Et si Alassane Ouattara avait pu se présenter lors des élections présidentielles du 22 octobre 2000 en Côte d’Ivoire ? Et s’il avait pu être candidat aux législatives qui l’ont suivie ? Et si, et si…

 

La France a annoncé le 31 janvier la reprise partielle de sa coopération avec la Côte d’Ivoire, qui avait cessé après le coup d’état de Robert Gueï, à la veille de noël 1999. Ce faisant, elle reconnait la légitimité du gouvernement de Laurent Gbagbo, dont l’élection mouvementée laisse comme une odeur de poudre. État des lieux.

 

Faux départ
Tout commence par cette décision de la Cour suprême, mise en place par le général Gueï, d’invalider six candidatures aux présidentielles, dont celle d’Alassane Ouattara, à la tête du Rassemblement des Républicains (RDR). La Cour met en doute la nationalité ivoirienne et la  » bonne moralité «  du candidat. La course à la présidence se résume donc à un tête à tête entre le général Gueï et Laurent Gbagbo, leader du Front Populaire Ivoirien (FPI), les trois autres candidats restant en lice (dont deux sont pratiquement inconnus) n’ayant pas un poids comparable.

 

Cette  » décision de justice «  ne contribue pas au caractère démocratique de l’élection, censée permettre au pays, en proie à une banqueroute que Gueï a largement entretenue, de retrouver la confiance des États et des investisseurs occidentaux. Laurent Gbagbo, qui emporte les suffrages des Ivoiriens, a derrière lui les troubles sanglants qui ont accompagné l’élection et devant lui une dette nationale colossale ; il veut mener son pays sur  » la voie de la réconciliation « . Il choisit de ne pas poursuivre Gueï pour la répression violente des manifestations d’octobre et, s’il appelle de ses vœux un  » forum national de vérité, de repentance et de paix « , refuse que se tiennent à nouveau les présidentielles. Préférant  » ne pas réécrire la constitution « , il prend le parti de la Cour suprême. En la dissolvant, il aurait mécontenté la base du FPI, toujours fidèle à un credo, tout sauf Ouattara.

 

les élections se suivent…
Le nouveau chef d’État décide d’organiser  » coûte que coûte «  les législatives. Et le coût est élevé : Ouattara toujours hors du jeu électoral, de nouveaux affrontements embrasent Abidjan dans la nuit du 4 au 5 décembre. Répression reprend ses droits : couvre-feu et état d’urgence sont décrétés jusqu’au 12 décembre pour que les législatives puissent se tenir dans les  » meilleures conditions « . Les meilleures conditions ? Une opposition quasi anéantie, des électeurs  » fatigués «  et un climat de terreur.

 

Les élections, emportées largement par le FPI, ont marqué davantage les faiblesses et les atermoiements du RDR de Ouattara, dont la décision de boycotter les urnes n’a pas fait l’unanimité. Face aux divisions de l’opposition, la marge de manœuvre de Gbagbo semble considérable. Qu’en est-il réellement ?

 

Une odeur de poudre
Malgré l’exclusion d’Ouattara de la course à la députation, malgré le boycott du RDR, le gouvernement français apporte son soutien au président ivoirien. Un crédit bienvenu alors que Gbagbo doit entamer des concertations avec les instances financières internationales. Mais la mauvaise situation économique de la Côte d’Ivoire et les poussées xénophobes des ces derniers mois inquiètent les investisseurs et les pays voisins. La tentative de putsch du 7 janvier 2001, attribuée sans preuve aux partisans de Ouattara, n’a fait qu’envenimer de sourdes haines. La région nord de la Côte d’Ivoire, à laquelle est associée Ouattara, est montrée d’un doigt menaçant par les autres communautés. Les étrangers, burkinabés notamment, se plaignent de brimades et rentrent en masse dans leur pays d’origine.

 

En à peine plus de douze mois, la Côte d’Ivoire aura connu un putsch réussi et au moins trois tentatives de coup de force.  » Des événements qui apparaissent comme une suite logique «  des tensions politiques qui y règnent, selon Oumou Kouyaté, présidente du Collectif des Ivoiriens de France. La Cour suprême, et Gbagbo lui-même, ont suscité, entretenu ces tensions en écartant délibérément Ouattara. Quel sera le prix à payer pour cette facile victoire ?

 

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