Fermées, les écoles d’ingénieur ? Leur vie associative ne tournerait-elle qu’autour de soirées alcolisées et ultra sponsorisées ? Que nenni ! Le vilain cliché que voilà.

Trois exemples pour vous en convaincre, avec des associatifs au caractère bien trempé. Au menu, deux événements culturels à aller voir très bientôt, et une action de solidarité internationale et d’éducation au développement. Venez, poussez sans crainte la porte des écoles d’ingénieur qui bordent les villes du Nord-Ouest de la France.

Enquête rondement menée par Matthieu Choquette, relais associatif à Caen, et Barbara Prudhomme, relais associative à Rennes.

 

 

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Les écoles d’ingénieur se bougent dans le Nord-Ouest : enquête

Présentation

Benoit Nardon, 22 ans, est en 2ème année à l’ENSAM (Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers) de Angers .

Benoit est membre de l’Association des élèves de l’ENSAM d’Angers (AE). Cette association vit grâce au dynamisme des élèves de l’ENSAM et a pour vocation de favoriser l’esprit créatif et l’épanouissement des élèves. Elle soutient et accompagne les différents projets des clubs/associations de l’école.

Depuis deux ans, Benoit est aussi membre du bureau des Transes Culturelles, club au sein de l’école qui organise une semaine culturelle avec des concerts de tous styles musicaux, un tremplin musical, du théâtre d’improvisation, des projections de courts-métrages, sur le campus angevin et dans la ville au mois de Mars.

Il est en charge de la soirée au Chabada (salle de concert d’Angers), temps fort des Transes Culturelles, et gère le côté technique de l’évènement. Le Chabada est un bâtiment appartenant à la ville d’Angers : l’ensemble du projet du Chabada est géré par l’Association pour le Développement du Rock et des Autres Musiques à Angers dans le cadre d’une délégation de service public.

Au sein de l’AE, Benoit est aussi vice président à la vie de promotion des élèves.

L’interview

Quel est ton parcours universitaire et associatif avant d’arriver à l’ENSAM ?

J’ai fait deux ans de préparations aux concours des grandes écoles et je suis rentré à l’ENSAM. Avant, je ne faisais pas partie d’associations.


Pourquoi avoir voulu faire partie d’une association ?

Je voulais m’investir dans quelque chose. Je suis allé dans l’Association des élèves par moi-même pour voir ce qui s’y faisait. Je connaissais déjà l’univers des concerts et le projet des transes culturelles m’a tout de suite emballé.

Que représente pour toi l’engagement associatif ?

L’engagement associatif ça te permet de faire une tâche que t’aimes bien. Le but est l’accomplissement, on est heureux quand l’évènement à lieu. S’engager c’est aussi faire don de sa personne, se faire plaisir, le plaisir de se permettre de créer quelque chose. Parfois il faut savoir se sacrifier aussi, ce n’est pas toujours une partie de plaisir.


Quelle reconnaissance avez-vous au sein de l’école ?

On a des subventions de l’école par le biais de l’Association des anciens élèves. D’autres aides nous viennent aussi des banques. Nous n’avons pas de soutien financier particulier de l’école, cependant, des locaux, un photocopieur, internet, une salle des fêtes nous sont prêtés gratuitement.

Nous avons aussi nos jeudis après-midi de libres pour nous consacrer à des activités sportives ou associatives. Cependant, il n’y a pas de reconnaissance pédagogique de l’engagement associatif, pas de compensation au niveau des cours.

Et au niveau de la ville d’Angers ?

La ville nous soutient dans certains de nos projets, un bon contact s’est instauré. Par exemple, une cérémonie est organisée en début d’année où la ville prête les clés de la ville à l’école, ces clés sont rendues à la fin de l’année scolaire. C’est un symbole très fort pour nous.

L’association intervient aussi au sein de la ville pour des projets tels que le téléthon, les resto du cœur, le Gala de fin d’année de l’école… et bien sûr les Transes Culturelles.

Les Transes Culturelles c’est quand ?

Les Transes Culturelles auront lieu du dimanche 23 au vendredi 28 mars. Au programme des concerts, des expos, du théâtre, des courts métrages tout au long de la semaine au sein de l’école et jeudi 27 mars grande soirée au Chabada (salle de concert d’Angers) avec Wax Taylor et DJ Torsenu and the space analog.

Après tes études tu souhaiterais continuer à faire partie d’une association ?

Oui, je vais essayer de trouver quelque chose. Quand on a goûté à l’action tout est possible. Pour moi l’aboutissement de cette année est de tout réussir, c’est-à-dire savoir gérer à la fois mes études et l’association tout en préservant ma vie privée. La reconnaissance et l’approbation de la famille sont importantes. Cela contribue à mon « épanouissement associatif ».

