Les études, une période d’épanouissement personnel, de découverte et d’ouverture d’esprit ? Mais à quelles conditions ? Selon les chiffres de l’Observatoire de la vie étudiante pour le rapport Eurostudent 2005 [1] les étudiants français seraient près de la moitié à être salariés.
Pourquoi les étudiants sont-ils si nombreux à recourir à un job ? Quels sont les problèmes qu’ils rencontrent ? Dans quelle mesure peut-on parler d’une prise en compte de ces problèmes en France et en Europe ?

Des aides sociales inadaptées

La majorité des étudiants salariés sont issus de classes moyennes. Or ceux-ci bénéficient rarement de bourses de l’Enseignement Supérieur, leurs parents ayant théoriquement les moyens de financer leurs études. Mais voilà, tous les étudiants ne souhaitent ou ne peuvent pas dépendre de leurs parents. Ces derniers choisissent alors la voie du salariat.
Les étudiants salariés qui ont choisi de ne plus vivre chez leurs parents doivent souvent se loger dans le privé, n’ayant pas accès aux Cités-U. De plus, l’Allocation Logement à caractère Social (ALS) prend en compte les revenus issus des jobs étudiants, et se voit diminuée d’autant. Si les aides Loca-Pass, réservées aux étudiants salariés, leur permettent de ne pas avoir à avancer la caution, rien n’est prévu pour le loyer qu’ils ont à payer chaque mois.

Une orientation forcée

Le choix de l’orientation est quant à lui symptomatique de la difficulté à conjuguer travail et études. Rares sont les étudiants salariés qui suivent des études longues qui nécessitent un investissement à plein temps comme les études de médecine. On les trouve plutôt dans des filières en lettres ou langues, qui leur laissent plus de temps libre. Une enquête de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) datant de mai 2005 stipule que le temps consacré aux études en lettres, langues et sciences humaines en Université est en effet deux fois moins important que celui des classes préparatoires, filière nécessitant un investissement personnel élevé. De plus, selon le rapport Eurostudent 2005 basé sur des chiffres communiqués par l’OVE, les étudiants français occupent à 95% un job qui n’est pas lié aux études qu’ils poursuivent.

Le salariat étudiant mène-t-il automatiquement à l’échec ?

On aurait tendance à le penser, une activité salariée peut constituer une remise en question de la réussite universitaire des étudiants. Ce constat alarmiste est toutefois pondéré par le sondage réalisé par le CSA pour l’Union nationale des étudiants de France : 85% des étudiants salariés en 2004-2005 déclarent une réussite aux examens comparable aux étudiants non-salariés. Ceci dit, les assouplissements de la charge horaire des cours ne suffisent pas à supprimer les obstacles crées par l’activité salariée. D’après le sondage de l’UNEF, seuls 6% des étudiants ont bénéficié d’aménagements dans leur emploi du temps. Ils ne peuvent donc pas assister aux travaux dirigés et ainsi ne bénéficient pas de l’encadrement inhérent à ces enseignements. Pour les étudiants travaillant également l’été, les sessions de rattrapage ne représentent pas une véritable solution de secours. En effet ils ne sont toujours pas en mesure à cette période de réviser leurs examens.
Le stage, en apportant à l’étudiant une expérience en adéquation avec ses études, pourrait représenter une alternative à l’activité salariée. Cependant, les stages sont presque toujours moins bien rémunérés que les emplois, voire pas rémunérés du tout. Nombre d’étudiants ne peuvent ainsi pas se permettre d’acquérir une expérience professionnelle liée à leurs études.

