Un homme défend une cause, une femme l’incarne. Pensez à ATD-Quart Monde : vous verrez tout de suite apparaître le visage de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, mais vous aurez oublié celui de Joseph Wresinski, son fondateur. Une femme dote une cause d’une personnalité complète, même si elle la défend dans le cadre de ses fonctions. Quand Simone Veil, alors ministre de la Santé, a défendu son projet de loi autorisant l’avortement, elle a donné à ce tournant crucial de la société française une dimension humaine complète. Voilà d’ailleurs certainement pourquoi le président Giscard d’Estaing lui a confié cette tâche infiniment délicate, plutôt qu’au ministre de la Justice, auquel elle revenait en principe.

Portraits de jeunes femmes engagées

 


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En matière d’action publique comme dans la vie, on célèbre volontiers le goût des femmes pour ce qui est concret. Evitant de gloser à l’infini sur quelques grands principes désincarnés, nous serions attachées à changer pratiquement notre environnement. Sans forcément mésestimer les grands problèmes du monde, nous aurions surtout la capacité de discerner ce qui, dans les sujets les plus triviaux, revêt en fait une grande importance.

 

Je ne suis pas bien sûre qu’il soit ainsi possible d’attribuer si simplement un tel caractère à l’ensemble du genre féminin. Mais il est en revanche certain qu’à travers l’inventivité et la modestie qu’elle mobilise quotidiennement, la vie associative étudiante correspond bien à cette description.

 

Loin du feu des projecteurs médiatiques, des milliers d’associations mènent des dizaines de milliers de projets concrets, qui tissent des solidarités, éveillent des vocations civiques, font vivre la diversité culturelle, donnant, à leur mesure, du souffle et de la confiance à une génération passablement désorientée. De belles aventures humaines y sont conduites et animées par des bénévoles – hommes et femmes -, qui trouvent là l’occasion de prendre l’initiative et de se rendre utiles, tout en s’épanouissant.

 

Mais là encore, si l’on y regarde de plus près, la répartition des rôles entre hommes et femmes est nette. Elles mènent des projets dans des associations dirigées par des hommes. Même dans ce moment relativement protégé qu’est le temps des études, où les femmes sont meilleures scolairement et n’ont pas plus que les hommes la charge d’un foyer, le genre n’est pas anodin. Les femmes elles-mêmes déclarent – encore – leur préférence pour des postures d’exécutrices plutôt que d’animatrices ou de stratèges. Est-ce réellement un choix ou la triste reproduction d’une différentiation des rôles qui vient de si loin qu’elle apparaît choisie ? Il reste décidément beaucoup à faire pour fissurer le  » plafond de verre « .

 

Et en plus, elles sont jeunes… Pour autant, les promesses que portent les jeunes femmes bénévoles que nous vous invitons à découvrir sont fortes et tangibles. Elles offrent des réponses partielles, modestes, mais réelles à beaucoup de maux de notre société. Encore faut-il les entendre et les soutenir, comme il faut patiemment entendre et encourager les engagements de tous les jeunes. Je le dis sereinement mais avec la plus forte détermination. Ne sous-estimons pas l’enjeu. A force de ne considérer les jeunes que comme un objet de politiques publiques – ou comme une cible marketing, à force de négliger leur parole, de nier voire de freiner leur capacité à s’auto-organiser, ce sont bien les liens politiques fondateurs de notre république qui s’étiolent progressivement.
Et si on essayait une démocratie où les jeunes prendraient toute leur place ? Ces portraits vous y invitent. Je vous en souhaite une bonne lecture.

 

Nadia Bellaoui est la déléguée générale d’Animafac, réseau national d’associations étudiantes, qui a publié récemment l’étude « Les femmes et le pouvoir dans les associations étudiantes – je t’aime, moi non plus ».

 

Un homme défend une cause, une femme l’incarne. Pensez à ATD-Quart Monde : vous verrez tout de suite apparaître le visage de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, mais vous aurez oublié celui de Joseph Wresinski, son fondateur. Une femme dote une cause d’une personnalité complète, même si elle la défend dans le cadre de ses fonctions. Quand Simone Veil, alors ministre de la Santé, a défendu son projet de loi autorisant l’avortement, elle a donné à ce tournant crucial de la société française une dimension humaine complète. Voilà d’ailleurs certainement pourquoi le président Giscard d’Estaing lui a confié cette tâche infiniment délicate, plutôt qu’au ministre de la Justice, auquel elle revenait en principe.

 

C’est pour une femme toute la difficulté d’un tel engagement. Il lui sera demandé les compétences qu’on attendrait d’un homme et bien davantage encore : une identité. On pourrait penser que c’est particulièrement vrai dans un siècle où la communication et l’image tiennent une place prépondérante, mais ce l’était déjà au temps où Marianne, jeune femme du peuple, s’est installée peu à peu dans l’esprit des Français comme l’unique représentation de leur pays sur laquelle, homme ou femme, s’accorderaient.

 

Une femme sait faire tout ce qu’un homme ferait aussi bien qu’elle, mais elle y ajoute une douceur, une gravité, une dimension qui lui sont propres. Comme Françoise Rudetzki, fondatrice de SOS Attentats, dont l’élégance et la qualité d’âme, jointes à l’intelligence, au savoir faire et au courage, ont tant joué pour qu’avance une cause sans cela trop cruelle pour la rendre acceptable par l’opinion publique, celle des victimes du terrorisme.

 

Les portraits qui suivent sont ceux de jeunes femmes qui mettent dans leur engagement beaucoup de professionnalisme, c’est la moindre des choses, et du rayonnement. Cette lumière personnelle, dont elles éclairent tout, rejaillit sur elles. Que leur dire d’affectueux, qui ne fasse pas bêtement d’elles les statues dans lesquelles elles ne se reconnaîtraient pas ? Peut-être pourrais-je leur servir le seul compliment qui m’ait, un jour, fait vraiment plaisir.C’était il y a longtemps, dans un grand hebdomadaire. Un journaliste avait écrit que j’étais… un mec bien.

 

Geneviève Jurgensen, journaliste, est fondatrice et porte-parole de la Ligue contre la violence routière. Reconnue pour son engagement dans la lutte contre la violence routière, elle a reçu le titre de chevalier de la Légion d’honneur et a été désignée « 2005 European Hero » par la rédaction du Time Magazine.

 

L’engagement, dans la famille de Marie-Jeanne, c’est une évidence, une « tradition » dit-elle. Ses parents se sont toujours battus pour les causes qui leur tenaient à cœur. Ils se sont levés pour le droit à l’avortement, à un moment où cette position était très difficile à tenir. Alors si on demande à Marie-Jeanne pourquoi elle s’est engagée, elle marque un temps d’arrêt : « Je ne me suis jamais posé la question de mon engagement. Il y a quelque chose qui me choque, c’est là, je me sens concernée, j’y vais ! J’ai grandi dans l’idée que j’avais des droits de citoyenne, et que je devais les défendre ».