EN SAVOIR PLUS :

http://angers.ueensam.org/TransesQ/…

 

Les écoles d’ingénieur se bougent dans le Nord-Ouest : enquête.

Présentation

Mathieu Fitamant et Benjamin, 22ans, sont en 4ème année à l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées) de Rennes.

Mathieu et Benjamin sont membres de l’association l’Amicale des élèves de l’INSA de Rennes (AEIR). Cette association, l’équivalent de ce que d’autres écoles appellent « Bureau des Elèves », a pour objectif de développer des activités et organiser des événements sur le campus, mais aussi de tisser des liens avec les associations rennaises, les élèves des autres INSA et les anciens élèves.

Quelle que soit son année d’admission, l’élève-ingénieur INSA a la possibilité de devenir membre de l’Amicale. En prenant sa carte d’amicaliste annuelle (environ 12 euros), il peut prendre en charge les activités des différents clubs ou y participer (le festival Rock’n solex, un défi sportif avec les Insaiades, un événement humanitaire et sportif avec 1,2,3,4 L…), bénéficier de réductions lors de soirées et accéder librement au Foyer de l’INSA, lieu de rencontres pour les élèves-ingénieurs de l’école où canapés, bar, jeux…sont à disposition.

Depuis deux ans, Mathieu et Benjamin sont investis en tant que trésorier et chargé de communication dans le bureau du Rock’n solex. Il s’agit du deuxième évènement musical rennais après les Transmusicales, il allie concerts de musiques actuelles, festnoz, courses de solex, et tremplins de jeunes artistes.

L’interview

Quel est votre parcours universitaire et associatif avant d’arriver à l’INSA ?

On a fait une prépa intégrée à l’INSA et depuis notre 3ème année on est rentrés dans le bureau de l’Amicale des élèves. Avant, nous ne faisions pas partie d’associations.


Pourquoi avoir voulu faire partie d’une association ?

En fait on a été un peu parachutés ! C’est venu d’une demande du président de l’Amicale, une personne qu’on connaissait parce que c’était un ami, et lors de discussions en soirée. Au départ c’était assez impressionnant, on ne connaissait pas trop les gens du Foyer et on n’était pas trop motivés. Puis ça a suivi son cours, on s’est investi dans les projets, il y a des choses qui ont changé. L’ancien bureau souhaitait arrêter et il fallait renouveler l’équipe, du coup il n’y a pas eu beaucoup de suivi, nous avons été lâchés dans la nature, mais ça nous a donné plus de marge et de liberté pour changer certaines choses, voir ce qui ne fonctionnait pas.

Que représente pour vous l’engagement associatif ?

Un bon esprit, une bonne équipe, une bande de potes, des responsabilités à assumer. Par exemple, l’Amicale doit donner son accord sur les différents projets que les clubs de l’INSA souhaitent mettre en place, ce n’est pas facile parfois vu qu’on connaît les gens, on ose moins dire les choses. L’Amicale doit en effet donner son accord sur les projets des clubs car c’est elle qui dispose d’un budget qu’elle distribue aux clubs pour qu’ils puissent mener leurs actions.

Quelle reconnaissance avez-vous au sein de l’école ?

Une enveloppe budgétaire prélevée sur les inscriptions est distribuée tous les ans aux différents projets. Des locaux, le Foyer et une salle de concert nous sont mis à disposition gratuitement par l’école. L’école, l’institution nous soutient mais les professeurs sont plus réticents. Par exemple, parfois on rate des cours pour notre engagement associatif et ils ont du mal à le concevoir même si on arrive à gérer aux exams.

On peut par contre suivre un module  » engagement associatif  » où il faut présenter un projet associatif qu’on a mis en place. Ce n’est pas compensable avec les autres notes, c’est plutôt un bonus. L’année dernière 5 personnes du bureau l’on suivi.

Faire partie d’une association c’est aussi un plus sur notre CV. On a une équipe à gérer, on communique auprès de différents partenaires. A l’école on apprend beaucoup de choses théoriques, l’engagement c’est aussi le côté pratique de notre futur travail.

Et au niveau de la ville de Rennes ?

Ça dépend, c’est assez aléatoire. La ville nous soutient (prêt de matériel) et nous subventionne, la plupart des élus connaissent le festival. La ville de Rennes et Rennes métropole financent plus des projets innovants et portent parfois moins d’intérêt aux projets qui existent depuis longtemps. De grosses têtes d’affiches jouent au festival, en essayant de plaire au plus grand nombre on a l’impression d’être moins soutenus. Parfois la vision de la culture à Rennes reste élitiste.

