Le texte ci-dessous n’engage que son auteur. Il ne s’agit pas du compte-rendu d’un atelier mais il reflète les discussions que j’ai pu avoir avec les membres du journal Kactus et du journal Le Mensuel.


La rencontre des membres du CIPUF lors des assises de Dakar, nous avait permis d’entrevoir l’extrême diversité des positions des journaux étudiants au sein de l’université et de la société mondiale.

 

Le journal au sein de l’université
Certains journaux sont tournés vers les universités sur lesquelles ils tentent d’avoir une action, une critique constructive mais également un rôle d’information. On peut par exemple citer Politikonzoo du Congo-Kinshasa ou encore Gamal Info de la Guinée-Conakry. Ils peuvent alors jouer le rôle de lobby afin de faire évoluer la structure et les mentalités. Ces journaux agissent principalement dans le cadre de grosses universités et visent à établir un lien entre les étudiants. On peut constater sans toutefois généraliser que les journaux africains ou québécois s’impliquent plus spécifiquement dans la vie interne de l’université que les médias étudiants français.

 

Les journaux d’actions plus globale
D’autres journaux étudiants vont prendre la forme d’associations et vont tenter d’agir sur l’université en général et sur la société de manière plus globale.

 

Actions de sensibilisation
Chaque journal a sa place dans l’université. Qu’il veuille sensibiliser les étudiants à l’espéranto comme le fait Hades, revue bilingue français-espéranto ou encore plus concrètement faire de la sensibilisation aux MST (maladies sexuellement transmissibles) ou d’autres actions de prévention. C’est le cas par exemple de la revue Médiflash de Guinée-Conakry. Un partenariat est alors possible entre les différentes revues afin de partager savoirs et compétences sur des sujets donnés.

 

Actions citoyennes et politiques
Les carnets de Bord d’Ulysse, tout comme le journal Le Mensuel visent à décloisonner les différents domaines d’études de l’université. L’idée est d’arriver à croiser les savoirs, les expériences, afin de redonner une place à l’université dans la société en tant que moteur de son progrès. A ce niveau, le journal étudiant est un réel incubateur de nouveaux thèmes de réflexion aussi bien qu’un moyen de communication de cette vision. Il peut alors se faire le support d’autres moyens de diffuser ses idées telles que des colloques, des évènements internes à l’université… Le journal s’accompagne souvent d’un site internet qui permet une diffusion plus large de ses textes, un archivage puissant et un échange avec les lecteurs via des forums de discussions.

 

Ulysse a organisé en partenariat avec d’autres associations étudiantes de la faculté de Lettres d’Aix en Provence, une Journée de l’Afrique. Le journal a ainsi permis d’initier une réflexion, de diffuser une idée puis de fédérer différentes compétences autour d’un thème et surtout d’une vision commune. Pour Ulysse, le journal étudiant est donc avant tout un engagement citoyen. Il passe par l'(auto)-formation de ses membres à une ouverture sur ce qui les entoure et les intéresse et par la diffusion des points de vues et désirs d’une société nouvelle où tous les mondes se côtoient.

 

Tolle Lege, revue étudiante des étudiants de l’UCAC au Cameroun, affirme sa place dans la société en traitant de sujets essentiels telles que « Femme africaine : promotion et développement » dans son n°22. Le journal étudiant apparaît alors comme un lieu de réflexion visant à faire émerger des alternatives, de nouveaux modèles. L’université, où qu’elle soit, vise à former l’esprit de ses étudiants. Le journal est ainsi le lieu de l’expression de cet esprit.

 

Il s’agit en Afrique, de faire souvent face aux univers médiatiques monopolistiques, à des pouvoirs qui restreignent la liberté de la presse et mettent en péril la vie des journalistes étudiants. Dans les pays plus développés où la masse de médias privés est considérable, le journal étudiant aura la volonté de se placer en presse alternative. Sur ce thème le journal français Kactus est suffisamment incisif et pertinent. Ici, cependant, nous avons la chance de pouvoir être subventionnés, de pouvoir nous exprimer sans crainte. Mais la tâche du journal alternatif n’en ai pas moins colossale. Pour faire passer son message face à la pensée unique, face à des esprits dirigés et conditionnés par l’actualité du moment, le journal étudiant doit mener un réel travail de fond et de diffusion.

 

Faire passer un message
En général, les journaux étudiants sont peu encouragés par les universités et se diffusent avec difficulté. Dans ce cadre, comment faire en sorte que notre journal soit lu ?

 

Beaucoup d’étudiants veulent s’exprimer mais le font avec un grand amateurisme ou un grand sectarisme. D’où la nécessité de cibler son public et de rester dans l’optique de communiquer son message. Le discours et le sujet devront ainsi être suffisamment audibles pour pouvoir être entendus. La lecture d’un journal apparaît souvent comme « une lecture intellectuelle de plus ». Comme cela a été dit au cours d’une formation à campus en été : « un journal, quand on le commence, il nous tarde une chose, le reposer ». Il faut donc trouver un moyen de capter l’attention du lecteur. Il faut par exemple trouver le bon dosage entre articles sérieux, loisirs et un un peu délirants. Sur ce plan, la pérennité du journal sera assurée par la capacité à transférer les savoir-faire acquis mais aussi à être à l’écoute de son lectorat.

 

Les questions à se poser seront aussi celles du support (faut-il privilégier la quantité ou la qualité ?), celles du lieu de diffusion (cafés, marché, campus …). Tous ces choix définissent le journal étudiant et son image autant que le choix de la ligne éditoriale.

 

Un journal étudiant s’il souhaite obtenir sa place dans l’université ou dans la société devra donc savoir élaborer une stratégie, éventuellement élaborer une charte de rédaction pour pouvoir s’exprimer et agir durablement.

 

…….
Pour conclure, je reprendrai la phrase de l’éditorial du numéro des carnets de bord d’ Ulysse consacré à l’engagement citoyen : « La démocratie n’est pas dans les mains des institutions mais dans celles des hommes et des femmes qui la font vivre. Quand nous renonçons, il ne reste qu’une coquille vide L’engagement citoyen est ce qui fait vivre la cité, quand chacun laisse aux autres cette tâche la cité meurt, elle meurt tout doucement dans la solitude de chacun. »

 

Le site du journal Ulysse

 

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