Tunisie. Organiser un sommet mondial sur la société de l’information dans un Etat qui a la réputation de museler l’information relève vraiment du paradoxe. C’est la raison pour laquelle plusieurs organisations de la société civile ont boycotté ce sommet, arguant de la précarité du respect des droits humains en Tunisie.

 

On se souvient que quelques jours avant l’ouverture officielle du sommet, les sites de RFI et d’Amnesty International n’étaient pas consultables en Tunisie. Bel exemple de cyber répression. Dans le même élan d’esprit, le journaliste de Libération, Christophe Boltansky, a été agressé dans la nuit du 11 septembre pour des raisons jusques là non élucidées. Interviewé au sujet de son agression, Boltansky affirmera :  » Je constate que cela a coïncidé avec la publication, le même jour, d’un article que j’avais écrit sur le tabassage des défenseurs des droits de l’homme en Tunisie. « 


Malheureusement, très peu de chefs d’Etat présents au sommet ont eu le courage de dénoncer cette forte propension liberticide du régime tunisien. L’attitude critique du président de la confédération helvétique à l’égard du gouvernement tunisien sur le respect des libertés est admirable. S’exprimant en troisième position lors de l’ouverture solennelle du sommet, respectivement après le président Ben Ali et le Secrétaire Général de l’ONU Koffi Anan, il a affirmé sans ambages qu’il est nécessaire en Tunisie que  » tout un chacun puisse discuter en toute liberté. C’est, a-t-il continué, l’une des conditions sine qua non de la réussite de cette conférence internationale. «  Reporter Sans Frontière, par exemple, a dénoncé jusqu’à la dernière énergie la tenue d’un sommet de cette envergure, portant de surcroît sur l’information, dans un pays qui muselle l’accès a Internet et qui poursuit les cyber dissidents. Résultat, Robert Meinard, Secrétaire Général de Reporter Sans Frontière, sera interdit de mettre pied sur le sol tunisien. Arrivé à Tunis le 17 novembre au bord d’un avion d’Air France, la police tunisienne lui donnera l’interdiction formelle de descendre de l’avion, sous peine d’emprisonnement.

 

Il faut dire que les organisations de défense des droits de l’Homme qui escomptaient organiser des marches en marge du sommet pour détourner l’attention n’ont pas eu la tache facile. L’espionnage des services secrets tunisiens s’est avéré plus efficace et les méthodes d’intimidation des forces de l’ordre tunisiennes ont eu leurs effets. On peut dès lors se poser la question de savoir si le choix des organisations de la société civile d’évoluer en marge du sommet était judicieux. L’histoire nous apprend en effet que la politique de la chaise vide tourne très souvent au désavantage de celui qui la pratique. En choisissant de se retirer de ce sommet, les organisations de la société civile ont manqué l’occasion royale de mettre à nu les dérives du régime tunisien à la face du monde. La tribune d’expression du SMSI constituait l’agora idéal pour la sensibilisation des droits de l’homme, de la liberté d’expression en Tunisie. C’est dire que le choix du président de la confédération helvétique de réclamer haut et fort à la tribune du sommet la liberté d’expression pour tous les tunisiens sans restriction aucune, reste de loin la meilleure. Les organisations de la société civile oeuvrant pour le respect des droits de l’homme auraient pu saisir cette occasion pour montrer l’apport favorable des TIC dans la vulgarisation des libertés individuelles. Dans le même élan, elles auraient balisé une éthique de la société de l’information, de telle sorte que les TIC ne soient pas considérés comme une finalité, mais plutôt comme un instrument, un moyen au service de l’humanisme. Il a donc manqué à Tunis 2005 la saveur agréable des discours objectifs et sensibilisateurs que la sphère apolitique et non marchande du globe, la société civile, répand gracieusement dans l’univers hypocrite des sommets mondiaux.

 

Ce reportage a été réalisé grâce aux contributions de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), de l’Office franco-québécois pour la Jeunesse (OFQJ) et du Carrefour international de la Presse universitaire francophone (CIPUF).