Cependant, le sponsoring marche bien, nous avons beaucoup de partenaires, nous sommes dans un secteur qui porte et les entreprises encouragent facilement la vie associative.

Le Rock’n solex c’est quand ?

Le festival Rock’n solex fêtera sa 41ème édition cette année et aura lieu du 1er au 4 mai. Au programme des concerts et des courses de solex avec plus de 4000 spectateurs par soirée. A l’affiche cette année :
jeudi 1er mai : Gentleman & The Far East Band – Sayag Jazz Machine – Beat Assaillant
vendredi 2 mai : Svinkels – Fatals Picards – Zenzile – La Caravanne Passe
samedi 3 mai : Israel Vibration – MAP – Tokyo Sex Destruction Sayag Jazz machine, les fatals picards.

Après vos études vous souhaiteriez continuer à faire partie d’une association ?

Peut-être mais a priori nous n’allons pas nous orienter vers un syndicat ou nous engager au sein d’un parti politique. Notre travail nous prendra surement beaucoup de temps donc ça va être difficile de s’engager.

EN SAVOIR PLUS :

www.rocknsolex.fr

 

Les écoles d’ingénieur se bougent dans le Nord-Ouest : enquête.


Présentation

Matthieu Augustin, 22 ans en 2ème année à l’ENSI Caen (Ecole Nationale Supérieur des Ingénieurs) suit un cursus au nom faussement barbare, l’Eléctronique majeure, génie nucléraire éléctronique.

C’est le 5 septembre 2005 que Matthieu découvre l’association Ingénieur Sans Frontières. Ce jour là, il entre pour la première fois dans les locaux de son école d’ingénieur, il vient pour les inscriptions. L’école édite une plaquette, dite alpha, qui vante toute la vie étudiante de l’école, les clubs de sports, culturels, les animations, sorties et surtout toutes les associations du BDE. Par simple curiosité, Matthieu s’engage pour ISF Caen, même s’il ne sait pas encore ce que ça signifie.

L’antenne locale de Caen anime de nombreux repas insolents, poker équitable, forums régionaux et autres campagnes comme Campus vert pour inviter les caennais à réfléchir sur nos modes de consommations, sur les gaspillages et sur notre place dans le monde d’aujourd’hui. En parallèle, des projets se développent avec les pays du sud, collecte de fournitures scolaires pour un village en Guinée, aide au développement de fermes de cultures qui permettent à la communauté de communes d’Agnam au Sénégal de lutter contre le paludisme, ou encore enquête sur la place des Ingénieurs du sud dans les projets « Eaux » en Afrique.

Si Matthieu a vite saisi que l’association était très active, et que l’ampleur de la tâche était grande, il a mieux cerné ISF quand il a su qu’il existait 39 groupes locaux répartis dans tout le territoire français. Au niveau national, les projets sont multipliés par 39, Ingénieur Sans Frontières développe donc de nombreux projets d’aide avec les pays du Sud et travaille beaucoup sur la sensibilisation aux inégalités, dans les pays du Nord. Mais ISF fait aussi parti du réseau E&D, Etudiants et Développement, qui regroupe toutes les associations étudiantes de solidarité internationale. Ces deux réseaux d’envergure nationale donnent une autre perspective aux actions entreprises. Et devant l’ampleur de la tâche, Matthieu, sans expérience associative passée, est finalement devenu Président d’ISF Caen.


L’interview

Quel est ton parcours universitaire avant d’arrivée à l’ENSI ?

Avant d’être à Caen, j’étais à l’île de la Réunion. C’est là-bas que j’ai eu mon Bac et que j’ai suivi une prépa physique et technologie pendant deux ans. J’ai eu un bac Scientifique, au cas où tu avais un doute ! J’ai passé le concours et je suis arrivé à l’ENSI Caen, en septembre 2005. Je n’avais jamais été bénévole dans une asso avant.

Pourquoi avoir voulu faire partie d’une association ?

Par curiosité, comme je te l’ai dit je n’avais jamais fait partie d’une asso avant et j’adore découvrir de nouvelles choses, c’est toujours enrichissant de se confronter à la nouveauté, que l’on aime ce que l’on découvre ou pas d’ailleurs.

Pourquoi ISF parmi toutes les activités proposés par l’école ?

