Il y a 38 ans, New-York accueillait la première Gay Pride. Depuis cette date, les droits des homosexuels ont considérablement progressé, les mentalités évolué. Quels combats reste-t-il à mener en 2008 ? Quelles actions sont mises en oeuvre par les associations étudiantes Lesbiennes, Gay, Bi et Trans (LGBT) pour permettre à leurs pairs de mieux vivre leur homosexualité ? Quelques réponses avant de retrouver l’agenda des défilés qui se dérouleront dans 15 villes de France jusqu’au 15 juillet…

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Depuis sa première édition aux États-Unis en 1970 et en France en 1977, la Gay Pride a accompagné la progression des droits des homosexuels et l’évolution des mentalités. Récit de 38 ans de Marches pour la fierté…

 

Homosexuel(le)s, transexuels, travestis, hétérosexuels revendiquant le droit de chacun à choisir ses orientations sexuelles ou simples fêtards… Cette année encore, ils seront des millions à défiler, dans une quinzaine de villes de France et un peu partout dans le monde, sous la bannière arc-en-ciel. 38 ans après sa première édition, aux États-Unis, la Gay Pride est devenue une institution.

Une institution qui prend sa source une nuit de juin 1969, quand la police new-yorkaise opère une descente musclée dans les bars gays de Greenwich Village. Rien d’exceptionnel pour l’époque. Cette fois pourtant, les clients du Sotnewall Inn, un établissement de Christophe street, vont se rebeller. Les affrontements avec la police dureront trois jours. C’est en mémoire du « Christophe street day » qu’est organisée, l’année suivante, la première manifestation homosexuelle. Devenue le symbole de la volonté des homosexuels d’afficher et de revendiquer leurs orientations sexuelles, la « Gay Pride » va s’exporter un peu partout dans le monde.

 

Vers la dépénalisation de l’homosexualité.

 

En France, l’acte de naissance des mouvements militants homosexuels remonte à mars 1971 : un groupe débarque dans les studios de RTL pour interrompre une émission de radio dont le titre reflète bien la mentalité ambiante, « L’homosexualité, ce douloureux problème »... À l’époque, afficher des préférences pour des membres du même sexe est encore pénalement condamnable. Depuis juillet 1960, l’amendement Mirguet donne même au gouvernement le droit de légiférer par décret pour combattre ce « fléau social ».

Quelques semaines après l’irruption dans les locaux de RTL, est crée le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR). Ils appellent leurs pairs à manifester, le 1er mai, aux côtés des syndicats. Une action qui sera reconduite pendant cinq ans, malgré les réticences affichées des représentants des travailleurs français. Le premier défilé indépendant est organisé en 1977 : près de 1000 personnes marchent entre la place de la République et la place des Fêtes.

En 1981, à la veille des élections qui vont amener François Mitterrand à la présidence, ce sont 10 000 gays, lesbiennes et sympathisants qui participent à la Marche, désormais annuelle, organisée par le CUARH (Comité d’urgence anti-repression homosexuelle). Le futur président de la République profite de l’occasion pour s’engager à dépénaliser l’homosexualité s’il est élu. C’est chose faite en août 1981. Devant l’Assemblée Nationale, Robert Badinter déclare : « Cette discrimination et cette répression sont incompatibles avec les principes d’un grand pays de liberté comme le nôtre. Il n’est que temps de prendre conscience de tout ce que la France doit aux homosexuels… »

 

De la dépénalisation au PACS

Cette première victoire acquise, la mobilisation en faveur des droits des homosexuels retombe : les années 1980 verront le nombre de participants aux Gay Pride décroître d’année en année. En 1987, les propos de Jean-Marie Le Pen, qui propose l’ouverture de sidatorium pour les personnes séropositives, relance le mouvement. Au début des années 1990, le collectif Gay Pride est créé. Des défilés sont organisés en province et la marche prend de l’ampleur : 80 000 participants en 1995, 120 000 en 1996, 250 000 en 1997…

Une mobilisation qui débouche, en 1999, sur la mise en place du Pacte Civil de Solidarité (PACS) qui offre la possibilité, pour deux partenaires du même sexe, de voir leur couple reconnu devant la loi. Bien qu’il fasse considérablement évoluer les mentalités, le PACS laisse un goût amer, alors que la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas autorisent les homosexuels à passer devant M. le Maire.

En 2004, plus de deux tiers des Français se disent favorables au mariage homosexuel, près de la moitié pensent que gays et lesbiennes devraient être autorisés à adopter. En 2006, la Gay Pride bat des records de fréquentation : 800 000 participants à travers la France. Après une année 2008 qui aura vu la Cour de justice européenne condamner la France pour avoir refusé à une femme le droit d’adopter sous prétexte de son homosexualité, les Marches de la fierté qui se dérouleront jusqu’à début juillet pourraient-elles sonner le glas des dernières discriminations institutionnelles à l’égard des homosexuels ?

