Cet article a fait l’objet d’une tribune dans le journal Libération du jeudi 8 septembre 2005. Il est paru sous le titre « La cause étudiante sans le sou. L’université d’été de 400 associations a été annulée pour restrictions budgétaires. »

550 responsables de quelques 400 associations étudiantes issues de 46 départements ont dû défaire leurs valises :  » Campus en été  » n’aura pas lieu cette année ; il n’y aura pas d’université d’été des associations étudiantes.

Motif ? Les ministères de l’éducation nationale et de la jeunesse ont décidé de réduire de 30% leurs subventions aux organisateurs. Un réseau de 10 000 associations porteuses de 30 000 projets collectifs par an se voit ainsi privé d’un temps unique de formation et de débat, quelques jours avant la rentrée.

Faut-il en déduire que nos associations ne sont pas (suffisamment) utiles pour être financées par nos impôts (ceux de nos parents) ?

Nées sur les décombres de ce que furent les formes d’engagements plus politiques des années 1960, nos associations sont de précieux espaces d’apprentissage du civisme et de la solidarité en même temps que des laboratoires, où l’on développe un sens de l’initiative que l’école peine à insuffler. Elles répondent à l’envie des étudiants de s’engager sans a priori, dans des structures à taille humaine, dont ils peuvent mesurer l’impact directement.

L’utilité sociale des projets menés en leur sein est évidente. Comment en douter quand les plus grands maux de la société sont pris en charge : lutte contre les exclusions, les discriminations, prévention des risques, développement durable ou diversité culturelle sont autant de chantiers ouverts par des jeunes engagés conscients de l’urgence d’agir.

A l’heure où le chômage des jeunes augmente, les recruteurs y voient de leur côté une excellente école de la vie, qui fait la différence sur un CV. Récemment conquis, les présidents d’université pointent régulièrement le savoir-être qu’y acquièrent les étudiants et réfléchissent à des modalités de reconnaissance pédagogique de ces expériences, encouragés en cela par le LMD.

C’est pourtant dans l’indifférence quasi générale que, depuis leur essor massif à la fin des années 90, ces associations, se sont dotées d’un réseau et de quelques outils. Elles voulaient rompre l’isolement dans lequel elles se trouvaient, et qui rendaient impossible leur développement et a fortiori le dialogue avec l’entourage institutionnel. Informer, mutualiser les expériences pour en tirer outils et principes d’une action étudiante à la fois plus épanouissante et plus utile, tel est en effet l’objet du réseau Animafac, organisateur de l’université d’été annulée.

En 2002, toute la classe politique est en émoi, bouleversée par le comportement apparemment paradoxal des jeunes, qui s’abstiennent aussi massivement en avril qu’ils se mobilisent en mai. C’était mal connaître la jeunesse que de s’en étonner. Attachés aux valeurs républicaines, les jeunes le sont. Ils n’ont pourtant que peu de sympathie pour les candidats et les partis ; leur sort et leurs combats les laissent le plus souvent parfaitement indifférents. En revanche, lorsque les causes, les moments et les espaces leur semblent pertinents, ils savent surgir dans l’arène publique.

En 2002, Luc Ferry, Ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, veut, dans la foulée des événements d’avril, transformer l’essai et concrétiser  » l’envie d’agir  » de la jeunesse, lui permettre de passer le cap de l’action. Concours, appels à projets, sites internet, dispositifs de soutien aux initiatives, se multiplient et les associations étudiantes sortent modestement de l’ombre.

Quelques mois et un ministre plus tard, Jean-François Lamour, ministre de la jeunesse et de la vie associative persiste. Il déclare  » je suis le ministre de l’engagement des jeunes  » et annonce la poursuite d’une politique active d’encouragement de la vie associative des moins de 28 ans. De la rue de Grenelle, Gilles de Robien s’enorgueillit régulièrement d’être le ministre du dialogue et de la participation de tous.

Dans les discours, rien n’a changé ; la classe politique aurait pris la mesure de l’enjeu de la participation des jeunes. Dans les faits, les associations étudiantes, comme un certain nombre d’autres mouvements associatifs, voient leurs subventions ministérielles réduites comme peau de chagrin.

Tout cela ne serait dû qu’à une  » équation budgétaire plus difficile « . Pour résoudre l' » équation démocratique « , qui ne s’annonce pourtant pas non plus des plus simples, on pourra toujours attendre le retour de la croissance.

 

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