Ils sont étudiants ou jeunes chercheurs, Rroms et avides de dialogue. En 2005, ils ont décidé de prendre la parole à travers la Voix des Rroms. Portrait d’une association qui voudrait bâtir des ponts entre les communautés et lutter contre le racisme latent sous toutes ses formes.

 

« Notre but n’est pas de remplacer de mauvais préjugés par des stéréotypes plus positifs. Nous sommes un peuple, avec son lot d’intellectuels et de businessmen… et son lot de voleurs et de marginaux. » Casser les idées reçues et la méconnaissance qui entourent les « tsiganes » ou les« gens du voyage » : voilà l’objectif que se fixent Samir Mile et une poignée de bénévoles en créant La voix des Rroms, en 2005. Tous étudiants ou jeunes chercheurs, les fondateurs de l’association brisent déjà un premier cliché. « Pour de nombreuses personnes, nous sommes des analphabètes qui n’allons pas à l’école et vivons à la marge de la société. »

Mais là n’est pas la seule particularité de cette jeune structure. Si la plupart des associations Rroms s’attachent à défendre la culture ou à proposer un accompagnement social, La Voix des Rroms souhaite, elle, apporter une vision moins stigmatisante des attentes et besoins de ce peuple. Premier défi, donc, sensibiliser, informer et déconstruire des images sociales… En commençant par raconter sept siècles d’histoire rrom. Leur but ? Rappeler au grand public leur contribution dans différents domaines de la vie économique, sociale ou culturelle. Rappeler aussi des épisodes de la mémoire collective tels que la Seconde Guerre Mondiale, mais également démontrer aux communautés rroms, gitanes et manouches qui cohabitent dans l’hexagone, qu’elles ont un passé commun. « Rroms, gitans et Manouches se connaissent finalement assez peu. Ils donnent souvent l’image de cousins qui ne s’apprécient pas trop. L’objectif de notre association est de créer un espace de dialogue entre ces différentes composantes de notre peuple, que ce soit au sein du peuple Rrom, mais aussi entre ce dernier et l’extérieur. »

 


Journée du 8 avril 2007 à Montreuil
Pour véhiculer ce message, l’association intervient, chaque fois qu’elle le peut, dans les conférences, colloques et autres manifestations publiques. Elle publie également un dépliant reprenant l’histoire du peuple Rrom et édite un site Internet dont la fréquentation a explosé. Enfin, et surtout, La voix des Rroms organise chaque année, en partenariat avec d’autres associations, la journée mondiale des Rroms le 8 avril. Anniversaire du premier congrès mondial qui se tint en 1971 à Londres, ce jour est devenu, depuis 4 ans, un véritable rendez-vous pour faire connaître les Rroms et promouvoir le dialogue. Preuve que le combat est encore d’actualité : l’ « anti-tziganisme » sera de nouveau, en 2008, au cœur des thèmes abordés par l’association.

Une voix politique.

 

La Voix des Rroms s’engage également sur le terrain politique. En 2006, elle milite aux côtés d’autres associations contre la loi des finances qui instaure une taxe d’habitation pour les caravanes. « Au départ, il était question que cette taxe soit de 75 euros par mètre carré : c’est dix fois ce que l’on demande à quelqu’un qui habite un appartement dans le Marais » s’insurge Saimir. La taxe sera finalement abaissée à 25 euros. Une petite avancée qui ne résout cependant pas l’aspect le plus « schizophrénique » de la mesure : les caravanes n’étant pas encore considérées comme des lieux d’habitation à part entière, leurs habitants ne bénéficient pas, en échange de la taxe, des aides au logement…

 

Cet engagement politique s’illustre également devant les tribunaux. L’association se propose de combattre les discriminations visant les Rroms « par tous le moyens, et notamment en agissant en justice devant toute juridiction pénale, civile, administrative et autres. » Une action est notamment intentée à l’encontre d’un documentaire, « Délinquance : la route des Rroms », diffusé en 2005 sur la chaîne France 5.

 

À la recherche de financements.

Des objectifs ambitieux qui se heurtent néanmoins à un obstacle de taille. Depuis sa création, l’association fonctionne avec un budget nul, comptant sur la seule volonté et les apports financiers des bénévoles. « C’est très difficile de trouver des financements pour des associations rroms. Les structures existantes en Europe de l’Est sont les seules à obtenir des subventions de l’État, mais elles sont très peu solidaires. »

 

Pour mener ses nouveaux projets, notamment celui d’éditer une revue trimestrielle d’information sur les Rroms, l’association s’est tournée vers Animafac afin d’engager un volontaire en service civil. « Cette opportunité représente une grande chance pour nous. La présence d’une personne permanente pendant quelques mois nous permettra de mieux coordonner l’action de bénévoles et de construire ainsi des actions de plus grande ampleur, notamment pour la semaine de la culture rromani autour de la journée du 8 avril. » Si l’appartenance à un réseau donne des ailes à l’association, le seul projet que se refuse à envisager Saimir Mile serait de devenir un exemple. Sa plus grande ambition ? Voir d’autres jeunes rroms avoir accès à une scolarité normale bannissant ainsi le risque pour lui et ses amis d’être considérés comme des « exceptions qui confirment la règle. »

 

Pour en savoir plus :
-  http://lesrroms.blogg.org
-  http://www.myspace.com/voxrromorum

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