Expert reconnu en mobilité étudiante, Erasmus Student Network (ESN) se consacre à la promotion des échanges européens et à l’accompagnement des candidats au départ. Dans ce contexte, l’association s’est penchée sur la reconnaissance des séjours Erasmus en Europe et publie la seconde édition de PRIME, une étude dressant un panorama complet de la situation. Denis Dreano, vice-président d’ESN France revient sur les conclusions de l’enquête et pointe l’une des grandes carences actuelle : le manque de communication. Interview…

 

Quels sont les principaux enseignements de cette étude ?

 

Même si elle n’est pas totalement satisfaisante, la reconnaissance des séjours Erasmus connait une belle augmentation depuis quelques années. Nous constatons cependant que certains établissements d’enseignement supérieur maîtrisent encore mal des outils comme le crédit ECTS et peinent encore à définir le concept de pleine reconnaissance des séjours. Par ailleurs, les étudiants sont assez mal informés sur leurs droits, ces fameux crédits, leurs interlocuteurs et la procédure de reconnaissance. Certaines disciplines sont également plus problématiques que d’autres. Le droit, par exemple, varie d’un pays à l’autre et les enseignants généralement acceptent mal que leurs étudiants se fondent dans un autre moule juridique.

 

Le manque de communication semble limiter l’impact des programmes Erasmus dans les facs. Quelles pistes pourraient être explorées pour y remédier ?

 

L’une des grandes conclusions de cette étude est que le programme Erasmus n’est absolument pas pris au sérieux par les établissements. Ils le considèrent comme des vacances et cela impacte fortement au niveau académique. Il reste beaucoup à faire pour une meilleure valorisation de l’Erasmus au sein des universités. Il faut impliquer davantage les décideurs, les responsables des programmes à l’échelle des départements ainsi que les professeurs dans la signature des accords bilatéraux et dans la manière dont est géré l’échange. Accompagner l’étudiant pas à pas permettrait de ne pas le laisser partir seul, sans précaution et lui annoncer à son retour que, finalement, son expérience européenne ne correspond pas à son cursus d’origine et que par conséquent le séjour est stérile.

 

Et à l’échelle européenne ?

 

Il faudrait davantage valoriser l’accueil des étudiants européens en France. C’est un fait, leurs échanges vers la France sont moins reconnus que la moyenne européenne. Pour y remédier, il serait nécessaire de soigner un peu plus l’accueil. Cela passe par des choses simples comme permettre la diffusion des catalogues pédagogiques bilingues des universités françaises. Ce n’est pas encore bien fait. Par conséquent, les informations erronées ou absentes corrompent la mise en place des contrats d’études des arrivants. Des contrats parfois révisés en cours de séjour et qui posent bien entendu problème pour la reconnaissance de cette expérience.

 

Quel intérêt, pour un étudiant, d’entreprendre un séjour Erasmus ?

 

Tout d’abord, l’ouverture culturelle. Apprendre à s’exprimer dans une langue étrangère, collaborer avec des personnalités variées. Une telle expérience met également leur capacité d’adaptation à l’épreuve. Ils sont contraints de faire face aux incertitudes, aux imprévus. Un séjour Erasmus permet également aux étudiants de se confronter à d’autres modes d’apprentissages. On est effectivement assez éloigné de l’aspect purement festif renvoyé par les clichés et bien que cela fasse partie intégrante de l’expérience et de la vie sociale, ce n’est pas l’essentiel. Erasmus est très concret et participe à l’épanouissement des étudiants. Mais ce n’est toujours pas valorisé.

 

Mener une étude comme celle-ci n’est pas une démarche anodine. Comment s’est articulé le projet ?

 

ESN International travaille depuis près de 10 ans sur un projet nommé ESN Survey. Dédié aux échanges européens, il se penche notamment sur les aspects financiers et sociaux. 5000 personnes y ont déjà collaboré en apportant un témoignage. Chaque année, la thématique principale change. En 2010, ESN Survey a réfléchi sur la notion  de financement des études à l’étranger, les bourses et les loyers. Cette année, il s’agit de l’acquisition de compétences dans le cadre d’un séjour Erasmus. En d’autres termes, l’employabilité des étudiants après l’échange. Au travers de l’une de ces enquêtes, les équipes d’ESN se sont rendus compte que la reconnaissance posait un vrai problème. Un tiers des étudiants ne parvenaient pas à faire valider leur séjour. C’est ainsi que PRIME (Problems of Recognisation In Making Erasmus) a été imaginée en 2009. Tous les aspects de la reconnaissance tels que les crédits ECTS ont été analysés. Une subvention européenne a permis de développer une seconde édition du projet en 2010. Présent dans chacun des 27 pays membres de l’Union Européenne, un coordinateur national a géré une équipe chargée de mener l’enquête au niveau local. En France, 14 associations qui se sont mobilisées pour les besoins du projet. Tous les grands acteurs de la thématique ainsi qu’un maximum d’étudiants ont été interviewés à l’aide d’un questionnaire en ligne. Parue en septembre dernier, l’analyse européenne a fait l’objet d’un guide. Le 22 septembre, plusieurs conférences ont été organisées dans les pays européens concernés par l’enquête. Il s’agissait surtout de diffuser les résultats internationaux et nationaux. Une publication paraitra bientôt en France et reprendra les 1500 réponses françaises. Enfin, une conférence finale sera organisée le 14 novembre à Bruxelles.

 

ESN a édité une brochure dédiée aux étudiants et reprenant les grandes lignes et les notions importantes du programme Erasmus. Les principaux interlocuteurs, les spécificités du crédits ECTS, les pièges à éviter, tout y figure. Cette publication est d’ailleurs disponible en ligne.

 

Le rapport final venant d’être édité, vous pouvez le consulter ici

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