À l’école primaire, déjà, Marie-Jeanne proteste lorsqu’un professeur commet une injustice. A son entrée au lycée agricole, les élèves sont en grève car ils manquent de manuels scolaires. Marie-Jeanne rejoint le mouvement, prend part aux débats.
Quatre ans plus tard, elle rejoint l’université, en fac de sociologie. C’est le moment des lois sur la privatisation de l’enseignement supérieur. Marie-Jeanne s’engage, plus fortement encore. Elle devient beaucoup plus visible, anime les réunions, dirige les discussions, prend la parole en public.
L’étudiante en sociologie est un peu un électron libre. Elle milite avec les organisations de jeunesse sans y adhérer : « Je ne me suis jamais complètement retrouvée idéologiquement dans un mouvement. Il y avait toujours quelque chose qui ne me convenait pas. Je ne me suis donc jamais syndiquée. J’ai préféré œuvrer pour quelque chose de concret, main dans la main avec eux. »
Puis Marie-Jeanne quitte Toulouse. Elle s’inscrit à l’IUP environnement de la faculté de Marseille. Dans le dossier d’inscription, elle trouve une plaquette d’information de Phénix, une association étudiante de Solidarité Internationale. C’est tout naturellement que Marie-Jeanne décide de s’y impliquer : « les choses se sont présentées à moi ». À l’écouter, tout parait clair, limpide. On commence à discuter avec Marie-Jeanne, on cherche à comprendre, à travers elle, pourquoi et comment on peut s’engager. Au bout d’une heure, on se pose la question inverse : comment est-ce possible de ne pas le faire ?

 

Phénix est une sorte de révélation. Elle, qui ne se retrouvait jamais complètement dans une organisation syndicale, se sent dans son élément dans l’association de Solidarité Internationale : « J’ai le sentiment que dansl’associatif, c’est l’action qui prime. On ne se contente pas de suivre un cortège. Peut-être parce que ce sont des structures plus réduites. En tout cas, on est au courant des tenants et aboutissants de nos actions, on prend les décisions de manière collégiale. Ca me convient beaucoup mieux ».


La première année à Phénix, elle s’occupe d’un projet à Madagascar. Puis on lui propose la présidence de l’association : « Je n’aurais jamais levé le doigt, je ne me serais jamais présentée. Mais le fait qu’on me le propose m’a donné une immense confiance en moi. Ca m’a donné des ailes de savoir que les autres membres de l’association m’en croyaient capable ! »

 

Comment passe-t-on d’une bataille pour les livres scolaires du lycée à la présidence d’une association de solidarité internationale ? Marie-Jeanne s’engagerait-elle tous azimuts pour tout ce qui se présente à elle ? Pas du tout. Il y a un fil conducteur, bien sûr : « Nous sommes dans une logique de privatisation du service public, de régression des droits. En militant pour les livres scolaires, ou contre la privatisation de l’enseignement supérieur, je défends ce que je crois être nos droits. Ce recul qui s’exerce dans notre société a des influences sur les pays du sud. J’ai envie de rencontrer des gens étrangers qui idéalisent la France, et de leur dire que ce n’est pas si rose que ça ! »


Mais s’il y a bien un fil conducteur, Marie-Jeanne est persuadée que l’engagement va au-delà de l’implication dans une structure, syndicale, associative, ou politique. « Je ne demande pas à tout le monde d’être militant ! » L’engagement commence à partir du moment où on cesse de se regarder le nombril. Si on lève les yeux vers l’autre, qu’on prend le temps de s’en occuper, on s’engage. Tendre la main à son voisin, c’est déjà une forme d’engagement. C’est refuser de s’enfermer dans une bulle, et acter que l’on fait partie de la société. Tenez, simplement sourire à quelqu’un qui fait la manche, voilà qui est bien utile.
Marie-Jeanne raconte : un SDF a élu domicile à l’entrée de l’université. Il rencontre essentiellement des étudiants, et s’il se déplaçait de quelques mètres, il gagnerait certainement plus d’argent. Mais il reste, persiste et signe, juste parce que le matin, les étudiants passent, lui sourient, lui disent « boujour », lui demandent comment ça va… « Pour moi, l’engagement commence là. Ca n’aurait aucun sens d’agir pour Phénix, si sur le chemin, j’ignorais ce SDF. Oui, l’engagement, c’est un véritable état d’esprit ! »

 

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Laila

 

Au lycée, Laila est déléguée de sa classe, chaque année. Pas pour les applaudissements une fois l’élection terminée, pas parce qu’elle veut assister aux conseils de classe. Non, si Laila choisit de se présenter, c’est parce qu’elle veut prendre part aux décisions, être le porte-parole de cette petite société que représente une trentaine d’élèves. « J’ai toujours aimé remettre en cause le pouvoir établi », dit-elle dans un sourire.
Mais pas le remettre en cause inutilement, en se contentant de critiquer. S’il y a des choses qui paraissent illogiques, injustes, il faut tenter de les améliorer, et agir pour cela. Laila ne s’en prive pas.
Une fois son bac en poche, elle milite dans des syndicats étudiants, puis dans une association politique libertaire. Lorsqu’on lui demande de retracer son parcours de jeune femme engagée, elle passe rapidement sur ces expériences : elle est déçue par ces organisations qui passent beaucoup de temps à se quereller entre elles, et peu à agir.

 

Quelques temps après, elle entre à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse. Au cœur de la ville rose, elle s’engage dans Indy-Média, une radio associative. Elle y anime une émission militante dans laquelle chacun peut s’exprimer. Cette expérience correspond tout à fait à Laila, qui préfère l’action à la critique : « Lorsqu’on monte un projet, ou lorsque l’on a une revendication, on attend souvent vainement une petite brève dans la presse, qui parlera de nous. Avec Indy média, on a décidé de ne plus être passifs : les journaux ne nous donnaient pas la parole, on la prenait en créant un nouveau média ! »

 

Tout en animant son émission, Laila participe à la création du squat culturel toulousain Mix’art Myrys. « Il y avait un endroit qui appartenait à la Mairie, un grand espace, qui n’était pas utilisé. On trouvait ça idiot qu’il ne serve à rien, alors que tant de jeunes cherchent un local pour créer leurs projets. On a donc décidé d’en faire un lieu de rencontres de tous les porteurs de projets culturels. Cela leur donnait l’occasion de mettre en œuvre leurs idées, et aussi de se rencontrer. » La logique même ! Pourquoi laisser à l’abandon un endroit qui peut être utile à la société ? Mais bien souvent, on lance ces paroles en l’air, dans l’espoir que quelqu’un les attrapera au vol. On est réticent à braver les interdits, même si on trouve qu’ils sont injustifiés. C’est sans doute une question de discipline. Et Laila n’est pas disciplinée. Elle refuse d’évoluer dans un monde où certaines choses lui déplaisent, sans tenter d’agir pour les faire changer. Et ça marche ! Mix’art Myrys, après plusieurs années d’existence, vient enfin d’être reconnue légalement : « Comme quoi, si on persévère, on peut faire gagner le légitime sur le légal, c’est vraiment là le sens de tout mon engagement. »

 

On comprend alors aisément qu’elle se soit engagée, au moment du G8 de 2003, dans un collectif de réflexion et d’action, et qu’elle ait participé au contre-sommet d’Evian. On comprend aussi pourquoi, lorsqu’elle est arrivée à Paris en 2005 pour faire un stage en rédaction dans une société qui appartient au groupe Hachette, elle a décidé de faire partie du collectif Génération Précaire pour défendre les droits des stagiaires.

