Animafac a demandé aux auteurs des 15 affiches finalistes d’expliquer comment ils ont imaginé leurs affiches.

 

Damien Vigier

 » Traditionnellement, le samedi soir est l’occasion de sortir entre amis et de s’amuser. Statistiquement, c’est aussi la soirée des drames. L’inconscience sur la route fait que de nombreuses personnes sont victimes de la conduite irresponsable de leurs amis ou d’autres conducteurs, coupant court aux festivités. À travers mon visuel, j’ai voulu rappeler aux jeunes leurs responsabilités, en les avertissant des risques qu’ils courent lorsqu’ils oublient que s’amuser ne rime pas avec frimer sur le bitume. Pour cela, j’ai opté pour une image aux couleurs lumineuses et attirantes, à travers des éclairages évoquant les néons des discothèques, en décalage avec leur support, un fauteuil roulant sur un fond blanc clinique. Un fond froid et sinistrement vidé de tout décorum, en opposition à l’esprit boîte de nuit qui est véhiculé au premier abord. Et un fauteuil vide pour que chacun se sente concerné en tant que victime potentielle. Une image dont le décalage, teinté d’humour macabre, fait écho aux imprudences idiotes des conducteurs. Pour que ce contraste les interroge et leur fasse prendre conscience de leurs responsabilités, car la route est comme une piste de danse, où les actes ont leurs conséquences… »

 

Marine Guizouarn

 » La route est la première cause de mortalité des 15-25 ans. J’ai choisi d’utiliser le téléphone portable comme visuel car aujourd’hui beaucoup de jeunes en possèdent un et ils sont tentés de l’utiliser même au volant. Le texto est un mode actuel de communication, j’en ai profité pour faire passer mon message de prévention sous forme de SMS. L’analyse de la fréquence des communications au moment de l’accident a conclu à une multiplication du taux d’accidents par près de quatre. »


Morgane Sommet et Geoffroy Gomez

 » En nous renseignant sur la prévention routière, nous nous sommes aperçus que deux thèmes majeurs revenaient sans cesse en ce qui concernait les jeunes : la vitesse et l’alcool au volant. C’est alors naturellement que nous nous sommes penchés sur ces sujets particuliers qui causent tant de victimes chaque année.Nous avons voulu avoir un discours novateur, en rupture avec ce qui se fait habituellement. Pour cela, nous avons choisi de montrer des visuels récurrents dans ce genre de campagne, mais en y associant une signification particulière. Dans ces deux annonces, l’accroche éclaire d’un œil nouveau la manière que l’on a de percevoir les accidents de la route en mettant en avant le rôle de l’alcool ou celui d’une conduite à grande vitesse. Bien que liées, ces deux annonces ont néanmoins chacune un concept qui leur est propre et qui leur permet de vivre par elles-mêmes. »

 

Yannick Toussaint

 » Quand on me demande quelle campagne publicitaire pour la sécurité routière m’a le plus marquée, je me dis sans aucun doute celle des affiches avec les gens cabossés avec les effets de carrosseries : tête enfoncée, jambe déchirée… L’oubli des masses populaires est constant en ce qui concerne la sécurité, les dangers de la route. Une image violente, mais proche de la réalité et même en dessous de la réalité, doit choquer sans traumatiser la personne qui y est confrontée. J’ai choisi de rassembler deux concepts : le suicide et l’accident de voiture. C’était important pour moi de toucher la population qui est plus encline à ce fatalisme. Ce sont les premières causes de mortalité chez les jeunes. Mon image montre la corrélation entre ces deux concepts pour induire la stupidité de ce geste, de la décision de tout gâcher en une fraction de seconde. »

 

Anne-Lise Marinier, Nicolas Leborgne, Yves Saint-Lary

 » Malgré les efforts de la sécurité routière, la route est un génocide sans fin. C’est un cercle vicieux qui plonge le problème en bruit de fond et lui donne une forme d’inconscience collective alimentant tous les ans le nombre de morts sur la route. Cette affiche se présente ainsi comme un miroir à travers lequel le spectateur s’intègre à la masse responsable de l’insécurité routière. Cette symbolique illustre la problématique à laquelle nous, communicants pouvons être confrontés. Deux voies sont possibles : celle qui heurte directement la conscience quelques secondes ou bien une voie plus profonde et plus psychique. Cette dernière propose un moyen stratégique pour être mémorisé en déclenchant une réflexion chez le spectateur qui doit réaliser sa propre interprétation de l’affiche. C’est par ce biais que l’inconscient pourra être atteint. »