 

TUNIS, Tunisie (CIPUF, envoyé spécial) – Le contrôle de l’architecture du nommage de la toile détenu actuellement par l’Icann, une société américaine basée en Californie, suscite des convoitises par les dirigeants du monde entier.


La volonté des états d’aracher le monopole de la gouvernance aux Etats Unis illustre bien le contexte de certains débats qui se déroulent depuis le 16 novembre à Tunis et bien avant dans les prepcoms dans les sommets de toute nature sur les questions entre l’économie, la politique et le social. Aujourd’hui, ce sont les nouvelles technologies qui sont à l’honneur mais voilà que de ces questions purement techniques découlent tout naturellement et malheureusement de façon prépondérante, des enjeux politiques, et donc économique.

 

À qui alors cette fameuse gouvernance de l’Internet ? Comme le pensent la plupart des gens qui sont familiarisés avec ce genre de manifestation, ce n’est pas dans ce sommet mondial de la société de l’information que la réponse va être donnée. Effectivement, un terrain d’entente a été trouvé, celui de créer un « forum » international.

 

Tout le monde s’accorde à dire que le clash avec les Etats unis a été évité même si ces derniers n’ont rien lâché mais la plupart ne voient en ce résultat qu’une preuve de plus du non intérêt d’un tel sommet d’un point de vue des résultats concrets. Une sensation renforcée par l’absence de nombreux chefs d’états notamment occidentaux. Mais, comme le rappel le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, à l’issue d’une entrevue avec le Président Tunisien Ben Ali, les débats et les résultats du Sommet de Tunis ne manqueront pas de dégager des axes importants de réflexion pour l’avenir. Il est donc important de comprendre les enjeux de ce grand débat dont les parties représentées n’ont qu’un rôle consultatif.

 

Comme toujours, cet enjeu est différent selon les parties en présence. Selon l’Icann (Internet Corporation for assigned Names and Numbers), leur objectif est purement technique. Cette société de seulement 45 personnes, qui est née voici à peine 5 ans, a pour mission d’administrer le registre entre les noms des domaines et les adresses IP des serveurs correspondants. Plus vulgairement, il s’agit de relier un site Internet à un gros disque dur.

 

L’ancien directeur général Jean Yves Babonneau de l’Afnic, organisme chargé de l’attribution des noms de domaines de l’espace français en .fr soulève plusieurs problèmes.
Le premier concerne l’aspect technique. Pour lui, l’Icann manque de transparence et ne gère pas correctement sa structure. Il parle d’un « service médiocre ».
Il souhaite comme Kouferidji Ramanou, PDG du groupe Africoncept Brodcast telecom S.A. un service transparent et fiable. Les avis sur ce sujet convergent et Baba Thiam, Sénégalais présent au Village de la société Africaine au sein du SMSI renforce avec énergie cette position, il faut gérer démocratiquement.
Anne-Rachel Inné, analyste des politiques de l’Icann, reconnaît que la plupart des informations sont exclusivement en Anglais mais que l’accent est mis sur la traduction en plusieurs langues de leurs informations.
Le problème technique est important mais Jean Yves Babonneau semble penser que l’aspect politique l’est beaucoup plus. Il prend l’exemple d’une extension « .cat » qui a été donnée à la Catalogne au même titre que « es » pour Espagne, attribuée d’ordinaire aux seuls CCTLD (Country Code Top Level Domain) c’est à dire les états. Il dit que c’est finalement accorder une certaine indépendance à la Catalogne que certes elle revendique mais une indépendance qui n’est pas officiellement reconnue. Pour l’ancien PDG de l’Afnic c’est simple à régler, c’est au pays à choisir son gestionnaire. Selon une déclaration du président Sénégalais, les noms de domaines seraient bientôt gérés par les états ce qui éviterait de toute évidence de nouveaux problèmes de cet ordre.

 

En ce moment, sont en pour parler les extensions « .xxx » pour les sites pornographiques, ce qui pose de vrais problèmes aux politiques, d’un point de vue éthique. Le problème est présent et des réflexions doivent être menées c’est pourquoi l’Icann ne peut agir seule. Un contexte juridique et politique est nécessaire.

