Avec l’extension et la généralisation de l’autonomie des universités, relisez les articles du mensuel Factuel, numéro 122, consacré à la vie étudiante.

Tout voir

L’université n’est pas faite d’un espace uniquement académique, monolithique, mais d’espaces multiples qui se recoupent. Y vivre, c’est aussi se rencontrer, monter des projets ensemble, prendre conscience du territoire dans lequel on s’inscrit. Que ceux qui l’habitent n’en frôlent plus les murs mais les imprègnent de vie.

Etudiant tu es, de tes études uniquement l’université se préoccupera… La communauté universitaire se soucie essentiellement d’une partie de la vie étudiante : celle qui se passe sur les bancs des amphis. Les aspects pratiques de la vie étudiante – logement, nourriture, transport – sont largement négligés par rapport à ce que l’on peut observer dans les écoles d’ingénieurs en France, et dans les universités d’autres pays européens. Dans ces conditions, que dire de l’intérêt porté aux aspects sociaux et culturels, aux projets et initiatives des étudiants, à la vie associative… Dans la situation actuelle de sous-financement des universités, la priorité est d’abord de tenter d’apporter des conditions d’études et de vie  » normales « , ce qui n’est pas une mince affaire.

Il faut dire que le corps enseignant ne s’intéresse pas toujours à la vie étudiante : un étudiant n’existe souvent que parce qu’il étudie, alors que les engagements des étudiants jouent un rôle important dans la construction de leurs projets d’études et professionnels, ce qui a priori devrait concerner les enseignants. Il ne s’agit pas de donner un caractère académique à toute activité, mais bien de considérer l’étudiant comme une personne, et non uniquement une machine à étudier.

Par ailleurs, peu d’étudiants sont conscients que leurs projets doivent s’inscrire dans le projet d’établissement pour être reconnus, qu’il ne suffit pas d’attendre que l’université s’occupe d’eux, mais qu’ils doivent être acteurs de la reconnaissance de leurs activités non académiques.

Du mieux

Il convient cependant de ne pas trop noircir le tableau. En effet, de nombreux progrès ont été faits ces dernières années dans la reconnaissance des activités étudiantes non  » académiques  » : vice-président étudiant, réforme du Fonds d’aide à la vie étudiante (Fave) en Fsdie, mise en place de  » maisons des étudiants « , etc. Il faut aujourd’hui les poursuivre, ce qui ne se fera pas sans un soutien financier de l’état et des collectivités territoriales.

Pour les doctorants en particulier, ce manque de reconnaissance des aspects non académiques prend une tournure différente. Alors qu’ils sont des acteurs incontournables de la production scientifique et pédagogique des établissements universitaires, un très grand nombre travaillent pour un salaire dérisoire, ou sans protection sociale, si ce n’est bénévolement. Du moment qu’ils font de la recherche, rien ne parait choquant à certains universitaires, qui profitent allègrement de cette force de travail dans leurs équipes…

On peut même aller plus loin, en s’intéressant au personnel des universités. Les États Généraux de la recherche et de l’enseignement supérieur ont fait ressortir que les universités souffraient d’une absence quasi-totale de gestion de leurs ressources humaines. Pour les enseignants-chercheurs, les activités pédagogiques ne sont pas évaluées et prises en compte dans leur déroulement de carrière. Pire, elles sont souvent considérées comme une entrave à leur activité de recherche, alors même qu’elles constituent la moitié de leur mission. Dans ce contexte, difficile d’inciter les enseignants à s’intéresser aux activités extra-académiques des étudiants, sauf lorsqu’ils ont une inclination naturelle à le faire.

Les universités françaises doivent poursuivre leur mutation pour passer définitivement d’un système de formation principalement destiné à  » produire  » de nouveaux enseignants-chercheurs, à un système de formation à tous les niveaux de qualification et pour tous les secteurs de l’activité socio-économique. La reconnaissance de la vie étudiante dans tous ses aspects constitue l’une des facettes de cette indispensable mutation .