 

C’est la cause pour laquelle elle se bat aujourd’hui, masquée peut-être, mais avec beaucoup d’énergie et de courage : « Je ne remets pas du tout en question la qualité de mon stage. J’y fais des choses très intéressantes. Mais les stages devraient être des moments d’apprentissage qui nous permettent d’acquérir les savoirs dont nous aurons besoin lorsque nous commencerons notre vie professionnelle. La réalité est toute autre : de nombreuses sociétés, et la mienne en est un exemple, fonctionnent grâce aux stagiaires. Si les stagiaires n’étaient pas là, ils seraient obligés d’embaucher. Il y a là un vrai problème, et je veux me battre pour que ça change. »

 

Génération Précaire est un collectif, comme l’était Mix’art Myrys, ou les groupes de réflexion contre le G8. C’est une forme particulière d’engagement, que Laila situe à mi-chemin entre les partis politiques et le monde associatif : « lorsque j’ai des revendications, je trouve que le cadre associatif n’est pas assez politique, et les organisations politiques pas assez pugnaces. Le collectif permet de réunir autour d’un fait de société très ciblé, des hommes et des femmes de tous horizons qui se sentent concernés. » Alors qu’elle explique pourquoi le collectif est, pour l’instant, son mode d’engagement préféré, elle apprend que Génération Précaire sera reçue dans les jours prochains par Dominique de Villepin. Rêvons avec Leila que les demandes légitimes de Génération Précaire se concrétisent dans le cadre légal. Quand ce sera chose faite, Laila s’engagera dans d’autres batailles, avec toujours cette idée en tête : « Ensemble, on peut faire aller la société dans le sens qui nous semble bon. On a le droit d’aspirer à un monde plus juste, mais on a le devoir de le construire . »

 

Laila (pseudonyme), 23 ans est membre du collectif Génération Précaire, un mouvement né d’un appel à la grève spontané des stagiaires début septembre 2005. Pour préserver son anonymat, Leila a choisi de se faire photographier le visage masqué d’un loup.

 

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Carolina Vallet

 

Elle court, elle court, Carolina. Depuis la rentrée universitaire, elle n’arrête pas ! Elle a découvert en septembre dernier le Club International des Jeunes à Paris, une association qui s’occupe des pauvres petits étudiants internationaux tout juste arrivés et un peu perdus dans la capitale. Le concept la séduit. Il lui permet d’allier ses compétences – elle est en BTS tourisme – et son goût du partage – elle a grandi dans une maison où il y avait toujours plein d’amis d’horizons et de nationalités différents-. Puis, à l’adolescence, elle est partie huit mois en Australie. Elle y a fait des rencontres formidables, noué des liens avec des jeunes du monde entier. Alors c’est décidé, cette année, elle va aider les jeunes à vivre une expérience aussi sympa que celle qu’elle a vécue à l’autre bout de la planète !

 

Carolina s’engage au Club International des Jeunes à Paris. Avec les autres bénévoles de l’association, elle fait tout pour que les jeunes étrangers se sentent chez eux dans leur « pays de quelques mois ». Ils organisent des cafés polyglottes, lors desquels anglais, espagnol, portugais, allemand et bien d’autres langues se mélangent dans un heureux vacarme ! Ils mettent en place des excursions aux quatre coins de la France, car la France, ça n’est pas que Paris, et c’est important que les étudiants étrangers le voient.
D’ailleurs, l’un des premiers moments forts de son engagement, c’est à Lyon qu’elle le vit. Elle guide un groupe de jeunes internationaux sur les pas de Jean Moulin. C’est là qu’elle s’aperçoit que dans son groupe il y a… Quinze allemands. Petit moment de panique. Surtout, ne pas dire des choses qui pourraient les offenser, les blesser. Au bout de quelques minutes de visite, l’atmosphère se détend : « Finalement, c’était enrichissant pour tout le monde de faire cette visite ensemble. Car on a échangé nos points de vue, et on a tourné ensemble les pages de l’histoire. C’était un sentiment très fort. »

 

Carolina aime ces rencontres, ces échanges. Petit à petit, elle prend des responsabilités. En ce moment, elle est en train d’organiser un festival pour l’association. Une journée du mois de juin qui sera réservée à faire découvrir à tous ceux qui le souhaitent les régions de France et d’autres pays du monde. C’est son premier projet à elle. Elle énumère avec joie : « Il faut penser aux assurances, aux congés des artistes, à qui fait quoi, comment, où… et puis trouver les financements. C’est sans doute la partie la plus délicate, mais je suis super motivée… J’adore. »

 

Tout en pensant logistique pour son festival, Carolina découvre tout le tissu associatif étudiant, qu’elle ignorait jusque-là : « J’étais déjà étonnée de trouver le Club International des Jeunes à Paris. Pour moi, avant, l’associatif, c’était les BDE et l’organisation de soirées. Mais je me suis rendu compte qu’en réalité, il y avait des milliers de jeunes qui pensaient, comme moi, qu’on peut vraiment faire bouger les choses. »

 

Alors Carolina fonce ! Elle participe à un colloque au Conseil de l’Europe afin de réfléchir à la Constitution européenne et au pourquoi du « non » massif en France. Elle découvre une manière de penser qui lui convient parfaitement : « Lors de ce colloque, on a vraiment essayé de comprendre ce qui n’allait pas, pourquoi les gens avaient peur de l’Europe. Il y avait des participants « pour », des participants « contre ». On s’est rendu compte qu’il y avait un énorme manque de dialogue entre les institutions européennes et les gens. Par exemple, un jeune toulousain s’est étonné qu’il n’y ait pas de Maison de l’Europe dans toutes les régions de France. C’était une vraie revendication pour lui. Et on lui a répondu qu’il y en avait bien une, dans chaque département ! Bref, on désamorce les problèmes de communication, et c’est une démarche que j’aime. »

 

Ce colloque est un révélateur. Au retour, dans le car, elle discute avec son voisin, responsable associatif. Ils échangent, sur un grand nombre de sujets : actualité, politique, histoire, culture, tout y passe. « J’avais enfin l’impression de ne plus être une extraterrestre, j’avais enfin trouvé des gens qui s’intéressaient à l’avenir de notre société. »

