Les anciens étudiants de votre filière sont les personnes les plus à même de vous venir en aide dans la mesure où vous avez quelque chose en commun. Comment mobiliser ces personnes ? Quelles dynamiques collectives doivent être implantées ?

Intervenants :
– François Favard et Olivier Crépin d’Urba +
– Baptiste Hamel, association Rouages
– Jonathan Nouchi, association des Anciens Elèves de l’IPAG
– Alexandre Vergnaud, Origin’eau

Animation : Miloud Assri

Le réseau des anciens de l’IPAG
Une association d’anciens élèves a pour vocation de générer un fichier, un annuaire regroupant les coordonnées, informations et contacts d’anciens de l’école. La création et le maintien d’un tel fichier est un processus délicat, car il faut que les gens qui y figurent aient confiance.

Pour obtenir cette confiance, lorsque l’on contacte une personne, il faut :
– faire appel à la notion d’appartenance
– bien expliquer les limites fixées dans l’utilisation des données figurant dans l’annuaire
– préciser l’utilité qu’il y a à figurer dans l’annuaire et à rejoindre le réseau d’anciens.

Le souci directeur lorsque l’on contacte une personne doit être de la convaincre de donner des informations et non pas de chercher à les lui extorquer.
Pour la prise de contact, le téléphone est la méthode la plus utile pour trouver des gens. Il faut pouvoir s’appuyer sur quelqu’un disposant de temps et prêt à en donner, que l’on a doté d’un discours bien rôdé. Lorsque l’on a réussi a retrouver certains anciens, il est ensuite possible de s’appuyer sur les plus intéressés pour remonter vers leur propre réseau de personnes avec qui ils ont gardé contact, en gardant cependant à l’esprit que ces anciens ont déjà un élément fédérateur entre eux.
Il est en effet important, pour convaincre quelqu’un de rejoindre le réseau d’anciens, de fédérer, ce qui est difficile, car les gens appartiennent à plusieurs univers. Il faut donc être à même de proposer un événement qui puisse toucher tout le monde. Pour créer un sentiment d’appartenance qui donnera envie de rejoindre le réseau et d’y rester, il faut veiller à apporter à chacun des avantages et une offre de services solides, en fonction de son profil.
Lorsqu’on fait appel au sentiment d’appartenance, il faut cependant veiller à bien distinguer l’identité de l’association de celle de l’école. En effet, certaines personnes sont plus attachées à une autre formation qu’ils auraient suivi après l’école tandis que d’autres cherchent à se détacher de leur passé étudiant. C’est aussi une manière de bien préciser l’objet de l’association et de ne pas générer de faux espoirs auprès d’anciens qui souhaiteraient retrouver des camarades de promotion. L’association d’anciens élèves n’est pas une association scolaire mais une association professionnelle. À un moment, lorsqu’on se retrouve bloqué, on a besoin de se retourner vers un groupe qui partage nos préoccupations et c’est ce que peut offrir une association d’anciens. Son rôle est en quelque sorte de faire du « SAV post-formation ». Mais il faut veiller à ne pas tomber dans le travers de devenir une association de recherche d’emploi.
Pour créer un sentiment d’appartenance, l’organisation d’événements est importante. Ce sentiment peut se créer auprès de l’étudiant, dès sa première année à l’école, par exemple en proposant un petit-déjeuner avec les élèves où viennent les « stars » des anciens, ceux qui ont le mieux réussi, pour donner des conseils sur les études. Cela renforce le lien affectif de l’étudiant à son école, où il vient d’entrer avec l’espoir d’obtenir le diplôme qui lui permettra de décrocher un poste rêvé.

Urba +, Olivier Crépin
Créée en 1995, l’association Urba + est l’association des étudiants et des diplômés de l’Institut d’urbanisme de Paris, qui existe depuis 90 ans et est rattaché à Paris-XII depuis 1972, tout en restant autonome : l’institut n’est ni un UFR ni une « grande école ». La notion d’institut est structurante et représente un atout indéniable pour créer le sentiment d’appartenance. L’institut agrège des étudiants qui ont des profils et des formations initiales très variés, et qui pour certains disposent déjà de sous-réseaux (réseaux d’architectes, réseaux d’ingénieurs). L’association permet le passage de flambeau entre les étudiants et les anciens. Une association qui peut faire du conseil, du placement et du relais est utile, car l’encadrement à l’institut n’est pas encore aussi fort que dans les grandes écoles.
Urba + organise une palette d’événements concernant l’urbanisme, pour permettre de créer du lien : colloques, débats, forums des métiers, safaris urbains, … Elle cherche aussi à effectuer un travail de valorisation des doctorants et de l’expertise qu’apporte la recherche et a mis en place une veille stratégique sur le placement des étudiants avec une cellule stage-emploi.
La profession d’urbaniste n’est pas structurée et ne dispose pas d’un code NAF (Nomenclature d’activités françaises) à l’INSEE. Autrement dit, elle n’entre pas dans les grilles de lecture du service public de l’emploi ; c’est une profession ouverte, dispersée sur plusieurs métiers. Dans ce contexte, un annuaire est un outil d’autant plus précieux, qui se présente comme un véritable répertoire de compétences.
François Favard
Les membres d’Urba + ont décidé en 2004 de faire un nouvel annuaire, pour remplacer le précédent annuaire papier qui datait de 2001. À cette époque, le premier objectif était cependant de relancer l’association qui était alors en perte de vitesse. La sortie, en octobre 2008, de la seconde version de l’annuaire a été en quelque sorte la consécration de ce travail de relance. Le gros du travail a été de partir de la liste des diplômés et de la base de données de
l’association pour récupérer tous les fichiers pouvant servir de base pour retrouver les anciens. Ce travail a permis d’établir une liste de 2 700 noms (750 noms figurent au final dans le dictionnaire).
En même temps que ce travail d’établissement des noms était mené, il fallait également réfléchir à la finalité visée par cet annuaire. Trois objectifs se sont dégagés :
– permettre à un ancien de retrouver un camarade de promotion
– pouvoir chercher des profils professionnels, par compétences, structures, zones géographiques, pour permettre par exemple des échanges d’expérience
– faire une veille des métiers de l’urbanisme.