Question posée à Jacques Soulas, Bruno Julliard et Gérard Mary

Jacques Soulas
Directeur du Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous).

 Il n’y a pas de règle systématique. Un rapport dit par exemple que la responsabilité de la médecine préventive doit revenir au Crous. A côté de cela, il est également spécifié, dans les statuts de l’enseignant-chercheur, qu’il peut s’occuper de la vie universitaire, même si rien ne l’y oblige. Des systèmes existent aujourd’hui pour ceux qui veulent s’y impliquer. Y figurent entre autres des clauses prévoyant des décharges partielles de services, des primes de reconnaissance et même un système de promotion. Grâce à ce dernier, les universitaires engagés dans la vie de la fac ne se retrouvent pas désavantagés par rapport à ceux qui consacrent tout leur temps à leur travail d’enseignant-chercheur.


Bruno Julliard

Vice-président de l’UNEF, étudiant en master de droit à Lyon-II

Au niveau national, c’est à l’Etat de garantir la démocratie dans les établissements d’enseignement supérieur. Il existe cependant un vrai décalage entre les déclarations d’intention et les moyens mis en œuvre, notamment à l’occasion des élections étudiantes. Au niveau local, les universitaires, en particulier lorsqu’ils ont des responsabilités politiques ou administratives, ont un rôle important en matière de vie quotidienne étudiante. La promotion de l’engagement associatif au sein de l’université en fait partie. Malheureuse-ment, les situations sont très inégales d’une fac à l’autre, et c’est souvent aux organisations étudiantes de prendre le relais des institutions en la matière.


Gérard Mary

Président de l’Université de Reims.

 Avant de parler des individus, l’université se doit en tant qu’institution d’avoir une politique de vie étudiante inscrite dans le projet d’établissement et financée, car tout a un coût, dans le cadre du contrat quadriennal. Pour ce qui est des universitaires, un exemple est parlant : j’ai demandé à chaque professeur de l’université de Reims de faire un appel au civisme lors des élections étudiantes. Les professeurs l’ont très bien reçu, ce qui montre qu’ils ne se cantonnent pas uniquement à la vie académique. Ainsi, le président de l’université est en quelque sorte le garant d’une politique de vie universitaire unique, qui émane du Conseil d’Administration.

 

A l’origine, l’université échappait à son territoire. Dans le quartier latin comme à Bologne, l’université du Moyen Age est régie par les autorités spirituelles, à l’écart du monde temporel. Des traces de cette tradition sont encore sensibles. D’une part dans l’ascétisme de l’aménagement de nos établissements, qui vise sans doute à pousser les esprits à s’élever, à défaut que les corps puissent y vivre confortablement. D’autre part dans l’interdiction faite à la police d’entrer sur les campus, directement issue de l’autonomie acquise par l’Eglise face au Roi.

Plus près de nous, lorsqu’il s’est agi d’accueillir à l’université les enfants du baby boom au cours des années 60, il a presque partout été choisi de construire les nouveaux campus loin des centre – villes. Les jeunes chevelus, rétifs à accomplir leur service militaire à l’heure de la guerre d’Algérie, ou simplement écoutant de la « musique de sauvages », effrayaient les bourgeois qui souhaitaient les mettre à l’écart. Et puis, plutôt que d’intégrer subtilement une université à un quartier ancien, mieux valait racheter un champ de betteraves loin de tout et construire sur ce grand terrain disponible.

D’ailleurs, après l’indépendance de l’Algérie, l’administration préfectorale qui régnait alors dans toute sa splendeur a su, poussant jusqu’au bout cette politique, réutiliser à Poitiers ou Villetaneuse les plans conçus pour Oran ou Constantine. Telle était la négligence de l’intégration à l’environnement. Pourtant, en termes de climat et avant les derniers aménagements, de nombreuses générations d’étudiants se sont rendu compte de certaines différences parfois inconfortables entre ces villes…
L’université de Caen en 1965, vue aérienne