 

Avec eux, Carolina a vraiment le sentiment de pouvoir agir. Elle participe à une campagne militante « Je ne veux plus », lancée sur Internet par quelques jeunes engagés comme elle. Elle veut que les jeunes cessent d’être regardés comme des mollassons qui ne prennent pas leur avenir en main. Oui, il y a des jeunes, et il y en a beaucoup, qui se lèvent et qui osent dire ce qu’ils ne veulent plus. Son « Je ne veux plus » à elle ?  » Que la file de gauche de l’escalator soit bloquée par un égoïste qui se croit tout seul dans le métro ! »

 

C’est bien le reflet de l’engagement de Carolina, de ce qu’il lui a apporte : « J’ai changé de monde. En l’espace de quelques mois, je suis passée d’un monde égoïste à un monde qui laisse de la place pour les autres… et j’ai découvert une deuxième famille. »

 

Un petit inconvénient ? « Investir dans un agenda. Sinon, on ne s’en sort pas ! »

 

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Emilie Gaume

Il y a quatre ans, une copine l’emmène à une réunion du Genepi. Emilie en a déjà entendu parler : c’est une association qui intervient auprès des personnes incarcérées. Mais elle n’en sait pas vraiment plus.
Lors de cette réunion, Emilie comprend exactement ce que font les bénévoles du Genepi : ils aident les détenus à passer des examens, organisent des activités socio-culturelles, des jeux de société notamment, pour réapprendre aux personnes incarcérées à respecter les règles. Mais le Genepi agit aussi à l’extérieur des prisons, informe et sensibilise le public afin que la réinsertion des détenus se passe mieux.
Emilie s’intéresse, pose des tas de questions. Elle est touchée par ces jeunes qui se battent pour une cause pas commune : « Beaucoup de personnes engagées œuvrent pour les enfants ou contre le Sida. Les prisons, c’est différent, ça fait peur. J’ai très vite voulu m’engager dans cette cause un peu taboue, qui n’intéressait pas les gens ».

 

Alors elle y va ! Elle veut aider les détenus. C’est pour ça qu’elle s’est engagée, et c’est pour ça que, depuis, elle se lève chaque matin.
Dès le début de son engagement, Emilie pressent aussi que le Genepi va lui apporter. Mais quoi ?
Elle parie sur les connaissances : « Je pensais que j’y apprendrais énormément, que je découvrirais un monde qui m’était totalement étranger ». Elle ne s’est pas trompée ! Elle multiplie les formations : illettrisme, français langue étrangère, pédagogie, elle apprend, toujours et encore, pour aider les personnes incarcérées du mieux possible.

 

Mais son engagement lui apporte beaucoup d’autres choses auxquelles elle n’aurait jamais pensé : « Je me suis engagée pour aider l’autre, et je me rends compte que cet engagement m’enrichit au-delà de tout ce que j’avais imaginé. » Emilie donne des cours dans les prisons, pour aider les détenus à passer des diplômes. L’année dernière, elle a aidé l’un d’entre eux qui passait son bac français. Il a réussi les épreuves. Lorsqu’il l’a remerciée, qu’il lui a dit qu’il avait réussi grâce à elle, elle n’en revenait pas. Un autre détenu, récemment, lui a dit qu’elle était sa « bouffée d’oxygène ». « C’est génial, on a, dans ces moments là, des joies complètement inexplicables. »


Des moments forts, comme ceux-ci, Emilie en a des dizaines en stock ! Avec les détenus, mais aussi avec les autres bénévoles de l’association : « Quand les membres du Genepi de toute la France se retrouvent ensemble, on est plus de 1 000, dans la même salle, à partager les mêmes convictions, des expériences similaires, un but commun. On apprend beaucoup, on réfléchit ensemble, mais c’est également une aventure humaine formidable. »


Et puis, elle a appris à défendre ses idées. Au début, elle devait presque se justifier d’être là, Emilie. Sous le regard suspicieux des gardiens de prison, elle avait le sentiment de déranger : « J’étais jeune, j’étais étudiante, j’étais une femme, ça leur paraissait bizarre que je vienne juste pour aider. Ils pensaient que je venais me chercher un petit ami ! Il a fallu que je démontre le contraire ! »


Être une femme dans le milieu carcéral, un obstacle ? « Dans les premiers moments, on sent évidemment qu’on a plus à prouver qu’un homme. Et puis il faut faire attention. Les hommes incarcérés n’ont pas vu de femme depuis longtemps, alors j’y vais en pantalon plutôt qu’en jupe, c’est une question de respect pour eux. »
Mais ce premier cap est vite dépassé. Emilie raconte, amusée, que les détenus font beaucoup plus attention aux jeunes filles qu’aux jeunes hommes de l’association. Ils sont très vigilants à ne pas être vulgaires, plus que les gens qu’on croise dans la rue ! C’est peut être même un atout, d’être une femme !

 

Emilie sait bien qu’elle va devoir quitter le Genepi, un jour, et elle ne le regrette pas : « J’ai le sentiment d’avoir apporté beaucoup au milieu carcéral, et le renouvellement des bénévoles, c’est ce qui fait la richesse du milieu associatif étudiant. » Mais elle rêve déjà de s’engager ailleurs, et de continuer d’explorer ce monde qui lui apporte tant. L’engagement, c’est sa bouffée d’oxygène à elle.

 

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Claire Ceccini

Depuis qu’elle est enfant, Claire aime écrire. Alors, lorsqu’elle entre à la fac, c’est tout naturellement qu’elle se propose pour participer au mensuel de l’université. Elle réalise un dossier, Quelle identité pour la Corse ?. Le sujet est passionnant, mais la forme que prend son article ne lui correspond pas complètement. C’est un travail trop universitaire, qui laisse peu de place à l’expression personnelle. Elle est un peu déçue.

 

Parallèlement à ses études, Claire est surveillante dans un lycée. C’est un lycée élitiste qui pense prépas et grandes écoles, et qui dénigre l’université. Claire y crée un atelier « journal ». Mais là encore, les résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances : « Les élèves n’étaient pas motivés, j’avais un statut qui se rapprochait de celui de prof. Comme ils étaient conciliants, ils écoutaient sagement, mais ça n’était pas du tout ce que je recherchais. Ils étaient passifs, c’en était fatiguant ! »

 

Que veut-elle, Claire, en donnant de son temps pour aider les lycéens à faire un journal ? Elle veut apprendre à ces jeunes à réfléchir par eux-mêmes, à aller chercher l’information, et à l’analyser. Mais dans le cadre rigide du lycée, ça ne fonctionne pas.

