INTERVENANTS :
Augustin Scalbert :
journaliste à Rue 89
Chloé Vigneau : journaliste pour le magazine étudiant Fragil et étudiante au CELSA, section « marketing et communication ».

 

ANIMATEUR :
Emmanuel Lemoine :
secrétaire national à Animafac


Augustin Scalbert intervient sur l’état de la liberté de la presse en France, notamment dans ses rapports avec les pouvoirs publics et politiques.

Il commence par rappeler quelques chiffres issus du classement mondial de la liberté de la presse établit par Reporters sans frontières en 2006. Ce classement, basé sur les affaires de censure, de perquisition de rédactions et d’emprisonnement de journalistes, place la France à la 37e place, derrière des pays tels que le Bénin ou le Ghana. L’hexagone a perdu 24 place en 5 ans. La situation de la liberté de la presse française est de plus en plus inquiétante.

Comment expliquer de tels résultats ? Selon Augustin Scalbert, cette situation est en grande partie due aux relations amicales entretenues entre le pouvoir en place et le patronat médiatique. Pour ceux qui en douteraient, il n’est qu’à voir la soirée au Fouquet’s, organisée pour fêter l’élection de Nicolas Sarkozy : tous les grands patrons de la presse et de l’audiovisuel étaient présents…
En France, il existe un lien incestueux entre le milieu politique et médiatique. Cette spécificité française repose sur une communauté d’intérêts entre ces groupes d’affaires et l’État (cf. Lagardère, Bouygues, Dassault, etc.).

 

Cette situation entraîne un double problème : une crise de la presse écrite et une concentration des chaînes de télévision, qu’elles dépendent du secteur public ou soient détenues par de grands groupes.
L’indépendance des médias s’en trouve directement menacée La nomination d’un nouveau rédacteur en chef aux Echos, à la botte du nouvel actionnaire, Bernard Arnaud, en est un exemple frappant.

 

La publicité est également un moyen de pression sur la presse. En effet, les annonceurs tentent sans cesse d’obtenir du contenu rédactionnel conciliant. Les journalistes s’y plient, car la précarisation de la profession est croissante.

 

La sociologue Maria Santo-Sainz évoque le syndrome de « l’accrédité » : les journalistes accrédités se montrent moins mordant avec les personnes qu’ils suivent, sans quoi ils auraient moins d’informations.
Un associatif étudiant témoigne que ce problème existe même à l’échelle des médias étudiants : lorsque ceux-ci obtiennent de « couvrir » un festival, ils seront moins facilement critiques à l’égard de la programmation.

 

Même la protection des sources, droit fondamental du journaliste, pose aujourd’hui problème. Cette situation, mis en lumière par l’affaire Dasquier, préoccupe grandement les journalistes. Ce journaliste, placé en garde à vue, avait subi de nombreuses pressions pour révéler ses sources suite à la publication de plusieurs articles sur des affaires relevant du secret-défense. Les menaces judiciaires qui pèsent sur les journalistes refusant de livrer leurs sources sont des « avertissements » du gouvernement aux rédacteurs trop dérangeants.

 

La situation n’est cependant pas totalement alarmante. La vitalité de médias continuant de critiquer les médias, comme AcrimedAcrimed ou Plan BPlan B, en est la preuve. Augustin Scalbert souligne cependant la vision très « idéologiques » de ces organismes…
Certaines rédactions sont parvenues à préserver leur indépendance vis-à-vis des actionnaires, des régies publicitaire ou même du pouvoir politique.

 

Qu’en est-il de l’indépendance de la presse chez nos voisins ?
En Italie, la situation sous Berlusconi était bien pire qu’en France, et tout le monde s’en moquait. 
Au Royaume-Uni, le service public (radio et TV) domine les parts de marché. En revanche, il existe beaucoup plus de Watchdogs, des groupes citoyens surveillent la qualité de l’information.
En Allemagne, il existe de très grands groupes médiatiques, mais l’indépendance de la rédaction est inscrite dans la loi, faisant peser la responsabilité sur le rédacteur en chef. Cette mesure est d’ailleurs demandée en France par les sociétés de journalistes et l’intersyndicale des journalistes.

 

En conclusion, Augustin Scalbert souligne que le problème central est l’absence de prise de conscience de phénomène par le public auquel s’adressent ces médias.

Chloé Vigneau propose de s’interroger sur les liens existants entre marketing et communication.

La communication influe sur les médias par deux biais, qui sont liés, mais n’ont pas les mêmes finalités :
L’un des objectifs de la communication est d’intégrer la publicité dans l’éditorial
Les marques ont de plus en plus d’influence sur les médias.

Les médias étudiants peuvent être confrontés à ces deux phénomènes, par le biais des accréditations et de leurs relations avec les communicants. De plus, les médias étudiants effectuent souvent leur propre communication.

 

Comment faire connaître son média ?


Le but de cette « comunication » est non seulement de faire entendre sa voix, mais également d’ouvrir le débat en faiant connaître d’autres types de médias.

 

Internet ouvre de nombreuses pistes :
complémentarité avec le support papier
faible coût comparé au support papier
importance de la mise en relation avec son public

 

Est-il pertinent d’utiliser les plateformes communautaires sur Internet ?

Cela permet de toucher beaucoup de personnes rapidement, cependant il faut garder un regard critique sur ces plateformes, qui sont avant tout animées par des motivations commerciales et utilisent parfois des procédés « borderline » (cf. Facebook et son projet de publicités ciblées).

 

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