Imaginez…Un territoire isolé des Landes entre Dax et Mont-de-Marsan, un plan d’eau somptueux, une avancée de terre sur cette eau douce et bleutée, une nature préservée, un cadre qui laisse rêveur…

 

Premiers pas vers l’Afrique

Et qui fait rêver depuis leur enfance les jeunes issus de cette région rurale du sud ouest de la France. Parmi eux, Mickaël et Marie-Charlotte. Le premier, ado déjà, se passionnait pour le pays en voie de développement et s’est naturellement dirigé vers un Master en gestion de projets de développement. La deuxième s’oriente vers des études d’animation socio-culturelle. Tous deux pourtant nourrissent la même passion: les cultures ouest-africaines.

 

 

En 2007, ils se rapprochent de l’association « Des puits dans le désert » dans laquelle s’investit Mickaël depuis ses 17 ans. Motivé, le duo propose à l’association d’organiser un festival baptisé Fest’Afrik, qui permettrait à la fois de sensibiliser aux cultures d’Afrique de l’ouest, de mobiliser la population locale et de favoriser les rencontres interculturelles. Mickaël et Marie-Charlotte décident de soutenir un projet de l’association au Burkina Faso : un forage à Toega, dans la région de Koudougou. Au son des rythmes mandingues, sur le plan d’eau du village landais de Tartas, les deux jeunes gens et leurs amis bénévoles réunissent dès la première année, 700 à 800 personnes. Plus encore que l’argent récolté pour le projet hydraulique, ils auront permis une première session d’éducation au développement à la population du pays de Tartas (soit environ 2500 habitants).

 

 

Quand le rêve devient réalité

Une première édition réussie donc, mais qui ne suffit pas à nos deux amis. Sitôt la fin du festival 2007, ils constituent leur propre association, baptisée MiLiTiNéRêVeS. « C’est une amie qui nous aidé à trouver le nom se souvient Mickaël. Bon…on avait 19 ans! Mais il signifiait pour nous « Militer dans l’itinérance de ses rêves », un grand projet! ». Car c’est bien cette idée onirique qui les booste alors : faire vivre le plan d’eau de Tartas, le temps d’un événement populaire, et permettre de faire se rencontrer traditions locales et cultures ouest africaines. « Nous sommes tous très engagés, raconte Mickaël. On cherche donc à faire passer des idées. Cette notion de rêve n’est pas innocente non plus! On squattait le plan d’eau quand on était gamins et on rêvait déjà de faire un festival ici. A 19 ans, on s’est lancés, et le rêve est devenu réalité ».

 

 

Organisation, construction, motivation, mobilisation…

Dès lors, le Fest’Afrik devient l’action phare de l’association. 2007: en une journée et une soirée, l’idée était de travailler autour de l’eau – la thématique du projet soutenu – à travers des animations, des stages de percussions mandingues, des conférences et une soirée de concert.

Portés par leur récent succès, Mickaël et Marie-Charlotte, déjà suivis de leurs amis de la région, envisagent une deuxième édition, cette fois sur un week-end entier !

 

 

 

Une petite fourmilière s’organise près d’un an avant l’échéance: de septembre à décembre, le projet soutenu est identifié et les dossiers de subventions sont déposés auprès des partenaires ; de Janvier à Mars, la programmation des artistes se précise et les contacts s’intensifient; d’avril à juillet, la logistique s’organise. « Plus on approche de l’échéance, et plus chacun prend conscience de son rôle : aménagement du site, constructions, cattering… » énumère Mickaël. En effet, tous les ans, c’est un site vierge qu’il faut aménager. Pendant dix jours, nos petites fourmis s’activent pour que tout soit prêt le jour J. Depuis l’édition 2008, 2 journées et 2 soirées font vibrer le pays landais de Tartas. Des structures en bois et en bambou sortent de terre par l’effort des amis charpentiers, un souk associatif de 1000 m2 s’anime au son des artistes guinéens, maliens ou sénégalais. Une plate-forme accrochée à un arbre permet des intermèdes scéniques originaux (projections d’images d’Afrique) par un VJ (une personne qui assure une animation visuelle) sur des sons maliens et guinéens des années 70 et 80. « On a même un projet de scène flottante pour la prochaine édition. Sous réserve d’homologation, on aimerait y animer une activité de contes africains! » dévoile Mickaël, excité à cette idée.

Le jeune festival a déjà à son actif une belle programmation : Seini et Yeliba, reggae Yankadi de Guinée, la célèbre griotte Mahdamba ou encore les Espoirs de Coronthie de Guinée… « Cette année, on espère le magnifique Kora jazz trio! » s’exclame Mickaël, passionné par les musiques africaines.