 

Alors Claire réfléchit. Elle cherche un moyen d’arriver à ses fins. Elle a écrit pour l’université, ça ne lui a pas plu. Elle tente de transmettre sa fibre journalistique aux lycéens, ils font la sourde oreille. Pourtant, pas question d’abandonner ! Claire transforme ces deux échecs en une nouvelle idée. Elle souhaite créer un journal qui serait écrit à plusieurs mains : lycéens et étudiants se rencontreraient autour d’un thème commun, y travailleraient ensemble, et en feraient une publication. « Je voulais que les deux regards se croisent : la spontanéité des lycéens, et l’axe de recherche des étudiants, je voulais qu’ils se rencontrent, qu’ils échangent leurs points de vue. »

 

Elle tente l’expérience, elle crée une association qui sera le cadre d’écriture de son journal : Dazibao. Elle entre en contact avec une faculté parisienne, et présente son projet au lycée dans lequel elle travaille. Comme par magie, les lycéens réfractaires devant la pionne deviennent ultra motivés devant Claire, la responsable associative. Son idée fonctionne à merveille. Des binômes étudiants- lycéens se créent pour le premier numéro du journal, qui porte sur le cinéma africain.


« Le but premier de mon engagement, c’était de faire se rencontrer lycéens et étudiants autour d’un projet commun, de décloisonner deux mondes qui sont à la fois si proches et si distants. Une fois que l’alchimie a fonctionné, j’ai cherché – et trouvé très rapidement -, à m’engager plus, mieux ! »
Et c’est dans le contenu du journal que Claire trouve une nouvelle forme d’engagement. Très vite, les rédacteurs de Dazibao décident de devenir une alternative aux médias traditionnels. Ils réfléchissent ensemble sur des thèmes qui les concernent. Et ils portent la voix des jeunes. Le titre du numéro qui sortira prochainement ne peut être plus éloquent : « Jeunes et Politique ». Pour réaliser ce journal, Claire et les autres membres de l’association ont fait le tour de tous les congrès des mouvements de jeunesse de partis. Ils se sont rendus à celui du Front National Jeune. Claire en parle avec aigreur : « Ca a été un moment particulièrement difficile pour moi, j’ai entendu des choses qui m’ont beaucoup choquée ». Mais c’est là qu’elle a vraiment l’impression d’être utile, car à part l’équipe de Dazibao, aucun autre journaliste n’est présent à ce congrès. « Aucun… », répète-t-elle, sidérée. Alors bien sûr, le congrès est normalement interdit aux journalistes, mais on trouve toujours des tuyaux pour parvenir à y entrer… Si on le veut vraiment.
Pas de journaliste au congrès du FNJ, ça veut dire que personne, à part Dazibao et les membres du parti, ne sait ce qui s’y est vraiment dit. Claire fait partie de ceux qui savent, et elle compte bien le faire savoir dans le prochain numéro du journal : « Dazibao est là pour dire ce que les autres ne disent pas, et je suis heureuse qu’on en soit arrivés là ! »

 

Alors pari gagné pour Claire ? « Je veux que les lycéens, rédacteurs ou lecteurs, aient plus de cartes en mains pour choisir leur avenir. J’aimerais qu’ils se rendent compte qu’on ne nous offre bien souvent qu’une vision des choses. Je veux changer cela, les amener à réfléchir et à porter un regard neuf sur la société. Le combat n’est pas gagné, mais il est bien engagé. »

 

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Sarah Degiovani

Elle a 18 ans à peine, Sarah, lorsqu’elle adhère à la Route des Jeunes, une association de sécurité routière créée « par et pour les jeunes », comme elle aime à le dire. Au départ, elle s’engage sur les pas de son frère, lui-même impliqué dans l’association : « Je crois pouvoir dire honnêtement que mon engagement pour cette cause en particulier est un peu un hasard, j’avais envie d’être utile, c’est tout. » La Route des Jeunes, c’était le désir de participer à la vie de la société, de ne pas se contenter de prendre des notes sur les bancs de l’université.

 

« Aller dans les discothèques, passer la nuit à tenter de convaincre les jeunes conducteurs qu’ils doivent choisir celui du groupe qui les ramènera avant d’entrer dans la boîte, l’idée était sympa ! » Une fois sur le terrain, Sarah prend la mesure de cette action :  » On peut s’engager sans trop savoir où on met les pieds… Mais lorsqu’on se retrouve face à quelqu’un de notre âge, qu’on doit le convaincre que c’est dangereux de conduire en ayant trop bu, on est forcé de s’interroger sur la force de notre propre conviction. Si l’on n’est pas persuadé qu’on est là pour une raison valable, on est démotivé en moins de trente secondes. « 
Elle a passé le test une première fois. À la sortie d’une discothèque, devant un jeune homme qui a visiblement trop bu et qui veut reprendre le volant, Sarah tient tête. Patiente, pédagogue, ferme et souriante à la fois, Sarah explique : « Ce serait vraiment dommage de reprendre la route comme ça. Tu risques ta vie, et celle des autres. » Elle poursuit la conversation, entame le débat.

 

Mais chaque action est l’occasion de remettre son engagement en question. Chaque samedi soir passé à l’entrée d’une discothèque demande de réaffirmer cet engagement, de « repasser le test ».

 

Il faut trouver la force de continuer à se battre. Il faut être prête à répondre aux « oui, mais… », toujours. Il faut trouver les ressources nécessaires pour ne jamais baisser les bras, entamer le débat, une énième fois, avec celui qui, de prime abord, vous semble impossible à convaincre.
Quelle joie, alors, d’y parvenir. Dans ces moments-là, Sarah a vraiment le sentiment d’être utile, de sauver des vies, peut-être. Ce sont ces expériences, sans aucun doute, qui lui donnent l’envie, mais aussi la force de continuer. Car lorsque l’on s’engage, il faut être prêt à essuyer des échecs : « Quand quelqu’un reprend le volant en ayant trop bu, malgré notre longue discussion, ça me tord le ventre, quand on apprend qu’il y a eu un accident à la sortie de la discothèque devant laquelle on a passé la nuit, on a parfois envie de jeter l’éponge. Mais il faut continuer, avancer. »
Et puis quelque part entre la victoire et l’échec, il y a l’échange. C’est un élément clef de l’engagement de Sarah : « Il ne s’agit pas d’avoir une conviction, et de l’asséner à qui veut l’entendre. Ce serait contre-productif. Il est essentiel, au cours du débat, d’écouter ce que l’autre a à dire, que ce soit un client de la discothèque ou un autre membre de l’association. »
L’engagement, ça peut sonner « sacrifice », « don de soi ». Sarah refuse le premier terme, elle modifie le second : un don de son temps, plutôt. Quand on est engagée, on aimerait que les journées comportent plus de 24 heures ! Mais de toute évidence, elle ne voit pas du tout les choses de manière aussi manichéenne : l’engagement, c’est un aller-retour. On donne, on reçoit. Et l’on ne peut donner sereinement que si on reçoit en retour. Alors oui, Sarah donne de l’énergie, elle n’a jamais compté les heures. Elle est bénévole à la Route des Jeunes, mais elle a aussi pris des responsabilités plus importantes.
Du temps, elle en donne. « Mais on apprend tellement » lance-t-elle. Elle concède, amusée, qu’elle a appris à tenir des comptes, à faire un budget… Un bon apprentissage pour l’avenir ! Elle a également découvert le travail en équipe, la gestion quotidienne de l’association, elle a vécu – et vit encore, une formidable aventure humaine avec les autres membres de la Route des Jeunes, elle s’est retrouvée face aux médias, et là-aussi, il a fallu convaincre !