Le virage

Ce n’est qu’à la toute fin des années 80 qu’un net tournant a pu être effectué. Alors qu’un nouveau boom des effectifs étudiants est en cours, en lien avec un état décentralisateur et aménageur, nombre de villes moyennes sont candidates à l’accueil de nouveaux sites d’enseignement supérieur. Universités de plein droit, en ile de France ; simples antennes ou IUT dans le Nord ou dans l’Ouest. L’idée que la présence d’étudiants et de chercheurs représente un utile atout pour un territoire commence à poindre. Les élus locaux font leur comptes. L’objectif est de stabiliser localement les jeunes adultes, de faire profiter l’économie locale de leurs dépenses courantes. De bénéficier aussi des mannes apportées par des établissements souvent importants, en frais de fonctionnement comme en nombre d’emplois induits. Voire d’espérer un nouveau dynamisme grâce aux activités de recherche.

Retour en centre-ville

L’impulsion remarquable engagée avec le plan Université 2000 (à partir de 1989) fait en quelques années naître un intérêt accrû pour l’idée de politiques de sites. Puisque les collectivités locales se mettent à investir en faveur de l’enseignement supérieur, puisqu’elles disposent d’équipements et de services intéressant la communauté universitaire, mieux vaut, comme en conviennent parfois difficilement tous les protagonistes, discuter ensemble et fixer de façon consensuelle des objectifs communs.

D’autant que ce mouvement d’implication des villes et des régions pour l’enseignement supérieur tend à se systématiser. Progressivement, même les villes les plus rétives, ayant de tout temps laissé l’Etat prendre seul en charge ces établissements, prennent conscience de leurs responsabilités. L’évolution vers une « société de la connaissance » ou l’internationalisation des rivalités universitaires ont été deux arguments majeurs en faveur de ce tournant. Ainsi, alors qu’en 1989, presqu’aucun candidat aux élections municipales dans une grande ville n’aurait eu l’idée de s’exprimer sur l’université, en 2001, un chapitre sur le sujet s’impose à peu près naturellement à tous. L’université devenue un atout retournait en centre ville. Des sommes importantes sont engagées à Marseille, Rouen ou Montpellier pour replacer certains bâtiments (plutôt droit ou médecine que sociologie ou lettres) dans les beaux quartiers.

Recentralisation

De son côté, l’Etat revient sensiblement sur sa politique de dispersion à tout va des établissements. Des observations concordantes avaient notamment montré les limites des antennes délocalisées. Trop petites ou mal pensées, certaines d’entre elles dégradaient l’enseignement dispensé par manque de lien à la recherche, sans aider assez à la démocratisation de l’accès à l’université en raison de l’étroitesse des choix de cursus proposés, ni contribuer au développement local. Le plan Université du 3ème millénaire est alors mis sur les rails. Les efforts de rattrapage sont marqués symboliquement et dans la pratique en faveur des universités parisiennes, auparavant délaissées et devenues le théâtre actuel de chantiers monumentaux.

Contrat

Désormais, la question de l’intégration des établissements d’enseignement supérieur à leur territoire s’est imposée comme essentielle pour les politiques publiques nationales et locales. Dans l’esprit du processus engagé depuis une quinzaine d’années entre les universités et l’Etat, la logique promue est celle du contrat. Ainsi, en matière de vie étudiante, en lieu et place de la juxtaposition des actions qui pouvait dériver vers des phénomènes de concurrence, les Crous sont en passe de s’engager conventionnellement avec les universités dans un rôle de prestataire de services. à Mulhouse est ainsi signé le premier contrat tripartite entre la ville, le Crous et l’université de Haute-Alsace. Les progrès accomplis sont pourtant encore bien fragiles. Les acteurs ne sont d’abord pas tous spontanément enclins au dialogue.

