Envie d’un zest d’éthique dans vos placards ? L’association Les Ptit’libellules lance une collection féminine en partenariat avec des artisans du coton burkinabé. Récit de deux ans de réflexions et de créations qui aboutiront, au mois d’avril, sur un défilé en couleur et en valeur.

 

2005. Le cours du coton s’écroule et, du même coup, les finances du Burkina : près de 61 millions d’euros perdus pour ce petit pays d’Afrique de l’Ouest dont 60 % des recettes proviennent du commerce de cet « or blanc ». Cette même année, Gleda Nzalankazi découvre le Burkina où elle est venue rendre visite à sa famille. « C’était étrange de se retrouver dans un pays inconnu, mais qui semblait si familier, où chaque odeur, chaque son vous donne l’impression d’être chez vous. » En arpentant les rues de Ouagadougou, elle découvre aussi ces petits artisans qui travaillent le coton et que la crise menace. De ce coup de cœur et de cette prise de conscience naissent un projet : celui de créer une collection de vêtements colorés en coton burkinabé. L’objectif ? « Promouvoir ce tissu auprès des créateurs français et sensibiliser les populations, aussi bien ici que là-bas, par le lien du vêtement qui serait plus qu’un simple produit de consommation. » Mais également contourner les filières classiques pour proposer des prix plus avantageux aux artisans locaux.

 

 

Le temps de la réflexion.

 

De retour à Bordeaux, où elle poursuit ses études, Gleda propose à ses connaissances et amies qui ont elles-mêmes suivi des études en animation, en graphisme, en stylisme ou en commerce de monter ce projet. De l’engouement et de l’union des savoirs faire de Charlene Drouet, Julie Taris, Aude Durand-Gasselin et Marion Parent naissent les Ptit’libellules. L’équipe prend le temps de mûrir le projet. « Il fallait que chacune s’approprie cette aventure, qu’elles comprennent pourquoi elles se lançaient et avec quels objectifs. Pour des motifs et à des moments différents, on a toutes eu le déclic. »
Cette année de réflexion va également être l’occasion de découvrir les difficultés inhérentes à leur projet. Décidées à adopter une démarche de commerce équitable, elles s’aperçoivent que le réseau est, dans ce domaine, quasi inexistant. Plusieurs problématiques d’envergures internationales vont dès lors se poser : Comment exporter à bas prix les vêtements ? Comment contourner les filières de coton OGM ? Avec qui travailler et comment tisser un réseau de confiance ? Comment mettre en place une filière de fabrication sans ressembler à une usine ? Autant de questions complexes pour lesquelles les solutions tardent à venir, « même si des perspectives de résolutions sont esquissées ».
Soucieuses de ne pas léser leurs partenaires locaux, elles s’interrogent également sur la nature des liens à nouer. « Ça n’est pas tout de les payer plus cher. Il faut également pouvoir leur proposer un système qui leur permette de changer durablement leur situation. »

 

En février 2006, les Ptit’libellules deviennent officiellement une association. « On s’est rendu compte que ce statut juridique nous permettrait de mettre en place la marque Les ptit’lib et de s’insérer dans un réseau de créateurs et d’artisans en vue de consolider une éventuelle filière de coton biologique. » Il leur permet aussi de se tourner vers les réseaux d’associations étudiantes, « même si au début l’image nous faisait assez peur. » À travers Étudiants et développement et Animafac. Elles rencontrent également des associations œuvrant sur les mêmes thématiques, comme Cool’eurs du monde.
Elles découvrent aussi l’opportunité d’accueillir un volontaire civil, Charlène, déjà membre des Ptit’libellules : l’occasion de se doter d’une présence à plein temps pour coordonner et développer les projets de l’association.

 

Le temps de la création.

 

La logique de réseau, les Ptit’libellules vont également la rechercher auprès des professionnels. « On a contacté des entrepreneurs qui, comme nous, avaient lancé des collections de vêtements en partenariat avec des pays du Sud. On a obtenu un entretien avec Pierre Adam d’ a-freak-a sur Bayonne, et nous développons aujourd’hui des projets ensemble, comme le défilé que nous préparons à Barcelone, en avril. »
Une volonté de travailler avec les artisans du « commerce équitable » qui ne les empêche pas de se montrer critiques face à certaines pratiques.«  Le commerce équitable tel qu’il existe actuellement nous semble très discutable. Lorsqu’une entreprise propose de payer mieux les producteurs de café, elle incite les petits paysans à laisser tomber les cultures traditionnelles afin de se lancer dans cette activité. Cela équivaut, finalement, à uniformiser les pratiques agricoles. »

 

Les valeurs et la logistique en place, l’association peut enfin rencontrer ses éventuels partenaires. Grâce aux subventions obtenues par le biais de la DRDJS, Gleda et Marion se rendent au Burkina en Décembre 2007, le sac rempli de prototypes de modèles réalisés par Aude et d’accessoires confectionnés par Charlène et Julie. Sur place, elles achètent coton et perles et font façonner une cinquantaine de pièces : robes bustiers, débardeurs fantaisie, bijoux… Une première présentation des modèles au public aura lieu en Mars 2008. Celles qui le souhaitent pourront y choisir des modèles parmi les trois styles proposés « Mademoiselle », « Jeune femme », « Madame » et passer commande.

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