Déjà engagée sur le terrain de la démocratisation de la culture, la ministre de l’enseignement supérieur se penche également sur l’épineux dossier des discriminations. L’ancienne députée des Yvelines vient de cosigner une convention sur l’égalité des chances et pose la question de l’origine sociale des étudiants. Un facteur qui ne saurait toutefois occulter l’ensemble des discriminations rencontrées par ces derniers. Gilbert Branchet, président du CAELIF, évoque des priorités absolues ainsi qu’une extention du domaine de la lutte. Interview…

 

 

 

La signature de la convention sur l’égalité des chances est axée sur l’ouverture des grandes écoles aux étudiants issus de quartiers populaires et s’attache à dénoncer une discrimination d’ordre social. Dans quelle mesure ce texte peut-il constituer un précédent, une base de réflexion pour des débats futurs, notamment sur les discriminations d’ordre ethniques, religieuses ou relatives aux préférences sexuelles?


Tout d’abord on ne peut que saluer ces initiatives visant à renforcer la diversité au sein des établissements supérieurs en France. Ces démarches déjà bien initiées permettront de lutter contre la reproduction sociale et de ré enclencher l’ascenseur social pour une bonne partie des enfants de familles populaires qui s’éloignaient ou méconnaissaient les possibilités de formations proposées par les universités et surtout les grandes écoles. Les discriminations d’ordre social qui amènent à une inégalité des chances sont donc bien prises en compte par ces politiques. En revanche, concernant la lutte contre les autres discriminations (racisme, sexisme, homophobie, antisémitisme, islamophobie…), il reste encore beaucoup à faire. L’an dernier le ministère de l’enseignement supérieur, dont on note l’intérêt sur ces thématiques, a ainsi pu lancer une campagne nationale contre l’homophobie. Néanmoins, nous pensons que la mission « Parité et lutte contre les discriminations » de la Coordination stratégiques et territoires de la DGSIP et de la DGRI pourrait encore renforcer ses actions. Il est en effet très positif que des étudiants venant des horizons les plus divers s’insèrent dans les établissements supérieurs. Mais il faut continuer à lutter contre les autres facteurs discriminatoires pour que chacun soit sensibilisé au fait que la diversité constitue une richesse ,qui apporte à tous pendant les études, demain dans l’entreprise et en définitive à la société, à la vie citoyenne.

 

Les signataires jugent primordiale l’ouverture sociale et la diversité au sein des établissements d’enseignement supérieur. Pour ce faire, ils entendent agir en augmentant le nombre de places offertes dans les filières déjà ouvertes, et en favorisant l’ouverture de nouvelles filières. Une telle urgence affichée ne risque-t-elle pas de relancer le débat sur la discrimination positive ainsi qu’une forme de quotas? Et par conséquent de discréditer l’ensemble de la démarche?


Tout d’abord, je crois qu’il faut arrêter avec cette notion de discrimination positive qui ne peut que susciter une levée de bouclier : une discrimination ne peut en rien être positive. En revanche, l’Etat peut mettre en place des politiques volontaristes ciblées quant à certaines populations pour rétablir une égalité de fait que les dispositifs et usages en vigueur ne permettaient plus. Donc au lieu de parler de discrimination positive, il semble plus juste de parler de politiques spécifiques visant à rétablir une égalité de traitement, une égalité des chances ou encore une égalité d’accès à l’emploi. Personne ne s’offusque en effet de savoir que depuis 1987 la loi oblige les entreprises de plus de 20 salariés à embaucher 6% de travailleurs handicapés. Dès lors, augmenter le nombre de places offertes en adaptant le mode d’admission des élèves de quartiers ne devrait pas choquer. L’exemple des Promo ZEP de Sciences Po, tant décriées au départ, a démontré la pertinence et l’efficacité de cette démarche. Le plus important est de mélanger le tissu étudiant malgré des processus d’admissions particuliers, quitte à délivrer à certains des cours supplémentaires pour une remise à niveau. C’est cela l’Ecole de la République:donner plus à ceux qui en ont le moins, et ce n’est en rien une discrimination. Donc, tant qu’on n’en vient pas à créer des filières et des diplômes étiquetés ZEP, il semble louable de continuer dans cette direction.


La convention signée repose, selon la ministre, sur trois grands piliers : l’information des élèves sur les possibilités de poursuivre des études dans le supérieur, la mise en place d’outils afin de mieux adapter l’offre de formation et les dispositifs de suivi et d’aide à la réorientation, et préparer à l’insertion professionnelle en améliorant notamment le suivi des stages. Quels domaines relatifs aux discriminations mériteraient, selon vous, d’être explorés?

 
Par rapport à la lutte contre les discriminations, la démarche ne peut être que transversale pour être efficace. Il faudrait notamment inclure des modules relatifs à la diversité dans le monde du travail dans les formations des responsables de ressources humaines de demain, pour que des diplômés formés par l’Ecole de la République mais ne correspondant pas aux stéréotypes traditionnels, ne soient pas contraints de s’expatrier pour qu’on les accepte dans l’entreprise. Il faudrait également renforcer la formation des personnels enseignants de l’Education Nationale à une meilleure prise en compte de la diversité des élèves et du mal-être qu’engendrent les discriminations (problèmes d’acceptation de soi, souci d’intégration et de sociabilisation, hausse des suicides…). Il en est de même pour les infirmières et les médecins scolaires qui ont un rôle certain à jouer dans la détection de ces situations de détresse. Enfin et surtout, une meilleure intégration dans les programmes scolaires des différentes facettes de la diversité de la société française est un chantier qu’il ne faut pas négliger et qui doit concerner tous les programmes. Les représentations stéréotypées de ces manuels ont en effet déjà été pointées par la HALDE. Voici donc quelques orientations qui pourraient très probablement favoriser le mieux vivre-ensemble dans la France plurielle d’aujourd’hui.

 

Crédits Photos : CAELIF

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