L'université de Caen en 1965 - vue aérienne

Abandonner la conduite autonome de son action pour une démarche de partenariat (souvent avec plusieurs intervenants) n’est pas une évolution naturelle. Certes, tous s’accordent à trouver dommageable qu’une nouvelle scène universitaire vienne maladroitement concurrencer le théâtre contemporain établi, ou au contraire louable qu’un stade communal puisse héberger les pratiques sportives étudiantes. Mais quand bien même chacun conviendrait que l’action culturelle doit être pensée à l’échelle de tout un territoire, il n’est pas aisé d’arriver à l’émergence d’une culture sincère de partenariat. Si à Poitiers, autour du bureau des temps de la Ville, les horaires universitaires ont évolué dans le but de diminuer le nombre d’encombrements routiers, à Bordeaux en revanche, le nouveau tramway ne relie pas directement le campus à la gare. Ce que beaucoup regrettent un peu tardivement.

Remèdes

D’autre part, si beaucoup de collectivités territoriales souhaitent user de l’instrument universitaire au service de leur développement local, ce dernier y est pour le moins rétif. Ainsi, de nombreuses expériences ont visé à promouvoir une mixité sociale grâce à la construction de résidences étudiantes dans des quartiers relégués. Des projets ont fonctionné. D’autres pas. Il n’est effectivement pas évident que l’hébergement de boursiers dans des quartiers populaires fasse grandement avancer la mixité sociale. En outre, demander à des étudiants peinant souvent au moment délicat de la prise d’autonomie vis-à-vis des parents (difficultés académiques, renouvellement de la socialisation, etc) de venir sauver des territoires ghettoïsés, c’est bien sûr mettre de pauvres cautères sur une jambe de bois.

Beaucoup de responsables universitaires et politiques conviennent aujourd’hui qu’il importe avant tout de définir ensemble des stratégies cohérentes d’intégration des campus à leur environnement. Le manque d’expériences recensables et les rigidités des traditions établies font de cette piste un sentier difficile. Fortes de leurs capacités d’observation et surtout d’initiative, pourquoi les associations étudiantes ne développeraient-elles pas à leur tour un discours volontariste sur ce qui est, pour beaucoup d’entre elles, un sujet naturel ?

ZOOM. Paris VII rive-gauche : un nouveau campus dans Paris

L’Etat et la Ville de Paris ont engagé en partenariat un plan ambitieux pour intégrer à l’aménagement en cours de la ZAC Paris Rive Gauche (dans le XIIIe arr.), un nouveau pôle universitaire occupant au total 200 000 m2. Paris confirme ainsi sa volonté de maintenir sa vocation de capitale intellectuelle et scientifique. La région Ile de France apporte également un concours financier important au projet. La prestigieuse Université Paris VII Denis Diderot rassemblera 20 000 étudiants et 4 000 enseignants et chercheurs, actuellement dispersés sur de nombreux sites. à proximité s’installeront une école d’architecture et l’Institut national des langues et civilisations orientales. L’ambition est non seulement de réaliser des équipements universitaires, mais également de les intégrer au mieux à ce nouveau quartier.

 

 

Le paysage des associations étudiantes animant les campus est dense et touffu. Entre anciennes et nouvelles formes d’engagements, vocation représentative ou pas, leurs différences ne vous échapperont plus.

Les premiers coups d’œil, dès l’heure des inscriptions jusqu’à l’occasion de campagnes électorales, vous conduisent aux organisations ayant vocation à représenter les étudiants. Syndicats et  » corpos  » rivalisent dans l’occupation de ce champ. Les uns se fondent sur une vision du monde : l’attachement au mouvement social, la droite à l’université. Les autres sur l’identité académique : la discipline, le campus. Tous deux participent à l’univers des  » représentants « , qui sont motivés par une affiliation (rejoindre une famille de pensée ou d’être) et ont vocation à porter une parole et/ou une gestion collective.

Heureusement, représenter n’empêche pas d’agir et d’animer. Ainsi, l’Unef est à l’origine des  » maisons de l’étudiant « . Sa section clermontoise a même contribué au développement d’un fameux festival de court-métrages, dont l’origine universitaire est aujourd’hui oubliée. Parmi les associations ou amicales de filières, les exemples foisonnent également. Ainsi, dans les filières de la santé, les élus aux conseils d’UFR sont souvent ceux qui organisent le voyage d’été de leur association de solidarité internationale.