 

La Route des Jeunes lui a montré le chemin. Elle y a vécu sa première expérience associative forte, son premier engagement. Et Sarah, qui a maintenant 22 ans, ne compte pas en rester là : « Je considère la Route des Jeunes comme une étape dans mon engagement. Je trouve toujours que c’est un combat à mener ; il y a tant de choses à faire, encore… Mais je crois aussi qu’il sera bientôt temps de laisser la place à des regards neufs. » Quant à elle, elle commence à voguer vers de nouveaux horizons, et à partager son temps avec d’autres engagements. Comment fait-elle pour en trouver du temps, elle qui rêve de journées extensibles ? « Quand on croit à ce qu’on fait, on dépense sans compter », répond Sarah en souriant.


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Lancia Mafoua

 

À 15 ans, ce qu’on veut, c’est être libre. Ne pas avoir de contraintes. Lancia ne déroge pas à la règle. Elle se souvient : « À l’adolescence, j’avais une vision rébarbative du monde associatif. Pour moi, c’était le loisir favori des retraités qui ne savaient pas quoi faire. Je me disais que c’était pas pour moi, qu’on allait m’obliger à faire des choses, prendre sur mon temps. Pourtant, si je me rappelle bien, à cette époque, qu’est ce que je m’ennuyais ! »

 

Lancia grandit. En 2004, oublié l’ennui de l’adolescence, elle veut aller à la rencontre de ses origines, partir en Afrique, pour voir. Elle rentre en contact avec un organisme qui propose un voyage humanitaire au Sénégal pendant un mois. Elle est ravie, elle y va. Mais voilà, au programme : cinq jours à aider à la reconstruction d’une école, et… trois semaines de voyage touristique !

 

Lancia est déçue. Elle a le sentiment d’être flouée. Elle n’est pas venue au Sénégal pour se prélasser au soleil. L’année suivante, elle décide donc de s’engager dans EntrAide, une association de solidarité locale et internationale : « Ma première expérience m’avait déroutée. J’avais eu l’impression de subir mon voyage, je n’avais pas eu mon mot à dire. En m’investissant dans une association, en préparant le voyage en amont, je savais qu’il correspondrait davantage à mes attentes. »

 

Voilà que le monde associatif qu’elle voyait comme une entrave à sa liberté devient un moyen d’affirmer ses idées. À EntrAide, elle monte un projet avec le Congo Brazzaville. C’est là qu’elle est née, Lancia, et elle veut y retourner. Grâce à la motivation de toute l’équipe, en six mois, le projet est bouclé. Et au mois d’août, elle s’envole vers le Congo Brazzaville avec une autre bénévole de l’association pour venir en aide à un orphelinat.
Cette fois, c’est elle qui a décidé du contenu du voyage. Le mois entier est consacré à l’orphelinat : cours d’alphabétisation le matin, et activités culturelles l’après-midi. Bien sûr, tout ne se passe pas exactement comme elle l’avait imaginé : « Quand on prépare le voyage, en France, il y a beaucoup de choses qu’on ne mesure pas. Par exemple, une semaine avant la fin du projet, il n’y avait plus de nourriture pour les enfants à l’orphelinat. On a demandé au directeur de faire quelque chose, et il nous a répondu qu’il allait prier… » Lancia doit donc faire face au choc culturel. Mais c’est elle qui est responsable, c’est elle qui tient les fils de son projet, elle trouve donc la force de se battre. Heureusement, l’autre bénévole d’EntrAide est là. Ensemble, elles apprennent à comprendre comment les choses fonctionnent au Congo Brazzaville : « C’est une grande leçon de tolérance », dit-elle.

 

Avec EntrAide, Lancia a découvert le monde associatif. Elle a revu le jugement de ses 15 ans, et elle y a trouvé un vrai terrain d’expression. Elle veut le découvrir mieux encore. En rentrant de son voyage au Congo, elle voit sur Internet qu’Animafac recherche des volontaires civils de cohésion sociale, elle pose sa candidature tout de suite : « C’était comme une évidence. Je voulais faire une pause dans mes études d’info-com, et Animafac me proposait de m’engager, de voir le monde associatif sous un autre angle, tout en m’offrant ma première expérience professionnelle… le rêve ! »
Dans ce nouveau rôle, elle est chargée de fédérer les associations de la région sud-ouest, tous domaines confondus. C’est pour elle une occasion extraordinaire d’explorer cet univers qui la rebutait au départ. Et pour l’expérience professionnelle ? Ca, Lancia apprend ! Mais peut-être un peu différemment. Dans une entreprise, elle prédit qu’elle aurait eu un patron, quelqu’un à qui elle aurait dû rendre des comptes, et cela aurait été bien normal. Elle aurait eu des « collègues », des gens avec qui elle aurait travaillé, fait une pause-déjeuner, et pris l’ascenseur avant de rentrer chez elle. A Animafac, Lancia ne rend pas vraiment de comptes. Elle a un projet à mener, on lui a confié un but, et son rôle est de l’atteindre. Une nouvelle fois, elle se sent libre. Quant aux collègues de bureau, ils sont un peu particuliers à Animafac : « Je travaille avec des gens qui ont mon âge, on arrive super motivés le matin, et quand il faut envoyer 10 000 enveloppes, on s’y met tous ! C’est vraiment une ambiance géniale ! »

 

Et puis, elle ajoute : « Je m’étais vraiment trompée sur l’engagement. En fait, j’ai compris qu’il y a de la placepour tout le monde. Il y a tant d’associations différentes. En plus, l’engagement prend la forme qu’on désire. On peut s’engager juste une heure, une journée, une semaine, un mois, un an, toute une vie pour une cause qui nous tient à cœur. L’associatif, c’est un espace qui nous offre la possibilité de dire ce qu’on a à dire. C’est aussi choisir quand, où, et pourquoi on s’engage. » Et pour Lancia, c’est ça la liberté !

 

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Aspasia Nanaki

À 21 ans, Aspasia, une jeune étudiante grecque, décide de venir poursuivre ses études à Nantes. Changement de décor, de langue, de vie et aussi… de vocabulaire ! Par exemple, on n’entend pas si souvent le mot « association » au sein des universités grecques. Allons bon ! Comment font-ils, nos amis grecs, pour définir ce qu’Aspasia décrit si bien : « un groupe de gens motivés, qui montent un projet autour d’un objectif commun, et qui s’amusent » ? Il y a bien des syndicats, des collectifs pour de grandes causes humanitaires, des regroupements pour des jeux, des charités religieuses… Mais pas d’association type loi 1901.