Avec tous ces objectifs se profilait la volonté d’apporter une contribution à un effort national : l’annuaire a permis ainsi la définition des sept principaux domaines d’intervention des métiers de l’urbanisme. En tant que tel, il est également utile à l’institut, car il peut constituer un appui pour la réflexion sur la constitution des masters. L’annuaire est disponible sur Internet et a été réalisé par un prestataire. Urba + a écrit le cahier des charges, établi les critères de recherche et les objectifs. Outre la recherche par critères, il propose un outil statistique ainsi qu’une bourse à l’emploi où des diplômés peuvent déposer, au nom de leur entreprise, des offres d’emploi et de stage. Il est réservé aux seuls diplômés de l’institut ; les étudiants y ont un statut de visiteur.
Concernant la temporalité de son élaboration, il a fallu deux ans pour reconstituer le fichier, six mois pour rédiger le cahier des charges et quatre mois pour le mettre en place.

Origin’eau
Origin’eau est l’association des anciens du BTS « Gestion et maîtrise de l’eau » du LEGTA Georges Desclaudes de Saintes. Ce BTS s’inscrit dans la filière agricole, où le sentiment d’appartenance est très important. L’association remonte à la première promotion et propose un annuaire des anciens qui recense l’état civil, mais aussi les parcours professionnels et les compétences ; annuaire qu’elle peine cependant à actualiser. L’association propose également un forum des métiers, qu’elle organise en se basant sur l’annuaire, au cours duquel des personnes viennent présenter leur travail et leurs structures.

Données utiles à propos des associations d’anciens:

• Penser à la problématique de régionalité : lorsque l’on commence à se créer un bon réseau, il peut être utile de trouver des correspondants par région, qui peuvent rassembler et gérer des événements locaux .
• Peut-on vendre l’annuaire à des personnes extérieures ? L’association des anciens de l’IPAG vend l’annuaire à l’école, mais aussi à des chasseurs de têtes et à des cabinets de recrutement. Il est nécessaire pour cela d’en informer au préalable les personnes qui y figurent. L’association reste cependant propriétaire des fichiers et, sur ce point, il faut faire attention aux réseaux sociaux professionnels type Viadeo ou LinkedIn qui veulent récupérer les fichiers et en devenir propriétaire.
• Il n’est pas impossible d’insérer de la publicité dans les annuaires, en faisant appel pour cela à des « anciens affectifs ».
• Une newsletter peut être un outil de valorisation de l’association et de l’annuaire : elle aurait pour mission de présenter l’intérêt de garder des liens, en montrant par exemple des cas de personnes à qui le réseau a servi.
• Lorsque l’on commence un annuaire et une banque de données, il n’est pas inutile d’élargir les prises de contacts au-delà des anciens élèves, pour y inclure : les élèves venus dans le cadre d’échanges ; les tuteurs, maîtres de stage et professeurs qui ont également à un moment un vécu lié à l’école.
• Il est très important de former les étudiants à l’utilisation de l’annuaire pour éviter que ceux-ci s’en servent comme un répertoire d’adresses indifférenciées à
destination desquelles envoyer une lettre-type de demande de stage : ceci ne leur servirait à rien et risquerait de provoquer l’agacement, et donc le départ, d’anciens en situation professionnelle.
• Pour maintenir à jour l’annuaire, il est extrêmement important d’envoyer au moins une fois par an, de préférence tous les six mois, un courrier à toutes les personnes inscrites pour leur demander si des changements sont à signaler dans leur parcours. Pour cela, il est également utile de garder l’adresse des parents, qui est en général plus stable.
• Constituer un annuaire comme un simple listing ne suffit pas : il faut réfléchir à la finalité qu’on veut lui accorder et prendre en compte son utilité sociale.
• Il faut garder à l’esprit qu’un réseau d’anciens a une vocation solidaire. Aussi est-il intéressant, quand on appelle des gens, de leur demander ce en quoi ils pourraient éventuellement être utiles, en vue d’identifier ce que chacun peut et est prêt à apporter aux autres, pour constituer un répertoire de numéros ressources utiles. Cette constitution de référents peut être utile aussi bien pour apporter de l’aide à destination d’une personne sur un problème précis que pour l’organisation d’événements.
• Si l’association se fixe comme objectif l’insertion professionnelle, il est important de faire une veille sur les métiers exercés par les anciens et sur les débouchés de la formation. En se constituant des référents sur des sujets précis, l’association peut aider à faire se rencontrer des gens sur des enjeux de formation ou organiser des événements d’information à destination des étudiants sur la connaissance des métiers.
• Il est important de réfléchir à la finalité du réseau et le faire évoluer en fonction des personnes et des problèmes qu’elles rencontrent. L’objectif premier d’un réseau d’anciens est d’aider et dans cette perspective il faut être capable d’identifier les désirs et les attentes de chacun, les manières d’y répondre et ce que chacun peut apporter, bref d’identifier les problèmes rencontrés par chacun, les solutions et les groupes porteurs de solution.

Soyons sociaux
Réagir c'est agir