 

Sur la question politique, Anne Rachel Inné est claire : ce n’est pas de notre ressort ; nous sommes une entreprise, lorsqu’on nous demande un domaine, on fournit un domaine.
Elle comprend cependant qu’avec l’expansion d’Internet, les gouvernements se posent des questions mais estime que les instances représentatives du conseil d’administration (société civile, société privée, 105 pays) sont plus appropriées qu’une éventuelle gouvernance par l’ONU. Elle exprime d’ailleurs son désaveu envers l’UE qui en 2000 avait reconnu et acceptée les statuts de l’Icann.

 

On ne peut s’empêcher de penser que la remise en cause de la gouvernance est motivée par une cause moins noble, celle d’une volonté de se placer dans l’espace mondial.

 

 » Tous les gouvernements devraient avoir un rôle et des responsabilités équivalents dans la gouvernance internationale d’Internet, dans le maintien de sa stabilité, de sa sécurité et de sa continuité «  a explique un délégué français à un journaliste de Libération. Cependant on ne peut s’empêcher de croire que la motivation française et plus largement européenne voire mondiale est plus motivée par une place stratégique dans la gestion du plus grand outil de communication du monde. L’éventuel refus d’une extension à un pays par les Etats-Unis induirait un contexte politique si grave qu’il n’est que peu probable. Par contre il est vrai que si les Etats-Unis veulent se couper du reste du monde, ils pourront couper le reste du monde des communications.

 

L’Icann met l’accent sur le développement de serveurs annexes dans tous les pays du monde afin de proposer un climat de confiance. Elle a jusqu’en septembre 2006 pour apporter la preuve à la planète qu’elle est une organisation  » compétente, démocratique et œuvre pour le développement « . À l’issue de cette rencontre, l’Icann pourrait bien déclarer son indépendance. Bien ? Mal ? Espérons que le Forum pour la gouvernance de l’Internet nous aiguillera lors de sa première réunion au premier trimestre 2006 à Athènes.

 

Ce reportage a été réalisé grâce aux contributions de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), de l’Office franco-québécois pour la Jeunesse (OFQJ) et du Carrefour international de la Presse universitaire francophone (CIPUF).

 

TUNIS, Tunisie (CIPUF, envoyé spécial) –  » Dans le monde entier, seulement 5 personnes sur 1000 sont en ligne et profitent pleinement des technologies de l’information et de la communication. «  Telles sont les révélations troublantes du représentant régional de l’Unesco en Afrique. Cette infime minorité, privilégiée vous l’avez deviné, est polarisée dans les pays développés du Nord. Après les plans d’ajustement structurel et l’imposition des modèles de bonne gouvernance fortement sous-tendus par les principes de l’économie de marché, le nouveau plan Marshall pour l’Afrique veut intégrer une nouvelle donne :  » le developpement par les TIC  » ou, mieux encore,  » la société de l’information, instrument indispensable du salut de l’Afrique « .


La société de l’information, pour reprendre les termes de Gilles Bauché, est une société de l’immatériel, où le savoir et la flexibilité sont des éléments déterminants. C’est une société qui repose pour l’essentiel sur l’usage de l’informatique, des télécommunications et de l’audiovisuel. Le véritable problème que pose cette société de l’information est qu’elle se bâtit sur un fond d’exclusion baptisée  » fracture numérique « . Définie comme étant un phénomène de déséquilibre, une cloison, un gap énorme entre d’une part ceux qui exploitent pleinement à leur profit les potentialités des TIC dans un contexte de globalisation, et d’autres part ceux qui ne sont pas à même de bénéficier des TIC faute d’accès au matériel informatique, ou pis encore, à cause d’un manque d’éducation à l’usage de l’informatique. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Unesco préfère à juste titre parler de fracture cognitive.

