i vous aussi, vous aviez l’image du chercheur scientifique enfermé dans son laboratoire, rassurez vous ! Car depuis quelques temps, un petit groupe d’irréductibles étudiants chercheurs a décidé d’aller à la rencontre du public. Pour démocratiser la science, sans se prendre la tête !

Plantons le décor. 2006, Université de Montpellier II, Master de biologie. Le soleil est présent bien sûr, et Vincent et quelques copains de promo discutent autour d’un verre. Membres bien implantés au cœur d’ OIKOS , leur association de filière, ils ont pourtant envie de faire plus, de sortir des soirées d’intégration ; bref, ils ont besoin d’innovation. « On voulait de la science hors les murs, et l’idée de faire de la vulgarisation scientifique a pris de l’ampleur au sein d’ OIKOS . On ne voulait pas se prendre la tête, mais simplement trouver un moyen de démocratiser la science. On parle même de vulgarisation apéritive pour marquer notre volonté de faire ça façon apéro sous la tonnelle » raconte Vincent, président de Plume !

 

 

Ainsi armés de leur plume bien aiguisée, les scientifiques vulgarisateurs entreprennent de créer un média papier. Le premier numéro – un 16 pages qui paraîtra ensuite tous les trimestres – donne le ton : « Sexe et déchet ». « On voulait un titre choc pour marquer le coup, se rappelle Vincent. Au début, les profs ne croyaient pas à notre initiative, mais finalement, avec cette première parution, le bouche-à-oreille a bien fonctionné et les échos étaient plutôt bons ».

 

Tiré à 300 exemplaires au début, il était vendu au prix de 1€. Aujourd’hui à prix libre, et tiré à 1000 exemplaires, il compte déjà plus de 100 abonnés ! Les anciens numéros sont gratuitement consultables sur internet !

 

Dans cette formation de Master, les cours sont trés denses. Mais avec ce tout nouveau médium pas comme les autres, les rédacteurs trouvent le moyen de rendre accessible leur contenu de cours au plus grand nombre. « Pour nous, ce support et ce projet de vulgarisation, c’est la meilleure des écoles pour les jeunes scientifiques car à travers les activités de l’asso, nous sommes amenés à analyser, synthétiser et retraduire nos sujets d’étude. Quoi de mieux pour le maîtriser que de le rendre compréhensible pour le plus grand nombre ? Forcément, quand nous disons ça à nos directeurs respectifs,ça ne passe souvent qu’à moitié. De l’intérieur, nous vivons à l’échelle individuelle les apports de Plume ! et nous essayons de faire changer les mentalités. Nous militons à toutes ces échelles pour une juste place du scientifique dans la diffusion des savoirs ; on le veut moins dans la caricature du chercheur enfermé dans son labo que dans le partage actif des connaissances. Un bon départ est de fournir nos espaces médiatiques ». Et ça marche ! Les lecteurs sont conquis par le ton qui se veut léger, désinvolte, convivial et détendu. Il offre ainsi une véritable fenêtre sur la science. « Le pari c’est d’écrire pour un lecteur, de 20 à 130 ans et plus, sans brader le contenu ; avec une analyse et un esprit de synthèse tout scientifique. Nos articles ont un fond trapu mais un angle léger. Selon moi, cette douche écossaise permanente dans la redistribution de la science est notre force et notre originalité. »confie Vincent. Avec l’accent !

 

Nos scientifiques ne sont pas des journalistes. Pour autant, ils prennent soin de leur média papier et le font évoluer, progresser, grandir. Depuis son premier numéro en 2006, crée au sein d’ OIKOS , la petite plume s’est senti pousser des ailes et s’est émancipée. En juin 2007, Plume ! c’est une asso étudiante à part entière, avec un noyau dur de départ qui s’est étoffé. « Au départ, nos parutions étaient un peu aléatoires mais aujourd’hui, on est réglé comme du papier à musique ! On s’est formé au fur et à mesure, sur le tas. On est content de ce format papier, palpable et sensuel ».

 

 

À la rentrée universitaire 2007-2008, le noyau de départ arrive en fin de Master 2. Même s’il reste majoritairement dans la région de Montpellier, il compte bien diffuser sa science accessible à tous ! Violette fait partie de ceux-là. Après le Master, elle décide de s’investir en Service Civil Volontaire pour le développement du journal. Nous sommes en octobre 2007 et Violette a pour mission de créer un réseau. « D’abord régional, pour poser les bases, être connu et reconnu dans la région de Montpellier, explique Vincent ; dans l’idée de poser les bases d’un futur réseau national »

 

En 2007, Plume ! a même été lauréat du Prix de l’Initiative Etudiante d’Animafac, catégorie Culture & Médias. « Pour nous, ça a été une vraie reconnaissance, qui nous a permis de faire notre promotion dans notre région, de diffuser plus largement et de recruter de nouveaux rédacteurs. Certains d’entre nous, se reconnaissent dans les actions grand public, dans l’animation de stands où ils rencontrent directement les lecteurs (forum des associations, fête de la science, fête du livre, semaine de l’environnement…) »