 

 

D’un territoire à l’autre

Ainsi, ce sont aujourd’hui une douzaine d’étudiants et jeunes actifs qui s’investissent pour l’association. Fidèles à leur rêve d’adolescents, l’action de leur association est désormais reconnue par les pouvoirs publics locaux « Nous sommes la seule structure de jeunes à proposer une telle animation dans le pays de Tarusate. La collectivité nous soutient dans notre démarche, les élus se réjouissent de notre implication dans notre milieu rural.»

En effet, l’événement est désormais attendu puisque c’est le seul événement de l’été sur le territoire. « Mais cela reste difficile de sensibiliser la population locale à ces thématiques africaines. Ce n’est pas évident de sortir des préjugés, de faire changer les mentalités, constate Mickaël. Mais nous avons un public fidèle issu du monde associatif et les relations sont intéressantes »

 

 


Depuis le projet de forage soutenu en 2007, d’autres projets ont été appuyés par MiLiTiNéRêVeS « Ce sont souvent des projets d’associations amies, précise le jeune président. En 2008, c’était une maison d’accueil pour mamans seules avec l’association Ya Somaa, de nouveau au Burkina Faso. En 2009, nous avons appuyé une formation pour jeunes entrepreneurs ruraux à Yaoundé, au Cameroun. Je revenais de mon stage là-bas » précise Mickaël qui a donc fait le lien entre les deux structures. « Et à chaque fois, nous orientons les animations du festival selon la thématique du projet (eau, agriculture paysanne…) »

Mais avec un budget de 70 000 euros aujourd’hui, la petite troupe s’accroche toujours à son idée de sensibilisation. « Pour les prochaines éditions, nous avons décidé de ne plus soutenir un projet précis, puisque notre contribution dans ce cadre restait minime. En revanche, il nous semblait plus intéressant de travailler dans la durée sur la notion d’éducation au développement dans notre localité. Pendant le festival, on tente d’abord d’inventer de nouvelles manières de rapprocher les cultures. Par exemple, un groupe d’échassiers togolais sera présent cette année, puisque les échasses font également partie des traditions landaises, note Mickaël. On espère donc que les gens de la région vont y être particulièrement sensibles. »

 

 

EAD : Education Au Développement

Au delà du festival, les jeunes associatifs de MiLiTiNéRêVeS ont développé des actions multiples d’éducation au développement : interventions en milieu scolaire et en centre de loisirs, projection de films, conférences… Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne Pierre Rabhi chantre d’un mouvement pour la terre et l’humanisme, a déjà répondu présent pour assurer une de leur conférences.

 

 

Ainsi, il semble bien l’asso MiLiTiNéRêVeS et son fest’Afrik aient fait leur nid dans le paysage landais… Lors de la dernière édition, un gros orage a obligé l’association à imaginer en urgence un plan B dans la salle polyvalente. Ce sont ainsi les 600 participants au festival qui leur ont porté main forte « C’était incroyable, il n’y avait plus de frontières entre organisateurs et participants» se souvient Mickaël. D’autant qu’avec cette édition 2009, l’association avait pris un nouvel élan. « Le dispositif Service Civil Volontaire et le recrutement de Jérôme comme volontaire de janvier à décembre, nous a pas mal changé la vie, constate Mickaël. Il a beaucoup contribué à stabiliser notre activité. La moitié des membres actifs de l’association avance dans les études et ils sont de plus en plus pris par les cours et examens qui se densifient». Un nouveau volontaire a pris le relais de Jérôme en décembre 2009, et Jérôme lui, est désormais salarié de l’association en CAE (Contrat d’Accompagnement dans l’Emploi).

 

 

Eté 2010

Pour l’édition 2010 du Fest’Afrik, c’est donc une association stimulée par une nouvelle énergie qui repart à l’aventure. Le 12 février Mickaël repart vers le Mali accompagné d’un photographe et un écrivain. « On souhaite créer une exposition multimédia intitulée « 50 ans de musique au Mali ». Profitant du cinquantenaire des indépendances, il s’agit pour nous de profiter de cette anniversaire pour faire un focus sur ce travail artistique musical. A nous donc de récolter des photos, des témoignages de musiciens de l’époque pour réaliser cette expo. Elle sera destinée à notre public, en Aquitaine pour réaliser des animations d’éducation au développement, elle pourra également être prêtée ou louée suivant les cas, mais elle circulera également au Mali, par le biais de mes contacts dans les centres culturels». A travers elle, les Maliens auront l’occasion de se réapproprier un support, la musique, qui fut, à l’époque des indépendances un moyen de faire un sentiment d’Etat – nation. Cette expo cherchera à montrer les liens entre culture et politique et les influences entre ses deux sphères.

 

Si vous aussi, vous êtes passionné par les cultures ouest- africaines, si leurs musiques vous transportent, rendez-vous en terre landaise les 23 et 24 juillet prochain pour un nouveau voyage interculturel.

 

 

 

 

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