Une vie hors des élus

Mais l’arbre syndical ne doit pas cacher la forêt d’initiatives. Malgré un mélange de règles et de traditions qui ont longtemps poussé des associations à participer au processus électoral à la seule fin d’obtenir un local, beaucoup d’engagements collectifs n’ont rien à voir avec ceux cités plus haut. Parmi eux, d’abord, les initiatives culturelles : ateliers (ouverts), troupes (plus sélectives), ou producteurs. Mais aussi les associations d’entraide, tournées vers les étudiants étrangers, les personnes en situation de handicap, les camarades en difficulté sociale ou académique. Ou les médias étudiants, même si les télés peinent encore à trouver leur voie et que les sites web demeurent moins nombreux que les fanzines. Sans omettre, aux marges, les associations d’anciens, qui peuvent rendre de grands services mais restent sous-développées en milieu universitaire.

 

Portrait d’Hélène Vincent, présidente de l’Espace Vie Etudiante, au cœur du campus de Grenoble.

« J’ai toujours été à l’université« . A 26 ans, Hélène est aujourd’hui en thèse d’économie sociale à Grenoble. Engagée à l’Unef dès sa deuxième année, élue vice-présidente du Crous puis de l’université… un chemin construit pas à pas, sans ruptures.

Jusqu’au lycée, elle fait de la gym à haut niveau, huit à dix heures par semaine. A la fac, elle a la bougeotte et veut profiter de cette période où il est « facile de ne rien faire« . Lors des grèves de 97, des cadres de l’UNEF la repèrent, elle s’embarque dans une aventure qui l’enrichit. « Quand on fait des études sans regarder autour, on se dit qu’il n’y a pas de problèmes. A côtoyer des gens qui recensent les problèmes, on découvre des injustices partout« . Le président de l’université la charge du dossier EVE, projet hérité d’un rêve de faire du campus grenoblois un autre quartier latin, lieu de vie à part entière. Peu de gens maîtrisent le dossier et s’en soucient : elle bétonne les statuts et se bat pour que le bâtiment soit la maison de tous les étudiants, géré par une association étudiante. Lorsque les lieux ouvrent en avril 2004, le pari est réussi.

Angles arrondis

Curieuse de tout, elle parvient à y faire cohabiter BDE, syndicats, corpos, assos de spectacle vivant, aux différences culturelles profondes. De tels compromis sont rares, et emblématiques de sa personnalité. EVE est une association qui gère du personnel : de militante d’un syndicat, elle se retrouve donc patronne de quatre salariés. Sans négliger sa thèse consacrée à la viabilité économique des mutuelles. Une expérience aux conséquences directes sur son parcours professionnel : plus qu’enseignante – chercheuse, elle se voit aujourd’hui chargée de mission dans une collectivité territoriale.

« Je ne renie pas mon engagement syndical« . Mais elle goûte tout autant l’associatif, aime ses moments festifs. L’un sans l’autre lui semble incomplet. « Un engagé associatif a des valeurs pour lesquelles il s’active, mais s’arrête à sa satisfaction personnelle. L’action syndicale permet de porter ces valeurs au cœur de la société« . Conciliatrice née, s’est-elle ouverte ? Durcie sûrement. Elle avoue ne plus tolérer « certaines prises de position trop libérales« . Affirmée, aussi. Plus jeune, elle ne passait pas Sciences-Po pour une histoire de note d’anglais au bac. Dommage pour l’école, elle y aurait été une élève brillante.

 

Lucile Lafont est maître de conférence en psychologie du sport à Bordeaux-II.


Quelle est la place du sport dans le système universitaire français ?

Si l’offre de pratiques s’est largement diversifiée ces dernières années, avec une progression notable des  » activités de forme  » (aérobic, stretching), la part du sport dans les emplois du temps est encore réduite à la portion congrue. Sans aller jusqu’à un modèle d’intégration totale à l’américaine, où la vie des campus s’articule parfois entièrement autour des terrains de sport, il serait sain de valoriser davantage les pratiques sportives tout au long des cursus, et pas seulement pendant les deux premières années d’études.