 

 

Rentrée 2008 : branle-bas de combat sous le soleil montpelliérain ; l’association change de statuts et devient Réseau national de vulgarisation scientifique. « Puisque certains d’entre nous étaient partis vers d’autres villes universitaires, le réseau national est arrivé plus vite que prévu, explique Vincent, enthousiaste. Mais notre premier semestre est un franc succès et nous sommes également ouvert aux associations étudiantes. Romain et Pierre-Jean, entres autres, sont de véritables comptoirs à Dijon et Toulouse ! Notre idée, ce n’est pas de faire du noyautage, mais bien plus d’inviter les associations scientifiques à investir la dynamique de Plume ! ». La construction de médias alternatifs avec des personnes éparpillées en France et des associations comme La Doua dans l’œil à Lyon, vont dans ce sens. De même, une collaboration positive avec le C@fé des Sciences et Paris-Montagne est en cours : « l’idée est plutôt de s’entraider en respectant les lignes d’action de chacun. Dans l’esprit d’Animafac dont notre participation au Conseil d’Administration nous permet de faire de l’espionnage associatif, on est un réseau horizontal. Tout le monde est invité à participer et à faire vivre le réseau. Développer et promouvoir le journal papier et la première plateforme participative de vulgarisation scientifique, tout comme construire des positions communes sont nos objectifs pour l’année ».

 

 

Depuis la fin de la mission de Violette en octobre 2008, c’est Gaël, en formation audiovisuelle qui a pris le relais. « C’est un passionné d’Internet et sa mission est avant tout axée sur le développement de notre site www.laplume.info. Cela nous a également permis de réaliser des sites web de belles actions nationales comme la Nuit des Chercheurs, coordonné par une structure montpelliéraine, Connaisciences et Darwin2009. Les membres du comité éditorial sont garants de la teneur scientifique et si nous n’avons pas les compétences nécessaires pour le faire, nous recherchons les personnes ressources à l’extérieur ».

 

Eh oui ! la petite plume devenue grande a fait des petits hors de la biologie ! Dernière arrivée, Carol-Ann, est journaliste scientifique. « Elle prend en main depuis novembre la rédaction en chef des deux journaux et professionnalise un peu nos médias. Egalement en Volontariat Civil, elle a pour mission de professionnaliser nos médias et de leur donner une large visibilité. L’espoir ? Embaucher une ou deux personnes et élargir notre périmètre d’action ; en montrant que l’on peut faire confiance aux doctorants et chercheurs concernant la diffusion des connaissances, pour peu qu’on leur en donne les moyens. »

 

Et Violette ? Toujours la Plume ! à la main, elle est maintenant chargée de communication en sciences citoyennes pour l’Observatoire des Saisons à Tela-Botanica « C’est une association qui va dans le même sens que nous, précise Vincent ; un réseau de botanistes francophones, qui participe à la coordination de l’Observatoire des Saisons. Il encourage le paysagiste, le jardinier passionné, et même les enfants a prendre part eux aussi à la recherche scientifique. En observant chacun la flore qui les entoure, ils peuvent alimenter la base de données et faire ainsi un acte citoyen ! C’est la première expérience à grande échelle en France de science participative ! »

 

Violette, Vincent et leurs amis chercheurs ont essaimé bien au-delà des fortifications montpelliéraines : « Nous travaillons cette année à panacher les matières abordées, notamment en allant du côté des sciences humaines, car la confrontation avec les sciences exactes est extrêmement féconde, comme lorsque deux vieux amants ne se sont pas parlés depuis longtemps.De plus, nous cherchons à avoir une couverture nationale pour diffuser nos médiums et recruter de nouveaux emplumés, mais surtout car notre affaire est trop sérieuse pour faire ça à une poignée !, s’exclame Vincent,passionné et jamais à cours d’expressions imagées ! Et puis entre nous, une tête de réseau à Montpellier, c’est le soleil assuré pour les Conseils d’Administration ! ».

 

Avec le support papier, le site web participatif et d’autres partenariats qui prennent forme les irréductibles du départ ont finalement donné un coup de projecteur à leur projet initial. « Au-delà de nos objectifs de susciter, faciliter et promouvoir la diffusion des savoirs universitaires, c’est une vraie reconnaissance de l’engagement du scientifique dans la vulgarisation qui nous motive. C’est en quelque sorte du lobbying institutionnel sur tous les fronts que nous faisons, avec en ligne de mire l’intérêt du grand public. L’idée est d’expérimenter plusieurs modèles d’action impliquant les doctorants à Dijon, Montpellier et Toulouse, pour proposer dès la rentrée 2009 un modèle économe et souple, facilement généralisable aux écoles doctorales qui ont la volonté et les moyens, mais qui sont souvent sans tissu médiatique en direction du plus large public possible ».

 

 

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Une petite illustration du ton de Plume ! : le SAV de la science :

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