 

Pour connaître l’agenda des Gay pride 2008 : www.gaypride.fr

 

 

 

 

 

Interview d’Olivier Borel, trésorier de la fédération des associations étudiantes LGBT Moules-Frites et président du Moove.

 

Quel rôle ont joué les associations militantes dans la progression des droits des homosexuels et l’évolution des mentalités ?

L’action militante a permis de faire progresser les droits des homosexuels, ce qui a conduit à une évolution des mentalités. En 1981, la première Gay pride, qui rassemble près de 10 000 manifestants, incite le candidat à l’élection présidentielle, François Mitterrand à prendre position en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité. Quand il passe à l’acte, en août 1981, il est très en avance sur la société française, encore largement hostile aux homosexuels. On retrouve le même cas de figure, 18 ans plus tard, avec le PACS institué par le gouvernement Jospin sous la pression des associations de gays et lesbiennes. En 2000, les Français étaient à peine 50 % à être favorables au mariage des homosexuels. En 2006, ils étaient plus de 61 %… C’est une progression considérable ! En 2004, enfin, c’est la demande répétée des militants qui permet d’instaurer la pénalisation des propos homophobes et d’inciter la HALDE à inclure cette forme de discrimination dans son champ d’action. Cela n’a pas permis de résorber toutes les injustices, mais aujourd’hui quand un homosexuel est victime d’insultes, il a un recours pénal !

 

Pourquoi était-il important que des associations soient créées en milieu étudiant ?

Avec l’évolution des mœurs, la médiatisation des homosexuels s’est accélérée. Jusqu’aux années 1980, la seule image qu’on avait était celle de La Cage aux folles : pas de quoi inspirer un ado en questionnement ! Avec l’arrivée de personnages gays et lesbiennes à la télévision et au cinéma, les jeunes ont pu s’identifier de plus en plus tôt, découvrir plus vite leur homosexualité… et les insultes qui vont avec. C’est pourquoi il est devenu très vite indispensable, pour les jeunes LGBT, de créer des groupes d’auto-supports, de socialisation. Au départ, ces associations n’avaient qu’une vocation d’écoute et d’accueil. Ce n’est qu’au début des années 2000, avec la création de la fédération Moules-Frites que les associations ont commencé à vouloir mener des actions qui aillent au-delà de la convivialité. Aujourd’hui les jeunes sont plus actifs que leurs aînés en matière de lutte contre l’homophobie !

 

Pour la Gay Pride 2008, le Moove a choisi comme mot d’ordre  » Pour une éducation sans aucune discrimination « . C’est l’un des combats que vous souhaitez mener dans les années à venir ?

Les lieux d’éducation, qu’il s’agisse des établissements scolaires ou des lieux de socialisation extérieurs, restent encore très sujets aux préjugés homophobes. « Enculé », « PD » restent les insultes stars dans les cours de récréation. Il est donc nécessaire que les éducateurs soient sensibilisés et formés pour pouvoir entendre les victimes de ces insultes et réagir. Or les rectorats restent encore très hostiles aux interventions en milieu scolaire sur ce sujet. Depuis quelques années, nous tentons, par un travail de réseau et de lobbying, de faire évoluer les choses : l’association Couleur gay a gagné un procès contre le rectorat qui refusait de la laisser intervenir, quelques associations sont parvenues à se faire ouvrir les portes des établissements… Avec le Moove, nous avons mis en place une expérience de sensibilisation auprès des MJC qui pourrait être étendue à d’autres établissements. Ça avance… Doucement !

 

Qu’en est-il du droit au mariage et à l’adoption pour les homosexuels ? Est-ce un sujet sur lequel les associations étudiantes LGBT prennent position ?

Bien sûr… C’est la première fois en France que l’on se trouve dans une situation où l’évolution des mentalités précède les décisions législatives : plus de la moitié des Français sont favorables au mariage et à l’adoption, c’est le gouvernement en place qui fait barrage. Il est donc important que nous continuions à nous mobiliser autour de cette question. Pour la Journée Mondiale contre l’homophobie, le 17 mai dernier, nous avons édité des affiches représentant un couple homosexuel avec un bébé et la mention « Il paraît que les gays ne se reproduisent pas… » Cela peut paraître éloigné des préoccupations des étudiants, pourtant, l’interdiction de se marier et d’adopter reste la dernière discrimination légale à l’égard des homosexuels. Tant qu’elle persistera, toutes les actions que nous pourrons mener seront fatalement limitées…

 

En savoir plus :

www.moovelyon.net

www.moules-frites.org

Parce que certains considèrent encore qu’être homosexuel n’est pas  » tout à fait normal «  A jeu égal continue depuis 15 ans à soutenir les jeunes gays et lesbiennes. Une mission d’écoute à laquelle viennent s’ajouter des actions de sensibilisation du grand public. Leur but ? Pouvoir, un jour, être considérés comme des étudiants banals…