Les étudiants ont-ils un rôle moteur dans la vie sportive des campus ou sont-ils de simples consommateurs d’infrastructures ?

Lorsqu’ils pratiquent un sport à haut niveau, les étudiants se placent clairement dans un profil de  » consommateurs « . Les associations étudiantes, qui représentent l’essentiel de la fréquentation des infrastructures de l’université, sont en revanche moteurs de leurs activités. Elles influent sur le quotidien de la vie sportive du campus et se voient même parfois déléguer certaines responsabilités d’encadrement par l’administration.

L’esprit de compétition n’a-t-il pas tendance à l’emporter sur l’éducation aux pratiques sportives au sein des campus ?

La compétition n’est plus aujourd’hui réservée qu’à quelques irréductibles. L’essor ré-cent des activités de forme a fait considérablement reculer l’esprit de compétition. C’est très notable. Difficile en effet d’imaginer un tournoi inter – universitaire d’aérobic ou de body combat. A côté de cela, la réforme du LMD (Licence – Master – Doctorat) a occasionné une densification des enseignements, ce qui ne laisse que peu de plages horaires disponibles pour les entraînements de haut niveau, très consommateurs de temps.

 

 

 

Nichée au cœur de la faculté de pharmacie de Marseille, la junior entreprise JEM Pharma s’apprête à souffler sa première bougie. L’occasion de revenir sur une année bien remplie.

La faculté de pharmacie de Marseille (DR)Marseille, août 2003. Alors que la canicule étreint la canebière et que les trois quarts des Phocéens se terrent à l’ombre des calanques de Sormiou, certains profitent de ce calme inattendu pour réfléchir. Guillaume Maurin est de ceux-là. Étudiant en pharmacie à l’université de la Méditerranée et un peu sceptique quant au remplissage de son planning aoûtien, il décide de convoquer un camarade de promotion. Leur but : échafauder ensemble un projet de « junior entreprise » à la fac. « Au début, on ne savait pas par quel bout le prendre« , confie Guillaume. Pas de réseau, pas d’expérience, pas de moyens. « De par nos études, nous sommes assez éloignés du profil du jeune entrepreneur type école de commerce. » Qu’à cela ne tienne, « les réseaux, ça se crée et les moyens, ça se trouve, » ajoute Guillaume. Et voilà nos deux apprentis apothicaires embarqués dans l’aventure de la création d’entreprise version tubes à essai.

Premiers pas

En quelques mois, les principaux détails administratifs sont réglés : constitution en association tout d’abord, puis obtention de la certification « junior entreprise » auprès de la Confération nationale des junior entreprises (Cnje) – une première dans le secteur pharmaceutique. « La Cnje est à nos côtés depuis le premier jour« , souligne Guillaume. Très rapidement, la certification porte ses fruits : « Le téléphone s’est mis à sonner comme jamais, en moyenne deux appels de clients potentiels par semaine. » Impossible pour la jeune structure de répondre à toutes les sollicitations. Mais une chose est sûre : le potentiel est là et les contacts se nouent.

Encourageant

Trop heureuse de voir un tel pôle d’innovation éclore en ses murs, l’université apporte immédiatement son soutien à la jeune pousse. Guillaume s’en félicite : « L’administration a mis des laboratoires à notre disposition, ce qui nous ouvre des perspectives formidables en termes de recherche-développement. » Les étudiants et les entreprises non plus ne s’y sont pas trompés : « La junior est un bon moyen de se construire une expérience professionnalisante quand on vient de l’université. [La junior] représente aussi un bassin de recrutement privilégié pour l’industrie pharmaceutique. » C’est ainsi que le laboratoire Pfizer, inventeur de la plus célèbre des petites pilules bleues, est devenu un partenaire privilégié de la junior marseillaise. Objectif : aider la jeune structure à décrocher sa certification ISO 9001 d’ici à 2008. Un examen de passage qui lui permettrait, en cas de réussite, de jouer dans la cour des grands, aux côtés des meilleures juniors du pays.

 

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