Les conditions d’étude de nos voisins

En Europe se pose le même problème qu’en France : l’indépendance se paie. Selon le rapport Eurostudent 2005, dans le sud de l’Europe, les étudiants restent très tard chez leurs parents et ne sont par conséquent pas confrontés aux problèmes de logement. En revanche, en Allemagne où les étudiants sont rapidement indépendants, ceux qui doivent se loger dans le privé auront recours à un job qui pourra remettre en cause la réussite de leurs études. La Suède, la Finlande et les Pays-Bas sont les bons élèves de l’Europe, où le taux d’étudiants recevant une aide de l’Etat peut aller jusqu’à 74% pour la Finlande selon Eurostudent. Difficile néanmoins d’établir des comparaisons lorsque tous les paramètres diffèrent : la moyenne d’âge des étudiants dans les pays nordiques est de 26 ans contre 22 ans en France. Les étudiants nordiques travaillent de façon conséquente, mais leur statut de salarié relève d’une situation tout autre, beaucoup étant déjà mariés.

L’Europe observe ses étudiants et leurs conditions de vie

Des colloques internationaux sur la vie étudiante, des études d’organismes spécialisés tels qu’Eurostudent existent, qui font la lumière sur les besoins des étudiants. En 1999, les Unions nationales des étudiants en Europe (ESIB), conglomérat de syndicats nationaux alors présidé par l’UNEF, ont publié une mise en garde contre les réductions de budgets alloués à la vie étudiante. L’accent y est mis sur la reconnaissance des étudiants en tant que citoyens autonomes et de leur besoin d’un système adapté à leur indépendance. Trois ans après, en Finlande, l’ESIB organisait un séminaire intitulé  » Trouver de nouvelles approches au bien-être étudiant « . Il y réaffirmait que l’étudiant, afin d’être indépendant et libre de ses choix (notamment en termes d’études) doit bénéficier de moyens financiers suffisants, dispensés par des services sociaux. Difficile néanmoins de parler d’une conscience européenne des enjeux du salariat étudiant, à ce stade.

Le salariat étudiant en débats

En France, les rencontres et les actions autour du salariat étudiant se multiplient. La Confédération étudiante s’est distinguée en termes de campagne : en témoigne celle de 2004 en faveur des étudiants salariés, lors des élections du CROUS. De son côté, la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) a organisé un congrès à Lyon du 4 au 7 novembre 2004. L’un des ateliers de ce congrès concernait la précarité étudiante. Il y était proposé de mettre en place des nouveaux dispositifs permettant à l’étudiant salarié de ne pas compromettre ses études. Le colloque organisé par Grenoble université les 2 et 3 juin derniers, intitulé  » Le logement des étudiants en France et en Europe : formes et formules « , est partie intégrante du débat sur le salariat étudiant. Divers acteurs européens de la vie étudiante ont pu s’y rencontrer.
En outre, le Conseil parisien de la vie étudiante (CPVE), organe de dialogue entre la Mairie de Paris et les représentants étudiants, a fait le choix d’intégrer dans ses travaux la thématique du salariat étudiant. Des propositions devraient être faites lors des états généraux de la vie étudiante les 3, 4 et 5 novembre prochains. Enfin, si l’UNEF se déclare contre le salariat étudiant, elle le reconnaît comme une réalité qu’il faut prendre en compte.

Après le logement étudiant, qui a fait beaucoup parler de lui en 2003-2004 avec les grandes constructions de structures et rénovations de résidences universitaires existantes, et au moment où se réorganise l’architecture des diplômes avec la réforme LMD, le salariat étudiant vient désormais sur le devant de la scène. Reste à savoir si les probables aménagements dont il sera l’objet seront suffisants.

En savoir plus :

Rapport Eurostudent 2005

Sondage UNEF

La disparité des emplois du temps

Panorama des engagements européens

Constat sur les conditions de vie étudiante de l’ESIB

Trouver une nouvelle approche du bien-être étudiant

Congrès de la FAGE

Notes

[1] Euro Student est un projet qui dresse un panorama des conditions de vie étudiante en Europe grâce à la mise en place d’indicateurs communs et de procédures qui facilitent la comparaison entre les pays. L’Observatoire de la vie étudiante (OVE), source statistique d’Eurostudent pour la France, est intégré à ce projet depuis 10 ans.

 

 

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