Fondée en 2006 au cœur de l’université Paris VI, l’association P6LS livre un dur combat : former les futurs professionnels de la santé (médecins, orthophonistes, psychomotriciens) à la Langue des Signes afin de garantir un accès optimal aux soins aux personnes sourdes et ainsi lutter contre leur isolement.

 

Pédagogie, transmission, information, la démarche de P6LS s’articule autour de formations. Environ 180 personnes sont initiées à la langue des signes française (LSF) au cours d’un programme sur 15 semaines. Assurées par des professeurs de l’association École Française de Langue des Signes (EFLS) et des professeurs indépendants, des formations sont dispensées aux étudiants en médecine, en psychomotricité ainsi qu’en orthophonie. Si ces derniers constituent un public acquis à la cause de P6LS, les étudiants en médecine semblent se désintéresser de ces modules par manque de temps, de motivation.  Leur participation constitue pourtant un enjeu central de cette démarche. « Il y a très peu de personnels soignants pratiquant la langue des signes. Sans ce mode de communication, un patient sourd ne peut pas décrire précisément ses symptômes. C’est un problème d’accueil et de compréhension », affirme Mélisande Le Corre, présidente de P6LS. Elle prévient également du danger de voir disparaître les quelques médecins pratiquant la LSF. « Chez les généralistes, il existe quelques exemples de praticiens signants mais cela reste très rare chez les spécialistes. Cela rend l’accès aux soins pour les sourds vraiment très compliqué. Ce nombre tend à stagner et les professionnels de santé signants appartiennent à une génération qui approche de la retraite. Une tendance qui pose clairement le problème du renouvellement des praticiens. » Forte d’une action reconnue par les professionnels, l’association P6LS a conclu un partenariat avec le service d’accueil pour sourds de la Pitié Salpêtrière. Un accord important, tant le nombre de cellules de ce genre est réduit et les besoins de formations croissants. « Il n’existe qu’une quinzaine de centres d’accueils de ce type sur tout le territoire. Le chef du service a d’ailleurs très bien accueilli le projet et reste persuadé que nous aurons besoin d’un nombre beaucoup plus important de médecins pratiquants. Ses collègues sont d’ailleurs unanimes et affirment qu’il faut, dès à présent, préparer l’avenir sur ce point ».

 

 

Au delà de l’action de P6LS, sa présidente dresse un constat alarmant quant à l’action des pouvoirs publics dans ce domaine. « Au niveau de la surdité, rien n’est fait. Le problème de la surdité, c’est qu’il s’agit d’un handicap qui ne se voit pas. Très peu de monde saura quoi répondre si l’on demande quels aménagements peuvent être faits dans ce domaine. Si vous n’avez pas de sourd dans votre entourage, cela sera compliqué. » Petite structure, l’association se débrouille seule pour mener à bien son projet. « Nous n’avons aucun lien avec les ministères concernés, qu’il s’agisse de la santé, de la jeunesse et des sports ou de l’enseignement supérieur, si ce ne sont des subventions du Fond de Solidarité Des Initiatives Etudiantes. Nous sommes effectivement contactés. Les gens se penchent sur ce que l’on fait. Mais ça s’arrête là. » La nécessité de pédagogie ne saurait s’arrêter à l’enceinte de la faculté de médecine. Ainsi, la mobilisation doit également se porter dans l’opinion publique pour balayer les préjugés. « Il y a une foule d’idées préconçues auxquelles il faut absolument renoncer. Le premier point serait d’expliquer ce qu’est la surdité. Expliquer qu’un sourd n’est pas muet. Ce que cela entraîne au quotidien. Les métiers que les sourds peuvent faire , ceux qui nécessitent un aménagement et ceux qu’ils ne peuvent pas faire », selon Mélisande. « Des médias frileux et hésitant à parler de la cause des sourds devraient, eux aussi, prendre leurs responsabilités », affirme t-elle.

 

Promouvoir l’échange et le contact avec les sourds, faire prendre conscience aux entendants qu’une communauté dynamique existe… Si la sensibilisation, l’apprentissage et l’information sont ses principaux domaines d’action, P6LS est également animée d’un élan culturel. .« L’association tente d’ouvrir les étudiants signants à un monde et une culture propres aux sourds. La LSF est une langue vivante et nous proposons tout un volet d’activités dans lequel nous organisons des rencontres, nous leur proposons de participer à des conférences, des spectacles. Comprendre que l’on peut utiliser cette langue dans un contexte extra universitaire. C’est une ouverture sur le monde et sur une culture à part entière »

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