L’Europe a dit oui du bout des lèvres aux biotechnologies, par la directive du 12 avril qui autorise la production d’organismes génétiquement modifiés, tout en renforçant les contrôles au nom du « principe de précaution ». Bilan des idées reçues et de celles qui avancent.

Les organismes génétiquement modifiés existent sur le marché depuis le début des années 80. Les pouvoirs publics ont donc été amenés à se prononcer sur les risques liés à l’émergence de ces produits totalement nouveaux tant au niveau de leur mise au point, par le moyen du génie génétique, qu’en ce qui concerne leur utilité. La dissémination de ces produits soulève un certain nombre de problèmes.

Du point de vue du consommateur, quels sont risques potentiels en matière de santé, d’un point de vue écologique, quel impact peuvent ils avoir sur notre environnement et sur les espèces sauvages ? Enfin, au niveau économique, la commercialisation des OGM, en modifiant les modes de production, ne va t’elle pas créer une agriculture à deux vitesses ? L’opinion publique s’est dans un premier temps peu préoccupée de l’apparition des OGM, du fait, d’une part, de la faible visibilité du thème dans les grands médias, d’autre part de l’absence de résultats scientifiques alarmants.

Le problème rencontré dans l’analyse de cette situation inédite s’explique par les divisions profondes de la communauté scientifique, à l’époque incapable d’évaluer globalement les dangers potentiels liés à la consommation d’OGM. En effet, aujourd’hui encore il n’existe ni démonstration scientifique définitive des risques qu’encoure le consommateur ni preuve de leur inocuité. Et par conséquent, les gouvernants ne peuvent que mettre en place une réglementation basée sur le « principe de précaution » mais dont l’application peine à se concrétiser.

La loi sur l’utilisation et la dissémination des OGM de 1992 n’apportait qu’une réponse provisoire aux interrogations et aux attentes de l’opinion publique. Basée sur des expertises scientifiques affirmant l’absence de risque sans pour autant être capable de la démontrer, la loi se contentait de fixer un cadre général par rapport à la notion de responsabilité et réglementait la mise en place des programmes de recherche.

En 1994, se tenait à Paris un colloque sur la dissémination des OGM rassemblant l’ensemble des acteurs de ce domaine (scientifiques, industriels, juristes et politiques), et là encore l’absence de clarté des experts n’a pas permis d’envisager une appréciation totale des OGM, alors que parallèlement l’Union Européenne préconisait un allégement des contrôles. Il faudra attendre 1996, pour qu’enfin un certain nombre de scientifiques internationaux prennent clairement position.

Cet appel à l’instauration d’un moratoire sur la dissémination des OGM insistait sur la probabilité non négligeable de risques en matière d’environnement et de santé, disparition d’espèces, effets cancérigènes, allergogènes… Pour des raisons économiques, ce moratoire n’a pas été accepté au niveau international, et n’a été appliqué, en ce qui concerne la mise en culture puis sur le marché de nouveaux OGM, que dans cinq états de l’union européenne, de juin 1999 (Danemark, France, Grèce, Italie Luxembourg) au 12 avril 2000, date de la récente directive autorisant la dissémination. Les négociations internationales sur les échanges commerciaux ont par la suite démontré les visions radicalement opposées des consommateurs face aux grandes multinationales.

La réaction de la société civile par la mobilisation d’associations comme ATTAC sur ces problèmes économiques a permis une véritable prise de conscience de l’opinion publique. Les citoyens ont pu s’emparer de cette question de société, intervenir dans le débat par le biais du web, se procurer, par exemple, la liste des produits contenant des OGM, appeler à leur boycott.

Seattle a montré le poids croissant des réseaux d’ONG et par cet intermédiaire l’influence grandissante de la société civile dans la prise de décision. Un constat particulièrement encourageant à une époque où on insiste plutôt sur l’individualisme et la défense des interêts particuliers.

La place des OGM dans la vie courante reste encore aujourd’hui en suspens, ce débat devant être abordé sereinement et non envisagé sur un mode catastrophiste, sans refuser de voir les bénéfices réels (autres que financiers…) que pourraient porter les OGM, notamment pour le développement des ressources agricoles dans les pays du Sud.

Mélanie Le Torrec (secrétaire générale de l’association Ar Vuez).

 

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