 

Aspasia arrive donc sans la moindre idée de ce qu’elle va découvrir sur le campus nantais : une vie étudiante bouillonnante, des projets en tous sens, des associations partout. Elle est venue pour étudier, mais aussi pour découvrir la France. Qu’à cela ne tienne, à peine arrivée, Aspasia s’engage avec les bénévoles de l’AFEV, une association d’accompagnement à la scolarité. Par ce biais, elle aide une petite fille à faire ses devoirs, une fois par semaine. Avec elle, Aspasia discute : pourquoi on va à l’école, pourquoi c’est important…

 

L’étudiante grecque se familiarise avec le monde associatif, et grâce à cet univers, elle prend ses marques dans sa nouvelle vie : « Oui, c’est grâce à mon engagement que je me suis peu à peu appropriée le territoire que je découvrais. En faisant des rencontres, mais aussi en prenant une part active dans la vie de la société ». Elle qui, en Grèce, était une étudiante comme tant d’autres, elle qui ne jurait que par le trio magique « études-shopping-copains », découvre de nouveaux possibles : « j’ai toujours su qu’on pouvait se battre pour de grandes causes humanitaires, mais ici en France, j’ai appris comment agir sur mon propre environnement à travers une association. J’ai aussi découvert le pouvoir de la société civile et du monde associatif. J’ai tout de suite trouvé ça formidable ».

 

Forte de son expérience à l’Afev, Aspasia souhaite s’investir dans une association qui favorise la rencontre interculturelle. Un nouvel engagement, pour une cause qui lui est chère. Elle veut que les étudiants étrangers et français se rencontrent, que les cultures se mélangent. C’est comme cela qu’elle s’est elle-même sentie chez elle en France. Une sorte de test aussi. Car Aspasia entreprend à cette époque une thèse sur La rencontre des cultures à travers la mobilité en Europe. Elle est sûre que c’est la clé d’une intégration réussie, sa propre expérience en témoigne. Mais elle veut savoir si ça marche pour tous.

 

Alors elle cherche une association à Nantes. Il n’en existe pas. Elle décide donc d’en créer une avec cinq amis, trois Français et deux étrangers. Ils la baptisent Autour du Monde. Ils définissent le projet, de A à Z. Ils décident de tout. Là encore, un monde de possibles s’ouvre à Aspasia : « Je n’en revenais pas ! Découvrir qu’en France, si on avait une idée en tête, on pouvait la concrétiser, savoir que si je présentais mon projet, et qu’il tenait la route, on me donnerait des fonds pour le réaliser, ça a été une vraie révolution pour moi. ». Et quand elle explique à ses amis grecs comment tout cela fonctionne, ils restent bouche bée.

 

Autour du Monde est lancée, des cafés polyglottes voient le jour dans les bars nantais, grâce à l’association, qui guide aussi les étrangers à la découverte de la ville, et qui créé des soirées internationales thématiques. L’action phare d’Autour du Monde, ce sont les « journées interculturelles » : une occasion pour les Nantais, d’origine ou d’adoption, de découvrir différents pays du monde au travers d’un thème particulier.
Résultat du test : « ça marche au-delà de tout ce que j’avais imaginé ! Et ça a fonctionné tout de suite. » Aspasia se souvient de la première édition des « journées interculturelles ». 100 bénévoles et 25 associations différentes étaient réunies pour l’occasion. Aspasia admirait la scène : « je ne pouvais pas en croire mes yeux. Tous ces gens étaient réunis, échangeaient. Et sans l’association, ils ne se seraient peut-être jamais rencontrés. Quel bonheur ! ».

 

Plusieurs années après la création d’Autour du Monde, Aspasia, elle, est toujours fascinée par ce monde associatif qui lui permet de réaliser ses rêves : « J’ai trouvé mon moyen d’expression. Certains ont une idée et la mettent sur la toile, ou en font un roman. Moi, lorsque j’ai une idée, on m’offre la possibilité de la mettre en oeuvre, quelle chance ! » Cette chance, Aspasia ne la perd jamais de vue. C’est ce qui la motive chaque jour. C’est ce qui fait que, quand tout le monde baisse les bras devant un obstacle, Aspasia reste confiante et remotive les troupes. Elle nous confie, un peu comme un secret, qu’elle déteste abandonner, avant d’ajouter : « la seule chose, c’est que dans le monde associatif, si on n’aime pas abandonner, c’est un combat à vie. »

 

Et pourquoi pas ? De toute façon, Aspasia ne conçoit plus sa vie sans être engagée, et elle compte bien rentrer en Grèce avec un nouveau sens du mot « association » en tête… Un beau cadeau à caser au fond de la valise, et à rapporter à ses amis. Nul doute qu’Aspasia saura leur expliquer le mode d’emploi !

 

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Sophie Quenouillère

En quatrième, au collège, Sophie doit faire un exposé sur le Sida. Cet exercice scolaire apparemment anodin signe le début de son engagement. Elle ne sait pas encore quelle forme il prendra, mais elle sait dès ce moment-là qu’il existe des choses révoltantes, et qu’on doit se battre pour que ça change.

 

En première année de fac, à Rennes, elle découvre Woezo Togo, une association de Solidarité Internationale. À cette époque-là, l’association organise un festival culturel pour financer la construction d’un centre professionnel au Togo. Et puis pour faire découvrir l’Afrique aux étudiants français, les bénévoles préparent des conférences, des journées à thème, des projections de films. Cette effervescence autour d’un projet aussi essentiel la séduit. Le jour du festival, ils sont trente membres de l’association à courir en tous sens : « on était tous heureux, tous unis, le festival se déroulait exactement comme on l’avait imaginé, ça a été un moment très fort de mon engagement ».

 

Pour concrétiser son action, Sophie part au Togo. C’est, selon elle, une étape nécessaire : « les choses deviennent plus palpables. On sait pourquoi on se bat. On découvre aussi que pendant qu’on s’organise en France, il y a des gens là-bas qui s’investissent énormément. On a, dès ce moment-là, le sentiment qu’on travaille vraiment en collaboration ».

 

Sophie insiste : parallèlement à l’action, ou plutôt, mêlée à elle, il y a la réflexion. Lorsqu’on s’engage, et peut-être plus particulièrement encore dans la Solidarité Internationale, on peut penser que de toute façon, on fait bien. Ils ont tellement besoin de nous là-bas… c’est une erreur de penser comme ça. Son engagement l’amène chaque jour a se poser des questions fondamentales : pourquoi on y va ? Est-ce qu’on est vraiment utiles ? La réponse est oui, mille fois oui. À condition de « bien s’engager ». Car si on ne réfléchit pas suffisamment, on peut faire plus de mal que de bien.