 

De toute évidence, Tunis 2005 montre à la face du monde l’importance capitale des TIC dans un contexte de globalisation des économies. De la salle Hammamet à l’immense salle abritant les séances plénières, les conférenciers n’ont pour objectif autre que d’administrer la preuve indubitable du développement par les TIC. Seulement, constater la fonction croissante des TIC dans le développement social et économique des pays du nord est une chose. Cependant, croire qu’en Afrique les TIC constituent la condition sine qua non du développement et que la société de l’information est cette barque salutaire qui mènera l’Afrique vers des horizons meilleurs en est une autre. Plus que jamais, l’appropriation des TIC par l’Afrique en particulier, et dans les pays en voie de développement en général, se pose avec acuité. La solidarité numérique, après le debat sur la gouvernance d’Internet, est à nouveau mise sur sellette. Les discours en faveur de l’e-inclusion de l’Afrique fusent de toutes parts.

 

Les ONG, les pays puissants du Nord, les multinationales oeuvrant dans les TIC , brandissent chacun les efforts consentis pour combler le fossé numérique.  » Nous, en Provence-Alpes Côte-d’Azur, nous nouons des partenariats de solidarité numérique avec les pays de l’Afrique méditerranéens, nous leur faisons des dotations en matériel informatique et nous procédons à des sessions de formation des formateurs « , confie le chef de la délégation de cette région de France. A la question de savoir pourquoi il n’existe pas de partenariat numérique avec l’Afrique subsaharienne, le chef de la délégation considère qu’il appartient aux pays de l’Afrique méditerranéenne de prendre le relais. Microsoft, quant à lui, contribue à la solidarité numérique par des formations en informatique disponibles sur son site ou sur support CD. Cette formation prend le nom de  » curriculum « . Après entretient avec le représentant de cette corporation, nous constatons que ses partenaires privilégiés dans le cadre de la solidarité numérique sont en fait les pays de langue anglaise en Afrique. Interrogé à ce sujet, il répond que  » pour nouer des partenariats à des centaines de milliers de kilomètres, on a besoin de contact physique « , ce qui, de son avis, n’est pas encore évident en Afrique francophone.

 

De façon globale, on peut dire que la solidarité numérique se réduit à l’installation des réseaux en zone rurale par voie satellitaire, à des dotations en matériel informatique, et à la formation des formateurs. Mais, lorsqu’on sait qu’en Afrique subsaharienne, nombreux sont les pays dont l’alimentation en électricité ne couvre pas totalement la superficie, il y a lieu de s’interroger sur l’effectivité de telles initiatives.  » Chez nous, Internet ne profite qu’aux habitants des grands centres urbains ! Les villages sont hors-réseaux , puisqu’on n’y retrouve même pas d’électricité « , confie Enrique, jeune camerounais assistant au Sommet. On comprendra mieux pourquoi la région Provence-Alpes-Cote-d’Azur ne noue des partenariats en matière numérique qu’avec des pays de l’Afrique méditerranéenne. On peut envisager dès lors la difficulté qu’aura l’  » homo numericus «  d’être intégré dans les manières de faire en Afrique. Un fait demeure néanmoins certain, Tunis 2005 fait de l’instrument une finalité, il fait du moyen une fin. Et ce ne sont pas les pieux discours de l’Unesco qui arrêteront l’illusion du numérique  » baguette magique du développement « , du  » numérique salut pour les nations pauvres « . Pourtant, la réalité, elle est là en face de nous, elle se donne à nous mais nous ne voulons pas l’accepter, la numérisation de l’Afrique ne contribuera pas à l’égalité des termes de l’échange sur le marché mondial pas plus qu’elle ne contribuera pas à éradiquer la famine sur ce continent. L’intérêt que les gouvernements des grandes nations portent à l’e-inclusion de l’Afrique, c’est la  » sécurisation des marchés « , la maîtrise des flux de capitaux et surtout, la maîtrise de l’information. Car, ne l’oublions pas,  » l’information est le premier capital « . On comprend dès lors tout l’intérêt que revêt le débat sur la gouvernance d’Internet au cours de ce Sommet. Qui est-ce qui doit gouverner l’Internet ? That is the question.

 

Ce reportage a été réalisé grâce aux contributions de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), de l’Office franco-québécois pour la Jeunesse (OFQJ) et du Carrefour international de la Presse universitaire francophone (CIPUF).

 

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