Marie Gaertner

 » L’idée de départ était de faire passer un message, de manière simple et efficace, et sans traitement photo, pour démarquer cette campagne des précédentes. J’ai voulu jouer sur différents niveaux de lecture et de compréhension. Cette affiche est composée de manière à ce que l’on identifie de loin un point d’exclamation qui, associé à la couleur rouge, signifie le danger, autant dans le code de la route que dans la vie courante. Le passant est interpellé, il s’approche pour lire le slogan, s’implique dans l’affiche. Le slogan s’appuie sur les différents sens du mot “caisse” ; il a pour but de provoquer une prise de conscience chez le lecteur. L’idée étant de choquer non pas par des images dures et violentes comme fait précédemment, mais par l’association d’une simple phrase et d’une forme suffisamment équivoque. »

 

Fanny Hardy

 » Il nous arrive parfois de croiser sur les routes d’étranges silhouettes fantomatiques. Ces silhouettes noires, plantées au milieu de nulle part, symbolisent les victimes de la route, et nous rappellent, l’espace d’un instant, que la route tue. J’ai choisi d’humaniser ces silhouettes en carton pour faire prendre conscience qu’elles représentent des vies, 5232 morts en 2004. Les chiffres évocateurs du nombre de tués sur les routes ne semblent pas choquer. Ainsi, en associant ce chiffre à des visages bien réels figés sur le bord de la route, j’ai voulu créer une image « choc » qui nous place face à la réalité. Car la route n’est pas un jeu. Il arrive parfois, lorsqu’on est au volant, d’oublier les risques liés à la conduite et nos responsabilités face à la route. Un moment d’inattention, une soirée bien arrosée, pressé de rentrer, autant de situations dont les conséquences peuvent être dramatique au volant. Aussi, cette image plutôt froide et noire, à travers ces trois jeunes immobiles sur le bord d’un virage dangereux, cherche à responsabiliser et à faire prendre conscience que les victimes de la route ne sont pas de simples faits divers. « 

Stéphane Dos Reis

« Comment toucher directement tous les automobilistes ? Par le code barre : symbole du prix et de consommation. Pressé pour des affaires personnelles, l’autre est trop souvent oublié. Et cela peut être fatal pour un piéton : il n’a pas de protection. La vie n’a pas de prix. Soyons donc vigilants. ».

 

Olivier Dentier

 » On a tous vécu ça : les sorties fiesta en bande, l’euphorie dans l’habitacle, le climat de décontraction générale après quelques verres, les défis idiots, les prises de risques pour l’épate. Plus d’un pilote immature en perd sa concentration pour ne pas dire les pédales. Pour ma part, plus spectateur qu’acteur de ce genre de dérives, j’ai eu parfois quelques frayeurs, croisant les doigts pour que le pire ne se produise pas. J’ai voulu illustrer un cas parmi d’autres où le pire s’est produit : un jeune conducteur, seul rescapé d’un grave accident dont il est manifestement responsable.Lui seul s’en tire, mais à quel prix ? Avec des séquelles physiques peut-être irréversibles qui le condamnent à une mobilité assistée et le réduisent à l’état de légume. Plus terrible pour lui est sûrement le poids d’une conscience qui ne lui épargnera ni torture ni tourment. Cette « chance » est plutôt vécue ici comme une injustice, et même une punition. La peine est lourde : un vide irréparable comme perspective, des heures de grande solitude et de culpabilité ressassée. Le siège passager et la banquette arrière couvertes de blanc traduisent d’autant plus ce vide et sont comme des symboles ouverts aux apparitions fantomatiques. Pour lui en tout cas, le temps s’est arrêté, la vie s’est arrêtée. »

 

Franck Rivoire

 » Je crois que cette illusion de sécurité, sur laquelle communiquent les marques, est dangereuse. On n’est pas toujours maître, on n’est pas toujours responsable, on peut mettre beaucoup de chances de son côté et être victime. Il ne s’agit pas de « fataliser » mais de prendre conscience du danger. Si l’on sait que l’on n’est pas immortel, on est bien parti pour être un « pas mauvais conducteur ». Il n’y a pas de solutions miracle pour ne rien craindre, il y a seulement le respect de la vie qui importe. Le traité réaliste, voir amateur et le point de vue subjectif m’ont semblé des outils efficaces pour servir ce propos. La lecture triangulaire par l’association entre l’image et les deux textes favorise le positionnement de l’affiche dans une temporalité de l’instant. Chacun est libre d’imaginer la suite, invité à s’inclure et à se projeter dans cette situation qui n’est malheureusement pas irréelle. »

 