Faut pas se mentir, au début, tu vois un peu le côté  » agence de voyage  » quand ils parlent des actions dans les pays du Sud. Et puis, il y a Médecin Sans Frontière, Véto Sans Frontières, alors j’ai voulu aller voir ce que faisaient les ingénieurs. Au début, je n’avais aucune notion par rapport à la solidarité internationale, mais dans ce type d’asso t’es obligé de te poser des questions et de te mettre à réfléchir plus sérieusement, et ça dès le premier jour à la première réunion en début d’année. Quand l’année associative a démarré, j’ai tout de suite vu les choses différemment et j’étais content de m’y être engagé.

Justement, que représente pour toi l’engagement associatif ?

La réponse est un peu dans la question, c’est l’engagement, donc je répondrai un synonyme, implication. L’essentiel dans ce que tu fais pour l’assso, c’est que ce soit  » Toujours un plaisir, jamais une contrainte « .

Oui mais dans une asso on ne fait pas toujours que ce qui nous plait ?

En fait ce que je veux dire, c’est que si tu n’es plus passionné par ce que tu fais, par les objectifs que tu veux atteindre, il vaut mieux laisser tomber. Je vais toujours aux réunions avec la banane parce que je sais qu’on va discuter des projets, échanger et travailler ensemble. Si un jour je commence à aller aux réunions à reculons, je saurais qu’il est temps d’arrêter. C’est ce que je voulais dire par rapport à implication.

Au bout d’un an, tu es devenu président, qu’est-ce que ça a changé ?

Ben déjà, j’me la pète beaucoup plus (rires). C’est vrai que pour moi, il y a un avant et un après avoir été président. Déjà, tu passes plus de temps sur l’asso mais ça c’est normal. Par contre, ce qui est nouveau c’est que tu es sans cesse en réflexion sur ton asso, comment l’améliorer et aussi sur la solidarité internationale de façon plus générale. D’un côté plus pratique, c’est une excellente expérience pour apprendre la gestion de projets qui peuvent se faire sur plusieurs années, et aussi, et surtout la gestion des ressources humaines. Gérer les rapports humains, ça s’apprend, et sur le long terme, c’est toujours mieux si un bénévole t’aide parce qu’il en a envie, plutôt que parce que tu lui as donné un ordre.

Quelle est la reconnaissance au niveau de l’école ?

L’association est bien implantée à l’ENSI, on a de très bons rapports avec notre directeur d’étude et avec l’administration en général. Ils sont assez regardants sur nos actions, nos résultats. Cela fait aussi partie de la renommée de l’école quelque part. En plus, c’est l’école qui est notre principale source de financement, mais nous menons aussi de nombreuses actions qui nous rapportent un peu d’argent, et il y a aussi les cotisations des membres.

Le parcours associatif est-il inclus dans le parcours d’études ?

Oui et non. L’engagement associatif est complètement en dehors du cursus, tu n’es pas obligé de t’inscrire dans une asso. Par contre, tu peux avoir des points de bonification dans la moyenne. Pour être plus précis, les assos ont des coefficients. Coefficient 2 pour les assos de petite ampleur et coefficient 5 pour les assos qui portent de plus grandes responsabilités, par exemple le BDE, ISF ou le club de théâtre. Les coefficient

s ne dépendent pas des thèmes, seulement de l’activité de l’association. En fin d’année, le président est convoqué chez le directeur d’études et il doit attribuer une note à chacun de ses bénévoles. J’en dis pas plus, la fin de l’année approche et je redoute déjà le moment où je devrai faire ça.

Après tes études, tu souhaiterais continuer à faire partie d’une association ?

C’est déjà préparé, ma reconversion est faite, je ne suis plus président d’ISF depuis la semaine dernière mais je viens de devenir membre au CA d’ISF France pour un an, jusqu’à janvier 2009. Bientôt je pars en stage aux état-unis pour 3 mois et ensuite je serai en Erasmus toute l’année universitaire 2008-2009.

Tu n’as pas peur que la distance nuise à ton implication au sein d’ISF ?

Non, parce que ma place est différente, au CA, c’est plus de la réflexion générale sur la Solidarité Internationale. Cet aspect là, je pourrai le travailler tout seul dans ma chambre universitaire, 1 ou 2h par soir. C’est vrai que ça va être plus solitaire, mais tant que tu n’as pas agi, tu ne peux pas réfléchir en profondeur. Par exemple, une question à laquelle tu n’as pas pu répondre pendant une campagne, tu vas la garder à l’esprit, et tu vas réfléchir dessus. Même si j’ai un peu peur de perdre le groupe et l’énergie de l’asso, je trouve ça bien que l’action mène à la réflexion.

Merci Matthieu.

Merci Animafac.

EN SAVOIR PLUS :

www.ecole.ensicaen.fr/~isf

 

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