 

« On ne voit pas pourquoi on devrait se cacher ni avoir honte de ce que nous sommes. » Présidente d’À jeu égal, l’association LGBT des étudiants de l’université de Grenoble, Anne Barrabé en est convaincue : pour faire accepter l’homosexualité partout et par tous, les gays et lesbiennes doivent se faire plus visibles pour devenir des éléments banals du paysage quotidien. « Les gens qui n’ont pas l’habitude de côtoyer des homosexuels nous regardent comme des curiosités. »

 

Il y a 15 ans, c’est pour éviter ces regards trop lourds et souvent trop douloureux qu’À jeu égal est créée. « L’homosexualité était alors encore plus mal connue et acceptée qu’aujourd’hui. Des étudiants ont donc eu l’idée de fonder cette association, conçue comme un lieu d’écoute pour ceux qui se posaient des questions sur leur sexualité ou qui, tout simplement, voulaient passer un moment avec des gens qui ne les jugeaient pas, avec lesquels ils pouvaient rester eux-mêmes » explique Anne. Un rôle d’écoute qui reste le cœur d’action de l’association. Tous les jeudis soirs, les bénévoles, formés par des professionnels ou des anciens, assurent une permanence et reçoivent ceux qui ont besoin de se confier. Plus de 200 personnes passent chaque année dans les locaux d’À jeu égal, « pour la plupart homosexuels ou en questionnement, mais certains viennent aussi pour comprendre ce que vit un ami ou un membre de leur famille. »

 

Plus qu’une épaule réconfortante, À jeu égal se veut également un lieu de convivialité, « un point de chute pour ceux qui ne se sentent pas acceptés par leur famille ou par leurs proches et qui ont besoin de souffler. » Chaque semaine, les membres de l’association se retrouvent pour des sorties ludiques. L’occasion de discuter et d’échanger de manière plus informelle.


De l’écoute à la sensibilisation.

Au fil des années, À jeu égal a également souhaité porter ce message de tolérance et d’acceptation de soi au-delà de la communauté gay et lesbienne. Auprès des jeunes collégiens et lycéens d’abord, « qui n’entendent souvent que la voix de leurs parents, mais qui sont à un âge où l’on peut déconstruire ses préjugés. » Pour partir à la rencontre des adultes, jeunes et moins jeunes, l’association a également créé plusieurs outils permettant d’amener le quidam à aller au-delà de ses idées reçues. « Nous avons mis au point un questionnaire apportant des informations ou posant des questions, et qui nous permet d’aller à la rencontre des gens dans la rue. On leur explique, par exemple, que la communauté gay représente près de 10 % de la population ou que les jeunes homosexuels se suicident treize fois plus que leurs pairs hétérosexuels. » Une sensibilisation qui donne lieu aux réactions les plus diverses. « Il nous arrive de recueillir des insultes homophobes très violentes. Parfois aussi on tombe sur des gens qui ont l’air très ouverts, mais qui se ferment complètement dès qu’on leur parle de la possibilité que l’un de leurs proches soit homosexuel. »


Jeu de rôle contre l’homophobie.

Une mise en situation que l’association a souhaité mettre en forme dans un jeu de rôle, le « Parcours de vie ». Chacun y reçoit une fiche de rôle, de la mère ultra catholique au banquier homophobe en passant, bien sûr, par le jeune gay souhaitant faire son coming out. À chaque rencontre, et pour chaque réaction négative, le jeune homosexuel perd des points de vie, correspondant à l’état de son moral. « L’idée est de montrer aux gens à quel point leurs réactions peuvent influer sur la vie quotidienne de quelqu’un qui se cherche et qui a besoin de soutien » explique Anne.

Chaque année, enfin, À jeu égal organise un grand festival d’une semaine, les Phobofolies. Au programme, des stands de sensibilisation, du théâtre de rue, des improvisations. « L’année dernière on avait organisé une grande impro faisant intervenir le public. Il y avait un stand de « repérage des homosexuels », puis des ateliers de « remédiation » pour les guérir. Nous voulions tourner en dérision toutes ces idées reçues comme quoi les homosexuels seraient malades ou pas normaux. Beaucoup ont joué le jeu et ont compris l’humour, mais d’autres n’ont pas du tout saisi le second degré et nous félicitaient en disant qu’on avait bien raison de tenter de soigner l’homosexualité ! » Décourageant ? Sans doute, mais Anne ne se démonte pas pour autant. « Pour la prochaine édition, on tentera de trouver une autre formule pour faire passer notre message. » Avec le sourire toujours, et la ferme volonté de faire comprendre qu’en matière de choix sexuels, nous sommes tous à jeu égal.

 

Pour en savoir plus : www.ajeuegal.org

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