La plupart des observations font valoir le goût prononcé des jeunes et particulièrement des étudiants pour la vie associative. Mais cette forte sympathie ne se traduit pas systématiquement par un  » passage à l’acte « . L’appétit d’engagement reste quelquefois virtuel. Panorama.

Le hiatus trouve sans doute sa source dans le flou et les contradictions des motivations des jeunes, par ailleurs soumis à beaucoup d’autres sollicitations, et pas toujours prêts à forcer leur nature pour réaliser leurs intentions premières.

Il est pourtant utile de pousser plus loin la réflexion, d’autant que la crise du rapport aux institutions et les déficits de liens politiques peuvent trouver des débuts de réponses prometteurs grâce notamment aux engagements bénévoles.

Ainsi, il faut considérer les évolutions des différentes formes d’engagements. Naguère, c’était l’affiliation qui dominait. Adhérant à un discours, une famille de pensée, il s’agissait de traduire sa pensée en acte, de se mettre au service d’une conception du monde. Aujourd’hui, l’engagement est devenu plus personnel et contractuel. C’est l’activité elle-même qui séduit plutôt que le discours. Or les associations instituées sont évidemment marquées par la première culture ; elles peinent souvent à dialoguer avec les nouveaux bénévoles porteurs d’attentes différentes.

En outre, les jeunes qui fréquentent le système scolaire et universitaire sont loin d’être tous encouragés à faire preuve d’initiatives solidaires. Si dans les écoles supérieures, il est courant d’utiliser la vie associative comme complément pédagogique, parfois intégré aux cursus, pour la plupart, les universités sont traditionnellement plus réticentes. Peu tournées vers une conception globale de leurs rôles et très focalisées sur leurs activités de recherche et de certification des connaissances, elles méconnaissent tout ce qui à trait à la vie courante, matérielle et culturelle de la communauté étudiante, en particulier la vie associative.

Ce n’est que très récemment que ce sujet a pris de l’importance, depuis notamment la circulaire de la Direction de l’enseignement supérieur relative au développement des initiatives étudiantes en 2001, le rapport de l’OVE sur les engagements bénévoles des étudiants en 2002 et bien sûr la campagne pour  » l’envie d’agir  » lancée en 2003 (cf. p.7).

L’enjeu n’est pas mince. Toutes les comparaisons, européennes ou nationales, montrent l’impact des discours et dispositifs institutionnels pour l’essor des engagements des jeunes. Sans incitation officielle, nombre d’étudiants s’effraient à l’idée de sortir du rang, d’assumer des responsabilités, voire de se disperser hors de leurs études.

Alors que nous avons tout à gagner d’une vie associative plus dynamique : une plus forte cohésion sociale, des campus et territoires plus animées, une démocratie vivifiée et plus créative, sans compter l’acquisition de compétences par la pratique.


Pour en savoir plus :

Interview croisée des chercheurs Martine Barthélemy et Jacques Ion 

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