 

Tout en menant ces réflexions fondamentales, Sophie poursuit son chemin. Elle quitte Rennes et s’installe à Lyon. Là, elle s’engage à nouveau, toujours dans une association de Solidarité Internationale : Asacane. L’organisation œuvre pour la mise en place d’une fromagerie dans une communauté équatorienne. Sophie y découvre une autre manière de fonctionner. Cette fois, elle ne se rend pas sur place, et s’attelle à la recherche de financements en France : « ça m’a permis de découvrir une autre vision de la Solidarité Internationale, et ça m’a confortée dans l’idée qu’il est important d’être en contact avec la population locale, de voir comment ça se passe, d’y aller quoi ! ».

 

Puis elle s’envole vers le Mexique, pour faire un stage dans une ONG. Sophie abandonnerait-elle son engagement ? Bien au contraire. Elle ne fait pas de différence entre son engagement associatif et son parcours professionnel. « Pour moi, tout est lié, l’engagement, ça n’est pas un loisir à côté de l’école, ça fait partie de ma vie, des valeurs que je défends. Je veux donner un sens à ce que je fais, que ce soit professionnellement ou personnellement ».

 

Elle rentre en ayant appris, encore : « chaque expérience me montre les erreurs à ne plus commettre, je prends du recul, j’apprends à bien faire les choses ».

 

Sophie a choisi de se battre pour les pays en développement parce que c’est ce qui lui semblait lui correspondre le mieux. Mais elle a conscience de faire partie d’un mouvement bien plus large que celui de la Solidarité Internationale : « toute forme d’engagement fait bouger les choses. Chaque personne engagée est comme une petite goutte d’eau dans la mer. Si tout le monde donne un peu, on devient un océan, et on peut vraiment avoir un impact. Si on enlevait ces gouttes d’eau, je ne sais pas ce qui resterait »… Une société aride, sans doute !

 

Ce sentiment d’appartenir à un monde solidaire, Sophie le vit pleinement, chaque année, à « Campus en Eté », le rassemblement des responsables associatifs étudiants organisé par Animafac : « tous ces jeunes sur la même longueur d’onde, qui ont vraiment envie de faire avancer les choses, c’est un moment presque magique. On est portés par toute l’énergie qui se dégage des uns et des autres ». Et avec eux, elle réfléchit encore… Comment bien s’engager ?

 

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Pascaline Corre

Pascaline, c’est une élève studieuse, puis une étudiante sérieuse. Après deux ans de prépa, elle entre à Supelec. Un jour, elle en a assez des cours théoriques, assez d’apprendre, vissée sur sa chaise. Elle découvre lajunior- entreprise : Junior Supelec strategy. Cette association permet aux étudiants de l’école de faire leurs premiers pas dans la vie professionnelle, de mettre en pratique ce qu’ils apprennent… c’est tout ce qu’il faut à Pascaline !

 

Elle entre dans l’association en tant qu’ « intervenante ». Quezaquo ? En fait, elle y fait son premier stage ! Par le biais de cette association, elle monte un projet pour une entreprise, dans son domaine d’étude : « j’ai beaucoup appris, j’ai trouvé ça formidable d’avoir la possibilité de découvrir le monde du travail grâce à cette association. J’ai voulu rendre au mouvement ce qu’il m’avait apporté ».

 

Alors dans un deuxième temps, Pascaline s’engage pour de bon, pour les autres. Elle veut que d’autres étudiants, au sein de l’école, puissent profiter de la même expérience qu’elle. Elle est responsable de la communication, puis présidente de Junior Supelec Strategy.

 

L’association de l’école tourne bien. Pascaline veut soutenir d’autres junior-entreprises qui ont plus de difficultés, elle souhaite aussi aider à en créer de nouvelles, pour qu’un plus grand nombre d’étudiants puisse profiter de la chance qu’elle a eue. L’année suivante, elle s’engage donc en tant que présidente de la CNJE, la Confédération nationale des junior-entreprises. C’est le mouvement qui fédère toutes les junior-entreprises, et elles sont nombreuses : plus de 130 à travers la France. « On est complètement dévoués aux junior-entreprises, on leur transmet tout ce qu’on sait ».

 

L’engagement résumé en 3 mots ?

 

Apprendre. Chaque étape de son engagement l’a aidée à avancer. Lorsqu’elle est devenue responsable de la communication, Pascaline était très timide. « J’étais terrorisée par le téléphone, et la première chose qu’on m’a demandé, c’était de passer un coup de fil… l’angoisse ! J’ai mis 15 jours à le faire ». Surprenante, comme histoire ! Essayez de joindre Pascaline aujourd’hui, c’est quasiment impossible. Elle passe sa vie au téléphone ! En tant que présidente de la junior-entreprise, elle a dû se transformer en DRH ! « Il fallait composer avec les caractères et les envies de chacun, c’était pas évident ! ».
Cette année, à la CNJE, le gros challenge, c’est la prise de parole en public. Devant un parterre de 500 personnes, Pascaline tremble, a du mal à articuler ; elle est terrifiée, et on le serait à moins ! Mais elle confesse : « petit à petit, ça s’améliore, je compte bien faire complètement face d’ici la fin de l’année ! ».

 

Innover. C’est le mot d’ordre des junior-entreprises : « L’association véhicule un certain nombre de valeurs, la plus importante étant sans doute l’innovation. On veut que les junior-entreprises, inventent, créent, s’améliorent ». C’est une règle que Pascaline applique à son propre engagement. Elle remet chaque chose en question, pour faire toujours mieux. Chaque année, la CNJE organise un congrès qui réunit toutes les junior-entreprises. Jusqu’à présent, au moment du déjeuner, chaque école allait s’asseoir à une table, les bénévoles discutaient entre eux. Pascaline a décidé de changer le programme : au Congrès dernier, pour la première fois, les places étaient attribuées et tout le monde s’est mélangé. « Ça paraît rien comme ça, mais ça donne un tour complètement différent au Congrès. Ca favorise l’échange et c’est très important qu’on mette en commun nos expériences ».

 

Echanger. C’est le fer de lance de Pascaline. L’échange, dans tous les sens du terme. Rappelez vous, c’est pour ça qu’elle s’est engagée. Elle voulait donner car elle avait reçu. Et puis il y a l’échange des expériences, le contact avec les autres, que ce soit les membres de l’association, ou les partenaires. Enfin, parce que c’est ce que Pascaline aime par-dessus tout, elle a décidé de se rapprocher de JADE, l’association Européenne des junior-entreprises. Des associations se créent aussi en Méditerranée, au Canada… « On apprend des autres, sans cesse. Et je crois que seul le milieu associatif permet une telle ouverture d’esprit », nous dit-elle avant de filer à Bruxelles, pour rencontrer les membres de toutes les junior-entreprises d’Europe… Bon voyage Pascaline !

 

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