Aurélie Waquet

 » Trop bête, « …Trop bête d’avoir accéléré ce jour-là ». La vitesse fait partie des causes de la violence routière plus particulièrement chez les jeunes de 15 à 24 ans. Quand on est jeune permis, on se sent invincible, libre, voir même sans limite, jusqu’au jour où c’est la voiture qui fixe les limites tragiques de la route. Je propose une approche humoristique sur l’issue fatale que peut avoir la vitesse, en me servant d’un animal, en l’occurrence l’éléphant, pour illustrer la bêtise humaine au volant. Ma morale étant : éléphant dans le vent, ça trompe énormément. »


Zofia Wolff

 » C’est dommage que les ceintures ne se bouclent pas automatiquement. Tous les jours, chaque conducteur essaye de conduire avec la meilleure sécurité possible mais il y a des situations où nous n’avons pas de chance. Quand on a un accident, on n’a pas le temps de faire quoique ce soit, ni de penser, ni de changer de route. Boucles ta ceinture quand tu prends la route, c’est ce que tu peux faire de mieux pour toi… et pour les personnes qui partagent ta vie. Je pense que, si quelqu’un t’aime, ta famille, ton copain, tes amis, tu as le devoir de revenir en bonne santé à la maison. J’ai voulu faire une affiche avec de l’humour, et facile à comprendre pour les enfants. Au début, les ceintures me font penser à une femme et un homme, un couple amoureux. J’aime présenter les ceintures comme ayant envie d’être ensemble. Dans la vie, on est toujours attaché à quelqu’un. « 

 

Aurélia Calistri

 » La vitesse est un thème qui me sensibilisait tout particulièrement suite à une histoire vécue. J’ai perdu un ami dans des conditions similaires ; lui ne faisait pas la course mais les deux voitures en face oui. J’ai traité mon visuel de façon simple et efficace, au maximum épuré pour me concentrer sur l’essentiel : les fleurs accrochées au poteau. Celles-ci apparaissant comme un code, puisque reconnaissable par tous, symbole des victimes de la route. Le poteau, moyen de repère sur la route, est ici symbole de limite, (à franchir / ne pas franchir – la course / la vie). Le faisceau lumineux qui descend du ciel rappelle la mort, les cieux mais avec un côté plus poétique tout en gardant une forte symbolique. J’ai voulu créer un rapport cause/conséquences : l’accroche pose une question et le visuel apporte une réponse. Le but n’est pas d’être moralisateur mais de susciter une réflexion, une prise de conscience. J’espère donc que cette affiche sensibilisera les jeunes afin qu’ils comprennent que la vitesse est un réel danger, que pour quelques minutes d’insouciance tout peut basculer. Je fais partie de tous ces jeunes et malheureusement je sais trop bien que la prise de conscience par rapport à une affiche n’est pas si évidente, mais j’espère pouvoir les faire réfléchir en mettant en avant cette démarche de faire la course, dont souvent on ne réalise les conséquences que bien trop tard. « 

Anne-Charlotte Barbaresco et Hélène Buriez

« Notre constat sur l’information sécurité routière ciblée « jeunes » est que les notions d’absence physique, de mort, sont trop souvent réitérées. De ce fait, elles sont presque banalisées. Les médias s’adressant aux jeunes ne mettent en avant que très rarement les blessés graves. Beaucoup plus souvent les morts. Notre approche a été d’apporter une réponse différente et efficace. Nous avons voulu aborder « l’après-accident », le quotidien. Et, sensibiliser notre cible « là où ça fait mal », soit : la perte d’autonomie. Nous avons donc adopté le concept de la régression. Visualiser un jeune adulte à un stade parallèle à celui d’un enfant de deux ans, nous semblait choquant, donc efficace, alors qu’il ne s’agit que d’une illustration de la réalité. La mort est terrible et indescriptible mais lorsque l’on survit à un accident, à quoi peut ressembler notre vie et celle de nos proches ? On parle ici du quotidien et c’est finalement le plus dur. »

 

Karim Zaouai

« Créer une affiche sur la sécurité routière est très délicat. On est tenté au premier abord de réaliser un visuel « esthétisant ». Le problème d’un tel parti pris est que malheureusement le propos passe alors au second plan. La gravité du sujet devrait bannir toute tentative d’embellissement des tragédies routières. Mon projet met en scène, sous la forme d’une fausse publicité, un fauteuil roulant devant un hôpital. La photo, très -trop ?- sombre ne dénature pas le sujet. Les différents degrés de lecture d’une affiche sont primordiaux. Ce n’est qu’en se penchant de près sur le slogan mercantile : « élue voiture de l’année 2006, 2007… » que l’on s’aperçoit que le fauteuil roulant est bel et bien une « saloperie de véhicule ». Le sujet est bien trop grave pour tenter de l’enjoliver. »

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