Dépassé ? Ringard ? Dangereux ? Le féminisme a, depuis ses débuts, subi de si nombreuses critiques qu’il reste aujourd’hui de mauvais ton de se proclamer féministe. Présentées comme pourfendant un nouvel ordre moral, incarné par le retour d’une censure implicite, les féministes attiseraient la guerre des sexes et entraveraient la liberté de tous et toutes.

 


Etonnant d’ailleurs qu’elles se battent encore, puisque les femmes auraient déjà tout acquis : droit à l’avortement, contraception, parité en politique…

 

Pourtant, sur de nombreux sujets, le féminisme souffre avant tout d’un défaut de compréhension. Il en est ainsi de sujets tels que la pornographie, la prostitution ou le sexisme au quotidien.

 

Alors que nous défendons le droit des prostituées qui sont avant tout victimes d’un système, nous sommes présentées comme entravant la liberté individuelle de chaque client et de chaque prostituée (mais quelle liberté ? quels autres choix ?).

 

Alors que nous prônons des films pornos respectueux des femmes, et non pas l’interdiction du porno, nous sommes accusées de vouloir rétablir un ordre moral réactionnaire.

 

Alors que nous avons marre du sexisme de tous les jours, dans le langage, l’humour, les remarques de rue, au travail, dans nos études, dans les jouets, dans les livres pour enfants, dans la publicité, dans les médias en général, on nous dit que ce sont des détails, et qu’il y a quand même plus important…mais regardez donc le sort des femmes en Afrique ou au Maghreb…

 

Voilà ce que l’on nous ressasse à chaque fois ! On nous met dans le même sac que les vrais réactionnaires, afin de décrédibiliser notre message, alors que si nos conclusions se rapprochent parfois, ce ne sont jamais pour les mêmes raisons, jamais au nom d’une bien pensance hypocrite et d’un conservatisme ravageur !

 

Sauf que ce que l’on oublie, c’est que c’est la liberté qui est justement à la racine du féminisme. De la même façon que l’on impose un modèle, des normes, des rôles, aux femmes, on en impose aux hommes. Evidemment, de façon bien plus subtile et implicite qu’auparavant, mais de façon tout aussi efficace et insidieuse, les modèles sont intériorisées au point de ne plus apparaître comme tels.

 

Le modèle féminin qu’on nous propose : douce et maternelle, effacée, irrationnelle (la légendaire  » intuition féminine « …), longue chevelure, sensible, instit c’est pas mal…
Le modèle masculin qu’on nous propose : musclé, poilu, cachant ses sentiment, les pieds sur terre, ingénieur c’est pas mal…

 

Ces différences et ces clichés se déclinent dans tous les domaines : scolaire, professionnel, amoureux…et s’imposent aux femmes comme aux hommes. Ces normes ferment les choix de vie des unes et des autres par les pressions, très souvent implicites, qui les accompagnent.

 

Ce qui nous pousse donc aujourd’hui à militer, ce n’est pas la volonté d’un ordre nouveau, mais l’absolue liberté dont chaque individu-e a besoin pour s’épanouir et se développer. Nous prônons l’indifférenciation des modèles, non pas l’enfermement des uns et unes dans des schémas, quel qu’ils soient.

 

C’est bien en cela que le féminisme est toujours une lutte d’avant garde, de libération et d’émancipation.


Cécile Diguet est membre de l’association Les Sciences Potiches se rebellent

 

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