Souhaitant montrer sa fermeté devant les phénomènes migratoires, le premier ministre a récemment annoncé des mesures restrictives visant la mobilité internationale étudiante. Dans la foulée, le président de l’UMP a surenchéri : « nous ne voulons plus de ceux dont on ne veut nulle par ailleurs dans le monde ». Tandis que le monde glose sur la société de la connaissance et de l’innovation, sur l’avantage à faciliter la circulation des idées, des personnes et des biens, tandis que l’université montre depuis des siècles qu’elle n’est jamais plus productive et intéressante que largement ouverte au monde, l’ethnocentrisme frileux qui sévit en France menace de nouveaux dégâts.

Entendons-nous bien. Le gouvernement du pays qui nous accueille a bien le droit – le devoir – de se fixer à l’action publique des objectifs, notamment en matière d’accueil d’étudiants étrangers. En développant la mobilité universitaire, la France contribue à stimuler son enseignement supérieur et sa recherche, à faire rayonner sa culture et son économie, à familiariser aux échanges avec lui des (futurs) cadres provenant de telle ou telle région du globe. Il est légitime d’évaluer ce qui est particulièrement prioritaire parmi ces finalités. Mais, à notre connaissance, personne n’a jamais remis en cause la centralité des enjeux scientifiques.

Dès lors, pourquoi ajouter une procédure sélective à celles en vigueur. Pour s’inscrire dans une université française, un étudiant étranger doit aujourd’hui déjà être choisi par elle. On sait combien est long, difficile, parfois humiliant, un processus qui commence près d’une année à l’avance, débute auprès de postes diplomatiques pas toujours bien informés et disponibles, se poursuit par l’examen académique du dossier, puis, à l’arrivée en France, par une installation qui doit plus à la débrouillardise des jeunes qu’à des services systématiquement débordés, et l’obtention d’une carte de séjour dans des préfectures dont certains discours politiques encouragent la dureté souvent jusqu’à l’excès.

Voilà quelques mois, le gouvernement a ajouté à ce cheminement pénible une nouvelle étape pour les étudiants de cinq pays dont la Chine ou le Maroc. Voilà qu’un nouveau test – payant – s’ajoute, qui séduit surtout l’entreprise qui, sans le moindre appel d’offre a reçu mission de l’organiser. Et voilà que, lors d’une conférence de presse, le premier ministre annonce la généralisation de cette expérience qui, contestée dès l’origine, n’a pas encore été évaluée.

Pour nous, c’est clair, c’est aux établissements d’enseignement supérieur et à eux seuls de conduire la politique de mobilité académique. C’est à eux que revient la mission de piloter la réalisation d’objectifs négociés naturellement avec l’état, voire avec d’autres partenaires comme les collectivités locales. Ce sont eux qui sont légitimes pour juger si un étudiant est apte à poursuivre chez eux son parcours de formation. On peut estimer les universités en difficulté pour se gérer dans l’autonomie. Mais la réponse à leur sous-financement et aux limites de leur modèle d’organisation passe t-elle par le dépeçage de leurs prérogatives ?

Un dernier mot à propos d’autonomie. Les quelques progrès enregistrés pour l’accueil des étudiants étrangers doivent presque tout à des dynamiques locales qui, à Grenoble, Lyon, Strasbourg, Nantes ou Paris, ont rassemblé l’ensemble des intéressés, jusqu’aux associations étudiantes si utiles pour réassurer des étudiants isolés, pour mettre en place une véritable « chaîne de l’accueil », articulant tous les sujets. Des « coups de menton » trop brutaux peuvent, du jour au lendemain, déstabiliser ces avancées aussi remarquables qu’utiles. Il serait bien dommage que la législature qui a permis d’inscrire dans la constitution que la république française valorisait sa décentralisation, oublie ce principe en raison d’un volontarisme maladroit.


En savoir plus sur les nouvelles mesures de sélection des étudiants étrangers :
– Le site du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche : http://www.education.gouv.fr
– Le site du Sénat http://www.senat.fr/rap/r04-446/r04…
– Le site de Radio France International : http://rfi.fr/actufr/articles/067/a…

 

 

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